‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 117 sur 126 · CHATEAU SAINT-ANGE · texte numérisé non relu

CHATEAU SAINT-ANGE

là, ils vont les voir, et les présents pleuvent sur eux ; l'officier, qui commande dans le château, s'amuse aussi à faire faire à un de leurs enfants, petit garçon de grande espérance, son excercice de brigand qu'il a ajDpris de son digne père. Il couche en joue , demande la bourse ou la vie , vise et fait feu de la meilleure grâce du monde, s'élançant ensuite sur la proie qu'il vient d'abattre. Ces gens-là iloiventse former d'étranges idées d'eux-mêmes et des autres, lorsque, ainsi devenus in téressants, visités parle grand monde, par des femmes élégantes, par des étrangers de distinction , écoutés avec attention quand ils racontent leurs exploits, comblés de présents , ils se voient, ainsi que les jeunes louveteaux de la famille , caressés et applaudis. Ils doivent en conclure que la loi qui les condamne est tout ce qu'il y a de plus absurde et de plus injuste. Avec tout cela, personne à RoiTie ne semble croire qu'ils sortent jamais sains et saufs de l'endroit où ils sont à présent. Ils s'y sont rendus sur la foi du gouvernement; cela est vrai, disentils, ( ma che voleté? non si pnôjare ); mais que voulez-vous? cela ne se peut pas. Telle est l'idée que le peuple se forme de la foi publique. Je suis néanmoins persuadé que la parole , donnée par le cardinal Gonsalvi et le pape actuel, sera fidèlement gardée.

Le château Saint- Ange était autrefois le magnifique mausolée d'Adrien; réduit maintenant

CHATEAU SAINT-ANGE. 'd'jij

à. la moitié environ de sa hauteur ainsi que de sa largeur primitives, il a été dépouillé de trois rangées extérieures de magnifiques colonnes, l'une au-rdessus de l'autre , pour en orner l'intérieiu' de Santo Paolo^ extra muros, déjà décrit. Transformé en prison d'État, il offre maintenant une sorte de tour, large et basse, qui a six cents pieds de circonférence et cent pieds d'élévation , bâtie en pierres de taille de grandes dimensions et environnée d'un profond fossé. Lors de la décadence de l'empire, les Romains, dégénérés, furent réduits à chercher derrière les murs du mausolée , un refuge contre les hordes barbares qui dévastaient leur pays, et les statues qui l'ornaient, mises en pièces, leur fournirent des projectiles qu'ils lançaient contre les assaillants. Quelques siècles plus tard, cet édifice fut occupé par la noble famille des Crescendus ^ comme le Colysée, à cette même époque, l'était par les Frangipani. Dans la suite , les papes en firent un lieu de refuge dans lequel ils pouvaient se rendre secrètement, au moyen d'un passage couvert et sur arcades, comme un aqueduc , qui y conduisait de leur palais du Vatican. Les Français, en 1798 , pénétrèrent dans le château Saint-Ange, par ce passage. De la plate-forme , au sommet du château , la vue est naturellement très étendue et domine , du coté du nord-est, le champ où Cincinnatus laissa sa

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charrue pour prendre le commandement de l'armée romaine.

L'hiver est fort doux à Rome, quoiqu'il y gèle quelquefois, et souvent pluvieux d'octobre en mars et avril. Les beaux jours cependant étant devenus plus fréquents, nous avons fait diverses promenades dans les environs, principalement du côté du sud-ouest. Des maisons abandonnées et tombant en ruines sont d'abord tout ce qui s'offre à la vue ; autour d'elles le désordre et la saleté d'une population qui n'est déjà plus se font encore apercevoir. Mais bientôt des ruines éparses, plus nobles , viennent donner de la dignité au paysage; ce sont de longues rangées d'aqueducs sur la gauche, etc. , de tombeaux sur la droite. Je ne connais rien de plus imposant que ces interminables arcades poursuivant à pas de géant leur course irrégulière au travers du désert. Par l'extrême simplicité et la grandeur de leur plan elles réveillent l'idée de l'immensité de l'éternité, et d'un pouvoir sans borne à qui rien ne coûte. On voit que l'utilité a été le seul but , sans égard à la beauté , et cependant rien de plus beau. Ces rivières, suspendues dans les airs, n'ont cessé pen* dant vingt siècles déverser leurs flots d'une onde pure dans les rues et dans les places publiques de Rome , lorsqu'elle était maîtresse des nations et lorsqu'elle devint leur esclave. Elles désaltérèrent

CIRQTJE DE CARACALLA. 38 1

Attila et Genseric, comme elles avaient désaltéré Brutus et César, etc., comme anjourd'hiii elles désaltèrent des mendiants et des papes. Lorsque, dans les temps de désolation du moyen âge , Rome avait presque cessé d'être, huit de ces aqueducs tombèrent en ruines; mais il en reste encore trois, capables d'alimenter les nombreuses et magnifiques fontaines de Rome moderne; ce qui donne une idée de l'abondance des eaux autrefois.

En suivant l'antique voie Appienne, l'on est étonné du nombre de tombeaux qui la bordent. La plupart ne présentent plus que des monceaux de briques , à moitié enfouis dans la terre et recouverts de mauvaises herbes. A environ deux milles de la porte de la ville, l'on découvre le cirque de Caracalla dans un creux sur la gauche; sa vaste étendue est masquée par des murs et diverses ruines. Dans l'intérieur, on distingue mieux sa forme générale et ses détails. Huit rangs de gradins, en amphithéâtre, s'élèvent à l'entour, et, dans le milieu, se voit encore la séparation appelée spina , d'un quart de mille de longueur et terminée parles bornes [îiietœ) vers lesquelles le cocher antique (i) poussait ses coursiers haie tans ; il leur en faisait faire le tour jusqu'à sept fois; metaque fervidis evitata rôtis.

Le puMiiarium , ou pavillon dans lequel se pla-

(i) Il était habillé de vert, de bleu, de rouge ou de blanc, suivant la faction à laquelle il appartenait.

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