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LES CABRIOLETS

tôt, et avant que la nature eût achevé son ouvrage, de manière que ces eaux limoneuses qui auraient élevé et assaini le pays, forcées, par leurs digues , de porter directement à la mer les corps étrangers qu'elles charrient , y ont formé et forment encore des bas-fonds d'abord, et enfin des marais infects. Au cinquième siècle de Rome , la plus grande partie de la Lombardie était , nous dit Polybe, une foret marécageuse qui nourrissait un nombre prodigieux de cochons, ou, si l'on veut, de sangliers. Il serait à désirer qu'elle eût plus long-temps demeuré dans cet état.

Les moutons , de ce côté des Alpes , ont plusieurs points de ressemblance avec ceux de l'antiquité, le nez arqué, les oreilles pendantes; ils sont hauts sur jambes , et tels enfin qu'on les voit représentés dans quelques bas-reliefs. Le manteau des bergers, rejeté sur l'épaule gauche, a aussi quelque chose d'antique.

On rencontre les notables du pays ( les messieurs et les dames) en cabriolets dorés, usés, jamais lavés, et que tire un malheureux cheval de l'apocalypse , attelé de cordes qui lui déchirent les flancs, et que l'on roue de coups de fouet. C'est le petit laquais monté derrière, mal vêtu , les jambes nues et toutes rouges de marc de raisin , qui les administre par-dessus la tête de son maître et de sa maîtresse, en poussant des cris de charretier. Nonobstant ce portrait, on voit ici I. 3

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une assez belle race de chevaux de trait , noirs , à tous crins , à l'encolure forte et au trot élevé , véritables descendants du cheval antique qui ne ressemblait guère à celui d'Arabie, Ces pesants chars à l'antique, que j'ai déjà décrits, sont maintenant encore en pleine activité , portant un seul tonneau rempli de raisin, et pourtant attelés de trois fortes paires de bœufs , quelquefois de quatre , tant le char lui-même et son attirail de chahies sont pesants. On voit rarement ailleurs un tel luxe de moyens déployé pour si peu de chose. Ces boeufs sont d'un beau gris cendré; la pointe de leurs immenses cornes est ornée d'une boule d'acier poli, et, ce que l'on croira difficilement, pour garantir leurs flancs des mouvements de leur queue , qui pourrait les salir, on l'assujétit de côté avec des rubans et même avec des guirlandes de fleurs artificielles.

Les saules et les peupliers, dont les branches, mises en coupe réglée , fournissent tout le bois de chauffage, contribuent pour leur bonne part à la laideur du paysage. Nous ne vhnes sur la route qu'un seul établissement d'agriculture considérable , situé quelques lieues au-delà de Vicenza , encore la physionomie des paysans, leurs vêtements et leurs maisons, n'indiquaient pas l'aisance.

Venise, 19 octobre. — L'herbe croît dans les rues de Padoue , et cet antique berceau des sciences parait bien déchu. Les guenilles des habitants

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