‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 20 sur 126 · LES MAGISTRATS. B · texte numérisé non relu

LES MAGISTRATS. B

plus que l'ombre de ce quelle fut autrefois, a donné naissance au Phidias moderne, à l'illustre Canova, et l'un des premiers fruits de son génie , le groupe de Dédale et Icare, mis en vente par lui-même à la foire annuelle de l'Ascension, existe encore à Venise dans le palais Pisani. Lorsque tout le reste de l'Europe était encore plongé dans la barbarie du moyen âge, on vit Pétrarque distingué à Venise. A l'occasion d'une fête publique, ce créateur de la littérature moderne fut placé à la droite du premier magistrat de la république , qui, en conférant cet honneur au poète, s'en fit plus à lui-même. Pendant neuf cents ans, c'est-à-dire du septième au seizième siècle, les richesses et la civilisation de Venise étonnèrent toute l'Europe, qui n'offrait alors rien de comparable ; et sa marine rivalisa avec celle des plus puissants états. Soumis à un gouvernement qui réunissait tous les pouvoirs créés arbitrairement, mais dont la tyrannie ne pesait que sur les hautes classes de la société, le peuple vénitien ne savait pas qu'il était esclave. Ses maîtres lui rendaient bonne et prompte justice, dans tout ce qui ne concernait pas la politique, et, sous leur bon plaisir, il était libre de fait, sinon en droit. Loin d'en exiger des services onéreux, ou d'en tirer un revenu, l'aristocratie faisait refluer sur lui les immenses richesses qu'elle tirait de sources étrangères. Au reste, tout ceci n'a rapport qu'à la cité de Ve-

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