LA NOBLESSE
désigner, n'étant pas les plus forts, se tenaient à ''écart, s'effaçaient avitant que possible. Maintenant ce sont les Bonapartistes ou Parvenus ou Libéraux qui se cachent dans les coins , d'où les autres viennent de sortir. De part et d'autre les dénominations odieuses ou ridicules ne sont pas épargnées , mais c'est tout ce qu'on ose. Il n'y a pas assez de vigueur intellectuelle pour alimenter les factions; on n'a d'énergie que pour les plaisirs sensuels , tout au plus , et de passion que pour le jeu : aussi les nouveaux maîtres de Venise n'ont-ils rien à craindre. Voilà ce que les Vénitiens un peu éclairés disent d'eux-mêmes et de leur pays.
On comptait à Venise neuf cents familles nobles, et la généalogie d'un certain nombre d'entr'elles remontait aux croisades ; quelques - unes , bien plus anciennes encore, avaient pour ancêtres les fondateurs de la république. Il ne reste de toute cette noblesse que quinze familles à leur aise , et trente qui sont dans l'indigence. La fortune des premiers est en terres , cultivées par des métayers à moitié produit; le blé et le maïs, reçus en nature, sont versés sur le pavé de marbre du maître, dans sa galerie de tableaux et parmi ses statues. Il vend lui-même ses denrées , habite un recoin mal meublé de ce palais et se nourrit de macaroni au fromage, s'il veut économiser le restaurateur. IN'ayant aucun goût pour la campagne, ces