LE DOGE ÉPOUSE LA MER. ^I
le brûlèrent pour profiter de la dorure (i); s'il n'eût pas été trop vieux, ce monument flottant de la grandeur nationale aurait été envoyé par mer à Rouen et de là à Paris pour y figurer parmi les autres fruits de la victoire ; ce qui après tout n'aurait pas été plus insolent que d'y faire venir le doge de Gènes comme un grand monarque avait fait cent ans auparavant. Les passages navigables, par lesquels les bateaux chargés peuvent encore traverser les lagunes, se comblent tous les jours faute de soins. Le limon de la Brenta, de la Piave et d'autres rivières augmente les bas-fonds. Le temps approche où Venise ne sera plus qu'une grande ruine au milieu de marais pestilentiels, et déjà l'air n'est pas sain en automne; il y meurt alors douze personnes par jour sur une population réduite à moins de cent mille âmes. Sous rinfluence des causes de décadence actuelles, on peut assez prévoir sa destinée.
Tout le monde sait que le doge de Venise épousait solennellement la mer tous les ans ; mais l'origine et les circonstances de cette singulière coutume ne sont pas également connues. Dans rannée 9^7 les Vénitiens subjuguèrent le peuple de Narenta^ ville située de l'autre côté de l'Adriatique et habitée par des pirates, dont les Vénitiens , qui probablement ne valaient guère mieux,
(i) Cette dorui-e avait coûté , quarante ans auparavant, la somme énorme de 60,000 sequins d'or (780,000 fi'ancs.)