‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 30 sur 126 · LA MESSE · texte numérisé non relu

LA MESSE

qui dépêchait le sacrifice de la messe avec cette irrévérente prestesse qui étonne si tort les étrangers ; tous se levant, s'asseyant, s'agenouillant, tournant d'un côté et d'un autre, sans aucun concert entre eux. Honteux à la fin de notre immobilité au milieu de cette agitation générale , nous nous retirâmes tout doucement dans un lieu écarté. Enfin la messa cantata commença; mais à notre gré , les maigres accords de quelques violons remplaçaient mal la puissante harmonie de l'orgue, et quant au caractère de la musique, il suffira de dire que nous eûmes un solo de violon dans lequel l'artiste fit des tours de force sur le manche de son instrument, pour la plus grande édification des fidèles. « Le plain chant, dit Rousseau, « reste bien défiguré , mais bien précieux de l'an- « cienne musique grecque , est encore préférable t( de beaucoup, même dans l'état où il estactuel- « lement et pour l'usage auquel il est destiné, à « ces musiques efféminées et théâtrales, ou maus- « sades et plates, qu'on y substitue dans quelques « églises, sans gravité, sans goût, sans convenance « et sans respect pour le lieu qu'on ose ainsi proie faner. »

Les tableaux revenus de Paris ont été placés ensemble dans une salle de l'académie des beauxarts, où nous passâmes quelques heures à les contempler ; mais comme les heures paraissent longues à la lecture, je me dispenserai d'en rien

dire, ainsi que des statues, à l'exception d'un groupe moderne représentant Virginie poignardée par son père. Celui-ci n'est qu'une belle figure académique; mais Virginie est digne de l'antiquité. C'est l'ouvrage d'un artiste contemporain, Jacomo Deinaria , de Bologne. Canova, dit-on, est souvent venu voir ce chef-d'œuvre et en fait le plus grand éloge. Les palais sont encore plus ingrats à décrire que les tableaux; c'est pourquoi je ne dirai rien du palais Marescalchi, du palais Zambeccari , ni des autres , quoique nous les ayons vus.

Ceux qui, en 1799, enlevaient l'argenterie des églises et les tableaux du musée , voulurent en revanche faire un beau cimetière , où les grands hommes eussent des monuments somptueux (i), et où les morts ordinaires trouvassent au moins de la place et pussent en jouir le temps nécessaire pour rentrer dans la poussière, avant d'être délogés par d'autres. Tout était au mieux jusquelà; mais l'emplacement ayant déjà servi de cimetière, les anciens morts furent appelés à jouer un rôle forcé dans la décoration moderne, et ces conscrits de l'autre monde, tirés du sein de la terre où ils reposaient, ont été rangés en bataille le long des murs , à la manière des catacombes à Paris, où les mêmes gens ont fait la même chose, par suite de ce goût pour les expositions tliéâ-

(1) Quelques-uns sont l'ouvrage de Jacomo Demaria.

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