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lui-même du pays (i) possède toute rexpériencé d'un Italien, sans en avoir les préjugés. Les paysans de cette province ne sont point propriétaires, ils n'ont pas même un bail de la ferme qu'ils cultivent de père en fils, depuis plusieurs générations; mais leurs engagements tacites avec le propriétaire du sol n'en sont pas moins fidèlement remplis. Il n'est pas rare de rencontrer sous le même toit trente ou quarante individus, appartenant à différentes branches de la même famille , en communauté absolue d'intérêts , sous la direction d'un chef qu'ils choisissent entre eux, et qui se trouve seul responsable envers le propriétaire. C'est lui qui dirige l'exploitation, tandis que sa femme gouverne l'intérieur; une ou deux des autres femmes prennent soin de tous les enfants, pendant que les pères et mères sont aux champs. JSous aidons perdu un enfant la nuit fi'er/zz'è/e, disait une d'elles, qui pourtant n'était point mère elle-même. Il règne, en général, la plus parfaite union dans ces tribus d'Israël, où tout est bien ordonné dans l'intérêt de tous. Lorsque le chef devient trop vieux ou se montre incapable, on en nomme un autre qui succède aux engagements de son prédécesseur, ainsi qu'à l'exercice de ses pouvoirs. Quelquefois le fermier paie une redevance fixe ; mais le plus souvent, il partage à moitié les produits vendables avec le propriétaire , et paie également la moitié
(i) M. Crud , du canton de Vavid.
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des impôts assis sur le fonds. Il est rare que le propriétaire prenne la peine de surveiller le battage du grain ou son partage; mais il fait son choix entre les monceaux préparés par le métayer, et le grain est porté chez lui. Il en est de même du chanvre; ce n'est que lorsqu'il est tout broyé et réuni en tas ou en ballots, que le partage a lieu. Les raisins se recueillent dans des tonneaux ouverts placés sur les chars déjà décrits , et le métayer en envoie au propriétaire un nombre égal à celui qu'il garde, sans qu'il soit d'usage non plus de surveiller cette opération.
Le propriétaire se trouve ainsi , jusqu'à un certain point, associé aux opérations agricoles du cultivateur; il est à portée de le connaître intimement, et il s'établit des relations d'une grande importance morale et politique entre deux classes de la société, qui, sous le régime des baux à rente fixe , se trouvent tout-à-fait étrangères l'une à l'autre. Le pays contient un grand nombre de villes ou de bourgs , mais fort peu de villages , les habitations rustiques étant ^chacune placée sur le domaine exploité. 11 en résulte moins de rapports sociaux entre les diverses familles, mais aussi beaucoup moins de risque d'épidémies, soit parmi les hommes, soit parmi le bétail. Ces associations patriarcales jouissent de beaucoup d'aisance, mais elles possèdent fort peu d'argent; plies consomment une grande partie de leurs pro-
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duits, achètent et vendent peu. On élève beaucoup de volaille, et les paysans mettent de temps en temps la poule au pot. Les femmes filent et tissent, et même savent teindre. Comme il n'y a ni pierres, ni gravier dans le pays, elles vont ordinairement nu-pieds, et il n'est pas rare en été de les rencontrer endimanchées, portant, comme en Ecosse , leurs souliers d'une main et de l'autre leur éventail, dont elles savent fort bien faire usage. Les divertissements des paysans se réduisent à peu près au jeu de boules ; ils n'ont ni danses, ni réunions bruyantes, mais ils ont en revanche, de belles processions accompagnées de musique , de décharges d'artillerie , et souvent même . suivies de courses de chevaux. Le vin est trèsabondant , et cependant il y a peu d'ivrognes, rarement des rixes sanglantes, et le vol n'est pas fréquent , au moins le vol domestique. Les routes sont en général plus sûres au-delà du Pô que dans la Lombardie, sans que la police autrichienne soit moins active; mais dans le IMilanais, les propriétés, divisées en grandes fermes, sont exploitées par des journaliers pauvres et qui ne tiennent à rien, tandis que dans la Romagne, les métayers, qui travaillent pour leur propre compte, vivent dans le bien-être , n'ont pas la tentation de voler, et n'ouvriraient pas chez eux d'asile au brigandage. L'éducation du peuple des campagnes est presque entièrement abandonnée aux curés.
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qui probablement ne s'en occupent guère, car on rencontre peu de paysans qui sachent lire et écrire. Dans les familles nombreuses , il est d'usage de consacrer un des fils à l'église; on l'appelle le prêtre don Pierre, don Augustin , don^ etc. etc., et il devient l'oracle de la famille; cependant on n'a plus de liaisons intimes avec lui , on ne l'appelle plus mon frère. Au fait, le clergé est envisagé comme une classe à part, dont les intérêts n'ont rien de commun avec ceux du reste de la société. Les moines forment en outre autant de classes distinctes qu'il y a d'ordres différents. Le rétablissement des ordres mendiants en 1816, pendant la plus cruelle disette , fut très-impopulaire , car on crut y voir une mesure d'économie par laquelle le gouvernement papal avait compté se débarrasser de la pension alimentaire que ses illégitimes prédécesseurs faisaient aux moines défroqués, qui furent ainsi forcés de reprendre la besace.
Les marais de Comachio couvrent tout un pays qui n'est ni terre ni mer, et qu'une digue dé sable amoncelée par les vagues sépare dé l'Adriatique. Cette espèce de golfe , qui est devenu ce que les lagunes de Yenise deviendront, pourrait facilement être tout-à-fait comblée si l'on y jetait le Pô, qui, charriant constamment beaucoup de limon , forme des atterrissements à son embouchure, et refoulé par les vents de l'est et du nord, remonts
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souvent entre ses digues à une hauteur qui met tout le pays en danger. Pendant les invasions des barbares du moyen âge, ces marais protégèrent la Romagne; mais rien ne préserve des invasions modernes , qui d'ailleurs n'ont plus des conséquences aussi funestes, et il ne reste aucune raison valable pour consei'ver ces marais.
Le Bolonais présente l'aspect d'un sol riche et d'une belle culture; ses campagnes, ornées de pampres entrelacés aux ormeaux, forment un tableau d'abord ravissant, mais qui finit par devenir monotone tant il est régulier. Entre ces lignes d'arbres, on voit des céréales que leurs pesants épis entraînent à terre, ou du maïs également vigoureux, surtout des chanvres qui n'ont nulle part leurs pareils, tant ils sont élevés et d'une brillante végétation. Partout la charrue trace ses sillons; on ne voit jamais de prairies naturelles, et les prairies artificielles entrent pour fort peu dans le système d'assolement. On s'étonne de voir des bestiaux nombreux et si beaux dans des fermes dont le rapprochement annonce le peu d'étendue, et où la cour, au milieu de laquelle se trouve l'habitation rustique , est le seul espace qui promette une récolte de fourrage; mais l'industrie y a pourvu. Au printemps, les blés donnent les premiers indices de végétation dans ces riches terres , où ils alternent avec le chanvre ; le métayer les tond une , deux et même
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Irois fois, pour diminuer leur vigueur et empêcher qu'ils ne versent avant leur maturité; il distribue à son bétail le produit de cette opération , mélangé avec de la paille , reste de la récolte précédente; lorsqu'il est dans la disette, il recourt souvent à l'écorce des branches élaguées de l'ormeau qui porte la vigne; et cette écorce hachée est un fourrage assez nourrissant. Il commence ensuite à arracher l'avoine et les mauvaises herbes qui se trouvent parmi ses froments , et leur donne la même destination. Il recueille quelque peu de trèfle ou d'autres fourrages semés en automne, sous les lignes d'arbres, dans les intervalles du chanvre. Vient ensuite la dépouille du maïs , l'orge d'hiver qu'il a semé parmi les fèves , puis les vesces, le fenugrec, le maïs semé au printemps. En juillet , le métayer commence à effeuiller ses arbres; d'abord les chênes, dont la feuille est la plus mauvaise, les peupliers, puis les ormeaux : cette opération est pour lui d'une grande ressource. Après la moisson, il fait pâturer ses bêtes sur les portions de ses champs qu'il n'a pas encore rompues ; il a soin d'avoir du maïs ou du millet à donner en vert à ses bêtes de labour, et il y joint des feuilles de vigne. Le marc de raisin, la paille et le chaume, et une petite quantité de foin récolté dans la cour, au bord des champs et des fossés, ou quelquefois acheté, forment toute la nourriture d'hiver. S'il y a di-
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sette de fourrage ou que l'on prépare les bétes pour la vente, on donne à celles-ci un peu de grain, c'est-à-dire des criblures de froment, des fèves ou de l'orge. On sème fort peu d'avoine dans ce pays-là.
Nous venons de voir qu'il existe en Italie et dans le Bolonais, quoique Bologne ne soit pas réputée la ville la plus morale de l'Italie, des moeurs tout-à-fait patriarcales. Je citerai im exemple très-remarquable de ces mêmes mœurs, qu'il faut , à la vérité , aller chercher au pied des Alpes et presque hors de l'Italie. Près du Mont- Rose, dans le district de Varallo (Lombardie), se trouve un bourg de douze cents âmes, appelé Alagna, où, depuis quatre siècles, il n'y a pas eu un seul procès civil ou criminel , et pas un seul acte passé par-devant notaire. Dans les cas rares d'inconduite ou de faute grave, l'individu coupable est bientôt obligé de s'éloigner. Une fois, leur curé se trouva dans ce cas-là, et pendant près d'une année qu'ils furent privés de pasteur, un de leurs anciens faisait la prière à l'église aux heures ordinaires du service. L'autorité paternelle est absolue ; elle dure toute la vie , et les pères disposent de la totalité de leurs biens comme bon leur semble, sans testament écrit, la déclaration verbale de leurs dernières volontés étant toujours respectée. Un habitant d'Alagna mourut il n'y a pas bien long-temps , laissant sa
fortune, considérable pour ce pays-là ( 1 00,000 fr.), à d'autres qu'à son héritier naturel. Celui-ci rencontrant bientôt après, dans la ville voisine, un avocat de sa connaissance , apprit de lui que les lois, ne reconnaissant point la coutume d'Alagna, le mettraient bientôt , s'il voulait , en possession de l'héritage dont il avait été si durement privé. L'avocat offrit ses services, qui furent d'abord rejetés ; mais ensuite le parent déshérité demanda du temps pour y penser. Pendant trois jours on le vit inquiet et rêveur, occupé, disait-il à ses amis, d'une affaire importante. A la fin, il fut trouver l'officieux avocat, et lui dit simplement: « Ce que vous me proposez ne s'est jamais fait chez nous, et ce ne sera pas moi qui en donnerai l'exemple. » L'infidélité conjugale est inconnue à Alagna, bien qu'avant le mariage les femmes n'y soient pas toujours chastes ; mais il n'est pas rare qu'elles trouvent un mari qui adopte l'enfant d'un premier amour malheureux. Malgré toutes les révolutions qui pendant vingt ans ont ravagé l'Italie, ces gens-là ont conservé leurs mœurs et leurs usages. Lorsque la conscription les atteignit, ne voulant pas servir, ils firent une bourse commune pour se procurer des remplaçants , et ne marchèrent qu'à la dernière extrémité. Tous ceux que la mort épargna sont depuis revenus dans leurs foyers, et l'on y a aussi vu rentrer im médecin distingué- qui avait résidé long- temps dans
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les pays étrangers. Deux habits de noce fort antiques , l'un pour homme et l'autre pour femme , sont conservés à la maison commune, et ceux qui se marient , pauvres ou riches , s'en revêtent pour la cérémonie. On croit reconnaître dans les belles physionomies ovales des gens d'Alagna une ressemblance de famille avec les habitants de roberland bernois, c'est-à-dire l'origine danoise; et leur dialecte confirmerait cette opinion.
Les Italiens , dès long-temps subdivisés en un grand nombre de petits états sous différentes formes de gouvernement , ne sont point un peuple homogène, et il serait peu exact, ainsi que peu juste, de les juger en bloc.
Florence , 28 octobre. — Nous sommes partis ce matin , deux heures avant le jour, pour dérober nos mouvements à l'ennemi, c'est-à-dire aux voyageurs arrivés dans notre auberge , qui , ainsi que nous et tant d'autres, se précipitent vers Rome en si grand nombre, que la poste et les auberges n'y suffisent pas. Chaque corriere (domestique voyageur), s'il sait son métier, commence, en arrivant le soir, par faire une reconnaissance , c'est-à-dire par s'assurer du nombre des autres voyageurs et de leurs projets pour le lendemain , ayant soin de représenter ses maîtres comme très-paresseux, d'une santé délicate, se levant tard , voyageant à très-petites journées. Il se dit fatigué au dernier point de cette lenteur :
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cela lui attire la confiance de ses confrères les carrière; et s'ils sont moins rusés que lui, il en obtient les lumières nécessaires. Ainsi préparé, il va rendre compte à ses maîtres de ce qu'il a appris. Vingt voitures en départ au point du jour, tous les chevaux retenus, il faudra attendre leur retour (cinq heures au moins), ou partir les premiers. Enfin on se laisse persuader, et dès le milieu de la nuit on est en route, ce qui est moins dangereux qu'immédiatement après le soleil couché ; car les voleurs dorment et ne se dérangent pas pour vous. Le point d'honneur des carrière est de se devancer l'un l'autre. L'objet de la plupart des voyageurs est d'arriver, et l'intérêt qu'ils portent à ce qu'on pourrait voir d'une grande ville à l'autre n'est pas assez vif pour leur faire préférer le jour à la nuit.
La route qui traverse l'Apennin est excellente , et sa pente aussi douce que celle du Simplon, ce qui n'empêche pas qu'on ne vous donne des bœufs pour monter; le point culminant n'excède guère 35o toises au-dessus de Bologne. Les paysans savent profiter du moindre morceau de terre sur le flanc delà montagne, quelque escarpé qu'il soit; et malheureusement pour le pittoresque , ils ébranchent tous les arbres jusqu'au vif, excepté le châtaignier; sous leurs mains, les chênes ressemblent aux malheureux saules dans leur état de domesticité. L'aspect de l'Apennin sur cette
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i-oute, a plus de rudesse que de grandeur: au lieu de rochers l'on voit des pierres éparses, et la végétation est chétive. Dans l'après-midi, nous essuyâmes un violent orage; au plus fort de la tourmente, un éclair éblouissant nous enveloppa, et la détonation fut instantanée; les chevaux donnèrent un violent coup de collier, les bœufs mêmes coururent un instant à la montée , et les postillons couchés sur le cou de leurs chevaux firent des signes de croix redoublés. Revenu de la première surprise, car on n'eut pas le temps d'avoir peur, chacun voulut rendre compte de ce qu'il avait éprouvé ; l'un avait vu un globe de feu; l'autre avait ressenti un coup sur le dos, sur la poitrine ; un troisième avait perdu la respiration, senti l'odeur du soufre, etc. etc. Un grand châtaignier, à notre gauche, avait paru enveloppé de feu, ses feuillee ainsi que ses branches en flammes avaient été emportées par le vent : la pluie cependant était tellement violente, que si on se fût arrêté pour examiner l'arbre, on n'aurait rien découvert.
Nous venions de lire dans le voyage de Forsyth im passage alarmant sur Pielra Mala (pag. 384), où nous devions coucher; et trouvant bientôt après une auberge qui n'avait pas trop mauvaise apparence , nous pensâmes qu'il valait mieux y rester que de pousser jusqu'au redoutable Pielra Mala. Établis auprès d'un bon feu dans la