IMITATIONS AN ATOMIQUES
elle vient après la danse de rejoindre sa mère , et paraît hésiter timidement à acceptera la main du danseur qui se présente , partagée comme elle est entre le désir, franchement avoué , de recommencer, et la crainte de n'avoir déjà que trop dansé, mais sans mélange de calcul d'aucune espèce. Ingénue et sensible, un seul regard tendre et inquiet de sa mère la décide et lui fait refuser, de la meilleure humeur du monde , l'offre qui lui a été faite ; vous la voyez s'enveloppant de sa pehsse pour partir. Yoilà , lui dis-je , une jeune Anglaise telle que vous en trouveriez partout en Angleterre , si ce n'est que par erreur la nature fit naître celle-ci en Russie. A cela il secoua la tète d'un air d'incrédulité.
J'avais des lettres pour M. F... et pour le prince
C , tous les deux secrétaires d'Etat; mais ni
l'im ni l'autre ne reçoivent chez eux ni ne tiennent leurs ménages; le prince C qui a un trèsbeau palais, dîne chez le restaurateur. M. le chevalier de F eut la bonté de m'accompagner
au palazzo uecchio, où les ministres travaillent, et envoya son nom pendant que nous attendions sur l'escalier. « Il faut, disait-il, que je vous donne une leçon de diplomatie; nous pouvons nous arrêter ici à causer, sans conséquence, mais il ne faut pas faire antichambre! »
Le célèbre cabinet d'imitations anatomiques en cire occupe quinze chambres du Musée; on y
voit représentés avec une exactitude parfaite de grandeur, de forme et de couleur , toutes les parties du corps humain; et quelques-uns des organes les plus délicats, tels que celui de l'ouïe, sont imités à part dans de plus grandes proportions. Il se pourrait que les hommes de l'art y trouvassent des défauts qui heureusement m'ont échappé, de sorte que le plaisir de l'admiration m'est resté dans son entier. Les secrets du sein maternel sont ici dévoilés sans immodestie, car la mort n'a point de sexe, et l'imagination, à son aspect, s'élève à de tout autres impressions que celles des sens. Dans la contemplation de cette structure merveilleuse , dont les plus petits détails proclament un plan, une providence, une cause finale, il n'y a plus de dégoûts, plus de terreurs, et les traces d'intelligence qui errent encore sur ces physionomies inanimées, si pâles, si calmes, si inaltérablement sereines, semblent porter des paroles de paix et d'espérance à celui qui ose les contempler. C'est beaucoup , pour nous autres mortels, que d'enlever à la mort ce qu'il y a de chimérique dans les craintes qu'elle inspire , il en restera toujours assez de bien fondées.
Un voyageur en Italie est obligé de voir des palais et des églises; quoi qu'il en dise, ses livres, ses compagnonsde voyage, son Ciœronele poussent, il faut aller; mais le lecteur n'en lirait pas volontiers la description et je ne l'arrêterai qu'un instant sur ce sujet.
Il poggio Impériale est très-vaste ; il occupe les quatre côtés d'un immense rectangle , et vous parcourez une suite infinie d'appartements trop modernes, trop bien meublés et trop bien tenus, trop peu italiens enfin , pour intéresser ceux qui viennent voir l'Italie. Parmi tant de pièces, la seule dont j'aie conservé le souvenir, est une espèce de rotonde dont les parois unies et sphériques représentent, en peinture, un lointain vaporeux et le ciel; des arbres, des chiens et quelques autres figures, fortement marquées sur le premier plan, font ressortir le vague du paysage ou plutôt l'éloignent davantage, et l'illusion est complète. II ne manque à cette décoration que d'être éclairée comme les panoramas. Les jardins de ce palais, que nous n'avons vus que des fenêtres, sont dans le genre classique négligé , et unissent tout ce qu'il y a de pire dans les deux genres, l'encombrement et le désordre en lignes droites.
Palazzo Pitti. Les pierres de taille de son soubassement forment certaines protubérances symétriques qui portent le caractère de la solidité et du pouvoir de résistance ; c'était le goût des quinzième et seizième siècles, né des circonstances orageuses de ce temps-là. L'intérieur est tout d'or, de marbre et de pierres précieuses. Il y a telle table en mosaïque qui a coûté quinze, vingt, jusqu'à vingt-cinq ans de travail, à plusieurs artistes réunis. Les objets représentés dans ces mosaïques
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sont des fleurs, des instruments de musique, des animaux vivants, et l'on n'en saurait trop admirer l'exécution. Je ne dirai rien des tableaux qui forment cependant une très belle collection. Il y avait fouie autour de la célèbre Vénus de Canova, qui a son cabinet à part dans ce palais. Moins nue que la Vénus de Médicis, elle est plus voluptueuse et moins faite pour être montrée à tous les yeux ; mais c'est ce que Canova a encore produit de plus parfait. Les jardins appelés Boboli sont fort admirés; en effet, suivant le goût du pays , on y trouve de nombreuses terrasses avec leurs balustrades et leurs statues; des pierres et du mortier partout, et ce qui n'est pas muraille, est charmille taillée pour imiter des murs. La vue domine sur toute la ville. Le grand duc, qui demeure au palais Pittî^ se promène sans gardes et en simple particulier dans ces jardins ; c'est un prince affable et bon et dont les intentions sont excellentes.
Palazzo Riccardi. Quoique bâti sur les dessins de Michel-Ange, il n'est pourtant remarquable que pour avoir été la Casa dé Medici. Les appartements que cette illustre famille occupait, sont à présent dans le plus triste état de délabrement ; de vieilles tapisseries pendent en lambeaux sur les murs, les plafonds dorés sont comme récrépis en noir par les mouches, et il y a sur les planchers un bon doigt de poussière historique.
Le Duomo ( c'est ainsi que les cathédrales sont
LES PALAI S. 127
appelées en Italie ) est un vaste édifice , bâti en briques, et revêtu de panneaux de marbre. Il y a quelque chose d'imposant dans le nom d'édifice de marbre , mais l'effet n'y répond pas. Le marbre poli a un plus mauvais effet que le marbre brut, et celui-ci ne vaut pas la pierre de taille ordinaire; mais ce qu'il y a de pire est le marbre varié. L'architecture et la sculpture veulent des formes sans couleur. Le Diioino n'est ni grec, ni gothique, quoiqu'il date de l'époque de ce dernier genre d'architecture, et ce sont ses dimensions seules qui lui donnent de la grandeur ; on dit que Michel- Ange conçut l'idée du dôme de Saint-Pierre en voyant celui-ci. L'intérieur, quoique gâté par une enceinte de colonnes grecques autour du chœur, est cependant très beau; mais la musique que nous y avons entendue nous a semblé peu digne du lieu. La tour isolée qui s'élève tout à côté de la cathédrale et qui lui sert de clocher, est si belle, que Charles V disait qu il aurait voulu la faire mettre sous verre. La chapelle des Médicis, c'està-dire leur tombeau, commencé il y a trois cents ans, n'est pas encore tout-à-fait achevée. C'est un cabinet de marbres rares plutôt qu'un monument sépulcral.
Santa-Croce présente l'aspect d'une montagne de briques qui attend son revêtement de marbre et l'attendra long-temps ; je n'en parle qu'à cause des illustres morts qui y reposent. Le tombeau
raS FiESOLE-
de Michel-Ange est décoré de son buste fait par lui-même; celui de Vittorio Alfieri est de Canova. « Ce fut ici, dit madame de Staël, en se promenant dans l'église de Santa-Croce , qu Alfieri sentit pour la première fois l'amour de la gloire, et c'est là qu'il est enseveli. L'épitaphe qu'il avaitcomposée d'avance, pour sa respectable amie madame la comtesse d'Albany et pour lui, est la plus touchante et la plus simple expression d'une amitié longue et parfaite (i). «
Ici reposent encore Galilée, Aretin , Machiavel ; ce dernier est représenté balançant le poids d'une épée avec celui d'un rouleau de papier.
Tout près de Florence, sur le penchant de l'Appennin , on voit Fiesole ou plutôt le site de cette ville antique, détruite il y a huit siècles par les Florentins. Ce mauvais procédé entre voisins semble n'avoir eu pour but cpie de faire servir les matériaux à embellir leur propre ville, et cependant partout où l'on fouille dans les huit ou dix pieds de terre accumulés, on ne sait comment, sur l'ancienne cité , on trouve encore des débris précieux. Il y a seulement cinq ans que l'on découvrit la base d'un vaste amphithéâtre, et depuis lors, les restes d'un temple dont on fait à présent une église. La vue de Fiesole s'étend sur la plus grande partie du célèbre Val d'Arno. 11 est tout gris d'oliviers, et les montagnes de l'autre coté de
(i) Corinne j 5' vol.. page 261.
F 11^ son:. I2Q
Içi vallée sont également grises, mais c'est de stérilité. Cependant, le paysage sans roches sourcilleuses, sans beaux-arts, sans eaux (car l'Arno, de cette hauteur, ne semble qu'un petit ruisseau), est encore admirable parce qu'il est vaste et vague. Le paysan qui nous servait de guide , fort au fait des ruses du clergé payen, nous montrait, parmi les ruines d'un temple, la cachette d'où le prêtre, qui faisait le dieu, avait coutume de rendre ses oracles, et le conduit par lequel passait sa voix. Ce cicérone rustique et tous les autres habitants du \illage, qui est sorti des ruines de Fiesole et en conserve le nom, étaient bien vêtus, excepté pourtant la caste mendiante , qui portait ici comme ailleurs le costume obligé des guenilles. Tous avaient des médailles et des pièces de monnaie antique à vendre. Je n'ai jamais pu comprendre pourquoi les Romains semaient ainsi partout leur argent, et en telle quantité, qu'après en avoir ramassé pendant tant de siècles on en trouve encore tous les jours. Dans quelques milliers d'années , lorsqu'on déterrera Paris ou Londres du milieu des champs, l'on n'y trouvera pas beaucoup de louis d'or ni de guinées; ce qui indiquera que l'état de la société était plus sur et plus tranquille de notre temps , qu'il ne l'a été sous l'empire romain.
La pente de l'Apennin est parsemée de maisons de campagne grandes ordinairement et très or-
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nées , mais qui , vues de près , ne répondent pas à l'idée que l'on s'en forme à distance. Les jardins sont petits, négligés, encombrés de murs, bâtis enfin plutôt que plantés; et l'on s'étonne de ne pas y trouver des orangers de marbre, comme l'acanthe des chapiteaux corinthiens; cela serait en harmonie avec le reste. Au-delà de l'étroite enceinte du jardin, tout est vigne, oliviers et mûriers. Il y a pourtant à Florence de magnifiques arbres, qui forment une promenade publique le long de l'Arno, et que l'art a respectés. Les quais de Florence sont beaucoup plus beaux que ceux de Paris , et l'Arno, retenu par des écluses au-dessous de la ville, a précisément la largeur de la Seine aux Tuileries , ses ponts ayant , comme le Pont Royal, 120 grands pas de longueur. Le pavé des rues est composé de grandes dalles, sur lesquelles les voitures roulent sans effort, mais non sans danger pour les chevaux , qui glissent et s'estropient. Les palais ressemblent à celui du Luxembourg, surtout par la taille des pierres en relief; et leur solide magnificence a peu de grâce. Les gens du peuple en Italie satisfont sans se gêner aux besoins les plus grossiers en plein jour, dans la rue, devant tout le monde, comme s'ils étaient seuls (i). « Ils ne font rien parcequ'on les
(1) Les Grecs, à Paris , s'étonnent beaucoup et sont trèsscandalisés d'y trouver des habitudes à peu près semblables. Elles sont vues du même oeil par les Turcs . et les
LES MOEURS. l3l
« regarde, dit l'auteur de Corinne, et ne s'abs- « tiennent de rien parce qu'on les regarde. »
Cette remarque peut avoir été faite à l'occasion d'autres habitudes nationales et concerner d'autres classes de la société ; mais elle s'applique avec une égale justesse à toutes les classes dans toutes les circonstances. Les Italiens me paraissent être moins artificiels , et beaucoup plus près de la nature que leurs voisins. La vanité, le désir de paraître entrent pour peu de chose dans leur caractère; il leur faut des plaisirs qui les touchent de près , et peu leur importe ce qu'on en pense. Si les motifs qui les font agir ne sont pas d'une nature bien relevée , au moins sont-ils simples et vrais. J'avais souvent remarqtié dans les rues de grandes croix appliquées aux murs avec le mot rispetto^ en grosses lettres , sans en deviner l'objet, lorsqu'il m'arriva d'observer un personnage prêt à se mettre à son aise contre un mur, évitant avec soin les croix et les rispetlo , mais se plaçant entre deux sans scrupule. Le signe révéré est ainsi devenu une sorte de mémento de propreté.
La révolution française, et surtout les malheurs de Toulon , avaient jeté sur les côtes de la Toscane une foule de malheureux fuyant leur homicide patrie; ils y avaient été accueillis avec bonté, et vivaient à l'aide de leur industrie sous
habitants du Nord de l'Europe n'en sont guère moins re'voltés.
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l'empire sage et doux d'un gouvernement vraiment paternel. Les circonstances de leur émigration n'étaient assurément pas de nature à leur faire aimer personnellement l'homme qui, depuis, commanda aux destinées de l'Europe , mais qui , à l'époque dont il est ici question , remplissait à Toulon, sous les ordres de Barras et de Dugommier, l'office d'exécuteur des vengeances de la Convention nationale. Bonaparte, cependant, n'eut pas plutôt pénétré en conquérant dans le coeur de l'Italie, il n'eut pas plutôt menacé les frontières de la Toscane , où les exilés avaient trouvé un asile , qu'ils devinrent ses plus zélés partisans , et continuèrent de l'être, lorsqu'il dépouillait et insultait ce pays neutre et allié, le premier qui eût fait un traité de paix avec la République française. Ces gens-là n'étaient, au fond, ni plus ingrats, ni plus méchants que d'autres ; ils n'aimaient probablement ni les excès de la révolution , ni Bonaparte; mais ils aimaient, par-dessus tout, l'éclat de ses victoires. Eiit-il été battu à Marengo, plus de prestige : il avait été sur le point de l'être, mais il ne l'avait pas été ! Les talents militaires , pourvu qu'ils soient heureux, et toujours heureux, sont pour les Français l'objet d'une passion exclusive, contre laquelle il n'y a ni raison, ni reconnaissance , ni expérience , ni intérêt personnel qui tienne. Pourvu que les armées françaises gagnent des batailles , n'importe dans quelle
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cause, ils sont heureux; et ce délire, principe de quelques bonnes qualités, mais source d'un grand nombre de vices, de fautes et de malheurs, mettra toujours les institutions constitutionelles à la merci du pouvoir militaire placé dans d'habiles mains; ce pouvoir étant le seul qu'on sache en France aimer et servir sincèrement. On dit que cela change un peu, et je m'en félicite; mais j'ai bien peur que ce ne soit encore qu'un changement de circonstances ; que la passion dominante , celle de briller et de piT>duire de l'effet , n'ait fait que changer d'objet momentanément, en passant du champ de bataille à la tribune. On joue un rôle comme auparavant.
La douceur des Toscans est proverbiale, mais je ne sais jusqu'à quel point il faut l'attribuer à Léopold, ni s'il les a trouvés ou rendus tels. La peine de mort ne fut, je crois, infligée qu'une fois sous son règne; et le jour de l'exécutioîi, Florence semblait un désert. Ceux de ses habitants qui ne pouvaient pas s'éloigner, se tinrent renfermés chez eux ou dans les églises, qui furent remplies. Pendant la domination française, les punitions militaires faisaient plus de peine aux habitants que leur propre assujétissement. Depuis la restauration , les anciennes lois ont été substituées au code Napoléon, dont on retient pourtant quelque chose: d'où il résulte pour le présent une sorte d'anarchie légale et tous les inconvénients
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de lois rendues ex post facto. Sous le code français, par exemple, toute personne qui signe ou endosse une lettre de change, est soumise aux lois commerciales, d'après lesquelles le montant de la lettre de change protestée peut être exigé du tireur ou des endosseurs par une procédure sommaire; mais suivant les lois de Léopold, il ne suffit pas d'avoir mis son nom à une lettre de change pour être justiciable des lois de commerce; il faut être tout-à-fait négociant; ainsi, tel endosseur d'un effet protesté pourrait se soustraire au remboursement immédiat , tandis que tel autre y serait contraint, sans que ce dernier eût le même recours contre le premier, quoiqu'il tînt la lettre de change de lui. Le grand Léopold lui-même tombait quelquefois dans des erreurs législatives de cette nature, et revenait sur ses pas au risque d'accroître la confusion. On écrivit un jour sur la porte de son palais : molti ordini, pih contrordini : moltissimi disordini l
Les propriétés des communautés religieuses, qui n'avaient pas été aliénées, ont été rendues, et les moines et religieuses recrutent avec activité. Les abus dont on se plaignait sous les Français, ont fait place à d'autres, qui commencent à exciter des plaintes non moins amères qu'en Lombardie ; mais les plaintes en Italie ne vont guère jusqu'à l'insurrection, et l'insurrection finit mal, manque d'imioii et de confiance mutuelle. Lors-
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que Murât se mit en campagne contre une poignée d'Autrichiens , on le laissa seul, et ses Napolitains, qui formaient une fort belle armée, voyant qu'ils n'étaient pas secondés, eurent peur et prirent la fuite au premier feu. Les Milanais, qui se vantent de leur esprit militaire, n'ont rien fait pour s'affranchir du jou^ étranger. Il n'y a d'esprit public en Italie que sur un seul point, la haine de toute domination étrangère; et cependant ils sont plus soumis aux étrangers qu'ils ne le seraient à un prince italien ; car ils ne s'accorderaient, ni sur le choix de l'individu ni sur celui du chef-lieu du gouvernement; tant la jalousie, fondée sans doute sur leurs anciennes rivalités, est invétérée.
Pise , le 9 novembre. Nous sommes venus de Florence ici par la rive gauche de i'Arno en neuf heures et demie, en comptant une heure de détention aux portes de la ville ; les employés de la douane ne voulant pas accepter ce que nous avions donné ailleurs pour ne pas être visités, nous nous obstinâmes et ils nous fouillèrent. Je n'en parle que pour montrer combien les gouvernements, même les plus sages , au nombre desquels on compte celui-ci, tiennent aux anciens abus, et semblent les diwn^v ijer se et tout -à-fait gratuitement. Ces vexations de douanes ne sont qu'un moyen de mettre à contribution les voyageurs au profit de quelques agents subalternes, que l'on peut à peine
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accuser d'infidélité lorsqu'ils se font payer pour ne pas remplir leur devoir à la lettre ; car la chose est connue et tolérée par le gouvernement, qui les paie d'autant moins. Le secrétaire d'état , prince Corsini , m'avait offert un ordre d'exemption de fouilltî, ou pour mieux dire, un ordre en vertu duquel on est dispensé de payer aux douaniers ce qu'ils sont tacitement autorisés à exiger; ainsi , voilà le gouvernement qui les vole après leur avoir permis de voler, et à quoi bon?
Il fut un temps où les républiques de Florence et de Pise étaient cinq fois plus peuplées qu'elles ne le sont à présent, et où de simples négociants disposaient des trésors de l'Asie. Le Val d'Arno était alors pour eux comme une immense villa, et ils y versaient leurs richesses surabondantes; ce n'est plus tout-à-fait cela maintenant, mais deux branches d'industrie s'y sont introduites ; la manufacture de toiles et celle de chapeaux de paille , qui remplacent un peu ces anciens avantages. Cette dernière fabrication a le double mérite d'être domestique, et réservée exclusivement aux femmes qui, participant seules à ses profits, jouissent d'une sorte d'indépendance à l'égard de l'autre sexe, et s'assurent une considération qui est tout en faveur des mœurs sociales.
C'était dimanche, et toute la population du Fal d'Arno se montrait propre et bien mise; au teint fleuri des femmes et à leurs mains blanches , on
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voyait quelles iravaient pas tiavaillé dans les champs. Un corset de soie, fort court, leur marquait la taille et laissait voir du linge blanc comme la neige; le grand chapeau de paille, orné d'ini nœud de ruban ou de quelques fleurs que la saison fait encore naître , les garantissait du soleil ; de nombreuses petites voitures légères, attelées d'un seul cheval, conduisaient ces femmes à l'église. A peine faisions -nous dix milles sans rencontrer une petite ville, ou deux milles sans trouver un village ; et les maisons ou chaumières isolées n'étaient pas à plus de ceijt cinquante toises les unes des autres; même en Angleterre, elles auraient paru propres et bien tenues. Au milieu de toute cette prospérité , le cri lamentable àe famé, famé ^ retentissait autour de nous; car la mendicité, cette lèpre de l'Italie, repoussée de Florence, où l'œil du maître ne doit pas la rencontrer, en est d'autant plus active loin de lui.
Les montagnes de Lucques, qui bordent la vallée de l'Arno, font fort bien dans le paysage; mais le premier plan du tableau n'y répond guère , car l'on chemine entre les murs de clôture de petits domaines de quelques arpents , cultivés avec tant de soin qu'on n'y voit pas un brin d'herbe, ni un arbre auquel on ait laissé des branches.
Pise est , comme Florence, magnifiquement pavée ; c'est un plaisir de parcourir cette ville,
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soit à pied, soit en voiture. L'iVrno, plus large ici, est bordé de quais magnifiques, qui communiquent entre eux par plusieurs beaux ponts, dont l'un est de marbre. On croirait que Pise , réduite, de I20 mille anies, ou même de i8o mille, qu'elle contenait autrefois, à moins de 20 mille, doit présenter l'aspect d'une ville abandonnée , et que les cinq sixièmes au moins des maisons sont vides et en ruines; il n'en est rien du tout, et on bâtit encore : seulement les habitants sont plus grandement logés qu'autrefois. En effet, nous avons trouvé Madame F...., qui nous avait obligeamment invités chez elle, logée dans un palais, qui à Paris se louerait mille louis par an, et ici peut-être pas cent. Le premier étage, seul habité, se compose d'une grande salle , longue de 4^ pieds et large de 27 , dont le plafond est sculpté et doré, de deux salons, d'environ 3o pieds sur 25, d'une grande salle à manger et de cinq chambres à coucher , sans compter les chambres de domestiques ; le rez-de-chausséè et le second étage, de la même étendue, ne sont point occupés. La plupart des fenêtres donnent sur l'Arno et ses magnifiques quais. Arrivés à la porte de cette belle maison (Palazzo Lanfranchi ) , ce ne fut pas sans difficulté que nous pûmes nous faire jour à travers la foule de mendiants qui l'assiégait. On voyait là tout ce que la misère a de plus hideux; hommes, femmes, enfants demi -nus, rongés