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au traité que nous avions fait en haut, mais qui, par la connaissance qu'ils en avaient, faisaient assez voir qu'ils y avaient participé. Parmi eux on voyait un paysan, de qui nous avions acheté des raisins, pour le paiement desquels il nous avait changé un écu, maintenant dans sa poche; et l'effronté n'en criait pas moins tanto famé comme les autres.
Le penchant de la montagne est planté de très vieux oliviers, et ayant demandé à un paysan que nous rencontrâmes, quelle était la durée ordinaire de cet arbre , il répondit : vive sempre , sempre (il vit toujours, toujours), ce qui est moins exagéré qu'il ne semble , puisque l'on montre des oliviers dont l'existence connue remonte à dix siècles , et qui pourraient bien avoir été plantés par les Romains; différents des animaux, les arbres n'usent pas leurs organes, car il leur en vient de nouveaux chaque année, et il n'y a par conséquent aucune cause de mort inhérente à leur nature. La nouvelle couche de fibres et de vaisseaux, qui chaque printemps se forme autour du tronc, suffit à l'existence de l'arbre, et les anciennes couches qui forment le vieux bois peuvent périr, l'arbre peut devenir creux, sans cesser de vivre. Ces cercles concentriques qu'un arbre coupé présente, et qui indiquent le nombre de ses années, sont autant de générations successives, comme chaque bouton du printemps
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est un enfant nouveau né; mais ces générations anciennes, ces ancêtres du jeune bois, loin de mourir et d'être rendus à la poussière des êtres, comme les générations d'animaux, servent longtemps d'appui à leurs enfants, et de pilier sur lequel leur faiblesse repose; un arbre creusé par les années qui se rompt et meurt, à ce que l'on croit, de vieillesse, est dans le fait un arbre trop jeune pour se soutenir sans le secours dont il a été accidentellement privé. Si l'on bâtissait un pillier en maçonnerie dans l'intérieur d'un arbre creux, il vivrait à jamais. La mort pour les arbres n'est qu'un accident.
Les vieux oliviers deviennent ordinairement tout-à-fait creux ; leur écorce, contournée en spirale, recouvre le tambour vide du tronc, qui repose, non sur la terre immédiatement, mais sur trois ou quatre pieds qui en sortent et sont également contournés en spirale. On peut dire que le tronc de l'olivier est aussi pittoresque que son feuillage l'est peu. Cet arbre se multiplie de bouture très -facilement, surtout lorsqu'un peu de vieux bois adlière à la jeune brandie. Il n'exige pas beaucoup de soins ; un peu de fumier de mouton ou de cheval autour de sa racine, suffit pour en obtenir un revenu annuel d'environ deux scudi , ou onze francs.
Monterosi, i[\ novembre. La vallée de Nar, le long de laquelle nous avons continué notre route,
ASSASSINS, lG()
est fort belle, et les voleurs qui s'y montrent quelquefois n'otent rien à son mérite pittoresque ; que seraient les paysages de Salvator, sans ces banditn Tout récemment on a arrêté deux voitures, entre Narni et Otricoli, et notre postillon, qui menait l'une d'elles, nous a raconté toutes les circonstances de ce vol, ainsi que celles du meurtre du corriere d'un cardinal par celui d'une princesse (la princesse de Galles) à la suite d'une querelle à l'auberge. L'assassin est en prison , mais tout le monde dit que cinquante sequins le tireront cV affaire^ et voilà le mal. Un mauvais sujet de plus ou de moins dans le monde, où il y en a tant, importe peu; mais cette opinion générale de l'impunité, assurée à tout homme qui a de l'argent ou des protections , est fatale à la morale publique et à la sûreté individuelle.
C'est ici qu'on voyait autrefois cette foret Ciminia que les Romains ont décrite comme plus horrible et plus impénétrable que celles de la Germanie; quelques groupes obscurs de chênes verds sur ime vaste bruyère sont tout ce qu'il en reste, et les fragments de colonnes, que nous crûmes apercevoir sur un monticule à droite, doivent appartenir à une époque moins reculée. L'on entre à Civittà Castellana par un pont très-élevé sur la Triglia. Une pierre que je laissai tomber fut quatre secondes avant de frapper la surface de l'eau, ce qui donnerait 240 pieds. Ici les rochers
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cessent d'être calcaires, et le basalte se montre d'un rouge noirâtre, très-dur quoique poreux, et parsemé de spath qui forme des points blancs. La route est pavée de ce basalte. Bientôt après CUnttà Castella/ia , l'air devient malsain quoique le sol soit encore élevé et sec, mais on est entré dans la région volcanique que les disciples de Hutton appelleraient vulcanique; il n'y a pas d'autre cause apparente du mauvais air. Monterosi^ où nous couchons, est le dernier endroit où l'on puisse passer la nuit avant de traverser le désert de dix à douze lieues qui nous sépare de Rome.
Ptome. La vaste plaine dans le milieu de laquelle cette antique cité s'élève est inhabitée et inhabitable à moins de s'exposer au risque imminent de prendre une tièvre tierce violente, qui par sa longue durée devient souvent mortelle. Cette plaine n'est point sans mouvement de terrain , elle est au contraire variée et agréable; le sol, sablonneux mais fertile, est cultivé dans quelques entlroits et produit du blé en abondance. Tout le reste est couvert de verds pâturages qui, pendant six mois de l'année , nourrissent de nombreux troupeaux envoyés à la montagne en été. On voit très peu d'endroits marécageux, et les ruisseaux qui descendent des montagnes coulent rapidement vers le Tibre. Quelques monticules éboulés laissent à découvert des couches alternalives de basalte, de sable mêlé de coquillages, et
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dans quelques endroits de terre végétale. On voyait dispersées dans la plaine plusieurs granges spacieuses où les moissons sont déposées, mais seulement deux maisons solitaires pour la poste, dont les habitants avaient Tair bien malades. La route, d ailleurs plus fréquentée que celle des environs de Paris, était couverte de voyageurs et de paysans transportant leurs productions au marché. A la fin nous aperçûmes à l'horison un dôme et sa croix; c'était Saint- Pierre ! c'était Rome ! et pendant plus d'une heure cet objet nous occupa exclusivement. Il pleuvait à sceaux, lorsque nous arrivâmes à la porte del Popolo , où les pourparlers avec les gens de la douane , l'impatience des postillons fiévreux trempés de pluie et quelque incertitude sur le lieu du logement qui nous était préparé, détournèrent à tel point le cours élevé de nos pensées, que notre entrée dans la cité éternelle se fit à peu près de la manière dont, en semblables circonstances, elle se serait faite dans une ville ordinaire; livrés comme nous l'étions à des soins vulgaires, entièrement étrangers aux impressions qui les avaient précédées. Mais étant maintenant depuis quinze jours à Rome et ayant plus d'une fois passé la porte del Popolo , bâtie sur les dessins de Michel- Ange, nous pouvons en conscience louer, comme tout le monde , son architecture , l'obélisque égyptien , les deux églises symétriques et les deux rues
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divergentes. Au reste il n'y a clans tout cela rien qui caractérise Rome et que l'on ne pût voir ailleurs, réflexion qui se présente souvent ici. JRoma antica est cachée par Roina moderna , qui elle-même est peu différente d'une autre ville; et loin que les sept montagnes frappent la vue , on ne les découvrirait pas sans guide (i).
Il serait mieux sans doute de voir et d'étudier Home d'après un certain plan, et suivant les règles; mais dans notre impatience, nous n'en suivîmes aucun , et quoique les antiquités dussent peut-être attirer l'attention avant tout, Saint- Pierre se trouve le premier objet inscrit dans le journal de nos opérations. Les nombreuses gravures de cet édifice célèbre mettent tout le monde à même de juger de son architecture sans avoir été à Rome. La façade présente quatre rangées de neuf fenêtres en y comprenant l'attique en haut et l'entresol en bas. Un pesant balcon , appelé la Loge des Bénédictions, coupe à mi-hauteur le péristile corinthien de la façade. Enfin , le premier temple de l'Europe se trouve avoir le caractère trivial d'un bâtiment d'habitation. Au-dessus de l'attique, on voit rangées en lignes treize statues colossales et une horloge à
(i) Ces montagnes sont au nombre de neuf : deux d'entre elles ne faisaient pas partie de Rome antiqvie , et , parmi les sept autres ^ plusieurs sont hors des quartiers habités de Rome moderne.
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cadran rouge, colossal aussi, aux deux coins de la façade. La place , ou plutôt l'avenue de Saint- Pierre, qui a près de mille pieds de longueur, se compose d'un portique à quatre rangs de colonnes disposé semi-circulairement de chaque côté de la place, et cet accessoire est infiniment plus beau que l'objet principal; il fait surtout un meilleur effet que dans les gravures où il est représenté. Ces deux portiques sont chacun composés de quatre rangs de colonnes, formant trois divisions; celle du milieu est assez large pour deux voitures de front. Un obélisque égyptien, de 124 pieds de hauteur (i), s'élève au milieu de la place ; il a de chaque côté une fontaine jaillissante. L'ensemble est admirable, et je ne crois pas que l'antiquité offrît rien de comparable. Quant au célèbre dôme de Saint-Pierre , trop loin derrière la façade , il semble à peine lui appartenir. En montant les escaliers qui servent de base à l'édifice, on est étonné de la grandeur et de
(i) Il fut apporté d'HéliopoIis du temps de Ne'i'on et placé dans son jardin du Vatican , où, seul d'entre tous les autres obélisques, il resta debout pendant les désordres du moyen âge. Le transport de cette énorme niasse de granit , dans l'année i586, du lieu où il était à celui où il est à présent, c'est-à-dire, à la distance de deux ou trois cents mètres, coûta environ 260,000 francs de France , somme égale à six fois sa valeur actuelle , ce qui peut donner quelque idée des frais énormes du transport d'Egypte à Rome.