‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 57 sur 126 · PANORAMA GEOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

PANORAMA GEOGRAPHIQUE

jardins les modèles des édifices les plus célèbres du monde alors connu. Toujours suivant l'horizon le long de la crête neigée des Apennins, on rencontre le mont Soracte isolé sur les plaines de l'Étrurie, que le Tibre sépare de ce que les Romains appelaient Latium novum ; vous le distinguez à sa forme conique et régulière. Les antiques habitans de l'Apennin dédiaient à Jupiter les, plus hautes cimes de leurs montagnes, et y élevaient des temples ou simplement des autels, où ils célébraient leurs fêtes religieuses et politiques. La montagne dédiée à Jupiter Cacuno est cachée par le i^/o/2/e Ge/2/?«/'o;mais on en aperçoit une autre à l'horizon, très-éloignée et dans la direction du Soracte. Celui-ci était dédié à Jupiter tonnant. Là, l'horizon de naontagnes s'abaisse tout-à-coup au niveau delà vaste Etrurie, et vous n'apercevez plus que quelques hauteurs isolées où s'élevaient autrefois les villes antiques de Nepete^ de Sutniim et celle des puissants et implacables Vejentes. Plus à l'ouest, un groupe de collines entoure le grand lac Sabaîinus^ maintenant Bracciano ; mais cette partie du pays nous est cachée par le mont Marias, lequel, avec les monts Faticano et Janicuh, cache encore une grande -partie du pays des Pelages vers la mer ( mare -Tyrrhemim ) , ainsi que l'antique Agylla ou Cœre , si mystérieusement liée à Rome , Alsiiim, et enfin , à l'embouchure du Tibre, la vieille Ostie avec le

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port de ïrajaii, qui est maintenant un lac sépai'é de la nier. Le pays de l'autre coté du Tibre, le Latium antiquissimum ^ célébré par les deux plus grands poètes de l'antiquité classique, mais devenu un vaste désert pestilentiel, s'étend tout le long de la côte jusqu'au port ^Asiura^ près duquel Cicéron fut assassiné, et finalement jusqu'au Monte Albano , où se termine le panorama que nous venons de parcourir. Ce vaste espace , formant un demi-cercle de i5o milles, dont le diamètre pris le long de la mer est d'environ i oo milles, contient à peu près quinze cents hectares. Le sol, jusqu'à une grande profondeur, est volcanique , c'est-à-dire formé de puzzolana et de cendres grossières d'un jaune foncé, mêlées de fragments de pierres ponce; le tout en couches horizontales séparées par d'autres couches de dépots marins, tels que des cailloux roulés, des coquillages non calcinés et du bois fossile. Dansplusieurs endroits appelés solfatara , le souffre en état de sublimation s'exhale de la terre et remplit l'air de vapeurs malfaisantes. La chaîne des Apennins, qui circonscrit une grande partie de ce pays volcanique , est toute calcaire , mais montre cependant en divers endroits des coulées de lave, ainsi que de basalte. La plupart des montagnes isolées dans la plaine sont de forme conique, quelques-unes creuses au sommet et

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toutes composées de substances volcaniques. Les creux, qui sans doute ont été des cratères de volcans, forment maintenant des lacs, dont le plus grand est celui de Bracciano , qui a 1 5 milles de circonférence. Nous voyons d'ici les emplacements de huit ou neuf de ces lacs. Malgré toutes ces apparences et la connaissance des produits volcaniques que l'Etna, au défaut du Vésuve, aurait pu donner aux Romains, il ne semble pas qu'ils aient soupçonné que leur pays eût été un foyer d'éruptions volcaniques. Denys d'Halicarnasse, Strabon ni Pline n'en disent rien; de leur temps, aucune tradition n'en conservait le souvenir, et il est probable que ces éruptions eurent lieu sous la mer lorsqu'elle couvrait le Latium ; autrement on n'en aurait pas trouvé les produits répandus en couches horizontales sur toute la surface du pays; encore moins trouverait-on ces couches séparées par d'autres couches de sable et de coquillage déposées, suivant toute apparence, dans les intervalles des éruptions. Le pays volcanique s'étend bien au-delà de notre horizon , puisqu'il occupe toute la côte de Pise à Naples, entre l'Apennin et la mer. Quoique très-malsain, il n'est point marécageux, et les nombreuses rivières qui le traversent, telles que le Tibre et l'Arno , coulent rapidement vers la mer. Les dunes de sable accumulées le long de

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