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ciilaires. il y en avait trois autres couvrant ensemble un espace égal à plus de deux hectares , où l'immense foule de spectateurs trouvait place, lorsqu'il faisait mauvais temps, et pouvait se promener à l'aise; d'autant plus que les étages supérieurs avaient également leurs galeries couvertes, diminuées cependant par la pente des gradins. Vingt grands escaliers et trente-deux petits conduisaient du rez-de-chaussée au premier étage , où se trouvaient les issues expressivement appelées vomitoires , par lesquelles le peuple entrait et sortait. Ily avait sous les grands escaliers, certaines chambres ou cabinets, que la tradition nous assure avoir été des lieux de débauche , mais qui semblaient bien plutôt avoir été le dépôt des malheureux qui allaient, au prix de leur sang, amuser le peuple romain assemblé dans l'amphithéâtre, et que l'on tirait de là pour être percés de coups d'épée, ou déchirés par des bétes féroces. Mais si les moeurs des Romains se trouvent dans cette occasion justifiées, ils n'y gagnent pas grand'chose; car le libertinage ne manquait pas chez eux d'établissements réguliers, où l'enseigne sur la porte ne laissait rien à désirer rechaque général avait les siennes. Celles de Césai' portaient l'image de Vénus , sa très-proche parente , et celles de Marius celle de Minerve. Le jeune conscrit, en arrivant au camp , trouvait sa compagnie au moyen de la fessera dont il était pourvu.
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lativement au prix et aux qualités particulières de ce qu'on y mettait en vente. L'on sait que des femmes du plus haut rang fréquentaient ces lieux-là.
Quelques-uns des cinquante - deux escaliers, dont on a déjà parlé, conduisaient aux différentes parties de la terrasse appelée podium , qui entourait l'arène. Elle était revêtue de marbre, et avait treize pieds de hauteur sur quatorze de largeur. C'était là que l'empereur se plaçait sur un siège un peu plus élevé que les autres. Les sénateurs occupaient leurs chaises curules apportées par des esclaves , et les vestales y avaient aussi leurs places marquées. Les vestales à l'amphithéâtre ! Un peu plus loin étaient les places des ambassadeurs étrangers et des rois alliés de Rome, qui y venaient solliciter des faveurs. Indépendamment de son siège de cérémonie , l'empereur avait ses appartements (Pulvinar) et une galerie basse, au niveau de l'arène, d'où il pouvait voir, sans être vu, ce qui s'y passait. Quelques-uns des ornements du Puhinar existent encore. Tous les escaliers , ceux même à l'usage de l'empereur, bien que de marbre, étaient de véritables casse-cou , incommodes et même dangereux, hauts de neuf pouces, larges de douze, et inclinés afin que l'eau qui entrait par les vomitoires ne pût pas y séjourner. Elle s'écoulait par divers canaux jusqu'au vaste égoût (cloaca) qui passait sous l'édifice.
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Malgré l'élévation du Podium au-dessus de l'arène (i3 pieds), il paraît ne s'être pas [trouvé tout-àfait hors d'atteinte des élans extraordinaires que prenaient les tigres et les lions, et, pour prévenir leurs brusques visites et en garantir l'auguste assemblée , on imagina d'adapter au parapet diverses défenses, telles que des cylindres tournant sur leur axe, des pointes de fer, des grillages en fil d'or. L'arène, de forme elliptique comme l'édifice qui l'environne, est immense, c'està-dire qu'elle contient près d'un arpent. En réduisant ainsi l'étendue à une mesure connue , on en a fidée précise. Mais quel contraste cette idée ne présente-t-elle pas , entre l'œuvre de l'homme et l'œuvre de la nature ! L'intelligence humaine est puissante , mais sa main est faible. L'homme , par la pensée, embrasse tout l'univers et le trouve borné ; mais lorsqu'il a élevé ses murs et arrondi ses voûtes autour d'un arpent de terre, il s'arrête fatigué et s'étonne d'un si grand effort.
Il y a un autel et une croix au milieu de l'arène, et quatorze plus petits autels à sa circonférence. Dans un lieu dont le caractère est tout païen , ces signes chrétiens forment une singulière association. Elevés par l'avant-dernier pape, en mémoire des martyrs que l'on croit avoir été mis à mort dans le Colysée , ces autels ont au moins servi à en préserver les ruines de nouvelles déprédations, en donnant le change à la barbarie I. 14
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sur le respect qui leur était dû. C'était le trône du peuple romain que ce Colysée : il y régnait sur des monstres avides de sang comme lui, et s'y repaissait de carnage. L'étendue inouïe de ce carnage, la profusion du sang répandu, l'incroyable dépense de ces jeux barbares donnaient un caractère de magnificence et de grandeur à des plaisirs qui, au fond, n'étaient que ceux d'une nature impitoyable et sans culture. On a peine à croire combien d'animaux étaient sacrifiés dans les jeux sanguinaires de l'amphithéâtre. Lorsque Titus en ouvrit pour la première fois les portes au peuple romain, le nombre des animaux de toutes espèces, depuis le renard jusqu'au lion et au tigre, depuis l'éléphant jusqu'à la gazelle , qui périrent dans les combats d'un seul jour, s'éleva à cinq mille (i). Pompée, à la dédicace -de son théâtre, le premier qui eût été bâti en pierre, donna des combats de bétes dans lesquels il périt cinq cents lions. On voyait le sang inonder l'arène r, mais les hurlements des bétes féroces qui le ftiisaient couler étaient couverts par ceux des spectateurs, plus féroces encore.
Le peuple, assis sur les gradins du Colysée,
(i) On fardait les animaux destinés à l'amphitliéâtre dans des édifices sépai'és^ appelés vivarium , dont les restes se voient encore sur le mont Cœlius et près de la porta majore; ils étaient amenés dans des cages montées sur des roues.
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11 était pas tout-à-fait exposé aux injures du temps, car il y avait des toiles qui, au moyen de cordages traversant tout l'édifice, et se croisant au centre comme les baleines d'un parapluie, s'étendaient sur les spectateurs, ou se repliaient en arrière. On croit que ces toiles, de forme triangulaire , ne couvraient que les spectateurs et non l'arène. Les manœuvres s'opéraient avec une grande facilité, et il paraît que leurs majestés impériales s'amusaient quelquefois à faire inopinément jeter le soleil sur tels ou tels des spectateurs qui en étaient toujours bien flattés , puisqu'enfin il vaut mieux que la grandeur s'amuse à nos dépens, que de vivre ignorés d'elle.
Quel contraste entre ces temps-là et ceux-ci 1 La tranquillité la plus profonde, l'entière solitude, un certain sentiment d'abandon et de torpeur, avaient remplacé l'appareil orgueilleux du rang suprême, et la présence d'un peuple entier. La paix avait succédé au carnage, le silence aux cris de fureur et aux cris de joie. On ne voyait d'êtres vivants que deux sentinelles en faction aux deux entrées du Colysée ; un moine , son rosaire à la main , qui de temps en temps paraissait sous l'arcade obscure à gauche, et quelques paysans prosternés au pied de la croix dans le milieu de l'arène, qui semblaient prier Dieu pour le repos de l'ame du peuple romain.
Derrière la terrasse impériale (le Podium), ré-
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duite maintenant à la moitié ou au tiers de sa hauteur primitive, s'élevaient les premières et secondes loges , ou première et seconde classes de gradins (^meniana^^ chacune composée de 44 bancs circulaires, contenant, dit-on, 26,000 spectateurs; plus loin et plus haut, s'élevait lin troisième metiianum de neuf bancs, sièges, ou gradins circulaires où les femmes se plaçaient, et plus haut encore, c'est-à-dire au-dessus de leur tête, et non derrière elles, s'élevait une 4*" et dernière classe de gradins décorée d'un portique qui couronnait ou terminait tout à l'entour le vaste plan incliné de l'amphithéâtre. Quelques-unes des colonnes qui faisaient partie de ce portique, ont été récemment trouvées en déblayant les ruines dans l'arène où elles étaient tombées d'une hauteur de 167 pieds, et leur beauté ne laisse aucun doute sur la magnificence de cette partie du Colysée. Il paraît que, dans l'origine , cette galerie n'était qu'un ornement, mais qu'ensuite on y plaça onze gradins de bois qui formaient le 4 menianum^ à l'usage de ceux qui n'avaient pas droit aux autres , c'est-à-dire la plus basse classe du peuple. Ces sièges de bois, ayant été à différentes fois détruits par le feu, furent enfin reconstruits en brique ; on en voit encore les traces; tout calculé, le Colysée pouvait donner place à 447O00 spectateurs, nombre très-inférieur à l'idée commune qui les porte à 80,000; mais les antiquaires ne se piquent pas
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de précision mathématique, et s'abandonnent volontiers à un peu d'exagération dramatique. Winkelman, par exemple, dit que le théâtre d'Herculanum contenait 3o,ooo spectateurs, quoiqu'il soit maintenant prouvé qu'il ne pouvait en admettre que 10,000. Le Colysée paraît avoir été entier dans le 8" siècle , et sa dilapidation ne commença même que dans le 11^ Suivant Poggius, témoin oculaire, la plus grande partie des marbres avait disparu dans les quinzième et seizième siècles; c'était une carrière d'où l'on tirait des matériaux pour bâtir les palais de Rome. Amis et ennemis, Guelfes et Gibelins, s'accordaient sur ce point; on en a des preuves écrites, et Michel-Ange est un des plus grands coupables.
Pas un seul des gradins de marbre ne se trouve à sa place, et l'on n'en a même découvert qu'un petit nombre dans les décombres. Celui que j'ai vu était de marbre blanc, de la forme et des dimensions suivantes :
Il avait i5 pouces de hauteur, et 3 pieds de profondeur. Le mot Quiriti^Quiriles), Xves-h'ien
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gravé sur le marbre, montre qu'il avait appartenu au second menianum , où les chevaliers romains avaient leurs places. Ces gradins de marbre, une fois enlevés, l'eau des pluies pénétra sans difficulté dans les interstices des murs et des voûtes de brique qui se trouvaient au-dessous, et la gelée élargit les fentes que les tremblements de terre avaient commencées. Cependant, la masse informe resta debout, et pendant les siècles d'anarchie du moyen âge, le Colysée, devenu une forteresse, fut souvent assiégé, pris et repris, et il devint l'objet de traités en forme entre quelques familles puissantes en guerre les unes contre les autres. Dans la suite on en fit un hôpital , et lorsque les Français , sous Bonaparte , enlevèrent les décombres, ils trouvèrent une quantité énorme de fumier de cheval, qui y avait été accumulée depuis long-temps, pour servir à la formation du salpêtre. Vespasien , à son retour de la guerre contre les Juifs, avait commencé cet édifice, l'an 72 de notre ère; et 12,000 pauvres prisonniers hébreux furent employés à sa construction (i), ainsi qu'une somme égale à cinquante millions de francs; mais ce fut Titus son fils qui l'acheva. L'excavation de l'arène par les Français fit découvrir des espèces de murs d'appui demi-circulaires, qui la traver-
[i) Les Juifs , même à présent, évitent de passer sous l'ai'c de Jules , qui conduit au Colysée , et préfèrent se glisser à côté.