‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 69 sur 126 · LA PEINTURE · texte numérisé non relu

LA PEINTURE

c'était le Guide qui faisait son portrait. Il a répandu sur ce visage si pâle une vigueur de coloris extraordinaire, et que fort peu de ses tableaux possèdent. Ayant quelquefois parlé avec assez peu de respect d'Albert Durer, le plus dur certainement de tous les grands peintres, je profiterai de l'occasion qui se' présente de faire ma paix avec les amateurs, en donnant des louanges bien sincères à son tableau (dans le palais Doria) des deux avares qui se querellent au sujet d'un monceau d'or, ainsi qu'à celui de la Vierge mourante (1) qui est dans le palais Sciarra; sa manière sèche et dure est singulièrement adoucie dans ces deux tableaux , car il avait, comme les autres, ses deux manières opposées. Les tableaux du Guide, dans ce même palais Sciarra^ fournissent un autre exemple de différentes manières dans un même peintre. Les grands maîtres de l'art se ressemblent tous du plus au moins dans leur dernière manière, et cette ressemblance est surtout relative au coloris , qui n'est pas seulement la couleur simple, mais la couleur modifiée par tous les accidents de lumière , que produisent les

Santacroce , unie pai' le sang aux Cenci, et qui souffrit même par la confiscation de ses biens 5 mais l'accès en a ete interdit jusqu'à pi'ésent.

(i) Il est assez remarquable qu'entre le grand nombre de figures réunies autour du lit de la Vierge mourante, on n'aperçoit pas une seule femme.

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formes de l'objet représenté : sous ce point de vue, le coloris a une tout autre importance qu'on ne le suppose communément. Le dessin, à qui l'on accorde la supériorité , n'est que Fart de rendre correctement le profil des objets, leur contour. Mais le relief fait partie de la forme des objets, non moins que leur contour, et ne peut être exprimé que par une juste distribution de la lumière et des ombres qui appartient au coloris, lequel devient ainsi le dessin lui-même. Dans la plupart des tableaux du Titien , les couleurs sont passées, mais la juste distribution de la lumière et des ombres fait encore leur excellence; c'est du coloris sans couleur.

On va voir, dans le palais Rospigliosi, la célèbre fresque de l'aurore par le Guide, que plusieurs gravures ont fait connaître. Apollon, dans son chariot à quatre chevaux attelés de front , est accompagné de sept nymphes légères, aussi rapides que les coursiers. Aucun artiste n'approuve le dessin de ce tableau , personne n'en loue l'expression ; son coloris est froid , dur , et sans harmonie; les figures sont mal drapées, les coursiers sont de véritables chevaux de charrette; on reconnaît chacun de ces défauts en particulier, mais il est convenu d'admirer l'ensemble et on l'admire.

La magnificence d'un palais a certainement pour but d'exciter l'admiration du public, plutôt

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que du propriétaire lui-même, qui, en Italie, au moins, n'en habite qu'un recoin, et fait peu d'attention au reste. Personne cependant ne parcourt un grand palais sans ennui ; on ne bâille nulle part d'aussi bon cœur , et il est rare que l'on en conserve long-temps le souvenir, si quelque circonstance particulière ne le perpétue. Par exemple, je ne me souviens du palais Spada^ l'un des plus beaux deRome, qu'à cause de la statue de Pompée que l'on y voit; c'est celle au pied de laquelle César perdit la vie, et qui a été trouvée, il y a trois cents ans , à l'endroit même où il avait été frappé.

Les premiers chrétiens avaient en horreur les temples païens; et, même après l'établissement du christianisme , il leur répugnait de s'en servir pour leur culte, préférant les basiliques ou cours de justice de Rome antique. Ces édifices étaient divisés longitudinalement par deux rangs de piliers ou colonnes, cpii laissaient entr'elles un grand espace dans le milieu, et deux autres moindres, sur les côtés. Le parquet des ji]ges,à l'extrémité, devint le sanctuaire où l'autel était placé. De nouvelles églises furent même bâties sur ce plan; et, lorsqu'enfin il fut abandonné, et qu'on donna aux églises la forme d'une croix , le nom resta ; c'est ainsi que Saint-Pierre de Rome est appelé la Basilica. Le plus beau modèle de basilique est peut-

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