‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 73 sur 126 · LE CARDINAL FESCH · texte numérisé non relu

LE CARDINAL FESCH

étrangers étaient placés le long du mur, derrière les cardinaux. Ceux-ci allèrent, les uns après les autres, rendre hommage à sa Sainteté, et la longue queue de leur robe était portée par un personnage en soutane noire. Leurs éminences montaient les degrés du trône avec plus ou moins d'agilité et de grâce; quelques-unes d'entre elles furent sur le point de se prosterner avant le temps , et j'en vis deux toucher le tapis de la main. Le sacré collège semblait fort attentif à la manière dont chacun de ses membres s'acquittait de ses devoirs, et je crus apercevoir un léger sourire à chaque maladresse dont il était témoin. Le pape ne présentait pas toujours la main que l'on venait baiser , quelquefois il la tenait cachée sous sa robe , etl'éminence alors saluait profondément sa Sainteté et se retirait. Le plus leste de tous ces princes de l'Église me parut être le cardinal Fesch , ( l'oncle de Bonaparte) montant et descendant sans s'embarrasser dans sa queue; mais le pape cependant tint sa main cachée sous sa robe, dont Fesch baisa respectueusement le bord. Quelques-uns des cardinaux embrassèrent le pape, mais je ne sais ce qui leur donnait droit à cette distinction ; et une ou deux autres personnes, qui ne faisaient point partie du sacré collège , baisèrent la mule. Pendant tout ce temps , la physionomie du Saint-Père exprimait un certain degré d'impatience, ses mouvements semblaient un peu brusques, et sa voix , forte

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encore, (il lut plusieurs fois) était un peu précipitée. On pouvait voir qu'il n'aime pas la représentation, et qu'il ne dramatise pas par goût.

Les étrangers, qui suivaient d'un œil curieux les mouvements du cardinal Fescli, ne purent qu'être édifiés; il me semble encore le voir, marmottant sur son livre, levant les yeux au ciel, les roulant en extase, et faisant le signe de la croix; nul ne semblait prier avec plus de ferveur et moins de distraction; malgré cela, il est sous la surveillance de la police, s'étant déjà échappé secrètement une fois, pendant les cent jours, pour aller joindre son neveu en France.

Enfin le souverain pontife , descendant de son trône , s'avança vers l'autel , et , s'agenouillant sur des coussins , resta quelque temps en prière; il reprit ensuite son siège dans le grand fauteuil, fut élevé au-dessus de nos têtes , et s'en retourna , comme il était venu, avec les grands éventails, la musique, les gardes et les cardinaux. J'ai oublié de dire qu'on ôta la tiare de dessus la tête de sa Sainteté, et qu'on la lui remit quinze ou vingt fois pendant les cérémonies, sans aucune utilité apparente. Cette tête vénérable était, sous la tiare, couverte d'un petit bonnet de satin blanc. Quoique les personnes, chargées de cette partie du cérémonial , prissent le plus grand soin de bien replacer le triple diadème, le pape cependant était chaque fois obligé d'y mettre la main lui-

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