Q.:)0 LE VATICAN
séparée de son mari ; mais occupant une partie de son palais.
Je n'ai encore rien dit de l'intérieur du Vatican, auquel nous avons fait de fréquentes visites. Ce palais célèbre contient plus d'objets d'art qu'aucun autre lieu du monde, et c'est la résidence officielle du souverain pontife , comme Saint- James en Angleterre, et Versailles autrefois en France, étaient celles des rois de ces deux pays. Le Vatican n'est pas proprement un palais, mais un assemblage d'énormes bâtiments pleins de fenêtres, lesquels rivalisent de hauteur avec Saint- Pierre lui-même, et en gâtent beaucoup l'effet. Leur masse solide excède de beaucoup celles du Louvre et des Tuileries réunies, quoiqu'elle n'occupe pas autant d'espace.
Charlemagne logea au Vatican, lorsqu'il vint à Rome pour se faire couronner : c'était par conséquent déjà un édifice considérable ; depuis , il a successivement été augmenté sous tous les papes , par Bramante, par Raphaël, par le Bernin et beaucoup d'autres architectes qui ont ajouté ailes à ailes, étages sur étages; si bien qu'à présent on trouve dans l'intérieur vingt cours avec leurs portiques , huit grands escaliers et deux cents petits. Celui de la galerie des antiques a servi de modèle à l'escalier du Musée à Paris ; mais la copie vaut mieux que l'original. La gale-
LE VATICAN. aSi
rie des antiques est une suite de galeries, de salles, de chambres , quelques-unes magnifiques , pavées de marbre ou de stuc, décorées de colonnes, surmontées de dômes, etc., où les statues sont toutes placées dans un très-bon jour. L'Apollon a sa chambre à lui tout seul, éclairée d'en haut ; le Laocoon en occupe une autre. La bibliothèque possède 3o,ooo manuscrits, quelques-uns sur papirus , et , à ce que l'on dit , 80,000 volumes imprimés, mais probablement la moitié de ce nombre. Les livres sont dans des armoires ; on ne les voit pas. Deux des nombreuses salles de cette bibliothèque ont quatre cents pas de longueur. Les trésors qu'elle contient sont ouverts au public , depuis le mois de novembre jusqu'au mois de juin ; mais le public en fait, je crois, peu d'usage. En été la mal aria oblige d'en fermer les portes. Je demandais hier à un professeur de la sapienza, qui se trouvait là, quel était l'état des sciences à Rome. Il me répondit : « On les tolère commeles mauvais lieux ^qui ont cependant la préférence ! « Une fresque, à laquelle on travaille, représentera l'enlèvement du pape par Bonaparte, et son retour à Rome. La vue , d'un côté du Vatican , domine Rome et toute la campagne, jusqu'au rempart couvert de neige que forme l'Apennin; ce qui lui a fait donner le nom de Belvédère. Les célèbres chambres de Raphaël occupent une suite d'appartements ,
dont les murs sont peints à fresque, et qui forment les trois côtés d'une cour décorée de portiques, dont les plafonds ont également été peints par Raphaël ou sous ses ordres. Je vais rendre un compte fidèle de ces célèbres chambres, sans prétendre à d'autres impressions qu'à celles que j'ai réellement éprouvées, et sans me dissimuler que l'opinion d'un individu ne saurait avoir beaucoup d'importance , lorsque le plus grand nombre ne la partage pas.
L'on a dit, et c'est l'opinion d'un grand critique anglais, « qu'il faut feindre le goût que l'on n'a pas jusqu'à ce que ce goût vienne, et que la fiction prolongée devient une réalité ! » C'est faire comme les enfants de Loyola, qui conseillent le mal dont il doit résulter un bien ; doctrine qui mène à tous les genres d'extravagance dans les beaux-arts, comme à tous les vices en morale.
Dans la première chambre , le côté opposé aux fenêtres représente un grand incendie, qui eut lieu à Rome sous le pape Léon IV, et fut miraculeusement arrêté par l'intercession de ce pape. A gauche, sur le premier plan, on voit un jeune homme qui emporte son vieux père sur ses épaules, et donne la main à son jeune frère ; ce qui paraît être une réminiscence du groupe d'Énée et Anchise. Le jeune homme a la tête d'un adolescent sur un corps d'Hercule, mais pa-