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tel que les fresques l'ont ordinairement, froid et sans harmonie. Le procédé mécanique de la peinture à fresque ne permet pas à l'arliste de revenir sur ce qu'il a fait ; il faut finir entièrement chaque partie l'une après l'autre ; on ne peut pas glacer ; les couleurs foncées paraissent grises, poudreuses et sans vigueur : enfin la fresque est aussi inférieure à l'huile dans ses moyens naturels , qu'elle est plus difficile quant à l'exécution. Sa durée a d'ailleurs son terme , quoique moins rapproché que celui de la peinture à l'huile ; et la mosaïque offre un moyen de perpétuer les chefs-d'œuvre de la peinture à l'huile , lorsqu'après quelques siècles ils commencent à éprouver l'effet du temps.
Passant sous silence les trois autres côtés de la première chambre, comme de moins d'importance, voyons, dans la seconde, l'école d'Athènes, qui jouit de plus de célébrité, et que de nombreuses gravures ont rendue familière à tout le monde. Les figures forment des groupes détachés, fort bien en eux-mêmes, mais sans rapport entr'eux. Le raisonnement en action est un sujet ingrat pour la peinture; Socrate néanmoins, figurant deux propositions contradictoires sur la pointe de ses deux doigts,tandis qu e la conséquence victorieuse du dilemme est exprimée dans ses regards et ceux des disciples qui l'écoutent , est un véritable coup de maître. Il y a de l'exagéra-
tion dans la pose du philosophe à jambes contournées, assis , dans lattitude de la méditation , sur le dernier degré du temple, et le groupe à droite ne paraît avoir d'autre mérite que celui d'être composé de portraits ; enfin il n'y a poiiit d'action principale, et l'œil ne sait où s'arrêter. Mais si Socrate et ses disciples eussent été placés sur l'avant-scène et l'eussent remplie, tandis que les autres groupes auraient occupé le second plan , le tableau eût été incomparable. Saint Pierre en prison , délivré par un ange , se voit dans la troisième chambre. Ce que l'on y admire surtout, c'est l'effet composé de la triple lumière : celle de l'ange, celle de la lune et celle de la lanterne ; et on les distingue, en effet, fort bien les unes des autres ; mais est-ce bien un mérite digne de Raphaël , que cette espèce d'escamotage de lumières, ou plutôt d'ombres? L'ange, reproduit dans deux endroits, et partout lumineux , comme un ver luisant, confond de plus en plus les effets de lumière et l'intelligence du sujet. Unautre côté delà même chambre représente le pape Léon I allant à la rencontre d'Attila, qui est frappé de terreur et mis en fuite àlavuede saint Pierre et de saint Paul dans les airs, brandissant leurs épées. Il y a plus d'hypocrisie que de dignité dans la physionomie du saint père, et sa bénédiction de l'ennemi, qui est une malédiction déguisée , sied mal à un chrétien et à un pape , à
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l'égard même d'i\.ttila. J'avirais voulu voir le pontife, les mains jointes, en prière, tranquille et résigné, mais sans ce malin sourire qu'on voit sur ses lèvres, ni cette bénédiction hypocrite au bout du doigt.
Le principal tabieau , dans la quatrième et dernière chambre, était à peine commencé lorsque Raphaël mourut, et il semble avoir eu l'intention de le faire à l'huile, puisqu'il y avait déjà deux figures ainsi peintes, que Jules Romain, qui termina l'ouvrage à fresque, laissa parrespectpour son maître. Quoique cette fresque soit bien conservée, elle paraît néanmoins fort inférieure en force et en harmonie aux deux figures à l'huile , que leurs trois siècles d'oxigénation ont pourtant un peu charbonnées (i).
Les chefs-d'œuvre de la peinture à fresque encore présents à nos yeux, nous avons été voir ceux de la peinture à l'huile dans les chambres appelées Borgia^ qui sont sous le même toit; et la transfiguration est le premier tableau qui se soit offert à nos regards. On ne sait si Raphaël avait lui-même choisi son sujet, ou s'il lui fut
(i) Lors du séjour des Napolitains à Rome , dans la révolution ^ ils occupèrent le Vatican au nonxbre de trois mille; et les chambres de Raphaël, devenues leui's lieux d'aisance, étaient inabordables. Outre le général en chef, qui était un cardinal (Ruffo), ils en avaient deux autres, Fra Diavolo et Senza Culo. Ces noms-là valaient bien ceux des i-éYolutionnaires français.