‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 8 sur 126 · ILES BORROMÉES · texte numérisé non relu

ILES BORROMÉES

l'admiration des voyageurs de toute l'Europe , comme elles l'auraient faite de toute l'antiquité, depuis Sémiramis, si elles eussent existé dès ce temps. Ce goût, qui maintenant paraît si mauvais, fut autrefois trouvé excellent; et si c'est nous autres, modernes, qui avons raison , il faut convenir que c'est contre tous ceux qui nous ont précédés dans ce monde. Ce n'était point du tout la nature que nos pères cherchaient dans leurs jardins, mais le triomphe de l'art sur la nature, et ils s'attachaient à montrer cet art avec autant de soin que nous en mettons aie cacher. Le beau idéal des jardins de l'antiquité ainsi que des temps modernes , jusqu'à nos jours, semble n'avoir été que la difficulté vaincue. Cependant le beau idéal des anciens, en fait de statues, ne ressemblait en rien à l'autre ; c'était la réunion , en un seul et même sujet , des beautés de forme et d'expression intellectuelle que la nature ne produit guère qu'isolément, un heureux choix enfin de beautés naturelles sans mélange de rien qui fût arbitraire ou monstrueux. Si donc nos maîtres, dans les beaux-arts, eurent deux règles de goût opposées, qu'il nous soit permis de donner la préférence à celle qui est la plus simple , la moins susceptible d'abus, et qui enfin nous plaît davantage. Quant au créateur des îles Borromées, des deux règles de goût de l'antiquité, il fit choix de l'anti-naturelie pour ses statues comme pour ses jardins.

Page 1