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déliions aquatiques les saisissent en vrais requins à l'instant même, et plongent avec eux, par la route la plus courte, droit aux enfers. Michel- Ange a, je crois, beaucoup puisé dans le Dante, mais le poète n'a pas à lutter comme le peintre avec des formes précises et définies par deslignes^ ce qu'il suggère éloquemment, ce qu'il inspire et fait deviner , il faut que l'artiste le montre tout entier : queues et cornes de diables, linceuls de morts et peau de saints martyrs. L'un parle à l'imagination seulement, l'autre bien plus aux yeux.
Michel-Ange a voulu immortaliser ses amis et ses ennemis en mettant là leurs portraits, soit parmi les élus (le Tasse par exemple), soit parmi les réprouvés. On pourrait croire qu'ouvrant son portefeuille, il en a placardé le contenu, sans choix , sur la muraille. En effet , l'on voit des figures académiques, sans rapport entr'elles , dont la pose est souvent forcée , et les proportions exagérées, quelques portraits et quelques caricatures. D'ailleurs les figures éloignées sont aussi grandes que celles placées sous vos yeux, et peu d'entr'elles paraissent faites pour la place qu'elles occupent. Les connaisseurs avouent que ce tableau du jugement dernier est plein d'incongruités et d'extravagances ; ils n'en défendent pas le coloris, et reconnaissent même quelques fautes de dessin; mais sur le grandioso ils tiennent ferme , ainsi que sur la fertilité d'imagination; et, comme ce sont
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là (les choses qui dépendent du goût, il n'y a pas moyen de s'entendre. Je voudrais pouvoir placer devant ce tableau quelques connaisseius en peinture, qui ne fussent pas connaisseurs en tableaux, quelques artistes accoutumés à faire, aussi bien qu'à voir, mais qui cependant n'eussent jamais entendu parler du jugement dernier. Je serais curieux d'observer ce qu'ils en penseraient. Un grand critique a dit : que leur jugement ne serait pas favorable d'abord, ïn^is, quil le deviendrait ensuite. Ne croirait-on pas que la peinture est une sorte d'écriture hiéroglyphique , moitié imitative et moitié arbitraire, que les initiés seuls comprennent, quoique tout le monde l'admire?
Les fresques du plafond de cette même chapelle Sixline, toujours par Michel-Ange, n'ont pas moins de réputation que le jugement dernier, je ne sais même si elles n'en ont pas davantage. Ce sont des figures isolées , en compartiments, qui .représentent entr'autres les Sybilles, dont les petites tètes ridées, renfrognées, ratatinées, se trouvent placées sur des épaules de portefaix. C'est là, dit - on , du beau idéal; ne serait-ce pas plutôt du monstrueux idéal? Mengs paraît avoir eu cette opinion, et Cochin nous dit que les ouvrages de Michel- Ange sont, pour les artistes, de dangereux modèles. Raphaël ne fut jamais moins heureux que quand il chercha à les imiter.
Le Moïse de Michel-iVn^e, statue colossale de