MUSÉE DU VATICAN
même cVinnocencc , qu'on est tenté de pleurer de regret avec elle.
La renaissance des arts à Rome est due à quelques Allemands. En 1 760, lorsque Mengs y arriva, tous les arts languissaient; Battoni était le seul peintre qui y eût de la réputation ; il avait un bon coloris, mais une manière maigre et étudiée, et c'est à Mengs que l'on doit le goût de l'antique, et la grâce réunie à une grande correction dans le dessin. Après la mort de Mengs, arrivée environ l'an 1776, la peinture languissait encore; il n'avait laissé aucun élève, et tout dégénérait, jusqu'à l'arrivée d'Angélica Kauffman, qui n'est venue s'établir à Rome qu'en 1782. C'est à elle que Rome doit le bon style , qui a jusqu'en dernier lieu soutenu son école. Angélica s'était surtout formée surN. Poussin (i). Camuccini est regardé comme un autre Mengs. A l'égard de la sculpture, c'est à Serguel, sculpteur suédois, qu'elle doit sa renaissance ; le nord a depuis fourni un autre homme de génie , Thorwaldsen, l'émule de Canova.
C'est la mode d'aller voir le Musée du Vatican aux flambeaux, et nous assistâmes hier au
(i) Angélica Rauffman donnait à ses figures d'homme quelque chose de très-efféminé. Lors de l'exposition d'un de ses plus beaux tableaux, elle demandait à quelqu'un ce qu'il pensait du principal personnage : « que vous seriez bien fâchée, lui répondit-on un peu rudement, si M. L.. (à qui elle allait se marier) ressemblait à votre héros. » I. 18
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soir à une de ces visites nocturnes, en nombreuse compagnie. Le Custode nous attendait avec l'appareil usité, sorte d'écran ou de réverbère de fer-blanc, ajusté au bout d'une perche et derrière lequel brûlent des bougies, qui éclairent les statues sans être vues des spectateurs. Cette visite pittoresque , commencée à six heures du soir , se prolongea jusqu'à dix. La nuit était froide, le pavé de marbre plus froid encore , et le bruit des fontaines d'eau jaillissante, dans les cours, donnait des frissons et le bâillement de la fièvre. Le Custode s'arrêtait trop long-temps devant quelquesims des chefs-d'œuvre, et en passait d'autres trop rapidement; personne n'osait se plaindre, de peur de troubler le ravissement de ses voisins, et de paraître insensible lui-même en demandant que l'on allât plus vite, ou de peur d'impatienter ceux qui trouvaient le temps long en demandant que l'on s'arrêtât. Quant à moi, je ne saurais improviser l'admiration; il me faut du temps, et surtout pleine liberté. Toute contrainte éteint la jouissance, et je connais peu de plaisirs qui s'accommodent de tant de témoins et de tant de préparations. La musique me plaît rarement à l'Opéra, et cependant j'ai quelquefois suivi un joueur d'orgue en hiver de rue en rue , les pieds dans la boue, il est vrai, mais le cœur et la tête dans les nues. S'il m'arrivait jamais de visiter encore le Vatican aux mêmes heures, il faudrait que l'on
me permît de le faire seul, et avec une lanterne sourde à la main, au lieu du Custode et de ses bougies.
Deux des étrangers avec qui nous avions fait cette tournée nocturne passèrent , vingt-quatre heures après, un mauvais moment. Ils étaient partis le matin pour Naples et, voyageant imprudemment de nuit , furent arrêtés entre Terracina et Fondi par des voleurs, qui blessèrent dangereusement le postillon d'un coup de fusil , et les obligèrent, pendant qu'ils fouillèrent la voiture, de se coucher par terre les jambes sous les roues. L'un de ces voyageurs, jeune militaire à jambe de bois (de celles qui imitent parfaitement le membre qu'elles remplacent), s'est depuis vanté d'avoir mis la jambe de bois seulement sous la roue, et d'avoir retiré l'autre. La route est gardée par des piquets de soldats , de lieu en lieu ; mais les voleurs , qui sont des paysans à l'affût dans l'espace intermédiaire, tirent sur les voyageurs et les dévalisent , puis se retirent tranquillement chez eux. Ce sont des braconniers, qui chassent à l'espèce humaine sur les grands chemins. La police française adopta contr'eux des mesures énergiques; mais ses recherches ne lui firent trouver que des paysans occupés de travaux champêtres, dans les endroits où elle comptait découvrir des repaires de voleurs ; et, à moins de pendre ou de fusiller toute la population mâle, elle n'aurait pu
atteindre les coupables : non que toute cette population fût composée de voleurs de 2;rand chemin; mais ceux qui ne l'étaient pas se seraient bien gardés de dénoncer les autres , dont peut-être ils étaient d'ailleurs plus ou moins complices. Cette police était si sévère que tout individu sur lequel on trouvait des armes prohibées était fusillé, ce qui éloigna les assassins des villes, mais les répandit dans la campagne et ne fit qu'augmenter le danger des grands chemins. Depuis quelques années, les voleurs ont imaginé d'enlever les riches habitants et d'en exiger une rançon. Voici comment la chose se traite. Le captif écrit à sa famille et communique les conditions mises à sa délivrance ; la lettre est envoyée par des gens de campagne allant au marché. A défaut d'espèces, on reçoit de l'argenterie au poids ou d'autres objets de valeur. Un homme de confiance , porteur de la rançon, se rend auprès des voleurs dans le lieu qu'ils ont indiqué, et sans danger, car il est toujours respecté en chemin et l'échange se fait honorablement; mais malheur au prisonnier, si les remises ne venaient pas à jour nommé. Une femme, dont le mari se trouvait ainsi entre les mains des brigands , ayant envoyé moins que la somme stipulée, reçut par le retour du messager les deux oreilles du captif, en attendant sa tète si le paiement n'était pas complété incessamment; et n'obtint enfin, pour la rançon entière, qu'un mari
cruellement écourté. L.i veille de la Toussaint, le maître de poste de Terracina a été ainsi enlevé. Se donnant pour un pauvre médecin de village en tournée (un médecin en Italie ne vaut pas un maître de poste ) , il avait traité pour une rançon modique ; mais la supercherie ayant été découverte, les brigands, pour en faire un exemple, lui plantèrent des fourchettes dans les yeux. On prétend qu'ils avaient découvert en lui un ancien associé et faux frère.
Les gouvernements de Naples et de Rome ont dernièrement fait de grands efforts pour détruire ou gagner ces brigands , ce qui ne produira qu'un bien momentané , car le principe du mal est toujours là: c'est le manque d'objet et d'aliment pour l'industrie, le défaut d'éducation; c'est une administration de la justice civile et criminelle tout-àfait corrompue, qui accoutume le peuple à se la faire à lui-même et à substituer la violence et l'artifice au droit et à la raison. Le gouvernement aime mieux traiter avec des brigands, que de faire ce qu'il faudrait pour empêcher qu'on ne le devînt. Cela est plus tôt fait , mais il faut y revenir sans cesse. Le premier ministre en personne part pour la frontière, afin de s'aboucher avec des plénipotentiaires de voleurs de grand chemin,
\^^ jaiwicr 1818. Un coup de stylet a été donné ce matin à 11 heures dans la rue du Corso, par suite d'une rixe au sujet d'une femme , et Tassas-