LE STYLET
sin s'est, dit-on, retiré dans un sanctuaire. Ces sanctuaires ne sont pas seulement les églises et les couvents, ou les hôtels des ministres étrangers, mais la rue ou les rues qui se trouvent en vue de ces hôtels, ainsi que toute chapelle attachée à la légation. Un Romain à qui je témoignais ma surprise de ce meurtre commis en plein jour, dans la rue la plus fréquentée de Rome , sans que l'assassin fût saisi à l'instant, me répondit sans s'émouvoir qu'il ne s'était point trouvé là de shirri. Shirril reprîmes -nous vivement, en est-il besoin dans un cas semblable ? Voudriez-vous , dit-il , qu'un honnête homme s'abaissât à remplir les fonctions d'officier de justice? Tel est ici le sentiment universel, toujours en faveur du criminel contre la justice et contre l'exécution des lois en général. Il leur semble que la justice et les lois sont des instruments d'oppression , entre les mains des riches et des puissants, contre les pauvres et les faibles, et que leur exécution ne peut être confiée qu'aux plus vils des hommes , auxquels il serait infâme de prêter main forte. Parmi le peuple , la plus cruelle injure est d'être appelé fils de shirro.
L'on compte un meurtre par jour à Rome , et dans le siècle dernier on en comptait 5 ou 6. Une fois il y en eut i4 , dans un seul jour de grande fête. Ges meurtres , qui pour la plupart ont lieu entre gens du peuple ( popolo ) , sont la suite
LE STYLET. a-^f) ^
lie rixes accidentelles au cabaret; car, malgré leur réputation de sobriété , les Italiens de bas étage s'enivrent, et il leur faut très peu de vin pour cela. Parmi eux , le premier meurtre établit la réputation d'un jeune homme, comme parmi les gens comme il faut le premier duel; et leurs idées de courage , de liberté même , semblent consister dans le libre exercice du stylet. L'exclamation populaire de povero cristiano ne s'adresse pas à l'homme étendu par terre et nageant dans son sang, mais à celui qui l'a mis en cet état. Il n'y a point de règles , point de lois du combat, établies entr'eux à l'égard de ces rencontres ; l'on frappe comme l'on peut, par derrière, en traître, sans scrupule, et les Italiens sont à cet égard bien différents des Scandinaves (Norvégiens), qui, dans leurs combats au stylet, convenaient au moins d'avance de la profondeur des blessures qu'ils se feraient, et tenant l'arme meurtrière à la longueur convenue , nes'oubliaient jamais jusqu'au point de l'enfoncer plus avant. Mais, pour revenir aux Romains, lorsque les Français étaient en possession de leur ville, on en vit jusqu'à 120 disparaître en un jour; et c'est ce qui leur fit prendre des mesures de police si sévères, que, pendant les 18 mois de la république qui commença en février 1798,11 n'y eut pas un seul meurtre. Maintenant la police ne prend connaissance que des meurtres des gens comme il faut, ou de .ceux commis sur les grands