LE STYLET
chemins ; ceux qui ont lieu parmi la canaille ne comptent pas , et l'on n'y fait guère attention. A tout événement , il n'y a que les sbirri qui veuillent mettre la main sur un meurtrier. S'il est condamné à mort, ce qui est rare, chacun, le jour de l'exécution, s'informe avec inquiétude si le poçero cristiano (le meurtrier) s'est confessé et s'il a reçu l'absolution. On voit des inconnus s'aborder dans la rue , pour en savoir des nouvelles.
L'horreur qu'inspire la justice criminelle s'étend à lii simple police, à l'égard de laquelle il est assez remarquable de voir les Anglais s'accorder avec les Italiens, mais par des motifs tout-àfait différents. La constitution anglaise répugne à Texercice d'une justice préventive (la police), et laisse chacun faire ce qui lui plaît à ses risques et périls. Cette répugnance est fondée en principe; mais à Rome, elle résulte simplement du fait de la mauvaise administration; il n'y a point là de liberté à gâter. Au reste, la question de savoir si Tinstitution d'une police préventive est admissible sous un gouvernement constitutionnel, ne me paraît pas encore décidée. Il vient un temps où l'accroissement de la population établit tant de points de contact entre les hommes, où le développement de l'industrie et l'accumulation des richesses, le loisir, les arts, les sciences, les distinctions de toute espèce, excitent à tel point l'ambition personnelle et les rivalités, qu'il
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peut être aussi nécessaire de prévenir que de punir lescrimesrésultantde cet état des choses. C'est ainsi que l'on place des gardes-fous sur un pont, lin quai, une chaussée, où il y a foule, de peur qu'en se coudoyant et en se heurtant , les gens qui passent ne soient précipités , tandis que sur une voie publique moins fréquentée , cette précaution est superflue.
Les lieutenants de Bonaparte en Italie cherchèrent, avec grande raison, leur sûreté dans une bonne police; mais il y a, dans la police préventive, une grande tendance à devenir arbitrairement inflictive , comme en France, où l'on avait , sous Bonaparte, comme avantlui, des prisons d'État pour le châtiment des crimes qui ne pouvaient être punis par les lois^ ni rester impunis. Ce système n'était point nouveau en Italie; les Italiens y étaient accoutumés sous leurs princes et leurs prêtres , mais il les révolta sous l'empire de parvenus étrangers. Cependant , il faut convenir que l'établissement de la police française était un véritable bienfait, en la comparant à celle qu'exerçaient les sNrri, objets de terreur pour les honnêtes gens et de sûreté pour les grands criminels, dont l'impunité était garantie par eux. Ils poursuivaient les faibles et les ignorants, et jouaient parmi eux le rôle d'agents provocateurs.
On peut dire de la conquête de Rome par Bonaparte et de la révolution qui suivit , ce qu'on