‹ Voyage en Italie et en SicileChapitre 88 sur 126 · BONAPARTE · texte numérisé non relu

BONAPARTE

a dit d'une autre mesure de sa politique : c était plus qduti crime , c'était une faute. S'il fût entré dans ses vues de faire de la France un pays protestant, il eût pu croire utile de compléter à Rome le discrédit de la papauté, qui y est déjà si grand (i), et de montrer à la France le souverain pontife, entre les mains des gendarmes, conduit à Paris, pour y être la risée des badauds. Mais il ne saurait convenir à un souverain arbitraire d'avoir des sujets protestants; aussi Bonaparte ne chercha-t-il jamais à détruire la papauté ; et s'il insulta et opprima le pape, ce fut, à ce qu'il semble, de gaîté de cœur , pour donner un grand spectacle, et pour satisfaire le ressentiment d'Alquier, son agent à Rome, plutôt que par calcul politique. Mais en replaçant ensuite sa sainteté sur son siège pontifical, il y mit un ennemi mortel qu'il aurait pu gagner, ainsi que tout le sacré collège, à moitié moins de frais qu'il n'en coûta pour leur jouer le

(i) Il^est de fait que les Romains, dévoués aux madones des coins de rue , se moquent ouvertement du santo paclre ; et il y a plus de Romains aux marionnettes, qu'à ces belles cérémonies où il officie en personne , le mauvais usage du pouvoir civil faisant le plus grand tort au pouvoir divin. Quant à vouloir faire des protestants en leur montrant le pape déchu de sa puissance , cela aurait été un mauvais calcul , puisque c'est l'abus de cette puissance qui occasiona la réfoiTnation. Un pape sans infaillibilité serait pour eux im chrétien comme un autre, à l'égard de qui ils ne concevraient aucune crainte et seraient sans antipathie.

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