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I antiquité qui' les poêles lui avaient inspirée. Quelle histoire à écrire, l'histoire de ees marchands qui donnent leur nom à tout un siècle, tout comme avait fait Périclès et comme le devait faire Louis XIV I Et combien cette histoire est remplie de gloire et de défaites , de prospérités et de malheurs ! Pour bien faire , il faudrait remonter aussi haut que possible dans l'histoire de l’Italie. D'abord, ces tremblantes cités ne servent qu'à se mettre à l'abri des barbares; puis, peu a peu, le besoin , le voisinage de la mer, cette passion pour linconnu qui pousse les nations comme les hommes, les pousse jusqu aux portes d'Alexandrie et de Constantinople. Voilà nos Italiens, que le commerce enrichit; et, avec la richesse, les voilà qui se prennent de passion pour la liberté.
A la tète de ce mouvement nouveau du commerce eide lu liberté, les Lombards se placent naturellement par leur intelligence et par leur courage. Bientôt se forment ces républiques éparses, filles de lu richesse , de la propriété et du commerce. En même temps que se fondaient ces villes qui devaient avoir la destinée des empires, se montraient de grands hommes
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pour fonder, ail gré de leur génie , la liberté ou l'esclavage, liberté éclairée, esclavage ténébreux. Les Sforce, les Bentivoglio , les Pic de la Mirandole, les Polentini , les Manfredi , ces rois et ees dieux , ces tyrans et ces sauveurs dont le nom vit encore à Milan, à Bologne, à Vérone, à Ravenne, hommes généreux, savants, éclairés, avides de tous les genres de renommée et dont les vices mêmes avaient quelque chose de poétique.
Dans ces illustres familles, la gloire de l'Italie moderne, éclate et brille au premier rang la famille des Médicis, les maîtres de Florence. Ils travaillèrent longtemps avant d’arriver au souverain pouvoir. I.c premier souverain de cette race , Cosme I", arriva justement au pouvoir quand le génie italien jetait tout son éclat. Prince heureux au dehors , malheureux dans sa famille. Sa fdle Marie fut séduite par un page, et elle mourut du poison ; sa seconde fille , la belle duchesse de Ferra re, fut assassinée par son mari ; son fds Jean de Médicis, le cardinal, fut poignardé par son frère don Garzia , pour un chevreuil que se disputaient les deux frères; lui à son tour, le malheu-
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reui père, pour venger son fils Jean, tua son dernier fils d’un coup d’épée; trop heureux fut-il entouré de ces cadavres, de laisser son empire naissant à François , son dernier fds. Vous savez comment est mort ce Cosme 1 er . Il fut l’amant de cette célèbre Bianca Cupella , qui a rempli toute l'Italie de son histoire. Femme étrange, d'une grande beauté, d’une ambition sans mesure, qui arriva nu trône à force de désordres. Enlevée à la maison paternelle par un jeune aventurier de Venise, elle se réfugia avec son amant à Florence ; mais elle ne fut pas si bien cachée que le vieux Cosme 1 er , chargé d’ennuis et de déplaisirs, ne vînt à découvrir la belle Vénitienne. Elle avait la grâce d’une Vénitienne, la blancheur mate et animée d'une Vénitienne, le doux parler d’une Vénitienne, l'esprit léger, le ccpur changeant d’une Vénitienne. Elle vil ce vieux prince presque veuf et seul qui l'aimait, et elle ne l'aima pus, mais elle se laissa aimer. Elle devint ainsi la maitresse de Florence et du prince. Puis un jour, comme l'amant qui l’avait enlevée la gênait, elle le fit tuer ; et son prince étant devenu veuf tout à lait, elle l'épousa tout à fait. Alors grande fut la joie
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•le Venise de voir nue de ses filles monter au trône • le Florence. La sérénissime république voulut adopter comme sienne cette belle et illustre fugitive ; elle envoya en grande pompe une députation des plus nobles et des plus riches pour la représenter à ce mariage . qui coûta huit cent mille ducats à Venise.
Doue voilà Uianca souveraine, mais souveraine sans postérité. Que de voeux ne fit-elle pas à tous les saints du Paradis florentin pour avoir un enfant qui pût régner après son père! Mais l’heure fatale avait sonné, et d'ailleurs cette femme avait derrière elle un terrible espion, le cardinal don François, le frère de Cosmc. Un jour que la grande duchesse faisait semblant d'accoucher, don François se promenait de long en large, en lisant un bréviaire; et voilà pourquoi la duchesse n’accoucha pas d'un gros garçon !
Alors elle résolut de se venger ; elle voulut empoisonner don François. El comme elle lui offrait un certain plat qu'il aimait, celui-ci refusa; ce que voyant son frère (’.osmc, — Par Dieu, dit le due,
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jeu veux goûter, et en même temps il tendit son assiette, et Bianca , pour ne pas avouer son crime , empoisonna son mari et s'empoisonna elle-même. Cet horrible dénoûinent à une vie si orageuse se passait dans une de ecs belles maisons de campagne qui entourent Florence ; mais la verdure, et les Heurs, et le temps, ont détruit ces horribles souvenirs.
Kt voilà justement dans quel siècle arrivèrent les grands maîtres de la peinture, le Titien (4-477) Léonard deVinei (1 520), Raphaël (4519), Corrége, (455-4), Michel-Ange (45C5). Ceci fut le règne de Tintoret , de Paul Véronèse, de Jules Romain, ctdc cet aimable André Del Sarte, l'honneur de Florence.
Ce fut aussi le beau moment de l'Italie ; la paix et les arts se mirent à l’œuvre, et les ingénieux Italiens, gouvernés par leurs princes naturels, s'abandonnèrent librement à cette double impulsion. A la tète de ce mouvement des intelligences se plaça Florence, que gouvernait cette heureuse famille des Médicis. Cosme 1" fut un marchand de génie; enfant du peuple il domina les nobles. Quand il fut le maître, il
ouvrit sa ville à tous les exilés de Constantinople , ees Grecs du Bas-Empire qui emportaient avec eux la philosophie et la poésie de la Grèce. Après lui régna Cosme le pire de la pairie , surnom glorieux qui n’est qu’un surnom ; puis régna Pierre qui se lit chasser pour ses vices ; puis Lauréat le Magnifique, espèce de philosophe plein d’urbanité et de grâce , l’ami de Politicn , le protecteur de Michel-Ange , le père de ce Léon X qui fut le roi de Raphaël. Et quand on songe que ces hommes conservèrent comme un patrimoine la noble et sainte passion des beaux-arts, qu’ils arrivèrent à une époque de luxe et d’orgueil, qu’ils gouvernèrent des peuples sensualistes naturellement por tés à la poésie et à tous les beaux-arts ; quand on songe que dans ces villes italiennes l’art était le seul moyen de prouver sa fortune, son bon goût, son esprit et son génie, que l'art était partout au dedans et au dehors de la cité , dans le pslais , dans le temple , sur les remparts, à la poignée des épées , voire même sur le bois des prie-dieu et des fauteuils, on finit enfin par comprendre comment il se fait que tant de chel'sd’aeuvre ainsi enfantés pour le caprice des uns, par
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le génie des autres et pour la gloire de tous, se manifestent encore à ce degré de magnificence dans ces nobles cités dont quelques-unes n’ont gardé que leur nom et le souvenir toujours vivant de tant de splendeurs.
Ce serait un grand livre à faire, et qui a été tente bien souvent, que d’écrire, non pas l'histoire, mais bien plus que l'histoire, la biographie des Médicis.
Cosme de Médicis , le premier, se mit à la poursuite de tous les manuscrits de l’antiquité; il envoya des savants en France, en Italie, en Allemagne, en Orient, tout exprès pour recueillir les livres épars depuis le grand naufrage du monde romain. C’est ainsi qu'il a préparé celte Bibliothèque Laurenlieime , fondée par Laurent le Magnifique, son petit-fils. Quand on a vu le dôme de Florence et la place du Vieuxl'alais, il faut voir la Bibliothèque Laurentienne . La docte antiquité n’a pas laissé déplus saintes reliques. C'est Michel- Ange ( toujours lui ! ) qui a commencé ce sanctuaire; un élève de Raphaël a dessiné les vitraux, l-a iMurmlienne ne contient que des manuscrits et les plus rares. Un Virgile du quatrième siècle. Les Pandectes,
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prises par les Pisans au siège dAmalli, écrites parTri- Ixxiien lui-même. Les cinq premiers livres des Annules île Tacite, la plus glorieuse conquête de Léon X ; In copie du Decameron par Bocraee ; le manuscrit de Lonijus , charge de la trop fumeuse tache d’encre de Paul- Louis Courrier ; les Lettres familières de Cicéron, de la main de Pétrarque qui les avait découvertes dans un manuscrit antique et qui les avait copiées avec la même passion de Jean-Jacques Rousseau copiant les lettres de I Héloïse ; un Térence de la main de Politien , des pamphlets de cet admirable Àrétin, l'homme sans honte ; et que sais-je encore? Au milieu de ces nobles débris est placé le doigt de Galilée, triste relique! Ce n est pas dans ce bocal informe que vous retrouverez ce doigt de Galilée, qui a suivi de là-bas et tout en haut, le doigt de Dieu.
C’est surtout dans le Musée qu’ils ont fondé, qu’il faut chercher les Médicis; c’est là qu'ils ont laissé des traces ineffaçables de leur passage sur la terre d'Italie; c’est là qu’on retrouve tout entiers Léon X, et Clément VU, et Laurent le Magniliquc. La gloire d'avoir sauvé tant de ehefs-d oeuvre est certes assez belle
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pour qu’on la loue ; et d’ailleurs, quelle louange saurait la payer I Dans les offices, celte galerie qui n’a rien de la majesté de notre Louvre, vous retrouvez, non sans émotion , plusieurs de ces chefs-d’œuvre populaires qui jouent dans les arts le même rôle que i Enéide ou l'Iliade dans les lettres. Après avoir traverse une longue suite de bustes antiques , des Néron, des Auguste , des Caligula , des Juuie , des Agrippine, des Tibère, tous les héros stupides et féroces de Suétone, vous vous trouvez au milieu du seizième siècle, et, malgré vous, tout rempli que vous êtes de l'ancienne Florcuce, vous comparez ces marbres naïfs, gracieux , mélancoliques , aux chefs-d’o;uvre si corrects de l'antiquité. Puis , sans mot dire, vous passez outre et vous parcourez la galerie de peintures : ce sont des Florentins, des Vénitiens, des Romains, des Génois, parmi lesquels, de temps à autre, éclate Paul Véronèse, leur maître à tous ; ou bien c'est le Titien qui jette sa douce clarté sur ces ombres. — Allons toujours, d'autres statues nous arrêtent, bronzes antiques ou bronzes modernes . la Victoire , Hercule üacchus. puis des vases étrusques, puis des portraits.
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plusieurs portraits de llolbein, le portrait de Philippe IV, par Velasquez. — Un Brutus deMicliel-Ange, ébauché. Un faiseur de vers latins a prétendu que Michel-Ange n avait pas achevé ce Brutus, parce que Brutus avait tué César; un Anglais a répondu par d'autres vers latins, que Michel-Ange avait été arrêté par la haute opinion qu’il avait de Brutus. — Michel- Ange n’avait peur ni de Brutus ni de César. — L’Egvple elle-même a poussé dans ce Musée ses grossiers monuments et ses informes papyrus. — Une salle tout entière est consacrée aux portraits des peintres célèbres peints par eux-mêmes. En général ces portrails sont indignes des têtes qu’ils représentent et des noms qui les ont signés. Raphaël est pèle et blême , et ses beaux traits sont reproduits avec une nonchalance sans égale. Le Titien a l’air ennuyé; Michel-Ange est triste; André delSartc, en fait de portraits , ne savait faire que celui de sa femme ; à peine reconnait-on Paul Véronèse; le Dominiquin n’est plus qu’un moine pleureur; Holhein s’est à peine donné le temps de recouvrir le bois sur lequel il s’est peint lui-même ; Angélica Kauffmann s’est faite belle, mignonne,
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riante, parée : à la bonne heure 1 — l.e portrait de Léonard de Vinci est admirable, au moins celui-là ne s'est pas trahi. Mais, silence! nous entrons dans l'enceinte réservée, dans la tribune, dans le sanctum sanclorum des beaux-arts.
La tribune de la galerie de Florence est célèbre; elle est disposée avec un certain charlatanisme innocent, que l'on pardonne volontiers; la coupole est en nacre de perles, le pavé est en marbre précieux. — Le temple est digne du Dieu qui I habile. — C'est qu'en effet , sous cette voûte , vivent et respirent ta Vénus de Cléomèncs , te petit Apollon, le Faune, tes Lutteurs, le Rémouleur. — Ils sont entourés de ta Vierge de Michel-Ange, des deux Vénus du Titien et de plusieurs chefs-d’œuvre de Paul Véronèse , de Van Dick, d’André dcl Sarte et de Raphaël.
J’avoue qu'au premier abord , en présence de pareils chefs-d’œuvre, dont un seul ferait la gloire d’une ville , vous vous sentez remué jusqu'au fond de l'âme. A peine osez-vous parler tout bas , de peur qu elles ne s’enfuient au loin , toutes ces nudités divines. La Vénus, beauté longtemps enfouie et retrouvée sans
bras, est , à coup sur , un inarbre parfait , mais ce n’est qu'un marbre. Pas un défaut dans cette belle statue, mais, au contraire, à chaque contour une grâce nouvelle! Quels pieds! quelle taille! quelle tète mignonne! le beau corps! Mais encore une fois ce n’est qu’un marbre. L’attitude de cette jeune femme sans voile , et qui comprend qu’elle est sans voile , est pénible. Nous ne pouvons pas admettre que Vénus , dans l’Olympe , comprenne qu'elle est nue. Si la chose est ainsi , Vénus doit être la plus malheureuse des déesses. Parlez-moi de l'Apollon! eelui-là ne songe pas un instant à sa nudité, et personne n’y pense. D’ailleurs, même dans sa beauté sans tache, cette Vénus est pauvre et grêle ; elle ressemble tout à fait à ces admirablement belles personnes que tout le monde regarde et que personne ne veut aimer. Quelle différence de ce marbre avec ces deux femmes si belles du Titien ! Voilà des créatures vivantes ! voilà de la vie, de la chair, de la beauté! Quelqu'un demandailà Titien où donc il trouvait ses modèles? — Partout, répondit-il , et, en preuve , il fit poser son frère qui était un gros homme bien nourri , et d’après ce frère il a rom-
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posé la plus belle des deux Vénus. L'Apollon est tout à fait le pendant de la Vénus; c’est un petit jeune homme grêle et Iluel et fait au tour. Le Faune qui danse est adorable ; il est vif, léger, coquet, malin, ricaneur, amoureux, charmant. Rien n’est beau comme le groupe en marbre des deux Lutteurs; chaque muscle est en mouvement, chaque tendon esta l’œuvre j les veines , les nerfs , les os , les mains , les pieds , le corps, tout s’agite, la tète seule reste calme. Le Rémouleur, que nous avons admiré si souvent dans le jardin des Tuileries, est peut-être le plus beau marbre que nous ait laissé l’antiquité. C'est chose étrange devoir à côté de fa Vénus couchée du Titien le portrait d’un cardinal par le même Titien , et à côté de la Fornarina , la maîtresse de Raphaël , le portrait de Jules Il par le même Raphaël. Il y a aussi un sain! Jean-Baptiste de Léonard de Vinci , une Vierge de Corrége , le Chartcs-Quinl «le Van Dick. Charlcs-Quinl n’est plus le maître des Espagnes, il n’est pas encore le moine d’Aranjuez; il se promène tète nue sur le bord de la mer bruyante; puis enfin le saint Jean-Baptiste de Raphaël. C est bien le même saint Jean que j a-
vais vu se vendre soixante-quinze francs à la vente de feu M. le duc de Maillé! La figure est jeune, le paysage est noir, le tableau est passé. Les deux tableaux se ressemblent d’une façon effrayante pour les deux possesseurs ; car l'un de ces tableaux est une copie à coup sur.
Ce qui complète toutes les richesses de la galerie des offices , c’est la réunion incroyable des dessins des plus grands maîtres , depuis Giotto jusqu’aux temps modernes ; c'est la collection des monnaies et des médailles depuis la monnaie des Étrusques jusqu’au florin d’or, celte belle monnaie si admirée jadis du reste de l’Europe, et disparue à peu près de Florence ; c’est enfin cette réunion de bijoux précieux , si bien faite pour tourner la tête à toutes les majestés féminines de ce monde : bagues', colliers, écrins précieux , boutons d’or , bracelets , coffrets d’ébène , de cristal ou d’ivoire , merveilles inestimables , dont les belles dames du seizième siècle chargeaient leurs doigts, leurs bras, leurs mains, leurs oreilles, leur tète superbe.
Dans ce coin brillant de la galerie , règne en maître