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souverain Benvenuto Cellini , l 'orfèvre florentin. Il fut à la fois orfèvre , armurier , quincaillier , statuaire , et toujours un grand artiste et un bandit.
Le premier de tous ces hommes de Florence qui excellaient dans les arts, Benvenuto Cellini abusa de son art au point d'en foire le délassement de quelques privilégiés de la fortune. Cet homme a enfoui plus de grilce, d’esprit et d’invention dans une boucle , pour le manteau de François I" ou de Médicis , qu’il n’en faudrait pour faire une statue comme le Pertée. Tout lui servait de prétexte à employer son rare talent : la poignée d’une épée, le manche d’un poignard , l’aiguière d’une dame, l’armure d'un prince, l’habit d’un cavalier. A ce métier subalterne il a épuisé son génie en même temps qu’il perdait son art. Quand vous voyez l’art dégénérer ainsi et les ar listes oublier leur mission , tenez-vous pour assurés que la décadence de ce peuple est proche. Et en effet , à l’heure où Benvenuto commence , il n’y a plus de république florentine. Michel-Ange est mort, la voix du Dante, qui a retenti depuis trois siècles, s’est effacée ; Pétrarque a cédé la plaee à ses froids imita-
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leurs ; Boceaee n’est plus estimé que comme un conteur frivole, lui l'émule savant de Pétrarque; plus de grand art , plus de grande poésie , plus de grands monuments pour Florence. C’est l’heure fatale de la corruption dans les mœurs, dans les lois, dans le peuple , dans les grands. Alexandre VI et sa digne fille Lucrèce, et l'amant de cette Lucrèce, le cardinal Bembo , le Pétrarque licencieux et souillé, sont à cette heure les maîtres de la poésie italienne. C’est le temps des satires frivoles , des contes graveleux , des comédies amoureuses. Machiavel lui-méme descend de la hauteur de l’histoire pour se livrera ces spirituelles frivolités, jusqu'à ce qu'enfin vienne au monde , sinon pour purifier toutes ces galanteries , du moins pour en rire, Ariosle le sceptique bon enfant et grand poète , à qui Voltaire a emprunté sa poésie, pour commettre le plus lâche, mais aussi le plus spirituel des attentats.
Et , voyez le malheur ! c’est pour l’Arioste que Raphaël échappe à l'influence du Dante ! A peine sorti de l’école du sévère Pérugin son maître . le jeune Raphaël , élevé dans toute l'austérité de l'école flo-
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rentinc , représente <lmis un tableau le Dante et Savonarole , les premiers dieux de sa pensée , les héros de l’antique Florence; mais bientôt, quand il eut pénétré à la cour de Léon X , parmi ce peuple élégant de railleurs et de sceptiques; quand il eut rencontré Ariostc l’enchanteur, voici que Raphaël dit adieu pour jamais au Dante , à ses doctrines , à la vieille Florence, aux sentiments républicains, à la simplicité catholique , à la théologie philosophique dont Michel- Ange avait été le sculpteur , Brunelleseo l'architecte ; dont, sans Ariosle, il eût été le peintre, lui Raphaël. Quelle douleur ce dut être pour Dante quand il vit , du haut de son paradis , Raphaël lui échapper, Raphaël abandonner l’austérité chrétienne pour la mythologie profane , Raphaël prêter aux vierges saintes la beauté de ses maîtresses , Raphaël placer au Vatican, entre Homère et le Dante, Ariosle lui-même, cet esprit léger et moqueur dont s’épouvantait le vieux Michel-Ange comme d’un monstre !
Celte fois , le temps me manque pour vous parler plus au long de cette admirable école de Florence qui a produit tant de chefs-d’œuvre, pour vous parler
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