EN ITAM E
est riche el vaste ; la galerie de tableaux possède plusieurs chefs-d'œuvre du plus grand prix. Dans un vnsle cabinet plein de livres, et de livres français encore, est assise S. A. K. C'est un jeune homme à l’n>il noir el vif, au sourire bienveillant, très-éloquent, très-instruit des choses de ce monde , et très-peu absolu, fin simple proprietaire de deux ou trois cents arpents de terre en Normandie , qui serait avec cela membre du conseil municipal et de la chambre des pairs , serait à coup sur moins affable, moins bienveillant, moins hospitalier, et surtout moi ns éclairé et moins heureux que le bien-aimé tyran de I. orques , le successeur du grand Castruerio de Lucques. Cette simplicité pleine de goût et d'esprit embarrasserait quelque peu , j'imagine , nos grands faiseurs de déclamations.
Cependant, telle que vous la voyez , si affable et si calme, la ville de Lucques a été, tout comme une autre, le siège d'une turbulente république; même sous les Romains, cette république perdue dans l'immense république se gouvernait par ses propres lois. César et Narsès, le premier empereur
et le dernier général des empereurs, ont passé dans
eus rues , innin tenaiil duserles. Apres avoir subi toutes les vicissitudes des plus importantes républiques italiennes, la petite principauté était redevenue, tant bien que mal, une [république , lorsque l’empereur Napoléon en Fit présent à sa sœur Elisa. C'était un bonimc qui donnait une république avec aussi peu de façon que s'il eût donné un royaume, tant il avait pris I habitude de donner aux siens tout ce qu’il ne gardait pas pour lui.
Un coup d'oeil vous suffira pour savoir à fond toute la ville, — son aqueduc, — sa cathédrale revêtue de marbre, — son vieux palais, — son arsenal qui est vide, heureusement pourellc; après quoi vous partez, non sans regretter ces bains célèbres , dans le plus beau site de ! Italie, où la molle Italie vient reposer chaque année sa vie oisive et bien portante, ces ruisseaux remplis de truites , cette plaine couverte de bestiaux, tout ce vaste jardin bien cultivé , qui entoure la ville de ses fruits, de son ombrage et de ses Heurs.
LtCQUtS. — M»K.
Florence, U 18 juin 183#.
El maintenant nous sommes arrivés d'un saut dans une autre république qui a joué un rôle important, son rôle d'une heure, parmi les républiques italiennes : bise , qui tient ti l'honneur d’avoir été fondée par les Grecs, même aujourd'hui a (pirdé je ne sais quel parfum athénien ; elle soutient encore, et elle le soutiendra jusqu'à la fin du monde, qu'elle n'a pas étévaiu-
!fci VOYAGE
eue par Home, mais bien qu'elle s'est donnée à Home librement. Le nom des Pisansest inscrit avee lionneur dans Y Enéide, celte admirable généalogie romaine. Autrefois Pise avait un port célèbre ; d'abord la mer s'ost éloijjnée du port, et plus tard, pour comble de misères, sont venus les barbares , car ceci est la même histoire pour toutes les villes de l' Italie ; à l'instant même de leur plus grande prospérité, vous voyez fondre sur ces cités épouvantées tous ces terribles missionnaires de la barbarie , Alarie, Attila, Genseric, Odoaere, le blasphème et la ruine, le feu et le fer; après quoi tout disparait dans les mêmes ténèbres, les villes, les hommes, les lois, les mœurs ; jusqu 5 ce qu’eulin dans cette nuit profonde du moveu Age se glissent les premières clartés, les premières libertés de la renaissance. A ces lueurs bienfaisantes , vous voyez peu a peu les nations couchées dans la poudre renaitre ù l’espérance. De nouveau elles essaient leur force et leur |>ensée ; puis bientôt les villes anséatiques sortent de leurs ruines; les républiques se relèvent, les siècles interrompus recommencent, jusqu'au jour où il arrive que toutes ces villes renais-
K N ITALIE
sanies soi*' 1 1 1 assez Tories pour se dévorer I une loutre : — histoire sans lin , également remplie de brigands et de héros.
Me craignez pus que je veuille faire ici de I histoire ; je ne veux que la deviner à ma manière, en traversant ces rues silencieuses, ecs vallées désertes, tout ce pays couvert de tours démantelées , de créneau* brisés, de remparts détruits, de campagnes florissantes; car, Dieu merci, la verdure est éternelle connue le soleil. L'honunc peut renverser une ville, il ne saurait anéantir le lis de la vallée dont Salomon a célébré l'impérissable magnificence. Hommes sacrilèges, qui cherchez dans vos propres entrailles le secret de votre néant ou de votre grandeur, vous pouvez briser
des marbres et des bronzes, mais vous ne sauriez
tarir la moindre source cachée dans les bois. Vous pouvez jeter dans ces murs le silence de la mort , vous ne suuriez arrêter le chant de l’alouette matinale qui salue le lever du soleil ! Et d’ailleurs, comme nous le disions plus haut, rien ne s'efface tout à fait de ce monde ; les ruines sont presque immortelles, ce sont les décombres sacrés des villes qui ne sont plus.