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Pise, ce|>eiidniit, n'est pas une ruine, c'est (pielque eliose enlre la \ill<> qui est niorlr e( la \ille qui va mourir. Pise est restée une ville du moyen âge el de la renaissance ; elle li a pas fait un pas ni en avant ni en arrière. I,e liruil et le mouvement l'ont abandonnée comme a fait la mer qu’on entend gronder nu loin, sans que jamais In mer veuille se rapprocher de ces murailles abandonnées. Doue il In tant contempler telle qu elle est , étendue dans son cercueil de marbre, et belle encore dans sa mort, cette ville guerrière el commerçante, qui a été la rivale de Venise, la maîtresse de Car Ilia j;e ; qui a possédé , au temps des c roisades, son royaume sur la terre d’Afrique. Heureuse encore d'être protégée aujourd'hui par les œuvres de quelques grands artistes dont elle est la mère el dont elle lut In nourrice; car si elle n'avait plus pour elle que ses quais sur PArno, ses liantes murailles, ses tours démantelées el le bruit évanoui quelle a fait dans l’histoire, Pise ne serait plus qu'un vain nom perdu dans l'espace, un bruit lointain et sans écho.
Heureusement, de toutes ses gloires passées, de tous
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les édifices i|» elle éleva, de toutes les villes qu elle a renversées, de toutes ses conquêtes, de toutes ses ruines, il reste à Pise trois chefs-d'œuvre impérissables, le dôme, la lotir penchée et le Campn-Sanlo : avec de pareils débris une ville, même une ruine, ne peut pas mourir.
Moi qui vous parle cl qui arrivais là encore tout ébloui par la magnificence des palais génois, par cet art exquis, par cette magnificence sans égale , par cet entassement de chefs-d'œuvre choisis à la plus belle époque des ehefs-d'min re. moi qui tombais ainsi du seizième siècle italien au treizième et au quatorzième siècle , je vous assure que ce pas rétrograde ne m'a nullement épouvanté. J'ai été émerveillé tout d'abord au seul aspect de ces grandes masses si rempliesd'une imposante majesté. En architecture, ce qui est grand est déjà bien près d’étre beau. 11 faut dire aussi que, dans l'art, les premiers témoignagesdugénied'un peuple qui s’éveille portent en eux-mêmes je ne sais quoi de sacré et de puissant qui vous les fait respectables. Le beau moment pour faire l’homme de gofit, quand ou se trouve au sommet de la tour penchée!
Lh belle imagination de faire de la petite critique sous le dôme de Pisc , et que cela serait habile d'aller compter les pierres du cimetière ! Pour bien juger ces grands monuments des siècles passés, rien ne vaut le respect et le cneur. C'est donc dans toute l'humble simplicité de mon esprit que je les ai étudiés dans le plus grand détail, ces trois rhefs-d 'oeuvre; et maintenant , les yeux fermés , je les vois encore au fond de mon Ame , tout comme on voit dans une chambre obscure. C es trois monuments sont élevés sur la mémo place, un peu au-devant de la ville, dans un vaste espace qu'ils remplissent seuls de leur masse et de leur ombre, sans que nul édifice profane leur porte ombrage. Le dôme , la tour, le cimetière, c’est la même oeuvre; ce sont les chants divers d’un seul et même poème épique et chrétien qui se pourrait trèsfort comparer à la Divine Comédie du Dante, car c'est le Dante qui en a inspiré les plus lielles pages : ici la vie, plus loin la mort; là-haut le ciel, plus bas la tombe; entre ces deux monuments si divers, cette liante tour qui sera éternellement croulante , et le C.timpn-Santo, qui sera silencieux jusqu’à ce qu'il soit
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absorbé comme le reste du monde dans la retentissante vallée de Josapliat, s’élève l’église, comme pour réunir, par un lien sacré, ce que l’artiste a sépare. Le dôme pisan a été élevé à la suite d'une victoire de la république contre les Sarrasins; c’est le plus beau monument de l'art gothique en Italie à celte heure solennelle des arts, quand déjà la renaissance se faisait pressentir. A force d’aller en Orient et d’en revenir, les Pisans avaient pris peu à peu le goût et la passion des grands monuments destinés à marquer la trace des peuples dans l’avenir. Dans cette passion pour les grands arts, Pise a commencé avant Florence; mais elle n’a précédé Florence que de vingt-quatre heures, dans ee départ de l'art moderne dont Florence devait être l'arbitre souverain.
Singuliers commencements cependant des beauxarts en Europe! c’est en dérobant çà et là à Rome, à la Grèce, aux villes d’Orienl, leurs monuments les plus portatifs , que cette noble passion est venue aux villes du moyen 3ge. D’abord , cela leur paraissait plus simple et plus facile d’enlever une colonne à quelque temple ruiné de Thèhes ou de Memphis, que
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de tailler cette môme colonne dans le roc natal et de la sculpter sur les lieux. Le hasard est donc, à vrai dire, le seul architecte de ces premiers efforts gigantesques de l'Italie. C’est un emprunt perpétuel de toutes sortes de matériaux divers, un péle-méle de ehefs-d'eruvre. Les fondations du temple païen servent d'abord à bâtir l'église chrétienne , ses débris servent à l'orner; les statues mutilées des faux dieux deviennent les images vénérées des martyrs. Bien plus, sur le faite du temple de Pisc, se tient debout, les ailes étendues, l'hippogriffe de bronze enlevé à Constantinople , afin sans doute que nul mystère ne fut oublié daus cette mystérieuse réunion de toutes les fables de l'antiquité, de toutes les vérités du christianisme.
Ainsi donc, ce qui vous frappe le plus sur le dôme et sous le dôme , ce n'est pas la hardiesse de l'architecture, ce n'est pas même son étrangeté, oe sont les induis détails de cette moutagnede marbre, à la fois grecque et gothique, fouillée dans tous les sens, par toutes sortes de ciseaux chrétiens et profanes ; moitié temple et moitié citadelle, moitié tombeaux . moitié cha-
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pelles, remplie de croyances et de caprices; muraille immense sur laquelle de grands artistes ont essaye leurs forces naissantes; bégaiement informe, mais non pas sans élégance et sans grâce , qui annonçait à merveille les chefs-d'œuvre à venir. Quelle révolution ce dût être, quand cette malheureuse Italie, échappant enfin à la barbarie stupide et sauvage du treizième siècle , commença les premiers et nobles efforts qui devaient la rendre à la liberté et au génie! Sur ce vieu* territoire de Pisc, dans cette Toscane qui donna l'éveil au reste du inonde, quelques sculpteurs sans nom ont donné les premiers un démenti plein de génie à eet art bâtard que les Orées du moyen âge avaient transplanté en Italie, et dont les malheureux Italiens s’étaient contentés si longtemps. On en vint, un beau jour que la paix était générale, à s'aviser que les chefsd’œuvre de la Grèce antique valaient pour le moins les œuvres informes de la Grèce devenue barbare. Ce fut une clarté nouvelle, étrange, hardie, dont bientôt profilèrent les Italiens inspirés. Approchez-vous et regardes, à la cathédrale de Pise , celte jwrte qu’on dirait faite à Byzance : eh bien ! cette porte toute bar-
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bure que vous lu voyez , elle ouvrira ses deux ballants pour laisser entrer dans la gloire le grand Nicolas de Pise, cet homme qui a réveillé tout à fait la Grèce antique, endormie depuis tant de siècles dans son sarcophage de marbre. Oui, c’est cela, marchons avec respect dans l'espace vide qui sépare ces trois grands monuments de Pise, car à cette même place, les beauxarts de l'Italie ont tenté leurs premiers efforts. A cette même place a commencé Part florentin. Part par excellence. A cette même place, le quatorzième, le quinzième et le seizième siècle ont appris comment on taille le niurbre , comment on élève la pierre , comment on fond le bronze, comment on sculpte le bois , comment on prépare l'argent et l’or, comment le peintre peut charger de scs œuvres des murailles de plusieurs milles.
Prenez patience : dans cette étrange confusion de formes, de couleurs, de métaux, de matériaux, d’efforts de tout genre , les grands artistes à venir sauront bien reconnaître et retrouver toutes les ressources à l’usage de leur art; et quel art ce doit être, savez-vous, cet art dont le dôme, dont la tour,
dont le baptistaire, dout le Cainpo-Saulo de Pise , merveilles inestimables , ne sont pourtant que les rudes et informes linéaments !
L'ail -1065, lesPisans éveillés les premiers à cette clarté qui leur venait de l’antiquité profane , riches comme des marchands , mais comme des marchands qui ontfait leur fortune les armes à la main, résolurent d'employer ces richesses immenses et les souvenirs de leurs voyages à élever au dedans de leur ville un monument si grand , si complet et si riche que rien ne lui fût comparable dans l'Italie chrétienne. A cet effet ils allèrent chercher en Grèce un architecte , des peintres , des sculpteurs et même des maçons, lis appelèrent à cette œuvre immense quiconque se sentait des bras ou du génie. Ils y employèrent tout un siècle et tout le superflu de leur fortune ; tous les arts naissants obéirent à ces grands seigneurs de la mer. Des murs d’airain furent dresses dans les airs, ces murs barbares furent chargés de sculptures et de mosaïques plus barbares encore; on entassa en ce lieu tout ce quon peut entasser de tombeaux et d'autels , et voilà comment la tour de Pise à peine achevée fut pour ainsi dire
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le fanal du haut duquel le génie toscan s'en vint
contempler l'avenir!
Pénétrez cependant sous ces voûtes que cinquante colonnes supportent dans les airs. L'église est une immense croix latine, entourée de pilastres et de colonnes de tous les ordres d'architecture. O 11 dirait un échantillon de tous les marbres précieux envoyés là par les géants. Entre ees colonnes , dans ces nombreuses chapelles , le 81310011% et le peintre ont jeté à profusion les statues elles tableaux. On remarque dans le chœur , non loin du tombeau de l’archevêque de Pise , trois stutues en bronze de Jean de Bologne , ce grand artiste que vous retrouverez plus tard et toutes les foisque la république de Florence aura besoin d’un chef-d’œuvre; là aussi est enseveli dans un linceul de marbre le roi Henri VII , l’ennemi de Florence , l’ami de Pise , célébré par le Dante lui-même ; là aussi ont essayé leurs forces le grand artiste Nicolas de Pise et Jean son fds, digne de son père, célèbres talents qui ne le cèdent qu’à Miehel-Ange , dont Michel-Ange a absorbé toute la renommée. Au milieu de tous ees essais admirables d’un art qui n’est pas tout à fait Pari
florentin, mais qui le sera bientôt, vous restez ébloui, confondu : c’est ainsi qu'en lisant quelque grand récit de bataille dans Philippe de Comines, vous pressentez confusément les grands écrivains qui vont venir.
A côté du vaste dôme s’élève le baptistaire ; placé là, le baptistaire n’est qu’une chapelle; autre part le baptistaire serait une cathédrale. Mais quelle élégante cathédrale ! Lecole de Pise n’a rien produit de plus excellent : la porte du baptistaire de Pise a servi de modèle à celte porte du baptistaire de Florence que Michel-Ange appelait la porte du Paradis, le ne puis vous dire ni le nombre ni la forme des colonnes du baptistaire, ni la couleur, ni l’éclat des marbres; à peine vous parlerai-je de la chaire sculptée par Nicolas de Pise, et des fonts baptismaux que soutiennent des colonnes de porphyre dérobées à l’Orient. Vous diriez un de ces bijoux ciselés à l’usage des belles dames que Benvcnuto Cellini mit à la mode dans tous les coins policés de l'Europe. On dirait de la sculpture au burin. Tout ce que l’artiste a renfermé dans ces dix pieds de marbre est incroyable. Les vieux Pisansétaien! si fiers de cette œuvre du grand Nicolas, que c’était
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un devoir du podestat de faire garder par des hommes armés si omirabile opéra.
Ce fut en travaillant d'abord aux bas-reliefs, que Nicolas commença la grande révolution dans l’art que Michel-Ange devait accomplir. Dés l’an 4252, Nicolas avait déjà sculpté à Bologne l'urne de Saint- Dominique, œuvre admirable et pour laquelle l’Italie l’avait surnommé Nicolas daU’urna; il ne fit que plus tard les bas-reliefs de la chaire de Saint-Jean dans le baptistaire. Cet homme a retrouvé l’art antique, sinon à force de génie, du moins à force de patience. 11 a été le maître d’Arnolphe de Florence, le maître de son fils Jean de Pisc, le digne émule de Nicolas, le maître d'André de Pise qui a mis vingtdeux ans à exécuter une des portes du baptistaire de Florence , lequel André fut le maître de Donatello et de Ghiberti. Voilà quel était l'illustre sculpteur de la chaire de Saint-Jean.
Malheureusement ce chef-d'œuvre a été harbarement dégradé en plusieurs endroits. Plus d'une tête coupée a été retranchée à plus d’un beau corps qui reste ainsi couché dans l'attitude du respect : plus
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