LE PALAIS DUCAL
Le palais ducal, dans la forme où nous le voyons aujourd'hui, date de Marino Faliero, et succède à un plus ancien commencé en 809, sous Angelo Participazio, et continué par les différents doges. C'est Marino Faliero qui fit bâtir, en 1355, telles qu'elles sont, les deux façades qui regardent le Môle et la Piazzetta ; cette construction ne porta bonheur ni à l'ordonnateur ni à l'architecte : l'un fut décapité et l'autre pendu. Seulement, il est fâcheux pour le parallélisme de fatalité de la légende que l'architecte du palais ne soit pas Philippe Galendario; comme on l'a cru jusqu'ici, mais bien Pietro Bassagio, ainsi que le prouve un document découvert par Tabbé Cadorin. Pourtant l'historiette a une chance de se rattraper. Galendario travailla aux sculptures des chapiteaux de la première galerie, qui sont des chefs-d'œuvre d'arabesque et d'ornementation : ce fil suffit à rattacher sa pendaison à l'influence sinistre du palais ducal.
On entre dans cet étrange édifice, — à la fois palais, sénat, tribunal et prison sous le gouvernement de la république, — par une charmante porte à l'angle de Saint-Marc, entre les piliers de Saint-Jean d'Acre et l'énorme colonne trapue supportant tout le poids de l'immense muraille de marbre
blanc Pt rose qui donne tant d'originalité à Taspect du vieux palais des doges. Cette porte, appelée délia Carta, d un goût charmant d'architecture, ornée de colonnettes, de trèfles et de statues, sans compter l'inévitable lion ailé et le saint Marc de rigueur, conduit par un passage voûté dans la grande cour intérieure : cette disposition assez singulière d'une entrée placée en dehors, pour ainsi dire, de l'édifice où elle conduit, a 2'avantage de ne déranger en rien l'unité des façades, f ,ue ne trouble aucune saillie, excepté celle des fenêtres monumentales.
Avant de passer sous son arcade, donnons un coupd'œil à l'extérieur du palais pour en remarquer quelques détails intéressants. Au-dessus de la grosse et robuste colonne dont nous venons de parler, il y a un bas-relief d'aspect farouche représentant le Jugement de Salomon, avec le costume moyen âge et une certaine barbarie d'exécution qui rend le sujet difficile à reconnaître. C'est à ce basrelief que vient aboutir la longue colonnette torse qui cordonne chaque angle de l'édifice. A l'autre coin, du côté de la mer, on voit Adam et Eve décemment habillés d'une feuille de figuier, et à l'angle qu'échancre le pont de la Paille, le patriarche Noé, dont Sem et Japhet recouvrent la nudité, tandis queCham, le fils peu respectueux, ricane à l'écart sur le retour du mur. Le bras du vieillard, traité avec une fine sécheresse gothique, laisse voir tous les muscles et toutes les veines.
A la façade de la Piazzetta, au second rang de galerie, deux colonnes de marbre rouge indiquent la place d'où on lisait les sentences de mort, coutume qui existe encore aujourd'hui. On vante aussi beaucoup le treizième chapiteau de la galerie inférieure, en parlant de Saint-Marc, qui contient, en huit compartiments, autant d'époques do la vie humaine très-finement rendues. Au reste, tous les chapiteaux sont d'un goût exquis et d'une variété inépuisable. Pas un ne se répète. Us contiennent des chimères, des enfants, des anges, des animaux fantastiques, quel-*
quefois des sujets de la Bib'e ou de Thistoire, entremêlés à des rinceaux, à des acanthes, à des fruits et des fleurs qui font merveilleusement ressortir la pauvreté d'invention de nos architectes modernes : plusieurs portent des inscriptions à demi effacées en caractères gothiques, qui exigeraient, pour être lues couramment, un paléographe habile ; on compte dix-sept arcades sur le Môle et dix-huit sur la Piazzetta.
La porte délia Carta vous conduit à l'escalier des Géants, qui n'a rien de gigantesque par lui-même, mais qui tire son nom de deux colosses do Neptune et de Mars d'une douzaine de pieds de proportion, de Sansovino, posés sur les socles en haut de la rampe. Cet escalier, conduisant du pavé de la cour à la seconde galerie qui règne à l'intérieur comme à l'extérieur du palais, a été élevé sous le dogat d'Agostino Barbarigo, par Antonio Rizzo. 11 est en marbre blanc, et décoré par Dominique et Bernardin de Mantoue, d'arabesques et de trophées d'un relief très-faible et d'une perfection à désespérer tous les ornemanistes, ciseleurs et nielleurs du monde. Ce n'est plus de l'architecture, c'est de l'orfèvrerie comme Benvenuto Cellini et Vechte pourraient seuls la faire. Chaque morceau de cette balustrade découpée à jour est un monde d'invention; les armes et les casques de chaque bas-relief, tous dissemblables, sont de la fantaisie la plus rare et du style le plus pur ; l'épaisseur même des marches est niellée d'ornements exquis, et pourtant qui est-ce qui connaît Dominique et Bernardin de Mantoue? La mémoire humaine, déjà fatiguée d'une centaine de noms illustres, se refuse à en retenir davantage et laisse à l'oubli des noms qui méritaient la gloire.
Au bas de cet escalier sont posées, à la place où l'on met habituellement les pommes de rampe, deux corbeilles de fruits usés par la main de ceux qui montent. Un de ces esprits fms qui veulent trouver malice partout prétend que ces corbeilles de fruits signifiaient l'état de maturité
OÙ devaient être ceux qui se rendaient au sénat pour traiter des affaires de la république. Dominique et Bernardin, s'ils revenaient au monde, seraient sans doute bien surpris du sens profond que prête Testhétique au marbre qu'ils ont taillé sans autre souci que celui de la beauté, en humbles et grands artistes qu'ils étaient. Les statues de Neptune et de Mars, malgré leur grande taille et le renflement exagéré de leurs muscles, sont un peu molles, considérées absolument; mais liées à l'architecture, elles tiennent leur place d'une façon hautaine et majestueuse. La plinthe porte le nom de l'artiste, que nous jugeons supérieur dans ses statuettes d'apôtres et sa porte de la sacristie à Saint-Marc.
Arrivé au haut de cet escalier, si Ton se retourne, Ton a devant soi la façade interne de la porte de Bartolomeo toute fleuronnée de volutes, toute plaquée de colonnettes et de statues, avec des restes de peinture bleue étoilée d'or dans les tympans des arceaux. Parmi les statues, une surtout est trés-remarquable : c'est une Eve, par Antonio Rizzio de Vérone, sculptée en 1471. Une certaine timidité gothique régne encore dans ses formes charmantes, et sa pose ingénue rappelle avec une adorable gaucherie l'attitude de la Vénus de Médicis, cette Eve païenne qui retient de la main une feuille de figuier absente. Les artistes antérieurs à la Renaissance, qui avaient peu d'occasions de traiter le nu, y mettent une sorte d'embarras pudique et de naïveté enfantine qui nous plaît extrêmement. L'autre face qui regarde les citernes a été bâtie en 1607 en style Renaissance, avec des colonnes et des niches renfermant des statues antiques venant de Grèce, qui représentent des guerriers, des orateurs et des divinités. Une horloge et une statue du duc Urbin, sculptée par Gio Bandini de Florence, en 1625, complètent cette façade sévère et classique.
En laissant tomber vos yeux vers le milieu de la cour, vous apercevez comme de magnifiques autels de bronze. Ce sont des bouches de citernes de Nicolo de Conti et de
Francesco Alberghetti. L'une date de 1556, l'autre de 1559. Toutes deux sont des chefs-d'œuvre. Elles représentent, outre l'accompagnement obligé de griffons, de lirènes, de chimères, différents sujets aquatiques tirés de l'Écriture. On ne saurait imaginer la richesse d'invention, le goût exquis, la perfection de ciselure, le fini du travail de ces margelles de puits que rehaussent le poli et la patine du temps. L'intérieur même de la bouche, garni de lames de bronze, est ramage d'un damas d'arabesques. Ces deux citernes passent pour contenir la meilleure eau de Venise. Aussi sont-elles très-fréquentées, et les cordes qui tirent les seaux ont-elles produit dans le rebord d'airain des entailles de deux ou trois, pouces de profondeur.
Dans aucun endroit de Venise vous ne trouverez un lieu plus propice pour étudier l'intéressante classe des porteuses d'eau, dont la beauté est célèbre un peu gratuitement, à notre avis; car, pour quelques jolies, nous en avons vu beaucoup de laides et de vieilles. Leur costume est assez caractéristique : elles sont coiffées d'un chapeau d'homme en feutre noir et vêtues d'un grand jupon de drap noir qui leur monte sous les aisselles, comme une taille de l'Empire; leurs pieds sont nus, ainsi que leurs jambes, quelquefois cependant entourées d'une espèce de knémis, ou bas coupé, à la mode des paysans de la Huerta de Valence. Une chemise de grosse toile, plissée à la poitrine et à manches courtes, complète le costume. Elles portent leur denrée sur l'épaule dans deux seaux de cuivre rouge qui se font équilibre. La plupart de ces femmes sont Tyroliennes.
Au moment où nous étions arrêtés au haut de l'escalier, il y avait, penchée sur la margelle d'airain de la citerne de Nicole de Conti, une de ces jeunes Tyroliennes qui tirait à elle avec assez d'effort, car elle était petite el délicate, une de ces marmites pleines d'eau. Sa nuque inclinée laissait voir, sous son chapeau masculin, une
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torsade de jolis cheveux blonds et un commencement d'épaules assez blanches, où le hâle n*avait pas encore fait fondre entièrement la neige de la montagne. On peintre en eût fait le sujet d'un agréable tableau de genre : nous préférons de beaucoup, à cette méthode de marcher courbée entre deux seaux, l'habitude espagnole et africaine de porter de l'eau sur la tête dans une amphore en équilibre. Les femmes prennent ainsi une noblesse de port étonnante. A la manière dont elles sont hanchées et piétées, on dirait des statues antiques. Mais en voilà assez sur les porteuses d'eau.
Près de l'escalier des Géants, Ton voit une inscription encadrée d'ornements et de figurines par Alessandro Vittoria, qui rappelle le passage d'Henri III à Venise, et plus loin, dans la galerie, à l'entrée de l'escalier d'or, deux statues d'Antonio Aspetti, Hercule et Atlas pliant sous le firmament étoile dont le robuste héros va prendre le poids sur son col de bœuf. Cet escalier, très-magnifique, orné de stucs de Vittoria et de peintures de Giambalista, est de Sansovino et conduit à la bibliothèque, qui occupe maintenant plusieurs salles du palais des Doges ; essayer de les décrire les unes après les autres serait un travail de patience et d'érudition qui demanderait un volume et conviendrait plutôt à un guide spécial qu'à un recueil d'impressions de voyage.
L'ancienne salle du grand Conseil est une des plus vastes que l'on puisse voir. La cour des Lions, de l'Alhambra, y tiendrait à l'aise. Quand on y entre, l'on reste frappé d'étonnement. Par un effet assez fréquent en architecture, cette salle paraît beaucoup plus grande que le bâtiment qui la renferme. Une boiserie sombre et sévère, où les armoires à livres ont remplacé les stalles des anciens sénateurs, sert de plinthe à d'immenses peintures qui se déroulent tout autour de la muraille, interrompues seulement par les fenêtres, sous une ligne de portraits de doges et un plafond colossal tout doré, d'une richesse et
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d*une exubérance d'ornemenlation incroyables, à grands compartiments, carrés, octogones, ovales, avec des ramages, des volutes el des rocailles d'un goût peu approprié au style du p dais, mais si grandiose et si magnifique qu'on en est tout ébloui. Malheureusement, pour cause de réparations indispensables, l'on a retiré maintenant les toiles de Paul Véronése, de Tintoret, de Palma le jeune et autres grands maîtres, qui remplissaient ces cadres superbes. Nous avons beaucoup regretté de ne pouvoir admirer cette Venise personnifiée par Paul Véronése, si radieuse et si fière, et qui semble l'incarnation même du génie de ce grand maître.
Un des côtés de la salle, celui de la porte d'entrée, est occupé tout entier par un gigantesque paradis de Tintoret, qui contient tout un monde de ligures. L'esquisse d'un sujet analogue, que l'on voit au musée du Louvre, à Paris, peut donner l'idée de cette composition, dont le genre plaisait au génie fougueux et tumultueux de ce mâle artiste, qui remplit si bien le programme de son nom, Jacopo Robusti. C'est en effet une robuste p inture, et il est dommage que le temps Tait si fort assombrie. Les ténèbres enfumées qui la couvrent conviennent presque autant à un enfer qu'à une gloire. Derrière cette toile, circonstance que nous n'avons pas été à même de vérifier, il existe, dit-on, un ancien paradis, peint sur le mur, en camaïeu vert, par Guariento de Padoue, en l'an 1365. 11 serait curieux de pouvoir comparer ce paradis vert à ce paradis noir. Il n'y a que Venise pour avoir de la peinture sur deux rangs de profondeur.
Cette salle est une espèce de musée de Versailles de l'histoire vénitienne, avec cette différence que, si les exploits sont moindres, la peinture est bien meilleure. Voici les sujets de ses tableaux, la plupart de dimensions énormes : le pape Alexandre 111 reçu par le doge Ziani ; le pape donnant la corne au doge (c'est ainsi que s'appelle le bonnet dof-al, d'où sort, en effet, un bec recourbé) ;
les ambassadeurs se présentant à l'empereur Frédéric Barberousse, à Pavie, de Tintoret ; le pape donnant le bâlon de maréchal au doge qui s'embarque, de F. Bas-^ san; le doge béni par le pape, du Fiamingo; Othon, fils de Frédéric, fait prisonnier par les Vénitiens, de Tintoret; Othon traitant de la paix avec le pape ; Frédéric et le pape, de F. Zuccato ; arrivée du pape, de l'empereur et du doge à Ancône, par Girolamo Gambarate; le pape offrant des présents au doge dans Saint-Pierre de Rome, de Giulio del Moro ; le retour du doge Andréa Contarini, vainqueur des Génois en 1578, de Paul Véronèse dans sa vieillesse, mais toujours digne du maître; Baudouin élu empereur à Constantinople, dans l'église de Sainte-Sophie, de A. Vicentino; Baudouin couronné empereur par le doge Enrico Dandolo, de l'Aliense ; Constantinople prise pour la première fois par les Vénitiens, ayant à leur tête le vieux Dandolo, de Palma le jeune, et pour la seconde fois par les Vénitiens alliés aux croisés, en 1204, d'Andréa Vicentino; Alexis, fils de l'empereur Isaac, invoquant la protection des Vénitiens en faveur de son père; l'assaut de Zara, de Vicentino; la prise de Zara, de Tintoret; la ligue du doge Dandolo avec les croisés dans l'église Saint- Marc, de Jean Leclerc ; sans compter les figures allégoriques de l'Aliense et de Marco Vecellio, logées dans les embrasures, les angles et les impostes, qui ne peuvent recevoir de grandes compositions historiques.
On ne saurait imaginer un coup d'oeil plus merveilleux que cette salle immense entièrement recouverte de ces pompeuses peintures où excelle le génie vénitien, le plus habile dans l'agencement de grandes machines. De toutes parts, le velours miroite, la soie ruisselle, le taffetas papillote, le brocart d'or étale ses orfrois grenus, les pierreries font bosse, les dalmatiques rugueuses s'enroulent, les cuirasses et les morions aux ciselures fantasques se damasquinent d'ombre et de lumière et lancent des éclairs comme des miroirs ; le ciel ouate de ce bleu particulier
à Venise l'interstice des colonnes blanches, et sur les marches des escaliers de marbre s'étagent ces groupes fastueux de sénateurs, d'hommes d'armes, de patriciens et de pages, personnel ordinaire des tableaux vénitiens.
Dans les batailles, c'est un chaos inextricable de galères aux châteaux à trois étages, de trinquets de gabie, de huniers, de triples éventails de rames, de tours, de machines de guerre et d'échelles renversées entraînant leurs grappes d'hommes ; un mélange étonnant de comités, de gardes-chiourme, de forçats, de matelots et d'hommes d'armes, s'assommant avec des masses, des coutelas et des engins barbares, les uns nus jusqu'à la ceinture, les autres vêtus de harnois singuliers, ou de costumes orientaux d'un goût capricieux et baroque, comme ceux des Turcs de Rembrandt ; tout cela fourmille et se débat sur des fonds de fumée et d'incendie ou sur des vagues faisant jaillir entre les galères qui se choquent leurs longues lanières vertes que termine un flocon d'écume. Il est fâcheux pour beaucoup de ces peintures que le temps soit venu ajouter sa fumée à celle du combat; mais si l'œil y perd, l'imagination y gai^ne. Les années donnent plus qu'elles n'ôtent aux tableaux où elles travaillent. Bien des chefs-d'œuvre doivent une partie de leur mérite à la patine dont les siècles les dorent.
Au-dessus de ces grandes machines historiques circule une rangée de portraits de doges par Tintoret, Bassan et d'autres peintres; ils ont, en^jnéral, la mine enfumée et rébarbative, quoiqu'ils n'aient point de barbe, contrairement à l'idée qu'on s'en fait. Dans un coin, l'œil s'arrête sur un cadre vide et noir, qui fait un trou sombre comme une tombe dans la galerie chronologique. C'est la place que devait occuper le portrait de Marine Faliero, et que représente cette inscription : Locus Marini Phaletri, decapitati pro criminibus. Toutos les effigies de Marine Faliero furent également détruites, de sorte que son portrait est pour ainsi dire introuvable. On prétend cepen-
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dant qu'il en existe un chez un amateur à Vérone. La république aurait voulu supprimer le souvenir de ce rieillard orgueilleux, qui la mit à deux doigts de sa perte, pour une plaisanterie de jeune homme suffisamment punie par quelques mois de prison. Pour en finir avec Marine Faliero, disons qu'il ne fut pas décapité au haut de l'escalier des Géants, comme on le représente dan8 quelques estampes, par la raison que cet escalier ne fut bâti que cent cinquante ans plus tard, mais bien à l'angle opposé, à l'autre bout de la galerie, sur le palier d'une rampe démolie depuis.
En sortant sur le balcon de la grande croisée, on aperçoit, outre la perspective de Saint-Georges Majeur et de la Giudecca, dans le portant de la fenêtre à gauche, une jolie statuette de saint Georges, de Canova, lorsqu'il étudiait encore chez le sculpteur Toretti, et que nous préférons à ses ouvrages classiques; elle fait pendant à un saint Théodore, saint Michel ou tout autre saint guerrier d'une tournure charmante et superbe, qu'elle ne vaut pas, mais dont elle soutient le voisinage.
Nous allons nommer, sans les prétendre décrire en détail, les salles les plus célèbres du palais : la chambre dei Scarlatti; la cheminée est couverte de reliefs en marbre du plus fin travail. On y voit aussi placé en imposte un itrès-curieux bas-relief de marbre représentant le doge Loredan à genoux devant la Vierge et l'Enfant, en compagnie de plusieurs saints, admirable ouvrage d'un artiste inconnu. La salle dé l'Écu : c'est là qu'on blasonnait les armoiries du doge vivant ; elle est tapissée de cartes géographiques de l'abbé Grisellini, qui retracent les découvertes de Marc-Paul, si longtemps traitées de fabuleuses, et d'autres illustres voyageurs vénitiens, tels que Zeni et Cabota. On y conserve une mappemonde gravée sur bois, t.'ouvée sur une galère turque, d'une configuration baroque, selon les idées orientales, et toute chamarrée de lettres irabes découpées avec une finesse merveilleuse, et
un grand plan de Venise à vol d'oiseau, dont la matrice se trouve au musée Correr, par Albert Durer, qui a séjourné longtemps dans la ville des Doges. Ce grand artiste, à la fois si fantastique et si exact, qui introduisit la chimère dans les mathématiques, a retracé la ville d'or, la città d'oro, comme la nomme Pétrarque, telle qu'elle était à cette époque avec une minutie scrupuleuse et un caprice étrange. Il a placé dans la mer, enire la Piazzetta et Saint- Georges, un Neptune symbolique coiffé de madrépores, ceint de joncs marins, tout hérissé, tout squammeux, frappant l'eau de nageoires onglées et secouant une barbe déchiquetée comme les lambrequins d'un blason allemand. Quatre vents, lesjoues ballonnées, indiquent les quatre points cardinaux. Des embarcations bizarres, galères, galéasses, bombardes, argosils, orgues, flûtes, caraques, nefs de toutes sortes, emblèmes du commerce du monde, sillonnent une mer guillochée en petites vagues, où sautent des dauphins aux fesses béantes . Dans ce plan, le Campanile n'est pas encore coiffé de son clocher aigu : c'est une simple tour. La Zecca et la Bibliothèque n'ont pas la forme qu'elles ont aujourd'hui ; la Douane de mer est à sa place, bâtie autrement, mais l'église délia Salute n'existe pas. A la place où s'éleva plus tard le Rialto, il y un pont de bois garni de planches, dont le milieu est occupé par un tablier qui se lève avec des chaînes. En général , l'aspect de la ville est le même , car depuis trois siècles on n'a pas mis une pierre sur l'autre dans les villes d'Italie.
Continuons la nomenclature et citons encore la salle des philosophes : on y remarque une très-belle cheminée de Pierre Lombard ; la salle des Stucs, ainsi nommée à cause de son ornementation : elle renferme des peintures de Salviali, de Pordenone et du Bassan; la Vierge, une Descente de croix et la Nativité de Jésus-Christ ; la salle du banquet : c'est là que le doge donnait certains repas d'étiquelix». des dîners diplomatiques, comme on dirait au-
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jourd'hui; on y voit un portrait d'Henri IIl, de Tintoret» très-vigoureux et très-beau, et en face de la porte, l'Adoration des Mages, chaude peinture de Bonifazio, ce grand maître dont nous ne possédons presque rien à Paris; la ^alle des Quatre-Portes : elle est précédée d'un salon carré dont le plafond, peint par Tintoret, représente la Justice qui donne l'épée et la balance au doge Priuli. ' Les quatre portes sont décorées de statues d'une grande tournure par Giulio del Moro, Francesco Caselli, Girolamo Carapagna, Alessandro Vittoria ; les peintures qui Tenrichissent sont des chefs-d'œuvre : on y admire le doge Marino Grimani agenouillé devant la sainte Vierge, avec saint Marc et d'autres saints, de Contarini ; le doge Antoine Grimani en pareille altitude devant la figure de la Foi, de Titien, blonde et superbe peinture où le style d'apparat ne nuit en rien à la simplicité. En face, Carletlo Cagliari a peint le doge Cicogna recevant les ambassadeurs de l'erse, belle occasion de brocarts ramages , de turbans , d'aigrettes et d'égrènement de perles pour un artiste de l'école et de la famille de Paul Véronése. Une immense composition d'André Michel, dit le Vincentino, représente l'arrivée d'Henri 111 au Lido de Venise, où il est reçu par le doge Mocenigo, le patriarche trévisan et les magistrats, sous Tare de triomphe élevé à celte occasion, sur les dessins de Palladio. Cette grande machine a l'aspect opulent et fastueux, comme toutes les peintures du bon temps de cette école yénilienne, née pour peindre le luxe.
Un tableau du même Carlo Cagliari, représentant le doge donnant audience à des ambassadeurs d'État, complète la symétrie. Les caissons du plafond ont été distribués par Palladio ; les stucsrsont de Vittoria et de Bombarda, d'après les dessins de Sansovino; une Fenise de Tintoret, conduite par Jupiter sur l'Adriatique, au milieu d'un cortège de divinités, occupe le compartiment central.
Passons de cette salle dans l'Anti-Collegio, c'est la salle d'attente des ambassadeurs; l'architecture estdeScamozzi.
Les envoyés des diverses puissances qui venaient présenter leurs lettres de créance à la sérénissime République ne devaient guère être pressés d'être introduits : les ( hefsd*œuvre entassés comme à plaisir dans cette antichambre splendide ont de quoi faire prendre patience. Les quatre tableaux placés près de la porte sont de Tintoret, et de ses meilleurs. Nous ne connaissons de lui, qui soit de cette force, que VAdam et Eve et VAbel et Catn, de l'Académie des Beaux-Arts ; en voici les sujets : Mercure et les Grâces^ les Forges de Yulcain^ Pallas, accompagnée de la joie et de l'abondance, qui chasse Mars; Ariane consolée par Bacchus. A part quelques raccourcis un peu forcés, quelques attitudes violentes dont la difficulté plaisait à ce maître, on ne peut que louer la mâle énergie de la touche, la chaleur du coloris, la vérité des chairs, la puissance de vie et cette grâce virile et charmante qui distingue les talents forts lorsqu'ils ont à rendre des sujets suaves.
Mais la merveille de ce sanctuaire de l'art est Y Enlèvement d'Europe^ par Paul Véronèse. La belle jeune fille est assise, comme sur un trône d'argent, sur le dos du taureau divin, dont le poitrail de neige va s'enfoncer dans la mer bleue qui tâche d'atteindre de ses lames amoureuses la plante des pieds qu'Europe relève par une enfantine peur de se mouiller, — détail ingénieux des métamorphoses que le peintre n'a eu garde d'oublier. Les compagnes d'Europe, ne sachant pas qu'un dieu se cache sous la noble forme de ce bel animal si doux et si familier, s'empressent sur la rive et lui jettent des guirlandes de fleurs, sans se douter qu'Europe, ainsi enlevée, va nommer un continent et devenir la maîtresse de Zeus aux noirs sourcils et à la chevelure ambroisiennne. Quelles belles épaules blanches ! q.uelles nuques blondes aux nattes enroulées ! quels bras ronds et charmants ! quel sourire d'éternelle jeunesse dans cette toile merveilleuse, où Paul Véronèse semble avoir dit son dernier mot! Ciel, nuages, arbres, fleurs, terrains, mers, carnation, draperies, tout paraît trempé
flans la lumière d'un Elysée inconnu. Tout est ardent et frais comme la jeunesse, séduisant comme la volupté, oalme et pur comme la force ; rien de maniéré dans cette grâce, rien de malsain dans cette rayonnante allégresse : devant cette toile, et c'est un bien grand éloge pour Watteau, nous avons pensé au Départ pour Cytlière. Seulement, à la clarté des quinquets de l'Opéra, il faut substituer l6 jour splendide de l'Orient; aux mièvres poupées de la Rég ence, en robes de taffetas chiffonné, des corps super^ bes , où la beauté grecque s'assouplit sous la volupté véni- (i enne, et que caressent des draperies souples et vivantes. Si Ton nous donnait à choisir un morceau unique dans toute l'œuvre de Véronèse, c'est celui-là que nous préférerions : c'est la plus belle perle de ce riche écrio.
Au plafond , le grand artiste a fait asseoir sa chère Venise sur un trône d'or, avec celte ampleur étoffée et cette grâce abondante dont il a le secret. Pour cette Assomption, où Venise remplace la Vierge, il sait toujours trouver de Tazur et des rayons nouveaux.
Une magnifique cheminée d'Aspelti, une corniche en stuc de Vittoria et de Bombarda, des camaïeux bleus de Sébastien Rizzi, des colonnes de vert antique et de cipolin encadrant la porte, achèvent cette merveilleuse décoration où brille un luxe le plus beau de tous, le luxe du génie !
La salle de réception ou Collegio se présente ensuite. Nous retrouvons là Tintoret et Paul Véronèse, l'un roux et violent, l'autre azuré et calme ; le premier fait pour les grands pans de muraille, le second pour les plafonds immenses. Tintoret a peint dans cette salle le doge Andréa Griffi priant la Madone et le Bambin, le mariage de sainte Catherine avec divers saints, et le doge Dona; la sainte Vierge sous un baldaquin, plus l'accompagnement obligé d'anges, de saints et de doges, et le Rédempteur adoré par le doge Luigi Mocenigo. Sur l'autre paroi, Paul Véro • nése a représenté le Christ trônant, ayant à ses côtés Venise personnifiée, la Foi et des anges qui tendent des
palmes à Sébastien Venier, depuis doge, lequel remporta la célèbre victoire sur les Turcs à Cursolari, le jour de sainte Justine, placée elle-même dans le tableau ; le fameux provéditeur Agostino Barbarigo, tué dans ce combat^ et les deux figures latérales de saint Sébastien et de sainte Justine en grisailles, Tune faisant allusion au nom du vainqueur, l'autre à la date de la victoire.
Le plafond, qui est magnifique, renferme dans ses caissons la déification complète de Venise, par Paul Véronèse, à qui ce sujet sourit particulièrement. Le premier compartiment nous montre Venise puissante sur terre et sur mer; le second, Venise soutenant la religion; le troisième, Venise amie de la paix et ne craignant pas la guerre : le tout symbolysé avec force allégories de grande mine et de fière tournure, sur des fonds de nuages légers, laissant voir çà et là un ciel couleur turquoise. Comme si ce n'était pas assez de celte apothéose, Venise figure encore audessus de la fenêtre, couronne en tète et sceptre en main, peinte par Carletto Cagliari. Nous ne parlerons pas des camaïeux, des grisailles, des colonnes de vert antique, des arceaux de jaspe fleuri et des sculptures de G. Campagna : nous n'en finirions pas, et ce sont là somptuosités ordinaires dans le palais des Doges.
Nous sentons malgré nous s'allonger cette nomenclature; mais à chaque pas un chef-d'œuvre nous tire par la basque de notre habit quand nous passons, et nous demande une phrase. Le moyen d'y résister ! nous allons, ne pouvant tout dire, laisser travailler votre imagination. Il y a encore dans le palais ducal plus de salles admirables que nous n'en avons nommé. La salle du Conseil des Dix, la salle du Conseil suprême, la salle des Inquisiteurs d'État, et bien d'autres encore. Sur leurs plafonds et leurs parois faites coudoyer l'Apothéose de Venise par l'Assomption de la Vierge; les doges à genoux devant l'une ou l'autre de ces madones par des héros mythologiques et des dieux de la fable; le lion de saint Marc par l'aigle de Ju-
pitor, Tempereur Frédéric Barberousse par un Neptune, le pape Alexandre III par une Allégorie court-vêtue; mêlez aux histoires de la Bible, aux saintes Vierges sous des baldaquins, des prises de Zara èmaillées de plus d'épisodes qu'un chant de TArioste, des surprises de Candie et des capilotades de Turcs ; sculptez les chambranles des portes, chargez les corniches de stucs et de moulures ; dressez des statues dans tous les coins; dorez tout ce qui n*est pas couvert par la brosse d'un artiste supérieur; dites-vous : « Tous ceux qui ont travaillé ici, même les obscurs, avaient vingt fois plus de talent que nos célébrités du jour, et les plus grands maîtres y ont usé leur vie ; » alors vous aurez une faible idée de toutes ces magnificences qui défient la description. Comme architectes, Palladio, Scamozzi, Sansovino, Antonio da Ponte, Pierre Lombard; comme peintres, Titien, Paul Véronèse, Tintoret, Carlo Cagliari, Bonifazio, Vivarini, J. Palma, Aliense, Contarini, le Moro, le Vicentino, toute la bande des Bassans, Zuccari, Marco Vecellio, le Bazacco, Zelotti, Gambareto, Bozzato, Salviati, Malombra, Montemezzano, et Tiepolo, ce charmant peintre, grand maître de la décadence, sous la brosse duquel expira la belle école vénitienne, épuisée de chefs-d'œuvre ; comme sculpteurs et ornemanistes, Vittoria, Aspetti, Fr. Segala, Girolamo Campagna, Bombarda, Pietro di Salo, ont enfoui dans ces salles un génie, une invention, une habileté incomparables. Des peintres dont le nom n'est pas prononcé une fois par siècle s'y maintienjient dans les plus terribles voisinages. On dirait que le génie était dans l'air à cette époque climatérique du genre humain, et que rien n'était plus aisé que de faire des chefsd'œuvre. Les sculpteurs surtout, dont on ne parle jamais, déploient un talent extraordinaire et ne le cèdent en rien aux plus grandes illustrations de la peinture.
Prés de la porte d'une de ces salles, l'on voit encore, mais dépouillée de tout son prestige de terreur et réduite àTétat de boite aux lettres sans ouvrage, l'ancienne gueule
de lion dans laquelle les délateurs venaient jeter leurs dénonciations. Il ne reste plus que le trou dans le mur, la gueule a été arrachée. Un corridor sombre vous conduit le la salle des Inquisiteurs d*Étal aux Plombs et aux Puits, texte d'une infinité de déclamations sentimentales. Certes il n'y a pas de belles prisons ; mais la vérité est que les Plombs étaient de grandes chambres recouvertes en plomb, matière dont se compose la toiture de la plupart des édifices de Venise, et qui n'a rien de particulièrement cruel, et que les Puits ne plongeaient nullement sous la lagune. Nous avons visité deux ou trois de ces cachots ; nous nous attendions à des fantasmagories architecturales dans le goût de Piranèse ; à des arceaux, à des piliers trapus, à des escaliers tournants, à des grilles compliquées, à des anneaux énormes scellés dans des blocs monstrueux; à des soupiraux laissant filtrer un jour verdâlre sur la dalle humide, et nous aurions voulu être conduit par un geôlier en bonnet de peau de renard orné de sa queue, et faisant Jbruire des trousseaux de clefs à sa ceinture. Un guide vénérable, à figure de portier du Marais, nous précédait, une chandelle à la main, par d'étroits couloirs obscurs. Les cachots, tapissés de bois à l'intérieur, avaient une porte basse et une petite ouverture pratiquée en face de la lampe accrociiée au plafond du couloir. Un lit de camp en bois occupait l'un des angles.
C'était étouffé et noir, mais sans appareil mélodramatique. Un philanthrope arrangeant un cachot cellulaire n'aurait pas fait pis; sur les murs, on déchiffre quelquesunes de ces inscriptions que l'ennui des prisonniers grave avec un clou aux parois de leur tombe ; ce sont des signatures, des millésimes, de courtes sentences de la Bible, des réflexions philosophiques assorties à l'endroit, un timide soupir vers la liberté, quelquefois la cause de l'emprisonnement, comme l'inscription dans laquelle un captif dit qu'il a été incarcéré pour sacrilège, ayant donné à mainger à un mort. On nous a' fait voir, à l'entrée d'un
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corridor, un siège de pierre sur lequel on faisait asseoir ceux que Ton exécutait secrètement dans la prison. Une corde fine, jetée au col et tournée en manière de garrotte, les étranglait à la mode turque. Ces exécutions clandestines n'avaient lieu que pour les prisonniers d'État convaincus de crimes politiques. La chose faite, on emballait le cadavre dans une gondole, par une porte qui donne sur le canal de la Paille, et on allait le couler au large, un boulet ou une pierre aux pieds, dans le canal Orfanello, qui est très-profond, et où il est défendu aux pêcheurs de jeter leurs filets.
Les vulgaires assassins s'exécutaient entre les deux colonnes, à l'entrée de la Piazzetta. Le pont des Soupirs, qui, vu du pont de la Paille, a l'air d'un cénotaphe suspendu sur l'eau, n'a rien de remarquable à l'intérieur : c'est un corridor double, séparé par un mur, qui mène à couvert du palais ducal à la prison, édifice sévère et solide d'Antonio da Ponte, situé de l'autre côté du canal, et qui regarde la façade latérale du palais, qu'on présume avoir été élevée sur les dessins d'Antonio Riccio. Le nom de pont des Soupirs, donné à ce tombeau qui relie deux prisons, vient probablement des plaintes des malheureux voyageant de leur cachot au tribunal et du tribunal à leur cachot, brisés par la torture ou désespérés par une condamnation. Le soir, ce canal, resserré entre les hautes murailles des deux sombres édifices, éclairé par quelque rare lumière, a l'air fort sinistre et fort mystérieux, et les gondoles qui s'y glissent, emportant quelque beau couple amoureux qui va respirer le frais sur la lagune, ont la mine d'avoir une charge pour le canal Orfano.
Nous avons visité aussi les anciens appartements du doge; il n'y reste rien de la primitive magnificence, si ce n'est un plafond fort orné, divisé en caissons hexagones dorés et peints. Dans ces caissons, à l'abri des feuillages et des rosaces, était pratiqué un troU invisible par où les inquisiteurs d'État et les membres du Conseil des Dix poi»^
valent épier à toute heure du jour et de la nuit ce que faisait le doge chez lui. La muraille, non contente d'écouter par une oreille, comme la prison de Denis le Tyran, regardait par un œil toujours ouvert, et le doge vainqueur à Zara ou à Candie entendait, comme Angelo, « des pas dans son mur, » et sentait circuler autour de lui une surveillance mystérieuse et jalouse. Nous avons vu aussi les statues antiques transportées de la bibliothèque de Sansovino dans le palais ducal. 11 y a un groupe charmant de Léda et du Cygne; elle résiste encore, mais si faiblement, avec une vertu si lasse et un refus si provocateur, que déjà Toiseau divin Ta entourée de son aile comme d'un rideau nuptial. l\ faut s'arrêter aussi devant un bas-relief d'enfants, en marbre de Paros, du meilleur temps de la sculpture grecque ; un Jupiter ^Egiochus, trouvé à Éphése; une Cléopâtre, et surtout deux grands masques de Faune et de Faunesse, d'une expression singulière.