CHAPITRE VI
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Les fatigues et les privations qu'il m'avait fallu endureren allant de Tiflis à Téhéran avaient si gravement altéré ma santé que je fus obligé de garder plus d'un mois le lit. Une fièvre violente s*était déclarée le lendemain même de mon arrivée dans la capitale actuelle de la Perse; pendant trois semaines^elle résista à tous les traitements. Quand elle me quitta , je me trouvais si faible^ et j*étais si ennuyé , si dégoûté de la Perse, que je renonçai au projet que j'avais formé à mon départ de Tiflis d'aller visiter Ispaban, c'est-à-dire les ruines d'Ispahan^ car tout est en ruine dans ce malheureux pays, — ses mosquées, ses ponts, ses palais, ses bazars. Je n'avais plus qu'un désir, qu'une espérance, qu'une pensée, — partir, gagner une contrée moins insalubre et plus civilisée. Voulant voyager le plus vite possible et me sentant hors d'état de me soutenir à cheval, je demandai un joui' à mon médecin s'il ne me serait pas possible de me procurer une voilure
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à quelque prix que ce fût. Celte ressource, sur laquelle» je dois l'avouer» je ne comptais guère, me manqua. Il n'y a pas de voitures en Perse. Le seul moyen de transport qui y soit employé est le cheval ou le mulet. On monte ces animaux où Ton se fait porter par eux dans une espèce de palanquin. Le roi luimême ne voyage pas autrement. Les voitures dont l'empereur de Russie avait fait présent à son père tombent en ruine au milieu d'une cour de l'arsenal, ou elles sont exposées à iojitas les intempéries de l'atmosphère. Les rois de l'Asie ne veulent pas, assurel-on, se servir de voitures, parce qu'ils seraient forcés de faire asseoir un de leurs sujets en leur présence, en devant d'eux et plus haut qu'eux. Cette absence presque compliète de voitures — on en Inouve encore dans cartaiioies pirovinces -r-. est d'aoitiQtpliis.rQiiiâr^ quabla que lesçhafs étaient autrefois fpRt.iVQfpbeôax en Perse, fiOift ic^umma instruments rdagueirre». Âoît comme: moyiena de.traaiport, jal.(|tte le$. plaijifea ïm^ menaes de ea royaume >soni tcèsfifovorables Meup eïEQ-
. . Leis Persans VQyagent à cheval ât préfè^rent les ibu- Ui& pour les transpQrts ; les chameauix sont deâièBie «mployés par eu^ pour ce dernier ttsagis, etranement ils les font senvir de monture;. Les sêil^ pepsaoas ont <Jes étriers cqurts^et des pommeaux drpits^ longi et dangereux; elles sont fort incommodes .pour les J^* ropéens.Un mulet portadeu^ femn])es.fit^s^ages de bois dans lesquelles elles sont enfermées» assises sur -djg petitsimatelas;. quelquefois. un eiifaBttfOftve encore à se placer silfi.la sellette.de l'aiiiaiaU entre ces deux eages disposées de diaqne eôfé«
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li y' a (leux Buraiènes devoyagèr àoheval : 1° avec ses propres clievaux ou des cbevaua^ qu'on loue, ce qui est fort long; 2^ avec les chevaux de la poste, ce qui-est extréméinent fatigant et parfois impossible, La poste n'est ^ablië ott eepsée établie, en Perse, que pour la simple transmission des ordres de TautoHlé eentrale ai|x gouverneiira de province, et des dépêches de ceux-ci à Faùtorité centrale» G^est par con^é^ queni le gouvernemept qui en supporté seuitousies fraisvDeé relais, appelés ctMperkImnai {écuries pour sept chevaux), ont été établis de distance en: distanœ* Ils jsont entretenusy.partie en nature, parli.e en argent, L'admiaistration en es( confiée à un directeur op fer* mier général, qui obtient par la voie de Tadjudicatibn publique la concession de. ces entreprises sur une ou plu^urs ligues. dj^cdmœunicàtion. Il n'y a de chaper* khana^ (fue sur tes routes qui vont de Tefaemn aux chefs^ lieux de province, et par conséquent de relations suivies qu'avec Tabriz à l'ouest^ Isp^han ad midi et Biéchedàiest; Les autre&villesde l'intérieur n'ontaucun moyen de correspondance. Enfin:, nuéuie sur ces grahdçs lignes, c'est toujours nn (noulan, ou courrier spécial du goaiferoement, qui est chargé des paquets et qi^i voyage à cheval. Quand des particuliers ont des lettrés à expédier , ils les confient à ce courrier qu4vn>oy«nhant une récompense, les porte et le3 remet à destination. On ne voyage pas avec des chevaux de poste beaucoup plus vite qu'avec ses propres che* vaus. Au lieu de- sept chevaux que Ton devrait trouver ù chaque relais, il n'y «n a la plupart du temps que deux ou iLrois, et qui sont tellement mauvais qu'on se fatigue plgs a essayer de. les faire marcher qu'à aller
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à pied. Lorsqa*aD cheval ne veut plus ou ne. peut plus avancer, le voyageur peut se donner la satisfaction de la vengeance ; il a le droit (c'est écrH dans son pasiseport) de lé tuer, sons la condition d'en porter jusqu'au relais prochain la queue dans ses mains et. la selle sur ses épaules. .
Force me fut donc, puisque je ne pouvais pas tl*ouver une voiture, de me contenter d'un cheval. Cette nécessité retarda mon voyage de qndnze jours; enfin. Je me femis en route avec une caravane que j'ai suiviô jusqu'ici ; mais quel voyage! Dès le jour même où je partis de Téhéran, ma fièvre me reprit ; elle ne m'a pas quitté depuis , et Dieu sait si je parviendrai jamais à m'en débarrasser. Souvent j'ai cru que je resterais en chemin, souvent il fallait m'attacber sur mon cheval , tant était grande ma faiblesse. Un jour, le désespoir me. fit tomber dans le délire, et je craignais de perdre la raison. Que de fois je m'écriai comme ce pauvre Aucher-Éloy, qui n'a pas eu le bonheur, lui, de revoir sa patrie : ( Combien me serait doax le pluis.modeste asile en France! i
J'ai mis deux mqis à Y&iir de Téhéran à Alep. Durant ce long trajet, on. ne traverse qu'un . très-petit nombre de villes et de villages qui , pour la plupart , n'offrent rien de curieux, Hamadan,Kermanchah, Mos- «oui, Nisibin, Mardin , Orfa, Bir ou Biredjik. Le reste ne vaut pas l'honneur d'être nommé.. Partout des ruines, et presque partout le désert sur cette route, ou, ce qui est plus triste encore, des plaines couvertes de la plaS' riche végétation et non cultivées. Le désert ne ressemble mène point aux déserts de l'Egypte et de l'Arabie^ c'est aucon traire une terre rouge, pierreuse.
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il est vrai, mais trës-f<çrtile, dépouillée seulement de grands végétaux et arrosée par de petits cours d*eau; il serait eu grande partie habitable et il a été jadis habité, comme l'attestent les ruines nombreuses qu'on y trouve. ':
Hamadan, Fanllque Ecbatane, est aeluetlement une petite ville de fâ^QOO à 15^000 habitants, bâtie i en terre comme toutes les villes de la Perse. Ce qu'elle offre de- phis intéressant parmi "ses ruines est le tombeau d'Ësther et de Afardochée. H s'élève au nrilieu des masures à demi-ruinées du quartier juif, sur une petite place où; à certaines époques de Tannée, accourent de tous les points deTAsie les pèlérinsqui croient à rauthenlicité du mausolée. On y voit aussi le tombeau d'Avicenne.
J'étais tellement malade en passant à Kermancfaah, qu'il me fut impossible d'allei* visiter le célèbre monumetit de Takht-el-Bostân, situé à uàe heure et demie de cette ville, m pi^d dés montagnes.
•Les infCfdetfts ^'un pareil voyage sont peu nombreioi €it' surtout peu variés. De distance en distance, on <rraint d'être arrêté^ pillé et egoi^é par des voleurs de grand chemin? on en voit souvent, mais rarement ils osent attaquer les^caravanes. Ces voleurs sont en général des KiirdeSé. Aucher'Ëloy décrit ainsi leur costume : une chemiise en toile qu'ils relèvent au-dessus des genoux quand ils marchent ; une ceinture en cuir et Un manteau } les cheveux longs et une calotte, quelqfuefoiis un tn^bah par-dessus; leurs armes consistent en une lance énormément longue , souvent accompagnée (pour les chefe) d'une queue de cheval; un fusil, ufA sabre recourtié et un petit boucHer $ quelques-uns