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« L*antiquatre peut donc prendre ie lombeaii de Jonas ou le village de Neiniveh pour point de départ de ses investîgaiîons, et Tintérieur du périmètre décrit par les longues murailles de terre qui se ratla* chent aux deux monticules pour le théâtre de ses recherches. Le sol^ peu accidenté et de même nature, n'offre aucun point indicateur qui trahisse quelque place intéressante , et on a beau le parcourir en tout sens, on n'y rencontre rien qui attire l'attention; mais le grand monticule Factice, dont les fiancs entr'ouverts et crevassés laissent voir çà et là des rangées de briques larges, épaisses et cimentées avec du bitume, offre plus de chances de découverte. Des voyageurs, des antiquaires ont, à différentes époques, fait des recherches dans cette plaine. Tout leur attestait le plan d'un grand édifice, d'une citadelle, d'un temple ou d'un palais; cependant rien d'entier, rien de complet ne leur permit de déterminer avec assurance ni l'époque, ni l'espace, ni la construction de ce.monument. Personne n'avait pu constater les caractères de l'art assyrien ni l'étendue de Ninive, et tout espoir semblait être perdu quand le gouvernement français eut la pensée d'envoyer à Mossoul un consul, M. Botta. C'est à lui que le sort avait réservé (en i843) l'honneur d'une découverte que l'insudcèsde ses devanciers ne pouvait faire espérer. »
Comme ses devanciers, M. Botta avait d'abord dirigé ses recherches sur le grand monticule de Neïni*^ veh. Mais, au bout d'un mois, cédant aux conseils de son guide, il se transporta avec ses ouvriers au village de Khorsabad, éloigné de Mossoul de quatre heures, peuplé de Kurdes (demi-sang croisé d'arabe), et bâti
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suv one éminence factice » car cette hauteur est isolée au milieu de la plaine, qu'elle domioe de 12 à 13 mètres environ, et elle trahit son origine en laissant percer ça et là à sa surface des angles de pierres ou de briques couvertes d'inscriptions cunéiformes. Après s*étre assuré de Texistence de constructions et de sculptures dont le caractère attestait un âge des plus i^culés, M. Botta fit part de sa découverte à l'Institut et au gouvernement.
Ce fut alors, et quand H. le ministre de l'intérieur eut pourvu aux frais d'exploitation de cette mine qui paraissait abondante, et dont une veine avait déjà fourni de riches produits; quand on eut envoyé sur les lieux M. Eugène Flandin, qui avait l'expérience de l'Orient, et s'était familiarisé en Perse avec l'art asiatique; ce fut alors que la découverte marcha rapidement et donna des résultats auxquels le consul, l'artiste et les habitants eux-mêmes de Khorsabad étaient loin de s'attendre.
Le village fut acheté, les maisons furent renversées; 300 nestoriens chaldéens, la pioche à la main, travaillèrent pendant six mois sous un soleil ardent, guidés par M. Flandin, qui vivait au milieu d'eux. Le monticule fut traversé, coupé de part en part dans tous les sens, creusé, fouillé à 7 et 8 mètres de profondeur ; les tranchées ouvertes , poussées avec ardeur quand on suivait une bonne trace, avec plus de vigueur encore pour la retrouver quand elle se dérobait sous la pioche, mirent au jour quinze salles immenses, quatre façades extérieures, dont tous les murs étaient couverts de plus de 1,500 mètres de sculptures et d'autant d'inscriptions en caractères cunéiformes.
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Indépendamment des nombreux dessins que M. luigène Flandin avait eu mission d'exécuter sur place, il était aussi chargé de Faire un choix parmi les sculptures découvertes, et de tenter de les enlever au profit de nos musées. M. le ministre de la marine devait envoyer dans le golfe Persique un bâtiment chargé de les rapporter en France.
La corvetle de l'État le Cormoran, en partance dans la rade de Brest, reçut en effet l'ordre d'appareiller à la fin du mois d'août 1845» après s'être munie de tous les apparaux nécessaires a l'embarquement des précieux colis qu'elle allait recevoir ù Bassorah.
Pendant que la corvette exécutait son long voyage, qu'elle doublait le cap de Bonne-Espérance, touchait à Bourbon, reconnaissait l'ile de Madagascar , franchissait le détroit d'Ormuz pour entrer dans le golfe Persique, et le remontait jusqu'à l'embouchure de l'EIuphrate, la riche cargaison qui lui était destinée s'acheminait lentement vers le lieu d'embarquement. Les débris de Ninive, traînés à bras du terrain qui les avait conservés jusqu'au bord du Tigre, étaient placés sur des radeaux à Hossoul.
Ces sortes de radeaux, qu'on nomme dans le pays heleks, sont construits avec des bois et des cannes ou roseaux, soutenus sur l'eau par des peaux de chèvres remplies d'air. C'est avec ces moyens tout primitifs de navigation que les populations riveraines du Tigre descendent ce fleuve, au gré du vent, depuis Diarbékir jusqu'à Bagdad, et parcourent ainsi deux cents lieues. Ce mode de transport, qui est beaucoup plus commode à l'époque des hautes eaux, et beaucoup plus expéditif que celui des caravanes, dont la marche
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est toujours fort lente, offre au commerce deux grands avantages : facitité et économie.
I.CS keleks, construits comme je viens de dire, et chargés de marchandises, mettent sept a huit jours seulement à suivre foutes les sinuosités du Tigre de Diarbékir à Bagdad. Arrivé dans cette dernière ville, le négociant débarque sa cargaison , démonte ses keleks, vend le bois qui a servi à leur confection , dégonfle les outres en laissant échapper l'air qu'elles contiennent, et, les chargeant sur un mulet, s'en retourne par terre à son point de départ pour recoramen(;er.
On voit que cette navigation, quelque barbare qu*elle puisse paraître, présente cependant des conditions d'économie et de commodité qui ne sont pas sans quelque prix. On n'a sur le cours du Tigre ni chevaux de halage à payer pour remonter, ni écluse à passer, ni péages , ni rien en un mot de ce qui ralentit et aug« mente considérablement les frais de transport sur nos rivières. L'embarcation qui porte le négociant et sa marchandise se vend avec celle-ci à sa destination, et un bon prix, attendu que le territoire de Bagdad et celui de Mossoul sont dépourvus de bois. Cette double vente opérée, le marchand s'en retourne chez lui, léger de bagage et rêvant une nouvelle spéculation, dans les calculs de laquelle entre inévitablement la valeur de son kelek.
Mais revenons à nos antiquités ninivites. Elles avaient, avons-nous dit, été placées sur des radeaux à Mossoul, et devaient s'acheminer vers Bagdad. Confiés aux soins des nautoniers arabes qui font ce trajet, elles étaient exposées ù toutes les chances d'une
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navigation que les bas^fonds, les cataracles et les Bédouins pillards des deux rives du fleuve rendent quelquefois dangereuse. Sans fous ces périls-, une fuite d'air dans les peaux de bouc ne pourrait-elle pas être la cause d'un naufrage, d'une submersion complète? Heureusement rien de tout- cela n'arriva, et les restes de Ninive abordèrent sans accident au quai de Bagdad.
Les radeaux n'allèrent pas plus loin. De Bagdad vers le cours inférieur du Tigre, la navigation a lieu dans de grandes barques pontées, conduites par une voile unique, mais immense. Le transbordement des sculptures de Ninive opéré sur ces barques, elles cotitinuèrent leur voyage entre les deux rives stériles et solitaires de ce grand fleuve, qui vit autrefois tant de cités florissantes se baigner dans ses eaux. C'est ainsi que les restes de Ninive passèrent au milieu des ruines de Ctésiphon et de Séieucie, avant d'arriver à Bassorah, ville moderne, dont la population est décimée par la peste, le choléra et les fièvres endémiques du territoire, et dont les décombres couvriront bientôt le rivage.
La corvette française, tranquillement assise sur le courant calme du Chat-el-Arab, au confluent de l'Euphrate et du Tigre, attendait son fret, qui fut promptement descendu dans la cale : elle leva l'ancre, et reprit sa roule pour la France.
Mais bien des mois s'étaient écoulés quand les journaux du Havre annoncèrent qu'un chaland venait de recevoir, pour la conduire à Paris, la noble cargaison du Cormoran.
Nabuchpdonosor , Sardanapale ou Ninus lni-nȎme,
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car on ignore qui il esl, ie monarque assyrien enfin, mil le pied sur le rivage de la Seine, Une habitation nouvelle» plus digne de lui, lui avait été destinée; le Louvre lui ouvrit ses portes à deux battants.
Les sujets peu nombreux mais variés qui composent le musée ninivite ne 3onl toutefois qu'une trèspetite partie de ceux qui ont été trouvés et remis au jour. La difficulté des moyens de transport, le mauvais état de conservation de la plupart de ces sculptures ont dft imposer la nécessité de faille un choix, il a donc Fallu enlever celles qui présentaient les meilleures garanties de solidité, et se féliciter quand elles concordaient avec l'importance des sujets, la beauté du caractère ou la pureté du ciseau.
c Quel est, s'est demandé M. Eugène Flandiu a|>rès avoif étudié tout ce qu'il était parvenu, non-seulement à envoyer à Paris et à dessiner , mais à découvrir, quel est cet art assyrien qui nous apparaît tout à coup ? Quel est son caractère, son mérite ?
( L'empire d'Assyrie s'est écroulé dans le septième siècle avant Jésus-Christ. Cet art appartient donc à une ère de civilisation qui s*est éteinte il y a deux mille cinq cents ans au moins. C'est-à-dire que , plus de mille ans avant l'époque où nous. Gaulois et Flancs, nous commencions à sortir de la barbarie, la nation assyrienne avait déjà parcouru une période de plusieurs siècles, pendant laquelle s'était développée une civilisation dont la maturité et la grandeur nous sont attestées par les monuments qui sont sous nos yeux.
« Cet art est presque aussi ancien que ceiurde l'Egypte, maïs il est infiniment plus remarquable; il lui