‹ Voyage en OrientChapitre 16 sur 17 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

LE MOBIT GARMSL.

Gaza, juillet 1847.

— 23 juin. Alep. — C'est demain que je quitle Alep , après un séjour d'une semaine. Mes forces ne sont pas entièreaient revenues, mais je n'ai plus de fièvre. Je me sens en élat de me remettre en route. Du moins, j'espère que je suis guéri. Dieu veuille que ce ne soit pas encore une illusion !

Âlep, l'ancienne Berrœa, nommée par les habitants Haleb-Es-Shabba , est située au milieu d'une plaine découverte, mais dominée dans un rayon de quelques milles par des collines peu élevées; elle embrasse, en y comprenant ses vastes faubourgs et les vallées intermédiaires, un circuit de sept milles; toutefois la ville proprement dite n'a pas plus de trois milles et demi de circonférence. Elle est entourée de murs en pierres de taille de trente pieds de hauteur sur vingt de largeur, qu'on suppose de construction sarrasine, et d'un fossé jadis large et profond , aujourd'hui converti en jardin , ou tellement rempli de décombres. 2. 16

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qu*il s*élève en certains endroits jusqu'au niveau des murs, et qu'on peut entrer dans la ville sans passer par les portes. Ces décombres proviennent des matériaux des maisons renversées par le tremblement de terre de 1822, qui détruisit près de la moitié de la ville. On les aura jetés par-dessus les murailles pour s*en débarrasser. Non-seulement ils donnent à Alep, vue du dehors, un aspect triste et désagréable, mais ils compromettent sa sûreté en cas d'attaque.

Alep a neuf portes: deu\ au sud, deux à l'est, deux au nord et trois à l'ouest. Ses rues sont bien percées, garnies de trottoirs pour les piétons et proprement tenues. Les maisons, construites pour la plupart en pierres de taille d'un blanc rouge, qui, molles au sortir de la carrière, se durcissent à Tatr , sont aussi remarquables par leur élégance que par leur solidité. u Celles qui appartiennent aux classes riches, dit Georges R obi nson, sont construites autour d'une cour pavée, avec un jardin sur lederrière;ellesont rarement plus de deux étages d'élévation. Les chambres sont généralement basses , les plafonds élégamment décorés d'arabesques, les fenêtres larges, ornées de vitraux peints. Tous les toits sont plats et recouverts d'une terrasse de fort ciment, qui protège l'intérieur contre les intempéries de l'air. Cette terrasse est entourée d'un mur à hauteur d'appui, qui forme la séparation avec les maisons contiguês et empêche le promeneur de tomber, d'un côté dans la rue, et de l'autre côté dans la cour. Quelquefois, au lieu de parapet, une légère balustrade en treillage est la seule séparation. C'est là que les habitants se rendent pour jouir de la brise rafraîchissante du soir; là, pendant les chaleurs

de Télé» ils étendent leurs matelas et pussent la nuit sans tenteou couverture d'aucune espèce* Gomme Alep est bâtie sur un terrain à peu près plat, on peut aisément, en passant par-dessus les murs de séparation, aller, le long des toits des maisons, d'un bout de la ville à l'autre sans descendre dans les rues. Ces habitations particulières, dans la construction desquelles des hommes enrichis par le commerce ont déployé tantde goût et de luxe, et qui unissent toutes les commodités de l'Europe aux douceurs de l'Orient, ne contribuent pourtant guère à l'embellissement de la ville. De hautes murailles percées de quelques petites fenêtres garnies de treillis sont tout ce qui se présente du côté des rues, qu'elles assombrissent et qu'elles font paraître encore plus étroites qu'elles ne le sont en réalité. >

Malgré les convulsions de la terre et la barbarie des autorités, Alep est encore une des plus belles villes de l'Orient. Elle possède de magnifiques kans en pierre de taille, mais de moins en moins fréquentés a mesure que son importance commerciale jadis si grande continue à décliner. Plusieurs de ses nombreuses mosquées solht des édifices remarquables. La plupart ont été détruites en partie par les tremblements de terre. Son châleau, situé à son extrémité nord-est sur une éminence élevée, de forme circulaire, mérite une visite. Il est entouré d'un fossé large et profond, d'un demi-mille de circonférence. On y arrive par un pont incliné de sept arches et une double porte. Les murs en sont flanquésde toursdedistanceen distance. Quand on monte sur la plate-forme qui le termine, on est tout étonné de son étendue Avant le tremblement

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de lerre de ISâS, il contenait des mes, des marchés, des casernes, des maisons habitées. Maintenant tont estdétrnit, bouleversé; les remparts seuls, plus solides, out résisté. H. Rusèbe de Salle a cru retrouver parmi ces raines les traces d'une petite cité et d'une citadelle romaines. I^ salle d*armes renferme des milliers de flèches, des armures, cuissards, brassards, cuirasses et plastrons, que les Sarrasins portèrent bien avant les chevaliers. On y remarque aussi des zambourèques ou fauconneaux de Tartillerie primitive, fabriqués avec des morceaux de tôle, de fer on de cuivre, cloués ou soudés en long, puis reliés par des anneaux de fer très-rapprochés. Le panorama de la ville et des faubourgs, vu de la citadelle, est d'une grande beauté; mais, du côté du désfert, le paysage offre un aspect désolé.

Les Alépins portent tous sur leur figure un certificat d'origine. Le boulon (TAlep est une dartre qui dnre un ou deux ans et laisse une cicatrice ineffaçable; les enfants des étrangers y sont sujets et la portent à la figure, comme les enfants des plus anciennes familles du pays; les négociants, les consuls établis à Alep en sont attaqués aussi, mais aux membres ou au tronc plus souvent qu'au visage. Plusieurs personnes l'ont eu après vingt-cînq ans de séjour dans celte ville; d'autres en ont été atteints seulement en la traversant; chez d'autres enfin il s*esi déclaré lorsqu'ils étaient depuis plusieurs années de retour en Europe. On croit généralement que toute espèce de traitement ne sert qu'à envenimer le mal. Quelques médecins prétendent Cependant le guérir. Le bouton est ordinairement unique; alors ou l'appelle mâle;

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d'autres fois, la maladie se présente sous Faspect de pustules nombreuses qui se succèdent sans interruption; on dit alors qu'il est femelle. Il circule à Alep une quantité de traditions et de fables relat ives à ceti e infirmité, dont la cause a échappé, jusqu'à ce jour, à toutes les rechei*ches. On Tavait attribuée à l'influence des eaux du Koik, petit ruisseau qui arrose la ville; mais cette hypothèse est fausse, car le boulon d'Alep sévit aussi à Mossoul, à Bagdad, à Ainlab et dans d'autres localités. L'air d'Alep est vif et regardé comme très-sain.

Les jardins d'Alep sont fameux dans tout TOrienl, néanmoins ils n'ont rien d'extraordinaire. Ce sont simplement des morceaux de terre cultivée, enclos de haies ou de murs de pierre peu élevés, qui s'étendent sur les deux rives du Koik, plantés sans ordre d'arbres fruitiers, parsemés de quelques plantes légumineuses, mais rarement ornés de fleurs. Ils ofl^rent des retraites agréables pendant les chaleurs du jour; et la nuit, on vient y entendre le chatnt plaintif du bulbul (rossignol). A l'ouest et au sud-ouest de la ville, les pentes des collines entre lesquelles coule le Koik sont couvertes de plantations de vignes, d'oliviers et de figuiers. Partout ailleurs, dans quelque direction qu'ils se portent , les yeux ne rencontrent que des plaines arides et des montagnes stériles; les cimetières euxmêmes sont privés des bosquets de cyprès et autres arbres funéraires qui embellissent d'ordinaire ceux des autres villes de TQrient ; et comme il n est jamais permis de déplacer les restes mortels d'un musulman, quel que soit le temps depuis lequel il est enterré, le nombre des pierres lumulaires s'est prodigieusement

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augmenté et a fait perdre uo grand espace de terrain préieux.

Alep communique avec l'Europe par Iskenderoum et Lalakié, avec FÉgypte par Damas etEUArîscli, avec FAsie Mineure par Tarse, et enfin avec l'Arménie par Diarbékir. Selon toute probabilité, «Ile commença à prendre de l'importance lors de la destruction de Palmyre, à laquelle elle succéda. Comme son ancienne rivale, elle était admirablement siluée pour lesaffajres de commerce. Tant qu'on ne connut pas d'aulre communication avec rOrient que par le désert, des caravanes de Bagdad et de Bassorah y apportèrent les produits de l'Inde et de la Perse, qui étaient de là dirigés sur toutes les places de l'Europe. Aussi devint-elle peu à peu une des villes les plus importantes de l'empire ottoman. Elle avait des prétentions à être considérée comme la capitale de la Syrie, et ne le cédait qu'à Constant inople et au Caire pour l'étendue, la population et l'opulence; mais la découverte d'un passage par mer aux pays, sources de sa richesse, fut le premier coup porté à sa prospérité, qui depuis a toujours été en déclinant. Sa population n'est plus aujourd'hui que de 70,000 habitants.

— 28 juin, Latakié. — D'Alep à Latakié on compte cinq jours de marche ; c'est le temps que nous avons employé. Il y a trois ou quatre routes différentes. La plus intéressante passe par Antioche. J'ai suivi la plus directe, celle qui traverse la vallée de fOronte et ce ffeuvo près de la petite ville de Djeser-el-Schoghr (le pont de la montée), descend ensuite dans la vallée du Nahr-el-Kébir, puis remonte sur le plateau d'où l'on découvre la mer.

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Latakié (Tancieûne Laodicée) esl située sur le bord septentrionale d'une langue de (erre élevée, appelée le cap Ziaret, qui dépasse d'environ une demi-lieue la ligne de la côte. C'était autrefois une ville murée; mais elle est ouverte aujourd'hui, on y accorde en conséquence plus d'espace pour bâtir que si elle était fortifiée. Dans le quartier neuf, qui est au nord-est, les maisons s*élèvent au milieu de jardins et de plantations clos de grands murs. Assise sur un sol volcanisé qui semble trembler sans cesse , Latakié a de la peine à se tenir debout; sa principale occupation consiste à se relever de ses propres ruines. Elle a été tant de fois boulevei'sée par des tremblements de terre qu'on ne peut y faire un pas sans rencontrer des dénombres; celui de 1822 lui a été surtout funeste; des quartiers tout entiers tombèrent , et le grand kan ne put résister à la secousse. C'est à ces terribles convulsions de la terre et à la -décadence de son commerce qu'il faut attribuer la diminution graduelle de sa population ; de 20,000 âmes, elle est tombée à 6 et à 7,000 âmes. Son port, appelé la Scala ou la Marina, forme une ville distincte de la ville haute, et qui en est séparée par un espace d'environ un demi-mille, couvert de jardins et d'enclos plantés. Ëtle se compose dedeux rues qui courent parallèlement au rivage, et d'une troisième qui conduit de la ville à la mer ; la plupart de ses maisons sont occupées par des cafés ou par d'autres établissements publics servant de lieux de rendez-vous aux marins. Le port lui-même est lin petit bassin peu profond, mais bien abrité, excepté a l'ouest, ayant une entrée élroite, à demi rempli de vase et de sable, et pouvant contenir à peine dix à

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douze bâllments marchands. Il abritait jadis plus de mille galères. Au nord de la passe s*élève an château en ruine bâti sur un rocher et réuni an continent par des arches; au sud , sont les ruines d*nn ancien mur qui l'entourait.

Les bazars sont comme Timage du commerce dans une cité asiatique ; le dénùment et la solitude des ba* zars de Latakté prouvent assez que les beaux jours de cette ville sont passés. 1^ tabac qui poile son nom, tabac si doux, si parfumé, le meilleur et le plus célèbre d*Orient, est cultivé par les Ansariens dans les montagnes voisines. I^s Ansariens vendent tous les ans pour SOO à 600 piastres de tabac (loutoun). Us lui donnent la suave odeur et la couleur noire qui le dtstinguent, en le snspendant en feuilles an plancher de leurs cabanes, au dessus de la fumée d'un bois nommé ezez. Les autres productions de Latakié sont la soie, les galles, la laine et la cire; mais c'est surtout le coton qui, après le tabac, forme la principale ressource de ses habitants. Autrefois les vins de i^dodicée étaient servis, comme les vins les plus estimés, dans tous les banquets d'Alexandrie; aujourd'hui, bien que les raisins de Latakié soient délicieux , ses vins ne valent même pas ceux de Surénes.

I^a population actuelle de Latakié peut se décomposer ainsi : musulmans, 3,300; Grecs schismaliques, 300 ou 600; une cinquantaine de Marocains et autant de Juifs. Les Grecs ont cinq chapelles : la petite église du couvent de Terre-Sainte sert de sanctuaire aux familles catholiques; un seul religieux habite le couvent latin. I^s musulmans de Latakié ne sont pas d'humeur facile et tolérante; leur piété fana-

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tique leur donne des traits de resseml)1ance avec les musulmans de Damas et de Tripoli. Non contents des onze mosquées qu'ils avaient déjà, ils en ont construit tout récemment une douzième en l'honneur d'un cbeik Mougrabbin, mort de la peste il y a peu d'années, et placé par eux au rang des saints de Tislamisme.

cil ne faut point s'attendre, dit M. Poujoulat, à trouver debout les monumepts de l'ancienne Laodicée. Le seul débris remarquable des siècles antiques, c'est un édifice carré, aujourd'hui converti en mosquée, revêtu d'insignes militaires, tels que des casques, des boucliers, des gardes d'épée; les savants ont pensé que cet édifice était un arc de triomphe élevé en l'honneur de Lucius Vérus ou de Septime-Sévère. On peut citer aussi les ruines d'une grande église du moyen âge, des restes de portiques et de colonnades, des chambres sépulcrales taillées dans les rochers voisins de la mer. Il est à présumer que le sol de l^takié cache dans son sein des monuments ou d'intéressantes ruines ensevelis à la suite des tremblements de terre ; les fouilleurs ne creuseraient point en vain dans l'enceinte de la cité rivale d'Apamée et d'Antioche. Les vestiges circulaires de l'ancienne Laodicée qu'on peut suivre encore lui donnent une circonférence de plus d'une lieue et demie. On fait en trois quarts d'heure le tour de la ville nouvelle. Ainsi donc, les voyageurs curieux des ruines du passé n'auront pas aujourd'hui beaucoup de choses à admirer à Latakié; mais les amants de la belle nature et des riants paysages y trouveront de quoi satisfaire leur goût. Les oliviers, les mûriers , les palmiers et les orangers, mêlés à toute espèce d'arbustes et de fleurs, répandus sur

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un sol inégal, dans les vallons el sur les collines, forment un spectacle dont l'o&il ne se lasse point ; la cèle de Latakié est surtout charmanteetpittoresquequaud on y arrive par mer. » J'ajoute que Tair y est très-sain, la ville malpropre, Teau mauvaise, mais que les femmes y sont fort belles.

— 3 juillet , Acre. — Pendant mon court séjour à l^lakié, j*avais eu encore un accès de fièvre : la route de terre est mauvaise, on la disait peu sûre; j ai profité de l'offre que m'a faite un Anglais qui retournait a Alexandrie avec un brick, sur lex|uel il explore depuis plusieurs années les côtes de la Méditerranée. J*ui sacrifié — par nécessitée-Tripoli, Beyrouth, Sidon (Saïde) et Tyr (Sour) ; mais je me suis fait débarquer à Saint-Jean d'Acre pour aller visiter le Garmel et Nazareth.

Saint-Jean d'Acre (l'Accho des Écritures), l'ancienne Plolémais, est située à l'angle septentrional de la baie à laquelle elle donne son nom, et qui s'étend, en formant un demi-cercle de trois lieues , jusqu'à la pointe du mont Garmel. Elle a une longue ceinture de murailles, de vieilles tours ruinées qui sortent de la mer, des minarets, des coupoles et des maisons à toits plats. « Quelques cavaliers arabes galopent sur ses plages ; quelques pauvres femmes enveloppées de pièces de toile bleue errent près de ses murs ; quelques Égyptiens bronzés, déserteurs de l'armée d'Ibrahim, poussent leurs ânes vers ses portes désertes. Qu'il y avait plus de bruit autour de tes remparts, Ptolémais, s'écriait madame deGasparin en contemplant ce spectacle, alors que Richard , que Philippe, que Léopold d'Autriche ^ l'étreignaient de leurs bras

de fer, alors que Saladin, qae Malek*Adel le défendaient, qu'on proclamait les trêves, et qu'émirs et chevaliers portant la croix joutaient sous tes murailles ! > On ne voit plus aujourd'hui à Saint-Jean d'Acre que quelques restes des édifices construits du temps des croisades ; mais en revanche , son sol jonché de débris, ses places couvertes de décombre, ses rues parsemées d'édifices en ruine» ne témoignent que trop des dégâts qu*y ont causés les boulets français, qui ne purent faire tomber, en 1797, dans les mains d« Bonaparte, cette clef de la Syrie ; les boulets égyptiens qui la forcèrent de se rendre à Ibrahim-Pacha en 1832, et enfin ceux de l'escadre anglaise qui, en 1840, ayant fait sauter sa poudrière avec 2,000 Égyptiens, obligèrent ses défenseurs ù l'abandonner aux Turcs et à leurs alliés.

Lorsque je débarquai à Saint-Jean d'Acre, je me fis conduire au kan français , habité en partie par un couvent des pères de Terre-Sainte qui judis l'occupaient tout entier, à la charge de loger les voyageurs et les pèlerins. Mais les Turcs s'en sont emparés pour en faire une caserne, et les pères ont été refoulés sur une terrasse, où leur monastère se trouve maintenant établi.

Un des religieux accourut à ma rencontre dès qu'il m'aperçut, me donqa une petite chambre simplement meublée, mais commode, puis vint d'un air timide me demander si je voudrais bien me contenter du frugal souper de la communauté, ou s'il faudrait me faire servir, hors du réfectoire, un repas plus substantiel. C'était un vendredi, et le bon religieux, pour qui le premier devoir est d'accueillir les étrangers,

aussi bien les Grecs schisoialiques et les proleslanls c|ue les Grecs catholiques, ne voulait point, sans mon consentement, m astreindre à suivre ses règles d'abstinence. Je lui répondis que j*étais catholique, et que je voulais obéir ranime lui aux commandements de TËglise. c Ah ! vi sono fralu * s*écria-t-il avec joie en me tendant la main. Je descendis dans la salle à manger , où le frère lai apporta un plat de poissons bouillis et un plat de légumes. Le supérieur fit la prière à haute voix, et je nie plaçai à côté de lui, si heureux de sa cordiale réception que je n'eusse pas voulu réchanger contre l'accueil le plus brillant dans le cliftteau le plus splendide. Après le souper, il me conduisit dans une grande chambre qui servait de salon, s'assit près de moi avec le révérend frère, et engagea, sur différents sujets, un intéressant entrelien. Tous deux étaient des hommes d'une aménilé de caractère charmante et d'une instruction sérieuse. Ils avaient dans leurs cellules une bibliothèque composée de bons ouvrages, et employaient une partie de leur journée à étudier les langues de l'Orient. L'un d'eux savait déjà Thébreu, le grec, l'arabe, et apprenait le chaidéen. L'un et l'autre étaient vivemenl préoccupés de l'état de la Syrie; ils regrettaient surtout la domination d'Ibrahim-Pacha, c De son temps, disaient-ils, les chrétiens avaient été affranchis de toutes les humiliations que leur faisait souffrir le gouvernement turc. Le prince les avait pris sous sa protection, et pas un pacha, et pas un cadi n'eussent osé commettre envers eux un acte arbitraire. Les prêtres circulaient librement, pas un musulman n'eût osé les insulter. Les routes étaient sûres. On pouvait

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s'en aller cl*une ville à Tautre sans escorte el sans crainte d*étre pillé ou égorgé. Pour vaincre les pré* jugés des Turcs à Tégard des chrétiens, pour réprimer le vagabondage el les spoliations des Arabes, pour établir Tordre dans les villes et la sécurité dans les campagnes, Ibrahim avait été forcé d'agir avec une rigueur qui souvent ressemblait à la cruauté,, Sa justice était expéditive. Quiconque enfreignait une de ses ordonnances subissait une punition CKcmplaire, et tout individu convaincu de vol était immédiatement condamné et pendu. Mais avec une population comme celle que le fils de Méhémet>Ali entreprenait de subjuguer, ces mesures de rigueur étaient nécessaires. Maintenant, ajoutaient les religieux, nous sommes retombés sous la domination diîs Turcs, qui ne savent que pilier, opprimer leurs sujets, surtout les chrétiens. Avec eux recommence le règne du brigandage et de la vénalité. Les soldats turcs occupent, comme vous Tavez vu, une partie de cet édifice qui, jadis, appartenait tout entier ù la France. Ils ouvrent et ferment eux-mêmes ta porte de notre maison. Nous ne pouvons sortir de nos cellules sans passer devant eux, secourir un étranger sans les avoir pour témoins, et faille un pas hors de notre demeure sans crainte d'être insultés par eux. A tout instant, nous avons à souffrir quelque nouvelle insulte, et Tintervention de nos consuls n'est souvent pas assez efiicace pour faire valoir nos réclamations. »

Ces plaintes des religieux de Saint-Jean d'Acre n'étaient malheureusement que trop fondées. La position des franciscains do Terre-Sainte est vraiment

très-pénible el le devient de jour en jour davantage. 2. 17

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Établis en Palestine dès le quinzième siècle^ et investis par les papes de plusieurs privilèges spéciaux, ils ont eu pendant longtemps» pour remplir leur mission de charité, des secours considérables. La France» la Sardaigne» l'Allemagne» TEspagne» l'Italie» leur envoyaient chaque année une pieuse contribution. Une quantité de pèlerins leur faisaient d'abondantes aumônes ; mais le zèle des États chrétiens et la piété des pèlerins se sont refroidis. Les couvents de Terre ^Sainte ne reçoivent plus annuellement qu'un modique secours de la France * et de l'Allemagne; l'Espagne seule» la Sardaigne et quelquefois Naples, leur témoignent encore une généreuse sympathie. Les différents dons sont recueillis dans le couvent de Jérusalem» qui les distribue, selon les besoins du moment » aux autres maisons de Tordre, à Bethléem» Nazareth» Ramia» Jaffa» Saint^^Jean. d'Acre. Avec ces ressources aujourd'hui fort exiguës» les pères franciscains n'en sont pas moins obligés de subvenir à l'entretien de leurs établissements» à tous les frais que leur imposent l'avidité des pachas et la réception des voyageurs. Le gouvernement turc ne les considère que comme les locataires des bâtiments qu'ils occupent ; il tolère l'existence de ces bâtiments» mais il semble en attendre la ruine ; les religieux ne peuvent y faire la moindre réparation saps une autorisation particulière» qui entraine toujours une avanie, c'est-à-dire une taxe arbitraire qui entre dans les coffres du gouvernement. S'il s'agit de relever un mur ou d'agrandir une chambre» c'est une affaire qui

* Environ quinze mille francs, produit de quelques collectes.

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evige de longues négociations et ne se résout qu'à prix d'argent.

Il n*y a point d'auberges en Syrie ; ce sont les cou* vents, 00 peut le dire» qui en tiennent lieu. Quiconque y arrive est le bienvenu, chacun le sait, et chacun s'y pcéseaie avec joie et confiance', c Lorsqu'on a marché tout le jour, par des chemins déseris, sous ttn soleil ardent, c'est une douce chose, dit M. de Marmien, de trouver le soir une table, un lit, et une chose nou moins douce d'être accueilli sous ce toil étranger par des hommes qui vous tendent une main amicale et vous donnent le nojm de frères. Tous ces religieux sorït Espagnols ou Italiens, nous n'en avons pas vu un seul d'origine française; mais ils savent qu'ils sont sous la protection de la France, et ils parlent de la. France avec un vif sentiment de sympathie et jde respect. Il est faux d'ailleurs qu'ils spéculent sur le passage des pèlerins, et qu'on s'expose, comme l'ont prétendu des voyageurs mal renseignés ou trompés par leurs préjugés, à quelque désagrément, en ne se montrant pas assez généreux e.nvers.eux; ils offrent libéralement ce qu'ils ont et n'exigent rien ; Tusagê est de leur faire une offrande en les quittant, mais elle est entièrement facultative. Plus d'une fois, les religieux qui nous avaient reçus dans leurs demeures, non contents de nous servir tout ce qu'ils avaient de meilleur pendant que nous restions avec; eux , nous préparaient encore <ies provisions pour notre départ^ et lorsque nous leur remettions notre

' Les Juifs seuls ne sont pas reçus dans les couvents de Terre-Sainte.

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modeste tribut, ils le recevaient avec une vive expression de reconnaissance, sans en regarder la valeur. Dans chaque ville, nous nous somities rencontrés avec des pèlerins trop pauvres pour pouvoir rien donner, et auxquels le couvent devait lui-même faire Taumône, et ils n'en étaient pas moins bien reçus et bien traités.

t C'est encore là une de ces institutions de coeur qui n'appartiennent qu'au christianisme, ou, pour mieux dire, au catholicisme. Les Turcs, pour obéir aux prescriptions du Goran, qui leur recommande si instamment la charité, établissent des kans, des caravansérais, des bains, où un homme sùlarié par les revenus de la dotation reçoit gratuitement le pauvre; leur charité ne va pas au delà de ce besoin physique, de cette satisfaction matérielle dn moment. Hais, sur le même sol, dans les mêmes villages, les religieux chrétiens accueillent avec empressement celui qui vient à eux, le font asseoir à leur table, s'inquiètent de ses fatigues, de ses périls, l'éclairent par d'utiles conseils, le réjouissent par des paroles d'affection^ eiy lorsqu'il s'éloigne, essayent encore de le préserver des privations qu'il pourrait éprouver en chemin. Pour accomplir de tels devoirs, ces hommes ont quitté le foyer de la famille, le sol de la patrie; ils sont venus dans une contrée étrangère pour y tendre une main secourable à l'étranger; ils ont fait le sacrifice de toutes les joies mondaines, et leur solitude est sans cesse ouverte aux images du monde. Je me suis souvent demandé quelle impression ils éprouvaient à la vue d'une jeune cl bruyante cavalcade entrant dans l'enceinte de leur retraite; si celui qui

vient des nantes plaines de TEspugne, des plages embaumées de leur Italie, n'éveille pas dans leur âme un douloureux regret, s'ils ne sentent pas quelquefois passer par leur esprit, comme un souffle brûlant, le souvenir des champs paternels; mais leur visage m'a toujours paru serein et leur cœur calme, calme comme l'onde que les remparts du port abritent contre les vents, à côté de la mer libre qui s'agite et gémit.

c Les catholiques surtout se distinguent parcelle expression de sérénité et par leur prévoyante solli- (^itude envers les voyageurs. Aussi leurs couvents sont-ils généralement préférés à ceux des Grecs, quoique ceux-ci soient plus riches, grâce aux politiques libéralités de la Russie.

( A leur mission de charité les pères de Terre- Sainte joignent une autre tâche non moins respectable; ils ont des écoles où ils élèvent gratuitement les enfanisde leur religion et quelquefois roémé ceux des autres communautés. On trouve dans chaque maison de l'ordre des. hommes instruits «et parfaitement en état d'éclairer, de guider l'esprit de leurs jeunes disciples.

« Après avoir rendu ce juste hommage aux franciscains de Syrie, je me fais un devoir d'exprimer à leur égard le reste de ma pensée. Je ne erois pas qu'ils suffisent à tout ce que comporte dans les temps actuels l'œuvre du catholicisme. Leur action est trop restreinte, leur existence trop concentrée dans le cercle immuable des mêmes pratiques; leur situation comme prêtres et comme hommes d'enseignement est trop secondaire. Leur influence ne s'étend point hors des murs de leurs couvents, et par cela même

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que leur pouvoir est si borné, leur énergie se compromet souvent dans des rivalités et des luttes indignes du nom qu'ils portent et de la noble cause à laquelle ils appartiennent. Je voudrais voir les lazaristes fonder de nouvelles maisons sur la côte de Syrie et s'établir en Palestine avec cette ardeur do bien qui les caractérise, cette instruction élevée, cette profonde intelligence des choses humaines, et cette charité vivace, ingénieuse, qui lés (ait aimer et vénéi*er des Turcs comme des chrétiens. Pins d'une fois il a été question de leur faire une place à Jérusalem^ et jusqu'à présent de déplorables obstacles ont arrêté ce projet. Piiisse-t-il un jour enfin se réaliser! Nui ordre n'est plus apte que le leur à soutenir les vrais intérêts de la religion aux lieux où cette religion est ttée, et où elle est depuis des siècles condamnée à lanl de douleurs et soumise à tant d'humiliations. > Les villes de l'Orient offrent si peu de ressources et se i^essemfolent tant d'aîHeurs, que le voyageur obligé de les traverser y fait d'ordinaire le séjour le moins long possible; souvent même il aime mieux camper sous leurs murs que d'y entrer. A peine eusje mis le pied dans Saint-Jean d'Acre que je fus possédé du désir d'en sortir. Bien décidé à n'y passer qu'une journée, je louai un cheval, et le lendemain matin je pris congé des bons pères qui m'avaient si bien accueilli, pour aller coucher au montCarmeK Au sortir d'Acre^ nous nous dirigeâmes, mon guide, mon compagnon et moi, vers Caïffa, en suivant le bord de la mer. La plage, étroite et couverte d'un sable fin et mouvant dans lequel les pieds des chevaux enfoncent assez profondément , est bordée à gauche par

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une penle garnie de buissons ei d arbusles. Çà et là s'étendent de grandes flaques d'eau salée, autour desquelles piétinent des troupes nombreuses de pics de mer. A des intervalles assez rapprochés, on aperçoit dans la mer des carcasses de navires échoués sur cette plage basse et dangereuse. Nous passâm^ le Béius, qui vient à la mer en traçant des méandres gracieux. Un jour des matelots avaient allumé du feu sur le sable près de rembouchure de ce fleuve, et, pour soutenir leur marmite, ils s'élaient servis de blocs de nitre dont leur bâtiment était.cbargé; quand le feu fût éteint, grande fui leursurprise.de trouver une matière solide, brillante, transparente : c'était du verre. Cette découverte remonte a plus de 2^000 ans. Pendant longtemps on vint fabriquer du verre à l'euibouchure même du Bélus. Nous (^ssâmes ensuite le Kisçon, et bientôt nous arrivâmes à CaifTa, trois beurres après notre départ de Saint-Jean d'Acre.

Aux environs de Caïfla, les arbres deviennent plus nombreux. Nous ne fîmes que traverser. cette pelile ville, amas informe de n^asures entourées d'un cordon de murailles et de jardins d'orangers ; et, continuant notre route, nous allâmes déjeuner et nous reposer quelques instants au pied du mont Garmel avant d'en entreprendre l'ascension.

Le Garmel n'est point, comme son nom pourrait le faire supposer, un mont, mais une chaîne de. montagnes qui dans leur développement ont à peu près la forme d'une harpe. Il est situé au bord de la Méditerranée, entre l'ancienne Galilée et l'ancienne Samarie. Au nord, il est borné par le golfe de Saint^ean d'Acre et les ruines de la vieille ville de Caïtfa, près des-

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quelles est conslrilile la ville ucluelle qui poi-ie le même nom ; à Test, par la vaste plaine déserte d*Esdrelon et les coteaux de Nazareth; à l'ouest, par la mer; au sud, par la vallée de Césarée. Une de ses pointes s'avance vers la mer et forme un des promontoires les plus élevésde la côte de Syrie. Vers le sud, ses pentes plus inclinées sont couvertes d'une terre épaisse, fertile, où Ton cultive du blé, de la vigne, des arbres à fruits et des pastèques d'une saveur exil uise. Les hauteurs incultes sont parsemées de chênes, d'oliviers, et servent de pâturages aux bestiaux. On y trouve une quantité de lièvres, de lapins, de perdrix et de gazelles.

Avec un sol pareil, le Carmel, qui n'a pas moins de vingt«deux lieues de circonférence, serait, sous une autre administration, occupé par une population nombreuse. Mais, à chaque pas que l'on fait dans ce pays, il faut constater la déplorable influence du gouvernement turc. Cette magnifique plaine d'f^sdrelon, si heureusement abritée et éclairée par un si beau soleil, est ù peu près déserte. Il n'y a pas la cinq centième partie de sa surface qui soit cultivée; les herbes hautes et épaisses qui la couvrent et naissent d'ellesmêmes restent sans emploi, sans qu'il y ait des troupeaux pour les consommer; elles ne servent qu'à fertiliser de nouveau la terre qui les produit inutilement. Cet état de choses est le résultat des discordes qui, depuis un si grand nombre d'années, ne cessent dç désoler ces contrées. Comme l'a très-bien dit M. le duc de Raguse : « Là où l'homme trouverait une large récompense d'un médiocre travail, il s'éloigne, car là aussi est le danger. »

11 en est à peu près de même du Carmel. Les l'îari* les collines qui bordent cette chaîne de montagnes, les frais vallons qui FeDlrecpupent sont en grande partie incultes et abandonnés. On n'y Irouve que quelques pauvres tribus d'Arabes, quelques misérables villages qui ne méritent pas d*é(re visités. Le christianisme seul y a fondé un élabUssement considérable, et c'est vers le couvent que se dirigent tous les voyageurs.

La position de ce couvent au-dessus d'une des plus hautes cimes de la montagne est superbe. Elle rappelle celle de Notre-Dame de la Garde, l'espoir des matelots, le religieux phare de Marseille. On y arrive par un chemin très-escarpé et très-dur, mais enfin c'est un chemin. Les religieux l'ont fait eux-^mémes à leurs frais, et le pacha Abdalhab, dans sa stupide barbarie de pacha, exigeait que, pour le mérite qu'ils avaient eu d'entreprendre une œuvre si utile, ils payassent un impôt. € Dans ce pays, dit M. Michaud, les chrétiens n'obtiennent qu'à force d'argent la faculté de remuer le sol ou d'aligner des pierres. » Et les bons religieux avaient remué et aligné beaucoup de pierres. Ils représentèrent très-humblement au pacha que ce chemin lut servirait à lui-même pour se rendre à son kiosque de la montagne. Le digne gouverneur n'entendait point de telles raisons, et voulait son tribut. Il fallut que le consul de France intervint dans la question, et ce fut lui qui, par ses arguments, ses sollicitations et ses prières, obtint pour les carmes l'autorisation gratuite d'employer au service du pays leur intelligence, leur labeur et leur argent.

Toute cette^ belle montagne est consacrée par la

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Bible el par le nom d'Élie. C*est le lieu pu Ëlie brava la colère d'Acbab, oili il tvtompba des prêtres de Baal, el partout uoe piété naïve, mais sincère, veut retroa* ver un souvenir de sa vie, une* trace de ses miracles. Ici on montre un cbamp rempli dé pierres dont Fin* térieur ressemble à des pastèques, et Ton raconte qu'un jour le prophète ayant soif et passant par ce champ, qui était alors rempli de melons rafraîchissanls, en demanda à un paysan, qui lui répondit que c'étaient des pierres. tOui, répondit Élie pour le punir de son avarice, ce sont des pierres, et jamais il n'y aura là que des pierres. > Sa sentence fut exécutée : tous les melons se pétrifièrent. Là on vous signale les ruines d'un oratoire que l'on prétend avoii^ été construit par lui; ailleurs le tertre où l'on assure qu'il fit égorger les huit cent cinquante faux prophètes', et des grottes où il a demeuré, et le coteau d'où, après avoir regardé sept fois l'horizon, il voyait se lever sur les flots la petite nuée qui devait répandre sur le sol de Syrie la pluie bienfaisante longtemps désirée.

On dit aussi que la Vierge a plusieurs fois passé par le Garmel. Lies Turcs el les Arabes vénèrent la mémoire du prophète et l'image de la mère de Dieu. Le chevalier d'Arvieux raconte que de son temps, lorsque des marins de ces nations naviguaient en vue duCarmel, ils lesaluaient en prononçant cette prière: c Q notre dame Marie, ô Élie vivant, soufirez que nous passions devant votre maison. > La mère de l'émir Sfahmed, qui était alors le chef de la montagne,

' Les Arabes Tappellenl Mocatan , e'esi*k^âire massacre.

venait dans la chapelle des carmes s'agenûiiiller devant un tableau représentant la Vierge, se frappait la poitrine, pleurait et récitait : «Ohl que vous êtes belle, notre dame Marie! Que vous êtes atmable, mère du Messie! Qu'ils étaient heureux ceux qui vous ont vue quand vous étiez au monde, et que je suis misérable, pauvre pécheresse! Naurez-*vouspas pitié de moi? Ne me direz-vous rien, mère de Jésus? Répondez-moi, puisque vous me regardez avec tant de douceur.»

Pendant longtemps les religieux n Wt eu pour demeure que des grottes pareilles à celle où , selon la tradition, Élieauraitséjourné; grottes humides, étroites, malsaines, retraite austère de cénobites, comme celles que les solitaires se choisissaient dans les premiers temps de FÉglise. Une de ces grottes sert de chapelle; une autre, avec des bancs et des tables taillés dans le roc, était le réfectoire. De là on montait sur une terrasse ou les pèlerins qui voulaient boire du vin et manger de la viande allaient faire leur repas, car les religieux ne pouvaient user d'un tel luxe, et ne permettaient pas qu'on en usât devant eux. Avec un régime si sévère, l'action malfaisante de leurs cellules, la crudité des eaux, l'obligation de se relever plusieurs fois la nuit pour prier, les pieux ennites épuisaient promptement leur santé. Au dixseptième siècle ils construisirent enGnuneîn&rmerie; plus tard, à l'aide des dons qui leur furent faits, ils élevèrent un couvent qui, à l'époque de l'expédition française, après la levée du siège de Saint-Jean d'Acre, devint le refuge d'un grand nombre de blessés. « Beaucoup de nos pauvres soldats sont morts là, dit

200 LE MOKT CARMBL.

M. X. (le Marinier, à qui j'emprunte celte description, niurls avec la consolation de voir du moins à leurs derniers moments un regard compatissant s'abaisser sur eux et d'entendre une affectueuse parole. »

Quand Tinsurraction de la Grèce éclata, le paclia, sous le vain prétexte que les Grecs révoltés pourraient s'emparer de ce couvent et s'y fortifier, le fit démolir. C'était un acte de cruauté, dont la France a cependant obtenu justice* La Porte a, sur les in* stances de notre ambassadeur, payé une indemnité aux religieux si brutalement dépossédés de leur demeure, et ils se sont mis à la reconstruire. L'un d'eux, prenant le liourdon et le bâton de pèlerin, est venu en Europe solliciter la générosité des fidèles; un autre remplissait au Carmel les fonctions d'ingénieur et d'architecte. Les religieux, pour prévenir autant que possible les dangers auxquels ils étaient sans cesse ex|)osés sur cette terre de malheur et d'iniquité, ont voulu faire un ferme et solide édifice. Leur couvent est sans comparaison, aujourd'hui, non-seulement le plus beau qui existe dans la contrée, il est de plus disposé pour la défense. < On pourrait, dit M. le duc de Raguse, qui s'entend à juger ces questions, on poui'rait y soutenir un siège, et, pour peu que l'on voulût résister, il serait imprenable pour des gens qui l'attaqueraient sans canon de gros calibre. Les portes sont revêtues en fer, défendues par un flanquement et des feux de protection; des créneaux et des meurtrières sont ouverts dans toutes les directions, et la terrasse est défilée des hauteurs qui la dominent. »

Le cloître, l'église et les jardins que les carmes ont établis de leurs propres mains, sur le roc aride,

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avec un ail ingénieux, occupent un vaste espace» Les religieux nous firent un accueil des plus aimables et nous préparèrent un diner qui nous parut des plus splendides; des poulets, des œufs, des légumes, et un petit vin blanc légèrement acidulé. Il faut avoir voyagé en Syrie et logé dans les kans pour savoir ce que vaut, dans ce pays, un lel luxe gastronomique. Les bons pères nous donnaient généreusement tout ce qu'ils tenaient en réserve pour les voyageurs, et nous regardaient avec jofe user de leurs dons, tandis qu'eux-mêmes ne buvaient que de l'eau et ne mangeaient que des légumes secs. L'un d'eux , chargé spécialement de recevoir les étrangers, voulut bien nous montrer en détail le couvent, et comme nous admirions l'étendue et l'heureuse distribution de cet édifice : c C'est au dévouement d'un de nos frères, nous dit-il, que nous les devons, le frère Jean-Baptiste. Après la dévastation de notre ancienne demeure, il fit vœu de la reconstruire. L'indemnité qui nous avait été accordée était insuffisante; il en obtint une plus considérable par ses pieuses requêtes. Pendant de longues années il a parcouru les principaux Étals de l'Europe. Il entrait humblement dans les maisons chrétiennes et disait : c Donnez pour le couvent de Notre-Dame du montCarmet; » et les cœurs s'attendrissaient à la vue de cette vénérable figure macérée par les fatigues, et les mains s'ouvraient, et tout ce qui lui était confié, il l'envoyait à notre établissement, car pour lui-même il n'avait nul besoin, et vivait si modestement qu'il ne dépensait rien. A son retour, après l'œuvre qu'il avait accomplie, et les témoignages de distinction qu'il avait reçus, il aurait pu être

nommé notre supérieur, mais il rentra humbiement dans la communauté et refusa tonte dignité, heureux seulement d'avoir satisfait à ses désirs, et l)éDissant le ciel de l'avoir aidé dans son entreprise. »

Nous visitâmes successivement, avec le religieux qui tenait hii-méme un si humble langage, les cellules des pères, les appartements réservés aux voyageurs, Téglise, qui est large et décorée avec un goût parfait . Une des chapelles s'élève sur la igrotte où Élie se ré* fugia, dit*on, pour échapper aux poursuites de Jézabel. Une autre est consacrée à saint Louis, ornée d'un tableau envoyé par le comité de Syrie, et représentant la mort de cet excellent roi.

f Quelle retraite imposante! s'écrie M* Xavier Harmier.Quel aspect grandiose ! Ici la montagne muette, majestueuse, austère, ou l'on n'entend plus rien des rumeurs du monde, où, dans une des haltes de la vie, on se recueille sous la voûte du ciel, comme un voyageur sous sa tente; et, au pied de cette montagne, la mer profonde, la mer immeuse, espace trompeur, route dangereuse où Ton voit s'élancer tout^ les ambitions de l'homme, où le vent et les vagues renversent en un instant les projets les plus habiles et les espérances les plus séduisantes. Nulle retraite ne m'avait encore frappé comme celle-ci. Lorsque le religieux qui nous avait conduits d'étage en étage, dans les galeries du couvent, nous amena au bord d'uAie terrasse élevée et nous invita à contempler Tborizon qui s'étendait autour de nous, je lui demandai s'il n'était pas heureux d'avoir chaque jour devant lui un tel spectacle. Il nous montra du doigt te côlé de l'Europe, |>uis le ciel, et ce gçste silencieux et

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grave exprimait éloqoemiiieDt sa pensée. Cétait le monde auquel il avait dit adieu, c'était le cîe! qui fixait ses vœux ; et en le voyant debout avec un humble vêlement de laine, an milteu de cette grande solitude, détaché des songes terrestres et éclairé par les rayons de b foi, je me rappelais ces vers d'un poëte du Nord ;

tt Oh ! Iaisse2-moi suivre les flambeaux que vous allumez. Je n*at aucune joie dans ce monde que je connais. Je ne respire pas librement sur ses plages agitées. Kon cœur est saisi d*un désir, d'un désir infini. Je voudrais m^élancer au delà de TOcéan vers la région inconnue. »

« Nous quittâmes à regret ces religieux qui nous avaient accueillis avec tant d*empressem6nt, et qui à notice départ ne voulaient pas même accepter de nous la moindre offrande. Il est des lieux dont on ne peut s'éloigner sans emporter le désir et respérancede les revoir un jour» et je voudrais revoir ce beau couvent du Carmel. C'est la retraite où il serait bon d'aller déposer le fardeau des fausses agitations de la vie; c'est le sanctuaire d'où l'âme doit, comme le prophète Élie, s'élancer vers la voûte céleste sur un char de feu. >

— 8 juillet. Saint^Jean d'Acre. -*- Qtiarid oii veut aller du Carmel à Nazareth, il faut redescendre à Caïffa. Six heures sufiiseiit ensuite pour achever le trajet. A l'extrémité de k plaine qui vient aboutir à la mer, on passe de vallée ea vallée au travers de montagnes couvertes de belles forêts de chênes veils. Dans chaque vallon est un village, un riéservoir avec ses troupeaux et. ses bergers. Les gorges resserrées de cette chaîne de collines ou de montagnes que l'on

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Iraverse de Gaiffa^à Nazareth formeot parfois d*étroits déGlés. On nous avait dit que ces passages étaient souvent infestés de voleurs, et, en effet, ces sentiers tortueux, déserts, barrés en certains endroits par des saillies de rocs, voilés par de larges oliviers., sont de nature à protéger parfaitement une embuscade. Quand les voyageurs sont entrés dans ces gorges rétrécies, il faut qu'ils y cheminent l'un derrière l'autre; impossible alors de se ranger en bataille et de sedéfendre. Heureusement nous n'y fîmes aucune mauvaise rencontre.

M. de Lamartine décrit ainsi, dans son Voyage en Orient, la première impression que lui fit éprouver la vue de Nazareth :

c J'aperçus à mes pieds, au fond d'une vallée creusée en forme de bassin ou de lac déterre, les maisons blaiyches et gracieusement groupées de Nazareth, sur les deux bords et au fond de ce bassin. L'église grecque , le haut minaret de la mosquée des Turcs , el les longues et larges murailles du couvent des Pères latins, se faisaient distinguer d'abord ; quelques rues formées par des mais<]tns moins vastes, mais d'une forme élégante el orientale, étaient répandues autour de ces édifices plus vastes, et animés d'un bruit el d*un mouvement de vie. Tout autour de la vallée ou du bassin de Nazareth , quelques bouquets de hauts nopals épineux, de figuiers dépouillés de leurs feuilles d'automne, et de grenadiers à la feuille légère et d'un vert tendre et jaune, étaient çà et là semés au hasard, donnant de la fraîcheur et de la grâce au paysage, comme des fleurs des champs autour d'un autel de village. Dieu seul sait ce qui se passa alors dans

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mon cœar; mais d*un mouvement spontané ^ et pour ainsi dire involontaire, je me trouvai aux pieds de mon clieval, à genoux dans la poussière, sur un des rochers bleus et poudreuxdu sentier en précipice que nous descendions. J*y restai quelques minutes dans une contemplatiop muette, ou toutes les pensées de ma vie d'homme sceptique et de chrétien se pressaient tellement dans ma téte^ qu'il m'était impossible d'en discerner une seule. Ces seuls mots s'échappaient de mes lèvres : c El Verhum caro factum est , et habitavU in nobïs, » Je les prononçai avec le sentiment sublime, profond et reconnaissant qu'ils renferment ; et ce lieu les inspire si naturellement, que je fus frappé, en arrivant le soir au sanctuaire de Téglise latine, de les trouver gravés en lettres d'or sur la table de marbre de l'autel souterrain dans la maison de Marie et Joseph, Puis, baissant religieusement la léte vers cette terre qui avait germé le Christ, je la baisai en silence, et je mouillai de quelques hrmes de repen- (ir, d'amour et d'espérance, cette terre qui en a tant vu répandre, celte terre qui en a tant séché, en lui demandant un peu de vérité et d'amour, t

Nazareth est habité par des chrétiens, des juifs et des musulmans. Sa population s'élève à environ 3,000 âmes. Toute cette population a une physionomie remarquable. Les hommes ont le teint plus bronzé qu'à Saint- Jean d'Acre; les femmes ont de grands yeux noirs, des traits fins, réguliers: mélange du type juif et du type européen. Il en est, et beaucoup, qui, en dépit des usages de l'Orient, laissent leur voile entr'ouvert, et la plupart de celles que nous avons vues avaient une charmante figure. IVlalheureusement

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elles prennent à tâche elles-mêmes d'en détruire la fraîcheur et d'en dénaturer la grâce en se tatouant les lèvres en bleu, et en se teignant de la même couleur le contour des yeux. Les enfants mêmes n'échappent point à cette barbare coutume. Leurs mères ont grand soin de les colorier à leur image, et plus elles y met* tent de coquetterie maternelle , plus les innocentes créatures deviennent hideuses.

A peine fûmes*nous installés dans le couvent des Pères lalins, que nous les priâmes de nous conduire à l'église. Elle n'a rien de remarquable dans sa construction , et à l'intérieur elle est ornée avec plus de faste que de bon goût, mais c'est l'église de l'Annonciation ; elle est bâtie sur l'emplacement où s'est opéré l'un des plus grands mystères de notre religion , où se trouvait la maison de la Vierge qui fut, dit-on, transportée ù Lorette par les anges. La voûte est soutenue par quatre grands arceaux ; de la nef on monte par un large escalier au chceur, où est le maître-autel, et, par le même escalier, ou descend dans une grotte de roc, où Ton voit deux colonnes de granit, l'une debout encore et intacte, l'autre brisée, enlevée à moitié par les Sarrasins, qui croyaient qu'elle cachait des trésors. La première indique la place où se tenait la Vierge, la seconde celle où l'archange Gabriel lui adressa la salutation sacrée .*i4t;e^ Maria, gratïaplenA. Au fond de la grotte est un autel en marbre blanc où des vases de fleurs répandent leurs parfums, où des lampes d'argent brûlent nuit et jour : sur la pierre sans tache, ornée seulement d'une rosace et de cinq croix, on lit cette inscription devant laquelle on se prosterne pour |)rier ^{ bénir : Verbum caro hic faclum est»

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c Après un tel tableau el une telle émotion, il semble, dit rauleui* du Rhin au Nily qu*on n'ait plus qu'à se retirer avec la douce joie d'un pèlerinage accompli ; mais Nazareth a d'autres monuments encore el d'autres grands souvenirs. C'est le lieu où saint Joseph exerça la profession de charpentier, la synagogue où le Christ, ouvrant le livre d'Isa'ïe, annonça au peuple qu'il était venu pour remplir la mission prédite par le prophète, pbur évangéliser les pauvres et consoler les affligés. C'est un large bloc de pierre qu'on appelle Mensa Christi, el où la tradition rapporte que le Seigneur soupa la dernière fois avec ses disciples, avant leur départ de Nazareth pour Jérusalem. C'est le roc escarpé où les Juifs, irrités de ses leçons, le conduisirent pour le jeter dans le précipice; et le mont Thabor qui domine au loin les coteaux de Nazareth , le mont sublime où Pierre, Jacques et Jean virent tout à coup leur divin maître s'entretenant avec Moïse et Élie, le corps couvert d'une robe J)lanche comme la neige, la face rayonnante comme le soleil, tandis qu'une voix du ciel leur faisait entendre ces paroles : « Voilà mon fils bien-aimé , dans lequel je me complais, écoutez-le ! >

Il n'est pas question de Nazareth dans les historiens de l'antiquité ni dans le Nouveau Testament. Cette ville doit , comme Bethléem, toute sa gloire au christianisme; c'est peut-être à cause de son peu d'importance que, dans les premiers temps de l'Église, les païens donnaient, avec mépris, aux disciples du Christ le nom de Nazaréens. Jusqu'au règne de Constantin, Nazareth ne fut habité que par les Juifs, et, au quatrième siècle, ce n'était encore qu'un village. Bientôt

cependant les pèlerins y perlèrent le tribut de leur piété, et, au sixième siède , on y trouvait déjà deux églises. Dévasté en 1105 par les Sarrasins, et réédifié par les croisés, Nazareth fut, avec la Galilée, accordé en fief par Godefroi de Bouillon à Tancrède, qui y fit construire des églises et les dota richement. Un siège épiscopal fut établi ù Nazareth dès le cominencemeni du douzième siècle; enlevée, en 1187, par les Sarrasins, après la déplorable bataille de Hattin, la cité de la Vierge fut de nouveau reconquise par les chrétiens; puis de nouveau in(;endiée, ravagée par le sultan Bibars en 1S63. Après ce dernier désastre, elle resta pendant plusieurs siècles dans un profond état de misère. Un voyageur qui la visita à la fin du seizième siècle n'y trouva qu'une église en ruine et une pauvre population , parmi laquelle on ne comptait que deux ou trois chrétiens.

En 1620, enfin, les franciscains obtinrent de l'émir Facardin la permission de repiendre possession de la grotte de l'Annonciation, et commencèrent à bâtir l'église actuelle, le couvent qui fut élargi et réparé en 1730. Vers la même époque, plusieurs familles chrétiennes vinrent s'établir dans la ville. A la fin du dix-huitième siède, les religieux y avaient une assez grande influence. Leur supérieur, qu'on appelait ilpa- ^re (/uarc^mno, jouissait, moyennant un certain tribut qu'il payait au pacha de Saint-Jean d'Acre, du titre et de l'autorité de cheik; toute la ville était soumise à son pouvoir judiciaire , et c'était lui qui apaisait les différends.

Aujourd'hui, les religieux ne sont plus investis de cette prérogative; mais, comme un liers de la popu-

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lalîon qui les entoure est catholique, ils n'éprouvent point ce pénible isolement dont leurs frères souffrent dans d'autres cités ; et par les souvenirs qui s'y raltachent» leur couvent est un des prenaiers de la Palestine.

Au-dessus de leur demeure s'élève la ville, bâtie d'une façon assez pittoresque sur le dernier éctielon de la chaîne des montagnes qui vient de TAnli-Liban, et qui forme avec le Carmella vallée de Tancien fleuve Bélus. Les maisons sont pour la plupart assez solidement construites en pierre* D'autres rappellent les rustiques habitations que Ton voit en certains endroits sur les bords de la Loire. Ce sont tout simplement des excavations formées dans le roc; sur leur largeur, on élève un mur, on perce une porte ici, une fenêtre là, et voilà une demeure où l'on est parfaitement à l'abri du soleil et de la pluie. Il y a dix-huit siècles et demi que la Vierge habitait une de ce& excavations, et aujourd'hui celles qui sont creusées dans les flancs de la œiline qui fait bce au couvent sont occupées par une centaine de familles. cPlus bas, en nous rapprochant de l'église,. nous avons vu, dit M. X. Marmier, des niaisons d'un genre de construction fort ancien , et qui, si nous ne nous trompons, doivent être une image de la crèche de Bethléem. Il n y a dans l'intérieur de ces maisons qu'un grand espace carré divisé en deux parties, La première est occupée par les bœufs et les chameaux. On passe au milieu des bestiaux étendus sur le sol, et l'on monte, par un escalier de deux ou trois marches, à la seconde partie de l'édifice, où d'un côté est la cuisine, de l'autre les nattes servant de lit aux gens de la famille, aux domestiques, aux voya-

t^lU LE MOJNT CARMEL.

geurs. Toui le long de celle espèce d'eslraide esl une auge assez large el assez profonde pour qu*au besoin on puisse s*y coucher. En vqyanl cet aiTangenienl, on comprend Irès-bien ce qui s'esl passé à la nallvilé de Notre-Seigneur. La Vierge accouchail au fond d'une de ces primilives habitations, el Tenfant ne pouvait être mieux placé que dans celte crèche où Tâne el le bœuf venaient le réchauffer de leur souffle.

c Après nous avoir montré les différents quartiers de la ville, les bazars qui ne méritent pas d'être vus, et la source qu on appelle encore la source de Marïe, et qui est sans cesse entourée d'une quantité de jeunes filles , le religieux nous conduisit le soir sur la cime d'une montagne d'où nous voyions se déployer à nos yeux un immense panoi*ama, elquel panorama ! quels souvenirs! La plaine d'Esdrekm, le Thabor, les cimes du petit Hermon et du Gilboé, la vallée où, il n'y a pas un demi*siècle, l'armée turque fuyait encore devant nos drapeaux, et le village d'Ëndor d'où sortit la pythonisse appelée par Saùl, el Nalm, où le Seigneur ressuscita le fils unique de la veuve; plus loin, au delà de ces collines, de ces montagnes, d'autres lieux encore consacrés par d'autres miracles, E^nmaûs, Capharnaiim, Gana, le lac de Tibériade, et à nos pieds la petite ville de Nazareth , où se fit le premier des miracles. Pendant que nous étions là, absorbés dans les réflexions qu'un tel aspect devait éveiller en nous, en regardant les rayons du soleil qui peu à peu s'efiaçaienl à l'horizon , je pensais qu'en ce moment une même croyance réunissait tous les cœurs chrétiens dans une même prière, qu'au nord, au sud du monde, dans les capitales des empires, dans les villages soli-

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