OUI
oui. oui.
oui.
oui.
oui.
oui.
oui.
Non pas.
Non pas.
Non pas.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Cherchons.
Les voulez-vous? Ah ! oui*
Il est si doux Ah ! oui.
D'en être époux. Ah! oui.
Le concert et le ballet terminés , on nous servit à chacun un gros morceau de pâte de millet cuit à Teau et un petit tas de débris d'un fromage en miettes, le tout posé avec les doigts sur un banc de la grandeur et de la forme de celui sur lequel nous étions assis. Une coupe de vin passait de bouche en bouche, et, à chaque rasade (notre hôte buvait souvent), il fallait
TRÉBIZONDE BT TIFLIS. 183
prononcer le mot kaitmardjo, qui veut dire merci.
On me logea poar la nuit dans une petite écurie. Sauf le nom , cette écurie ne différait en rien de la maison ; deux ou trois constructions semblables et aussi légères, élevées dans un endos entouré d'une haie basse, renfermaient les animaux de la ferme et les provisions de la famille.
Les princes et seigneurs iméréthiens ne sont guère mieux logés que les paysans : « avoir beaucoup de serfs — car rhomme est encore, dans ce pays, la propriété de Thomme — a dit un voyageur moderne, parader, suivi d'une foule de vassaux, dans de beaux habits chamarrés de galons d'argent, porter une belle moustache qu'on teint de rouge quand elle grisonne, et trouver partout un banc (table) bien garni, constitue le bonheur des seigneurs, qui ne tiennent, outre cela, qu'à leurs chevaux , à leurs armes, à leurs fau* cons, à leurs éperviers et à leurs koupchines (amphores à mettre le vin). Le luxe des maisons n'existe pas chez eux; rarement des fenêtres; deux portes suffisent pour le jour et la fumée; deux ou trois bancs un peu creux au milieu > avec un bloc de bois pour oreiller, quelques tapis , de longs bancs pour tables, un coffre bien- brillant, voilà tout- ce qu'une maison renferme en général, et ce dont se contente un noble et même un prince iméréthien. Ceux qui veulent soutenir leur dignité ont de plus une petite chapelle et un pope qu'ils traitent comme un paysan, d
De distance en distance, sur la route, nous nous croisions tantôt avec des convois de marchandises venant de Tiflis sur des arabas traînés par des bœufs, — ce sont principalement des peaux qu'on exporte
vers Constantinople et les ports de l'Adriatique; — tantôt avec des Géorgiens montés sur des chevaux et couverts d'un petit manteau de feutre appelé bourka. Bien que les routes soient en mauvais étal, elles se sont beaucoup améliorées depuis quelques années; mais le commerce a peu profité jusqu'à présent de ces améliorations , pour lesquelles le gouvernement dé* pense des sommes considérables. Il n'y a guère que les marchands russes qui fassent leurs transports sur des chariots, et, bien qu'il y ait un service de roulage organisé entre Moscou et Tiflis, les indigènes, routiniers comme tous les Orientaux , ne suivent pas cet exemple, et s'en tiennent aux coutumes que leur ont léguées leurs ancêtres. Au Caucase , la plus grande partie du commerce est entre les mains des Arméniens, qui, doués de plus d'intelligence ou d'activité que les autres races , en profitent pour réaliser des gains considérables. Entre Tiflis et les provinces du nord , ils font tous leurs transports à dos de cheval, les mulets étant rares et de petite taille. Au midi , c'est-à-dire en Arménie et dans les anciennes provinces persanes, ils emploient de préférence le chameau. Au reste, les chameaux se voient aussi fréquemment dans la Gis-Caucasie et dans la Russie méridionale, où ils réussissent parfaitement au milieu des immenses plaines herbeuses de ces contrées. Mais, dans les hautes nK)ntagnes, ils se fatiguent aisément dans les chemins pierreux, usent leurs sabots, et périssent bientôt. Au nord du Caucase, ce sont les Kalmouks qui ont le privilège exclusif de l'élève et de la conduite du chameau. Au midi, ce sont les Tatars du Schirvan et de l'Arménie qui monopolisent
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TolBce de cornac. En voyageant sur la route d'Érivan ou de Tiflis, on rencontre souvent de longues files de ces animaux au regard impassible, au pas lent et cadencé. Chargé de balles de coton , de soieries , de tapis, jusqu'à concurrence de deux cents kilogrammes, le chameau porte en sus, gravement perché sur son cou, le Tatar qui est son guide ou son propriétaire. A la queue de la caravane, on voit caracoler sur des chevaux du Karabagh les marchands arméniens et leurs commis, vêtus du khaba aux manches flottantes, coiffes de bonnets pointus d'Astrakhan, et généralement sans armes, tant est grande la sécurité dans la Transcaucasie. Tatars, Arméniens, chameaux et chevaux cheminent, l'un portant l'autre, tant que le soleil brille à l'horizon, et d'ordinaire la caravane fait bravement ses vingt-cinq ou trente verstes par jour. Aux premières ombres de la nuit, on décharge les ballots, qu'on range len carré comme une forteresse; on met les entraves aux bétes, qui s'en vont brouter l'herbe fine ou les chardons, chacune suivant son goût; pendant ce temps, les hommes se rangent autour d'un feu qui égayé le bivac et sert aux apprêts d'un frugal repas. D'un côté, un chaudron hissé sur trois pierres s'emplit de gdmi de millet ou depilau de riz ; de l'autre, trois bâtons plantés en potence simulent la broche , et une baguette proprement façonnée se garnit d'un imposant feston dé viandes palpitantes. Ce mets national, c'est le chaschlik, si connu de tous ceux qui ont vécu au Caucase. On coupe des morceaux de mouton très-menus, on les. enfile comme des alouettes, et il ne s'agit plus que de tourner la baguette et de saupoudrer le tout de poivre et de sel, jusqu'à ce
que le rôti prenne cette couleur dorée qui annonce au dégustateur que son œuvre va commencer. Inutile d'ajouter que le jus qui découle sous l'ardente action de la braise se recueille soigneusement dans une cuii* ler, pour être incessamment versé sur la viande grésillante.
L'ancienne Koutaïs — la patrie de Gircé et de Médée — est ensevelie maintenant sous tant d'autres ruines qu'elle est introuvable. Depuis l'époque où Jason vint enlever la fille d'Aétès, plusieurs villes, dont il reste à peine quelques débris, se sont successivement élevées sur l'emplacement qu'occupe la ville actuelle, ou sur les collines voisines, qui ont été tour à tour la résidence des rois des Lazes et des rois de Géorgie. M. Dubois de Montpereux en a exploré avec un soin minutieux tous les vestiges encore existants. Son grand ouvrage sur le Caucase en contient une description détaillée. La ville actuelle est bâtie sur la rive gauche du Rion, dans une belle et vaste plaine qui ressemble à un lac ou à un golfe de verdure resserré entre les derniers escarpements du Caucase et la chaîne milaphyrique et crayeuse d'Akhaltsikhé. C'est un amas irrégulier, mais pittoresque, de maisons de bois et de claies recouvertes d'argile ; les rues et les places sont ornées d'arbres, et des jardins entourent une grande partie des habitations. La population de Koutaïs s'élève à deux mille habitants, sans compter la garnison : elle se compose d'Arméniens, de Juifs, de Géorgiens et de Russes : il s'y trouve aussi quelques Turcs et quelques Grecs. Les Arméniens s'adonnent presque tous au commerce; ils vendent principalement des articles manufacturés européens,. russes
OU turcs. Les Juifs se livrent au brocantage^ au commerce d'échange des productions de la terre. Les Géorgiens-Iméréthiens exercent la profession de doukbani (cantiniers) ; ils vendent du vin, des fruits, des gâteaux, du fromage. Les Turcs sont tailleurs de pierre, maçons ou charpentiers. Les Grecs sont boulangers, pâtissiers : ils font non^seulement le pain, mais des gâteaux de mais qui sont assez bons frais ; des ci'aquelins en forme d'anneaux , qu'ils vendent enfilés dans une ficelle; des pâtes feuilletées, à la graisse de mouton ; de petits pâtés avec une farce de chair de miHitoa, etc. La population russe n'est composée que de soldats, d'ofiiciers et de quelques employés civils. Les soldats ont une caserne et un hôpital.
c La vie de toutes ces populations asiatiques de Koutaïs ressemble â celle des anciens Grecs, dit H. Dubois de Montpereux. Les hommes passent toute la journée dans leurs boutiques ; les oisifs viennent de même au bazar, y discourir de chevaux, de nouvelles, de procès. C'est là, comme à Athènes, le point central de la vie et de la circulation. L'artisan y expose de même son industrie en s'occupant de son métier sous les yeux du public ; tout se voit, la pâte qui se pétrit, le pain qui cuit, la soupe qui bout chez le cantînier, comme le fer à cheval qui se forge, le couteau qui se lime, la botte qui se coud, la tête savonnée qu'on rase. La boutique et l'atelier ne sont que des loges ouvertes par devant, où rien n'est caché au public. Un bazar pareil est quelque chose de délicieux pour un flâneur européen... La journée passée, tes boutiques se ferment et chacun se retire chez
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soi pour faire son repas du soir. La vie privée est une vie d'isolement. Les femmes sortent peu, se montrent peu; elles ne remplissent aucune fonction quelconque de la vie publique. Cependant» les jours de fête, on les voit souvent aller se promener en famille dans des sites un peu écartés... »
A propos de la plus belle moitié du genre humain, j*ai entendu raconter, pendant mon séjour à Koutaïs, une anecdote trop caractéristique pour que je ne la raconte pas à mon tour. Des dames européennes et catholiques, que leur destinée avait amenées dans cette ville, éprouvèrent le besoin de se confesser : elles allèrent, en conséquence, trouver des curés arméniens ; mais grand fut leur embarras, car ces respectacles ecclésiastiques ne parlaient aucune des langues connues des belles pécheresses repentantes! Comment s'entendre ? Après de longues délibéra* tions , on adopta le moyen suivant : chaque pénitente prit dans sa main, en s'agenouillant près du confessionnal , l'extrémité d'une ficelle dont l'autre extrémité était attachée au bras du confesseur, et aussitôt le confesseur fil demander à la pénitente, par un interprète placé à côté d'eux, si elle avait commis telle ou telle faute. Commençant par les véniels pour finir par les mortels, il passa successivement en revue tous les péchés dont la faible humanité peut se rendre coupable. La pénitente sentait-elle sa conscience parfaitement tranquille, elle ne faisait aucun mouvement ; avait-elle au contraire des reproches à se faire, dèsqu^une question était terminée, elle tirait la ficelle qu'elle tenait à la main et que l'interprète ne voyait pas. Quand elle était en état de récidive, elle la tirait
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plusieurs fois de suite, autant de fois qu'elle avait péché. EqGd, une faible agitation de ce fil révélateur indiquait une faute légère ; un ' coup sec et violent dénotait une faute grave. Il paraît que ce procédé a donné d*excellents résultats. On continue à reniplo3^r avec succès à Koutaîs.
Les Géorgiens-Iméréthiens de Koutaîs portent des chemises de soie jaune que les femmes fabriquent elles-mêmes dans l'intérieur des maisons, après avoir soigné les vers à soie, et dont le prix au marché varie de quatre à six francs. Ces chemises, ils ne les ôtent que quand elles tombent en lambeaux. Aussi exhalentils tous des odeurs fort désagréables, et sont-ils toujours couverts de vermine. Us n'ont, en général, aucune idée, aucun sentiment de la proprefé. Comme ils sont en hiver — car ils n'en mangent jamais en été — grands amateurs de la viande de porc, ils élèvent une immense quantité de ces animaux, qu'ils laissent courir aiUour de leurs maisons et se nourrir de figues, de châtaignes, de millet, de fruits sauvages de toutes espèces, c C'est un pays de cocagne pour les cochons, dit un voyageur, aussi ont-ils quelque chose de fier, l'oreille courte et en l'air. Homère avait du apprécier leur bonheur, puisque c'est précisément ici qu'eut lieu la fameuse métamorphose des compagnons d'Ulysse, i
Pour aller de Koutaîs à Tiflis il faut franchir la chaîne de montagnes qui sépare les deux grands bassins de la mer Noire et de la mer Caspienne. Du col, qui, du reste, n'est pas très-élevé au-dessus du niveau des deux océans, on découvre une vue magnifique, car il est formé par des ramifications des deux chaînes
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parallèles du Caucase et du Taurus, qui viennent se confondre sur ce point. < Sans avoir^ dit M. Teule, suivi le Phase depuis sa première origine dans la montagne sur son versant occidental, et sans avoir non plus, sur l'autre revers, rencontré celle du Cyrus (Konr), qui en est rapprochée, Télévation seule du col que je venais de franchir et les obstacles du terrain me démontrèrent suffisamment sinon Timpossibilité de canaliser ces deux fleuves, au moins l'énormité de la dépense nécessaire à Texécution d'un tel projet. On attribue à Séleucus Nicanor la première idée de joindre ainsi les deux mers, et on dit que sa mort seule en empêcha l'exécution ; d'autre part, on assure que ce projet, repris et étudié de nos jours, a été iroui§ inexécutable. Toutefois, c'est là uu arrêt prononcé en termes un peu trop absolus, et la postérité pourrait bien le casser : le mot impoisible n'est plus connu dans le langage de l'industrie moderne, i On ne met que deux jours pour monter de Koutaïs au col, large de quelques pas seulement, qui marque la séparation des bassins delà mer Noire et de la mer Caspienne, mais il en faut trois au moins pour en descendre jusqu'à Tiflis. J'étais si pressé d'arriver dans la capitale de la Géorgie que je n'ai fait que traverser le village de Sauram, la ville de Gori et les ruines du Mlschett, l'ancienne résidence des rois de Géorgie, situées au confluent de l'Aragvi et du Kour (Cyrus). Du reste je n'ai, durant ce trajet, rien remarqué de bien caractéristique. Je n'ai noté qu'un trait de mœurs qui m'ait semblédigne d'une mention. Un jour, en visitant un cimetière, je m'étonnai d'y trouver presque à chaque pas des débris de vases à
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boire et de cruches épars en désordre auioor des tombes. Je demandai à moo muletier rexplication de ce fait qui me surprenait.
c Quand on enterre un mort dans ce pays, me ré-» pondit-il, on apporte toujours au cimetière avec le cercueil de quoi boire et manger à discrétion ; et à peine la tombe est*eUe recouverte de terre, qu'on se régale en Thonneur du défunt sur les tombes vcHsines, puis on brise tous les vases qui ont servi à ce repas funèbre. »
Tiflis occupe, à l,iOO pieds environ au-dessus du niveau de la mer Noire, une petite plaine d'une verste de largeur resserrée entre deux chaînes de collines et arrosée par le Kour ou Gyrus. Ce fleuve la divise en deux parties inégales. Sur sa rive droité|»u sur la partie la plus large de la plaine est la ville ancienne, amas confus d'églises, de tours, de dômes, de maisons» de murailles, de bazars entassés les uns sur les autres jusqu'au pied inaccessible d'une montagne appelée Solalaki, au sommet de laquelle se dresse une longue forteresse ruinée nommée Narikala , qu'une longue muraille unît an château ruiné de Châhi-Takht, ou Trône du Chah. La rive gauche est si étroite qu'il n'y a de place que pour une rangée de maisons contre une paroi à pic de rochers noirâtres. Le sommet de la montagne qui domine les Sables, c'est ainsi qu'on appelle ce quartier du faubourg d'Avlabar, est occupé par la ville nouvelle d'Avlabar, la prison, les casernes, l'hôpital, etc.
Tiflis doit son nom et son origine à des sources d'eau sulfureuses qui jaillissent à peu de distance du Kour, sur le bord d'un ravin, à l'extrémité de la vieille
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ville. TphilissiouTphilis-kaiâki veut dire ville chaude, et, comme Ta remarqué Klaproth, c il est assez singulier que plusieurs endroits qui ont de telles eaux portent un nom semblable. Anciennement il y avait la ville de Tibilis en Numidie, célèbre pour le même objet ; et Ton est involontairement forcé de penser à Tœplii% en Bohême, dont le nom, dérivé d'un mot esclavon qui signifie chaud, appartient à la même racine que tepidus en latin. »
Les eaux thermales de Tiflis sont légèrement sulfureuses, et elles renferment des sels à base de soude, de chaux, de magnésie et de fer en petite proportion.
Leur température varie de 40 à ^ centigrades. Elles fournisslht Teau nécessaire à plusieurs bains. L'établissement, assez bien entretenu, est très-fréquenté, surtout par les femmes, qui se plaisent à y faire des parties de plaisir. On assure qu'elles guérissent les rhumatismes, les maladies de la peau et une foule d'antres maladies, c L'usage de ces bains coûte cher, dit H. Teule, à moins que l'on ne se contente d'une place commune au milieu d'un peuple nombreux, qui les remplit toujours avec la plus parfaite égalité de droits; mais si on s'en réserve une salle, pour une certaine heure déterminée à l'avance, on peut y jouir, au prix de quelques roubles, de tous les raffinements que la sensualité des Romains amollis inventa pour les thermes magnifiques des empereurs ; et il n'y manque ni l'éclat d*une illumination avec profusion de bougies, ni les plus douces mélodies des instruments ou des voix, ni aucun des enivrements des sens pris à la fois ou tour à tour. »
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Avant Tannée 380 de notre ère, Tiflis n'était qu*un village ; mais sons le règne de Varza-Bakour, vingtseptième roi de Géorgie, le gouverneur persan, qui venait de ravager le Rani, le Hovakhani, constriitsit près de ce village le fort de Khourist-sikke, et, en 455, Wakbtang Gourgaslan, ou Wakhtang le Loup- Lion, y fonda la ville de Tphïlissi^ qu'il divisa en trots quartiers : Khalissi , la ville forte , aujourd'hui Khalaubani; Tbilissi, où étaient les bains, et Nis" sani, actuellement le faubourg d'Avlabar, sur la rive gauche du Kour, en Ëice des deux premiers. Cette ville, ayant été dévastée par les Khazares, fut rebâtie par l'émir Agarian et devint la résidence de la famille royale des Bagratides, après la destruction de Utschett. *
Depuis cette époque, elle a subi de nombreuses et cruelles vicissitudes ; tantôt elle a été gouvernée par des souverains indigènes indépendants, tantôt elle est tombée sous la domination de la Perse ou de la Turquie. Des lieutenants d*Omar, des califes de Bagdad, de Gengis-Khan, Timour en personne l'ont envahie, conquise, ravagée, détruite. En6n, en 1755, le fameux Aga-Hohammed-Khan, qui s'était emparé de l'héritage des Sofis, et qui voulait faire rentrer sous le joug des Persans, qu'il avait secoué, le pays dont elle était la capitale, y entra à la suite d'une grande victoire» la mit à feu et à sang pendant neuf jours, et n'y laissa qu'un monceaa de cendres et de décombres, en en emmenant 15)000 prisonniers.
Ceux de ^es habitants qui avaient eu le temps de s'enfuir dans les montagnes, et qui étaient parvenus à s'y
cacher, y restèrent une année entière sans oser sortir de leurs retraites pour venir relever ces ruines» tant ils craignaient le retour de leur terrible vainqueur. Ils ne reprirent un peu de courage que lorsque le général russe Zoubof passa la frontière, prit Derbend, Bakou et Chamakki, et envoya un corps de troupes en Géorgie. Alors seulement ils commencèrent à rebâtir quelques maisons, mais ils furent bientôt ex posés à de nouveaux dangers. La discorde s'étant mise dans la famille royale, Georges XIIl fit venir des montagnes une garde composée de Lesghis, qui commirent de tels actes de brigandage — pour ne citer qu'un fait, ils abattaient une maison quand ils avaient besoin de bois — qu'il dut implorer la protection et les secours de la Russie. Ce faible souverain mourut en 1800. Avant sa mort il avait fait donation de ses États à l'empereur de Russie, qui accepta l'héritage. Depuis 1801, la Géorgie appartient à la Russie, et Tiflis est la capitale des provinces russes transcaucasiennes.
La Tiflis actuelle est pour ainsi dire une création du général et gouverneur russe Yermolof ; il l'avait trouvée en ruine, inhabitable l'été, ne renfermant guère que des décombres et de misérables huttes souterraines appelées sakhli par. les Géorgiens. Il y fit bâtir des édifices publics, des bazars, des maisons en pierre; il transforma en une belle place un marais infect; en un mot, il lui donna un aspect presque européen. Depuis, bien qu'elle ait été cruellement ravagée par le choléra, surtout en 1830, elle s'est constamment accrue et embellie. Malheureusement, elle a perdu tout caractère oriental sans devenir tout à fait
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russe. Quelques grands édifices épars y font un singulier contraste avec les maisons presque souterraines de& Géorgiens. « On est frappé, dit M. le comte de Suzannet, du mauvais goût des Russes, qui placent sur la façade de leurs maisons quelques colonnes en bois peint aussi disgracieuses qu'inutiles. Les rues sont tellement inégales et malpropres qu'après quel* ques heures de pluie il est impossible de les tra-* verser. •
D'après les recensements de i834, les derniers que j'aie sous les yeux, la population totale de Tiflis, — non compris la garnison, — s'élevait à 25,290 habitants. Cette population, répartie en 4,956 familles dans 3,662 maisons , dont 37 appartenaient au gouvernement, et 3,625 aux particuliers, se subdivisait ainsi :
Hokalaki ou bourgeois 2,6i0
Serfs du gouvernement qui payent • . 12,450 Serfs du gouvernement qui ne payent pas. 450 Serfs de l'Église et colons d'Etchmiadzin. 2,950
Serfs des particuliers. 4,500
Grens libres, etc 400
Iméréthiens, population flottante . . . 300
Hébreux 60
Princes, nobles i,090
Clergé, lettrés 780
La température moyenne générale pendant l'année est à Tiflis de 9*,39. Mais il fait très-chaud Tété, surtout aux mois de juillet, d'août et de septembre. La chaleur y est d'autant plus sensible qu'elle est concentrée comme dans une espèce d'entonnoir, entre des parois noires et schisteuses, et que dans certains
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quartiers les maisons sont entassées les unes sur tes autres. Les hivers y sont très-agréables et les printemps superbes. II y neige rarement. En résumé, si on doit en croire M. Dubois de Montpereux, le climat de TifliSy qui a longtemps passé pour très-meurtrier, n*est pas plus malsain que celui de toute autre ville pour l'étranger, c pourvu qu'il suive le genre de vie qui lui est prescrit par Texpérience des habitants^ qu'il sache être modéré dans l'usage des fruits et du vin, se préserver de l'ardeur du soleil pendant les heures les plus chaudes de la journée, et qu'il ne se dépouille pas étourdimenl de ses vêtements, en prétendant qu'il ne peut pas les supporter. » Les nuits sont fraîches et longues, mais les soirées sont délicieuses. Ausisi dès que le soleil commence à décliner, dès que la chaleur diminue, les jardins et les terrasses de Tiflis se remplissent et se couvrent de la majeure partie des habitants des maisons. Chacun vient à son tour respirer l'air frais du soir, c La lexghinkay qui probablement est descendue des montagnes lezghiennes jusque dans les vallées du Khartli, est, dit H. le comte Ernest de Stackelberg, le plaisir national qui défraye toutes ces réunions. On s'assied en rond sur la pelouse, la guitare et le tambourin résonnent, tout le monde bat la mesure en frappant des mains, et on accompagne en chantant l'air géorgien si aimé. Un couple s'élance dans le cercle et commence par des passes lentes et cadencées, entremêlées de poses gracieuses. Peu à peu, et à mesure que l'orchestre joue plus vite, les danseurs s'animent, tournent, se pressent, voltigent en se poursuivant autour de l'arène. Enfin, épuisés et haletants, ils reprennent leurs
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{Places el louchent deux personnes du cercle» qui à ce signe doivent immédiatement les remplacer. Quel* ques jouteurs plus hardis ajoutent à la danse des tours de force et d'adresse. L'un, posant une cruche de vin sur sa tète, exécuie toutes sortes de pas et de contorsions gymnastiques sans verser une goutte du précieux liquide. Un autre saute, gambade, se renverse et se redresse en faisant tournoyer deux poignards autour de sa tète et de sa poitrine.
Ces plaisirs bruyants se prolongent pendant de longues heures, à la faveur de ces fraîches soirées d^été si délicieuses après les chaleurs accablantes du jour.»
c Les Géorgiennes, qui ont une réputation de beauté établie dans tout l'Orient, se distinguent, dit M. le comte de Suzanne! , par la régularité de leurs traits et la majesté de leurs formes. Leur peau, d'une blancheur mate, fait ressortir la teinte foncée de leurs cheveux et de leurs sourcils; leur regard lascif inspire une volupté plus voisine de la corruption que d'un sentiment pur.
Une fois mariées, les Géorgiennes ne sortent plus; elles se consacrent aux soins de leur ménage, élèvent leurs enfants, et perdent en les nourrissant tous leurs attraits.
L'usage fréquent des bains sulfureux, en détendant les fibres de leur peau déjà molle , détermine chez elles un embonpoint excessif, que leur indolence augmente encore, car elles ne savent se livrer à aucun travail ; elles dirigent seulement les esclaves qui les servent.
Leur coiffure est gracieuse ; elle consiste en un petit
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diadème posé sur le milieu du front ; au-dessus esl jeté uu voile de mousseline blanche qui retombe sur leurs épaules et sur leurs cheveux, divisés en un nombre in6ni de nattes; une tunique serre leur taille et laisse leur gorge découverte.
c La société de Tiflis ne se compose que de gêné» raux ou d'employés du gouvernement. Les familles géorgiennes, en très-petit nombre, n'admettent pas les étrangers dans leur sein ; elles donnent seulemeot^ à d'assez longs intervalles, quelques grandes réunions que le général en chef est prié de pré«der. J'assistai à un de ces dîners monotones et sérieux, comme tous ceux où les Géorgiens se trouvent en présence des Russes , qui croient faire honneur aux habitants en venant s'asseoir à leur table. Le carac<tère des deux peuples est si distinct, il y a entre eux si peu de liens d'affection, que je ne comprends pas qu'ils cherchent des occasions de rapprochement. Les Géorgiennes des premières familles parlent le français plutôt que le russe , mais elles n'ont ni in«struction ni conversation; malheureusement je puis, sans trop de sévérité, dire que les femmes russes que j'ai vues à Tiflis méritent toutes à peu près les mêmes reproches... »
La vie est facile et peu chère à Tiflis; on y trouve des auberges, des cafés et même un restaurant, fondé par un ancien sapeur des grenadiers de l'armée française, nommé Jean-Paul, qui fut fait prisonnier dans la campagne de 1812, et qu'un général russe emmena comme cuisinier à Tiflis. Les vivres y sont variés et peu chers, le vin y est excellent et à très-bas prix ; aussi la consommation annuelle s'y âève-t-elle à
7,509,000 bouteilles, c'est-à-dire à deux tiers de boa teille par jour par habitant, la garnison comprise. On en vend de deux espèces : celui de Gakhétie et celui des colons allemands. Le vin de Gakhétie coûte : la première qualité , 1 fr. 60 c. environ la tounga (cinq bouteilles); deuxième qualité, 80 centimes; ordinaire, 25 centimes. Il a en général une couleur rouge magnifique; les fabricants lui donnent cette couleur en faisant cuver leurs raisins dans de grands bassins en bois et en y ajoutant une espèce de raisin appelé le sapiravi ou le teinturant, qu'ils cultivent exprès. Il se conserve dans dés koupchïne$ (amphores) d'une dimension extraordinaire , car on en voit qui ont jusqu'à neuf pieds de hauteur. On le transporte dans de grandes outres d'une seule peau de chèvre ou de buffle, que l'on tue d'une manière particulière. L'intérieur de cette peau, qui est le côté du poil, est soigneusement goudronné de naphte noir de Bakou, ce qui donne au vin un goût de goudron. < Ces outres, placées sur le dos les quatre jambes en l'air, et gonflées de vin, s'animent et se balancent avec un air de vitalité, dît un voyageur, au moindre mouvement du char tiré par d'autres buffles. » Le vin de Gakhétie a deux qualités précieuses : quand il n'est pas falsifié, il ne fait jamais mal à la tète ; et non-seulement il ne donne jamais la goutte, mais il la guérit, c La seconde espèce de vin coâte pins cher, mais elle n'a pas le goût de goudron, car elle est fabriquée par les colons allemands à la façon européenne et déposée dans des tonneaux.
Bien qu'elle soit devenue une ville à peu près russe, Tiflis conserve, à divers égards et dans certains quar-
tiers, uoe physionomie qui lui est propre ou du idoîds qui n'appartient qu'à une ville orientale. Un artiste ou un amateur de pittoresque trouvera dans ses rues, au milieu de ses bazars ou sur ses places, de curieuses études à faire, d'agréables moments à passer. Ici une caravane de chameaux, arrivant de la Perse ou de l'Arménie, se croise avec un bataillon d'ânes qui apportent au marché, dans des sacs, de la paille hachée, presque la seule nourriture des chevaux du pays; là défilent lentement des groupes d'ombres blanches ensevelies sous les plis de leur linceul , le vrai tchadra ou voile des Géorgiennes ; vous ne voyez que leurs kolhi (pantoufles) et les extrémités de leur nepkavi (large pantalon). Si larges que paraissent ces masses informes, ce sont des femmes géorgiennes et arméniennes qui vont au bazar marchander des étoffes de soie, du chali, des bounnettes (étofie de coton turque), du fil, des laines, des perles pour broder, etc. Plus loin dés prêtres grecs , à la démarche majestueuse, se promenant avec une longue canne, se heurtent contre des Cosaques ivres. Voilà les prêtres arméniens à la longue barbe, un bonnet d'agneau noir plié en claque au sommet, marque caractéristique qui les distingue du vulgaire ; les Persans maigres et basanés , les Turcs aux regards éternellement flegmatiques , les Grecs se mêlent , se pressent pour éviter les portefaix ossétiens qui plient sous leur fardeau, qu'ils portent sur leur dos recouvert d'un sac de paille. Au bout du bazar, couvert et poudreux, s'ouvre la grande rue bordée de boutiques, c'est-à-dire de niches ou alcôves profondes élevées d'un pied et demi au-dessus du niveau du sol. Chaque marchand,
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accroupi sur un tapis , les jambes croisées , appelle les passants en se réchauffant les mains sur un man" gai (brasier); puis viennent les boutiques des différents métiers.; les tailleurs, dont chaque groupe travaille au milieu des chalvars (larges pantalons), des tchoks (habits de dessus), des akhalouks (habits de dessous); les cordonniers, les fourbisseurs, les selliers, les bonnetiers, les barbiers, les fîleurs de soie» etc. Chaque métier a sa place marquée ; été et hiver on les* voit travailler ainsi en plein air. Le soir, chacun ferme son établissement avec quelques planches, et regagne son domicile, laissant ses marchandises sous la sauvegarde du guet soldé par les marchands» et qui» ^aché dans un coin, observe, épie tout ce qui se passe, effrayant quelquefois les passants par ses cris de qui vive? poussés au moment où ils s'y attendent le moins. Gomment passerons-nous en cet endroit? Des chevaux de porteurs d*eau tout ruisselants de Teau qui découle du double sac de cuir suspendu sur leur dos se croisent avec des ânes chargés de charbon et des chevaux chargés de caisses et de ballots.
La plus belle place de Tiflis est la place de Tauris; la plus grande, celle d'Érivan. Quelques beaux bâtiments bordent la place de Tauris. Ou remarque surtout le palais de Tétal-major et le gymnase, entre lesquels s'ouvre la rue du palais du gouvernement. La résidence du gouverneur général des provinces russes trans et cis-caucasiennes est bâtie dans une magnir fique position , sur les restes du palais du czar de Géorgie, qui fit construire Roslom, et dont Ghardin a fait la description. G est une demeure princière d'au-
âQ2 TRÉBIZOMD£ ET TIFLIS.
tanl plus agréable à habiter que la colline qui la domine a été convertie en un délicieux jardin , ouvert au public une ou deux fois la semaine, où l'on est toujours sûr de trouver, pendant les plus fortes chaleurs de Tété, de Teau et de Tombre sous des figuiers et des platanes , ou dans des pavillons et des ermitages européens. Le jardin botanique offre aussi une ravissante promenade.
Tiflis possède une cinquantaine d'églises. La principale est la cathédrale de Sion, fondée dans le sixième siècle par le roi de Géorgie Gouram. Détruite plus tard par les Persans et reconstruite vers le commencement du dix-huitième siècle par VakhtangY, fils de Léon III, elle est bâtie dans le style géorgien pur ; c'est là que les Russes assistent au service divin. Le portail est, à toute heure, obstrué de mendiants qui, couverts de haillons, crient sans cesse eriêtesse (la charité), en cherchant leur vermine.
c Le gouvernement russe, dit M. Teule, met une louable attention à instruire et à bien élever la jeunesse. Le gymnase de Tiflis est organisé sur le modèle de tous ceux de l'empire. L'étude des langues y est plus particulièrement approfondie; le français, l'allemand et le géorgien ou le tartare, y sont appris de toute nécessité, en même temps que la langue russe. On y donne aussi quelques notions de législation et de statistique générale. La discipline du gymnase est à peu près celle de nos collèges en France.
« Les filles noblçs sont élevées, aux frais de l'empire, dans des établissements particuliers, dont chaque ville considérable de la Russie est dotée. Un
Français» devenu Russe, est à la tète de celui qui a été fondé à Tiflis. >
c Autour de Tiflis, ajoute plus loin le même voyageur, se sont établies, depuis quelques années, des colonies de paisibles cultivateurs venus de l'Allemagne. Il en est une composée de Wurtembergeois, qui est 6xée à un quart d'heure de cette ville, sur la rive gauche de Kour, presque en face de la nouvelle Tiflis. Ellesecompose d'une quarantaine de familles et offre un pareil nombre de petites habitations, en général assez propres, toutes alignées sur les deux bords d'une large esplanade. Chaque habitation a autour d'elle quelques mètres carrés de surface non bâtie, consacrée à la culture des plantes potagères et des fleurs, et ces jardins, d'un aspect agréable, sont séparés entre eux par des haies vives. Au centre du village s'élève un temple protestant ; il est petit comme la population qu'il doit renfermer; il est modeste dans sa forme comme la prière qu'on doit y entendre. Les affaires de la colonie sont réglées par une sorte de conseil de familfe qui traite aussi des intérêts de tous avec le gouverneur de la province.
c Malheureusement, le terrain cédé aux colons est d'une qualité médiocre et il est privé d'eau. Sous le soleil brûlant de l'été de ce pays, l'arrosage des champs est indispensable, et par malheur encore, l'eau des puits est mauvaise pour cet usage; d'ailleurs, elle coûte trop à puiser, et elle ne suffirait pas à de pareils besoins. Il est un projet dont l'exécution vivement attendue et prochaine , dit-on , changerait bien avantageusement l'état de la colonie allemande et l'aspect de la campagne de Tiflis : c'est le barrage
du Kour à la dislance de quelques lieues en amont de cette ville y la canalisation de son cours et la dérivation d'une partie de ses eaux. Il parait, en effet, qu'il serait facile d'utiliser ce fleuve aujourd'hui inutile. Sa pente, suffisamment rapide, et son cours sinueux permettent de lui tracer à peu de frais un canal qui l'oblige à se répandre sur Ta grande plaine au-dessous de laquelle il coule aujourd'hui, et qu'il abandonne à une sécheresse déplorable, tandis qu'il fertilisei*ait ainsi les campagnes rebelles aux soins du laboureur. Sa puissance mécanique serait employée sur d'autres points et ferait mouvoir la meule des moulins à farine ou les mécaniques des scieries de planches et des autres ateliers dont Tiflis s'enrichit tous les jours. »
FIN DU PREMIER VOI.tNB.
VOYAfiË