PLAINE DE SAPHET
autrefois sa destination. On voit également plusieurs cilernes, servant jadis à recevoir les eaux pluviales ; mais qui maintenant n'ont plus la môme destination. Aujourd'hui le mo it Thabor n'est habité que par quelques paysans, probablement réfugiés, qui en cultivent une partie, justement ce qu'il faut pour leur existence. Ils parurent surpris et inquiets de notre visite, tant leur solitude est rarement troublée par des personnes étrangères.
Après avoir recommandé à notre guide de reconduire nos chevaux en suivant le sentier par lequel nous étions venus, nous descendîmes par la pente rapide de la montagne dans la plaine de Saphet, et, gagnant la grande roule qui conduit d'Acre et de la côte à Damas, nous arrivâmes en quelques minutes à un vaste caravansérail, bien fortifié, appelé Kan de Djebel Thor (Mont Thabor). 11 s'y tient une fois par semaine une foire qui est principalement fréquentée par les marchands deTibérias, qui viennent y échanger leurs marchandises contre des bestiaux. On nous engagea à nous y reposer jusqu'à ce que la chaleur du jour fût tombée; mais la mine des habitans ne nous inspirant pas de confiance, nous n'acceptâmes pas l'offre qui nous était faite.
BETHSHAN OU SCYTIIOPOLIS. 243
De là, nous dirigeant à Iravers une contrée riante et accidentée, dont le sol, quoique fertile, n'est cependant qu'en partie cul.ivé, nous arrivâmes au Jourdain, éloigné d'environ quatre heures du Kan. Dans ce trajet, je souffris considérablement de la chaleur : car nous ne rencontrâmes pas un arbre, pas un arbuste qui nous offrit le plus léger ombrage contre les rayons brùlans du soleil. Fort heureusement j'avais apporté avec moi un kefflé bédouin (mouchoir), que je nouai autour de ma tête, sous mon turban. De cette manière, j'atteignis le Jourdain. Nous nous reposâmes sous l'arche d'un pont à demi ruiné qui traverse le fleuve un peu audessous du village de Szammagh,* près de l'endroit où il débouche du lac. Sur la rive opposée, est une plaine d'une certaine étendue, célèbre par les fréquentes incursions qu'y font les Arabes. Vers l'époque de la moisson, on y envoie de Tibérias des gardes, chargés d'assurer la récolte des fruits de la terre, -f- A huit ou dix milles plus loin, vers le sud, est Bisan, la Belhshan de l'Ecriture et la Scylhopolis des
* Mot arabe qui signifie poisson.
f a Ils mangeront eux-mêmes voire blé, el i's boiront votre lait. » (Eléch. xiv. 4.)
2W MONT GILROA.
écrivains grecs et romains. Celait la ville la plus considérable du Décapolis, et la seule qui se trouvât de ce côté du Jourdain. Après la défaite des Israélites et la mort de Saiïl et de ses fils, les Philistins attachèrent le corps de Saiïl aux murailles de celle ville d'où il fut enlevé par les hahilans de Jabesh- Gilead. On y voit encore les restes d'un théâtre romain, caché en partie sous de grandes herbes, ainsi que les vestiges d'une forteresse probablement l'ancienne Acropolis, construite sur le sommet d'une colline, de forme conique. Au nord-est de celle colline, on trouve plusieurs sarcophages, el au sud-est une roule pavée qui conduit à l'ancienne Ptolémaïs ( Acre ). Le village lui-même n'est qu'un amas de misérables huttes où vivent environ deux cenls pauvres fellahs. Dans l'état actuel de la Palestine, il esl exclu de toute participation à son commerce. On trouve, dans les environs du village, quelques morceaux de lave, et les montagnes qui l'entourent ont l'apparence de volcans éteints. Le mont Gilbon avoisine Bisan, et borne à l'ouest la plaine du Jourdain. Les indigènes le nomment encore aujourd'hui Djebel Gilbo. C'est un long rideau de montagnes, dont les diverses échancrures forment des pics qui
LAC DE GÉNÉZABETU. 2i5
s'élèvent à cinq cents pieds au-dessus de ia roule, et à mille environ au-dessus du Jourdain. A l'est, la plaine est bornée par une chaîne de montagnes qui est une prolongation du mont Gilead. Dans l'intervalle compris entre cet endroit et Bisan, le Jourdain est traversé par un pont de pierre, formé d'une arche principale et de deux plus petites. Près du pont, est un vaste kan pour les voyageurs.
Lorsque nous nous fûmes suffisamment reposés, nous nous déshabillâmes pour nous baigner. Le Jourdain est dans cet endroit large d'environ trente à quarante pieds: mais il est peu profond. A ce point de son cours, ses eaux sont toul-à-fait transparentes, tandis qu'à son embouchure, près de Jéricho, elles sont d'un blanc trouble, couleur dont elles ne s'imprègnent évidemment que parce que, dans l'intervalle, elles rencontrent un lit de terre argileuse.
Le soir, à la fraîcheur, nous remontâmes à cheval. En approchant de l'extrémité ouest du lac Tiberias, nous remarquâmes un ancien ouvrage en maçonnerie, qui nous parut être une digue, construite sans doute pour prévenir les inondations. Ou dit que, dans la saison des pluies, lorsqu'il est grossi par les lorrens qui descendent des montagnes, il s'élève à
2i6 LAC DE GÉNÉZARETU.
trois ou quatre pieds au-dessus de son niveau ordinaire. Une plaine étroite sépare les bords du lac d'une chaîne de collines raboteuses qui courent parallèlement avec lui et qui le bornent à l'ouest. Le soleil venait de s'abaisser un peu derrière leur sommet, de sorte qu'en se réfléchissant dans le sein du lac, elles offraient une multitude de formes aussi variées qu'agréables. La rive opposée est bordée par des rochers arides, escarpés, aux contours hardis et par des collines de pierre grise. A tout prendre, c'est une belle nappe d'eau; mais l'aspect uniforme de ses rives, l'absence totale d'arbres le long de ses bords, joint à ce qu'on n'aperçoit pas un seul bateau * dans toute son étendue, lui donnent un air sombre et monotone qu'offrent bien rarement nos lacs d'Europe. Sa surface est, en général, unie comme une glace, ce qui est dû à la nature même du terrain qui l'entoure; mais, de même que toutes les mers enfermées au milieu des terres, il est exposé de temps en temps à des coups de vent, à des raflai es et à des bourasques qui descendent tout-à-coup des mon-
* Sous le règne de Vcspasien. ce lac fut le théâtre d'une bataille où périrent plusieurs milliers d'hommes.