‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 36 sur 144 · COUVENT FRANCISCAIN · texte numérisé non relu

COUVENT FRANCISCAIN

coté de la rue, pour la réception dos voyageurs, mais plus particulièrement pour les femmes que la curiosité ou la dévotion peut attirer dans ces lieux, les règles de leur ordre ne permettant pas aux personnes du sexe de vivre dans l'intérieur du couvent. Le vaste appartement qui nous fut assigné avait été occupé, dans un temps, par la feue reine d'Angleterre. Lorsque nous y entrâmes, il était entièrement dépourvu de meubles; mais immédiatement après notre arrivée, quatre ou cinq lits furent dressés contre les murs; et une table de bonne dimension, placée dans le milieu de l'appartement, nous servit, suivant le besoin, de table à manger, à écrire ou a lire. Nos domestiques furent logés dans le voisinage immédiat. Nous retrouvâmes là notre ami, M. de Breuvery, qui nous apprit la triste nouvelle delà mort de notre ami Bradford, qui avait expiré dans ces murs quelques jours seulement avant notre arrivée. M. Cornélius Bradford était consul d'Amérique à Lyon : nous avions fait sa connaissance pendant notre excursion sur le Nil. Impatient de retourner en Lurope.il nous avait précédé de quelques semaines dans notre voyage du Caire à Jérusalem. Quoique souffrant d'une fièvn» intermittente, il avait eu l'imprudence âe

COUVENT FRANCISCAIN'. fâ

monter sur la lerrasse du couvent pour jouir de la brise rafraîchissante du soir, lorsque tout-à-coup il se sentit pris dune inflammation à la gorge, dont il mourut après deux jours de maladie. Un pareil malheur arrivé à un homme que nous avions vu jouissant naguère encore delà santé la plus robuste. et qui venait d'être ainsi enlevé à la fleur de l'âge (il n'avait que 23 ans), nous jeta dans un cours de pensées mélancoliques qui se reportèrent insensi blement sur nos situations respectives. En récapitulant en moi-même les nombreux dangers auxquels je n'avais échappé que par miracle dans le cours de mes voyages précédons . je ne pus me défendre d'un pressentiment qui me fit entrevoir dans l'avenir une suite d'événemens qui devaient être le partage de ma bonne comme de ma mauvaise fortune, sans pouvoir, toutefois, me former une idée de la nature de ces événemens, ni de l'époque où ils arriveraient.

Nous étions depuis quelque temps dans cette pénible situation d'esprit, lorsqu'on vint nous faire songer qu' il était dans la bienséance que nous présentassions nos respects aux supérieurs du couvent . libres en ce moment de nous recevoir. Le Père gar-

Page 1