COUVENT FRANCISCAIN
(lien, qui prend le titre de révérendissime, et auquel on rend les mêmes honneurs qu'à un évêquc , était alors absent ( à Constantinople, je crois) pour affaires concernant son ordre. Il était représenté par te padre vicario ou vicaire, italien d'origine; par le padre procuratore ou procureur, espagnol de naissance, et par le segretario ou secrétaire. Ces dignitaires forment à eux trois le chapitre chargé de l'administration de tous les établisseinens de la Terre-Sainte , dont Jérusalem est le chef-lieu. ïls reçoivent leur nomination du général de l'ordre de Saint-François. La communauté se compose ordinairement de quarante religieux, tous italiens où espagnols. Le couvent est un vaste bâtiment en pierre, de construction irrégùlière, ayant plusieurs cours et jardins, le tout clos d'un bon mur.
Jérusalem , 15 août. — Ce jour-là étant un dimanche, et de plus fête de l'Assomption, la messe a été célébrée dans l'église du couvent, avec plus de solennité qu'à l'ordinaire et au milieu d'un grand concours de fidèles. La Vue de notre costume turc excita d'abord à un haut degré la surprise , si ce n'est même le mécontentement, des pauvres chrétiens qui étaient présens: mais celte impression dé-
favorable s'effara bientôt quand on vit que nous nous conformions strictement à la liturgie du jour.
Dans l'après-midi , le drogman ou interprète du couvent vint nous trouver de la part des religieux , et offrit de nous conduire à l'église de la Résurrection*, communément appelée le Saint Sépulcre. Nous acceptâmes cette offre avec d'autant plus d'empressement qu'il se trouvait que c'était une heure pendant laquelle le public n'était pas admis. L'église ne lui est ouverte que certains jours, et seulement à certaines heures. La foule de pèlerins qui, ces jours-là, se presse tumultueusement pour entrer, est, m'-a-ton dit, immense, surtout le dimanche de Pâques. Dans ces occasions, les Turcs chargés de la garde des portes les traitent de la manière la plus brutale , et , quoique payant pour être admis, les repoussent et les frappent comme de vils animaux f. Pour visiter l'église en tout autre temps, il faut obtenir une autorisation spéciale du gouverneur de Jérusalem, car
* Kenissat el Eiamat, dans la langue du pays. Les Arabes l'appellent Kenissat el Komamal. Ce dernier mot signifie une « voirie, » par allusion à l'endroit où la croix fut trouvée. Voy. page 51.
f Voy. les récils des voyageurs, passim.
ïii LE SAINT-SÉPULCRE.
les clés sont déposées en ses mains ou clans celles de ses subordonnés.
En sortant de la Casa-Nova, nous prîmes, au bas de la rue, celle à droite qui mène à la porte de Bethléem. On l'appelle Harat cl Nassara ou le « quartier des chrétiens. » La première rue à gauche nous conduisit devant le Saint Sépulcre. Quoique la magnifique coupole de cet édifice s'aperçoive de presque tous les points de la ville, néanmoins l'église proprement dite est de difficile accès; car elle n'a point de péristyle et elle est presque entièrement entourée de constructions qu'à différentes époques on a permis d'adosser contre lesmurailles. On ne peut y entrer qu'àl'orient. De ce côté est un vaste parvis dallé d'où l'on découvre une partie notable de l'édifice sacré. 11 s'y fait un trafic considérable de crucifix, de coquillages sculptés et de chapelets. Les marchands sont assis par terre auprès de leurs étalages. Un portail d'architecture gothique ou moresque, formé de deux arceaux pointillés, fait face à ce parvis. Il servait sans doute originairement d'entrée latérale. Une des portes aélé murée; celle qui existe est d'une construction massive, et Ton y a pratiqué une petite ouverture par laquelle on communique ; ver les personnes du de-
rç
hors. Au-dessus de cetle porte, est une frise étroite ornée d'un bas-relief représentant l'entrée triomphale de Notre Seigneur dans Jérusalem. A gauche, de ce portail, se trouve une haute tour qui servait jadis de beffroi. Lorsque l'église est ouverte au public, elle est gardée par des Turcs, qui, assis sur un divan couvert de nattes et garni de coussins, exigent un léger tribut de tous ceux qui entrent. La \ résence de ces hommes sous un pareil costume est assurément bien faite pour exciter l'indignation du pieux pèlerin venu de contrées lointaines, surîout s'il sait quel châtiment terrible attend tout chrétien qui oserait franchir le seuil d'une mosquée. Il doit toutefois se consoler en réfléchissant que si cette église et les autres lieux, objets de sa vénération ou de sa curiosité, n'ont pas été détruits, c'est à la protection intéressée des Turcs qu'on en est principalement redevable. A l'intérieur comme à l'extérieur, l'édifice n'offre rien de remarquable dans son architecture ni dans ses décorations. H est bâti très-irrégulièrement, parce qu'on a voulu renfermer sous une même toiture les diverses places qui en font partie. Mais une fois parvenus dans l'enceinte, lorsque les portes furent fermées sur nous et que nous ne parlâmes plus qu'à voix basse, nous
éprouvâmes celte impression mystérieuse ou crainte révérentielle (genius loci) que fait naître la sainteté du lieu. Une petite table de marbre poli , enchâssée dans le pavé du vestibule, attira d'abord notre attention. On dit qu'elle couvre la « pierre de l'Onction, » où le corps de Notre Seigneur fut lavé , oint et embaumé * avant d'être mis dans le tombeau. (S. Jean, xix, 39). Ce monument, au-dessus duquel sont suspendus plusieurs lampes d'unegrande richesse, est entouré d'une petite balustrade en fer. Avançant de quelques pas plus loin, nous nous trouvâmes dans cette partie de l'église appelée proprement la nef. C'est un espace ouvert, de forme circulaire et d'environ trente-cinq pas de diamètre, qu'entourent seize pilastres qui sup-
* Les Juifs n'embaumaient pas les morls de la même manière que les Egyptiens. L'embaumement chez eux était trèssimple. On frottait d'abord le corps avec divers aromates; après quoi on l'enveloppait depuis les pieds jusqu'à la tête de bandelettes imbibées d'huile odoriférante. Cela fait, on couvrait la tête du mort avec un linge qui avait à peu près la forme d'un mouchoir. On sent que ce mode d'embaumer les corps ne pouvait les consesver que pendant quelques jours tout au plus. Au reste, il n'était pas d'un usage général et n'avait guère lieu que pour les personnes riches et de distinction, à cause du haut prix des parfums et des aromates néee* saires. ( Note du traducteur.)
portent une galerie surmontée d'un dôme assez semblable à celui du Panthéon, à Rome. Dans le milieu de cette rotonde, et précisément au-dessous de l'ouverture d'où part la lumière, s'élève un petit monument en marbre, de forme oblongue, qui a vingt pieds de long sur six de large et à peu près quinze de hauteur, et qui est surmonté d'une coupole supportée par des colonnes. Ce monument couvre la place où l'on suppose qu'était le sépulcre de Notre Seigneur. On y monte par quelques marches qui conduisent à un vestibule ou chapelle. 11 n'est pas inutile de dire ici que les premiers fondateurs de celte église, afin de réduire en plate-forme la surface inégale et raboteuse du Mont-Calvaire, furent obligés de couper le rocher en plusieurs endroits et de l'exhausser en quelques autres, ayant soin toutefois de ne rien changer ou diminuer aux diverses parties du mont, où l'on croyait que s'était plus immédiatement passée la passion de Notre Seigneur. D'après le désir du drogman qui nous accompagnait, nous quittâmes nos turbans et nos souliers (quelques pèlerins se traînent sur les genoux), et nous entrâmes dans le sanctuaire. Dans la chapelle extérieure, nous vîmes un bloc de marbre poli, d'environ un pied et
demi en carré. 11 marque la place où se tenait l'ange qui annonça aux pieuses femmes la résurrection du Christ : « Il n'est point ici, parce qu'il est ressuscité comme il avait dit : venez et voyez le lieu où le Seigneur avait été mis. » (Saint Math, xxvm, 6.) De là, passant, en nous courbant, sous une porte basse et étroite sur laquelle est tiré un rideau, nous entrâmes dans le sanctuaire ou chambre sépulcrale. A droite est un autel élevé sur le « sépulcre neuf» , où, selon une ancienne tradition , le corps de Notre Seigneur, après avoir été détaché de la croix, fut déposé par Nicodème. (S. Jean, xix, 39, 42.) Un grand nombre de lampes d'or et d'argent , présens des princes chrétiens, brûlent continuellement au-dessus. Les murs intérieurs sont revêtus de marbre grisâtre , et la voûte est entièrement noircie par la fumée des lampes. L'espace devant l'autel est très-étroit et ne peut contenir que trois ou quatre personnes à la fois. Après être restés quelques minutes à genoux, contemplant les mystères de notre rédemption, qui se sont accomplis sur ce lieu sacré, nous nous retirâmes, et nous entrâmes dans le chœur de l'église qui se trouve à l'est, en face de l'entrée du sépulcre. Il appartient aux Grecs de l'Eglise d'Orient. 11 n'est
peut-être pas inutile de dire ici que, bien que les chéliens de toutes les nations puissent visiter, dans un but de dévotion privée , les différens sanctuaires et chapelles dont j'aurai occasion de parler plus bas, il n'est toutefois permis qu'à la secte à laquelle ces sanctuaires ou chapelles ont été spécialement assignés par l'autorité d'y célébrer les cérémonies publiques de la religion. Il ne faut donc pas s'étonner si les diverses parties de l'église, ainsi que les reliques qu'elle contient , ont été des sujets fréquens de contestation entre les communions rivales. Comme il faut en acheter la propriété des autorités turques, le plus offrant en devient sans peine le possesseur. Antérieurement à 1685, les catholiques romains ou latins, comme on les appelle ici, étaient en possession paisible de l'église entière, et avaient seuls le droit de célébrer dans l'intérieur toutes les cérémonies du culte. Mais les Grecs de l'Eglise d'Orient empiétèrent alors sur leurs privilèges , et de là naquirent parfois les dissensions les plus violentes. Le 12 mars 1808, un incendie, qui commença à se manifester dans la chapelle arménienne, d'où il gagna la chapelle grecque, les cellules des Franciscains, la chapelle de la Vierge et le grand dôme, réduisit en
cendres une grande partie de l'édifice. Quelques belles colonnes de marbre et plusieurs ouvrages en mosaïque, que la fondatrice de l'église, l'impératrice sainte Hélène , avait fait construire , furent également détruits. Le sépulcre seul n'éprouva aucun dommage. Le bâtiment actuel, commencé immédiatement après ce désastre , fut achevé en septembre 1810. Il se trouva qu'à l'époque de l'incendie, les établissemens de la Terre-Sainte avaient peu d'argent à leur disposition; que l'attention de Rome était alors occupée ailleurs , et que le zèle religieux des chrétiens d'Europe s'était, au dire des moines, singulièrement refroidi. La conséquence de cet état de choses fut que les Grecs, secondés par les Russes leurs coréligionaires, ayant offert de rebâtir l'église à leurs frais, furent mis en possession des parties que l'on regarde comme les plus importantes de l'édifice. Delà cette antipathie mortelle qui existe malheureusement partout entre les membres des deux communions, et qui, se manifestant souvent par des actes d'hostilité ouverte, donne lieu, s'il faut s'en rapporter aux récits de quelques voyageurs , à des scènes extrêmement préjudiciables à la cause et aux intérêts de la religion. Mais laissons là cette digression , et
revenons au chœur de l'église. Comme je l'ai dit plus haut, il appartient aux Grecs; sa distribution est la même que celle de tous les édifices de ce genre. 11 se compose intérieurement d'une enceinte murée, et se termine en demi-cercle à son extrémité orientale, où se trouve le maître-autel. Dans le milieu du pavé est incrusté un cercle que les Grecs appellent le « nombril de la terre » , parce qu'ils le regardent comme le centre du monde *. La cérémonie de la distribution du xyios qas, ou feu sacré, a lieu dans cette chapelle le jour du samedi saint. On prétend que ce feu sort du sépulcre d'une manière surnaturelle. Les pèlerins de la communion grecque y allument leurs torches , croyant qu'il vient du ciel f . A l'extrémité occidentale ou ronde du sépulcre , on a construit un petit et modeste oratoire pour l'usage des Cophtes. 11 n'a aucune communication avec le sépulcre même. Les arcades placées sous les galeries adjacentes sont fermées et occupées par des moines arméniens, géorgiens, abyssiniens et autres religieux des différentes communions chrétiennes.
"Les anciens géographes plaçaient la Terre-Sainle au centre du monde connu.
f Voyez Appendice, n° h
Elles sont décorées dans le style particulier à chacune des sectes auxquelles elles appartiennent. De là, on nous conduisit à la chapelle de l'Apparition : elle se trouve dans le côté nord, et a été ainsi appelée parce qu'elle est située sur le lieu même où Notre Seigneur, après sa résurrection, se montra à Marie-Madeleine pour la consoler dans son affliction. (Saint Marc, xvj, 8, 9.) Les Latins la possèdent seuls. Une porte pratiquée dans le mur à gauche conduit à leurs cellules, qui n'ont point d'autre issue; de sorte que, quoique, de nom, gardiens du Sépulcre, ils sont en réalité prisonniers eux-mêmes, à la discrétion des véritables gardiens, qui sont les Turcs. Ils possèdent également une orgue qui est une source considérable d'ennui pour les Grecs, leurs voisins, dont la liturgie interdit toute espèce d'instrument dans la célébration du service divin. Outre l'autel du centre, il y en a un plus petit à main gauche, dédié à la Sainte Croix, et près de la porte, un autre érigé en commémoration de la Flagellation de Notre Sauveur. (St. Jean, xix, 1.) Dans un renfoncement est un fragment de colonne en granit, que l'on montre comme étant le pilier iden-
tique auquel le Seigneur fut attaché*. Sortant de cette chapelle et franchissant l'enceinte de celle des Grecs, que j'ai décrite plus haut, nous nous trouvâmes visà-vis de l'autel de la Prison , où Jésus fut enfermé pendant les apprêts du crucifiement. Immédiatement derrière le chœur est un autre autel élevé à l'endroit même où les soldats tirèrent au sort sa lunique. (Saint Jean, xix, 23.) Un peu à droite de cet autel se trouve un escalier d'environ trente marches, par lequel nous descendîmes dans une chapelle souterraine, appelée la chapelle de sainte Hélène. Elle est entièrement dépourvue d'ornemens. De là, un second escalier de onze marches nous conduisit dans un caveau humide, creusé dans le roc, où les trois croix furent, dit-on, trouvées par la mère de Constantin. Ce fut par suite de cette dé-
* L'auteur, comme ami de la vérité, aura soin, dans le cours de cet ouvrage, de n'omettre aucune des choses auxquelles on ne manque pas ordinairement d'appeler l'attention du voyageur, quel que soit d'ailleurs le ridicule auquel cet esprit de candeur puisse exposer sa croyance. Une fois pour toutes, ceque l'on rapporte sur les reliques et les localités ne forme pas nécessairement un article de sa foi. Il espère néanmoins que le lecteur voudra bien avoir quelque confiance en son jugement, et ne pas le confondre avec ces hommes qui croient tout aveuglément.
couverte que cetle impératrice fit élever le magnifique édifice dont on voit aujourd'hui les restes*. En remontant dans l'église, on trouve à gauche une chapelle appelée Impropere ; on y montre un bloc de marbre que l'on dit être celui où s'assit Notre Seigneur, pendant que les soldats, après l'avoir revêtu des insignes de la royauté, l'insultaient et le frappaient au visage. (Saint Math, xxvn, 27 et suiv.) De là, nous montâmes par un escalier étroit et obscur sur le mont Calvaire ou Golgolha-|-. Cet escalier a dix-neuf marches; quelques unes sont en bois et s'appuient contre les murailles de l'église ; les autres sont taillées dans le roc vif. Le Calvaire se trouve au sud-est du sépulcre, dont il n'est éloigné que d'en* viron cent dix pieds. Le sommet est uni, et forme une plate-forme de quarante-sept pieds sur chaque face. Sur cette plate-forme s'élèvent deux chapelles séparées par une arcade. Dans celle du fond, on voit un ouvrage en mosaïque qui indique l'endroit où Jésus fut attaché à la croix. Dans celle du devant est un autel ou table en marbre, percé à jour, de ma-
* Voyez Appendice n. S.
f Voyez Appendice n. 6.
niére à laisser voir, sans qu'on puisse toutefois y toucher, les trous où furent dressées les trois croix, ainsi que la « fente» du rocher, produite par le tremblement de terre, au moment où le Dieu de l'univers expira*. Le sceptique dira sans doute, comme on l'a déjà fait, que ces trous sont l'ouvrage de l'homme; mais quant à la fente du rocher, quelque controversable qu'en puisse être l'époque, personne n'a jamais douté qu'elle ne soit naturelle f .Toutefois, la preuve de ces détails secondaires est sans importance aux yeux du pieux pèlerin. Une chaîne non interrompue de témoignages irrécusables l'a convaincu , à son entière satisfaction , que c'est bien là le lieu où se terminèrent les souffrances , l'humiliation et l'agonie par lesquelles le Sauveur était condamné à passer avant sou glorieux triomphe. Oui, « ces choses que le Christ devait souffrir, selon que Dieu l'avait déclaré par la bouche des prophètes §,» se sont réellement accomplies à quelques pas de l'endroit où nous sommes maintenant , et où , après être restés absorbés dans la contemplation de ce fait
* St. Mathieu, xxvu, 51.
f Voyez Appendice, n° 7.
§ Voyez Isaie. lui, 3 et suiv.
avéré *, nous méditons sur les conséquences immenses qu'il a eu pour le monde chrétien !
Comme je l'ai dit plus haut, l'église du S.-Sépulcre ne renferme aucune sculpture ni peinture remarquable. On assure cependant, et cela est assez probable, que d'excellens tableaux ornaient jadis ses murs. Ils auront peut-être été vendus dans un moment de besoin; car il n'y a pas de bornes aux avanias ou contributions forcées dont les autorités locales frappent les chrétiens, sous les prétextes les plus frivoles.
Après avoir vu tout ce que ce sanctuaire célèbre renferme de remarquable, nous sortîmes et nous retournâmes au couvent. Chemin faisant, nous ne pouvions nous empêcher de regretter que les premiers fondateurs de cet édifice et de tous ceux du même genre qui existent en Terre-Sainte ne se fussent pas bornés, en mettant à couvert les lieux sacrés, objets de leur vénération , à les protéger uniquement contre les injures de l'air et les outrages des profanes. 11 est à croire que, si on les eût laissés dans
* Auctor nominis ejus Christus, Tibei'io irapcritanle, perprocuratorem Ponlium Pilalum supplicio adfectus erat. ( Tacite, Ann. lib. xv, cap. xliv.) — Voyez aussi Suétone
leur état primitif, sans les surcharger d'embellissemens étrangers, le sceptique aurait eu moins de motifs de doute , et que ceux qui , en matière de religion, diffèrent de sentimens d'avec les gardiens actuels, croiraient plus volontiers à l'authenticité des événemens qu'ils rappellent. Le zèle peu éclairé qui porta les premiers chrétiens à changer la face primitive des lieux et à y élever des autels consacrés au culte, a fait assurément plus de tort aux vrais intérêts de la religion que n'auraient pu leur en causer les ravages du temps, ou même la destruction totale des lieux sacrés. C'est ainsi que nous voyons les choses aujourd'hui; mais il ne faut pourtant pas oublier qu'à l'époque où ce monument fut élevé sur le Calvaire, il existait parmi les chrétiens une bien plus grande unité de sentimens que de nos jours. Leur foi, long-temps persécutée , venait alors de remporter, parla conversion de Constantin au christianisme, vers le commencement du quatrième siècle , un triomphe éclatant sur l'orgueilleuse superstition du monde païen. Jusque là, les chrétiens s'étaient contentés de gémir et de veiller en secret sur les lieux qui leur rappelaient l'origine de leur religion. Mais lorsqu'enfîn ils purent librement et sans crainte ado-
ver le vrai Dieu, ils se hâlèrcnt d'élever sur ces lieux des monumens plus durables que ceux qui avaient jusqu'alors servi à les faire reconnaître; et ils le firent avec une magnificence digne de Celui à qui la volonté unanime d'un peuple fidèle et reconnaissant les avait dédiés.