‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 76 sur 144 · MONT DES OLIVIERS · texte numérisé non relu

MONT DES OLIVIERS

assez pour montrer la ville de la manière la plus favorable. On voit distinctement l'intérieur du parvis du Temple, dans le milieu duquel s'élève, sur le site de son illustre devancier, la célèbre mosquée d'Omar ; puis derrière elle, et dans une agréable succession, apparaissent le Saint Sépulcre, les autres églises, les couvens, les mosquées avec leurs minarets ; et quoique la Jérusalem moderne ne soit plus aujourd'hui la cité de l'Ecriture que parce qu'elle s'élève sur le même sol, cependant, vue d'ici, « la veuve de Sion » déploie encore assez de magnificence pour que l'imagination puisse la concevoir telle qu'elle était autrefois, « la perfection de la beauté, la joie de toute la terre. »

On nous montra successivement dans les environs immédiats quelques autres endroits de moindre intérêt, et dont l'authenticité repose sur une tradition moins certaine. Vraiment, il y a à peine un pouce de terrain, dans l'enceinte de Jérusalem et hors de ses murs, qui n'ait sa légende particulière. Un de ces endroits est celui où le Christ enseigna aux apôtres l'Oraison Dominicale : « Et il leur dit, Lorsque vous prierez, dites : IVolre Père, etc. » £Saint Luc, xi. 2); l'autre, la grotte où le symbole de

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notre croyance fut composé. Mais laissant toutes ces choses de coté, nous nous hâtâmes d'aller visiter le lieu où le Fils de Dieu, né d'une femme, foula pour la dernière fois, de ses pieds sacrés, la terre que nous habitons. « Et après cela il les mena dehors jusqu'à Bethanie, et ayant levé les mains, il les bénit ; et en les bénissant il se sépara d'eux et monta au ciel. » (Saint Luc, xxiv, 50, 51.) Au milieu d'une vaste cour s'élève une petite coupole de forme octogone en dehors et ronde à l'intérieur. Elle couvre en grande partie le roc où se trouve imprimée la forme d'un pied ou d'une sandale dont la pointe est tournée vers le nord. On dit que c'est l'empreinte du pied de Notre Seigneur lorsqu'il monta au ciel. L'impératrice Hélène fit bâtir à cet endroit un monastère, qui a été dans la suite converti en mosquée. Mais les bâtimens tombent aujourd'hui en ruine *.

D'une élévation qui se trouve à peu de distance de là, à l'est, sur la route de Bethanie, on jouit d'un magnifique point de vue qui embrasse une partie de la mer Morte, au-delà de laquelle apparaissent les monts Moabs. Un peu au nord de la chapelle de

* Voyez Appendice, n° 20.

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l'Ascension se trouve la pointe la plus élevée du mont des Oliviers. C'est là que les apôtres se retirèrent après l'Ascension de Notre Seigneur. Pendant qu'ils avaient les yeux tournés vers le ciel, et qu'ils étaient encore plongés dans l'extase où les avait laissés le glorieux et récent triomphe de leur divin Maître, deux anges leur apparurent et leur dirent: «Hommes de Galilée*, pourquoi vous arrêtezvous à regarder au ciel? Ce Jésus qui, en se séparant de vous, s'est élevé dans le ciel, viendra delà même manière que vous l'avez vu monter. » ( Act. i, 11.) De cette montagne, nous descendîmes ensuite dans la vallée de Josaphat, appelée aussi quelquefois Tophet, ou vallée du Sang. C'est une continuation de celle de Kédron. D'après un passage de la prophétie de Joël, les Juifs croient que c'est dans cette vallée étroite qu'aura lieu le dernier jugement. « Que les peuples se reveillent ; qu'ils montent dans la vallée de Josaphat ; j'y serai assis pour y juger tous les peuples qui y viendront de toutes parts. » C'était, en conséquence, le cimetière de prédilection des an-

* La plupart des apôtres élaienl natifs de cette province.

ikï VALLÈS DE JOSAPIIAT.

ciens Hébreux* ; en juger par le peu d'espace laissé libre au milieu de dalles de pierre sans nombre qui recouvrent des tombes, c'est encore l'endroit que leurs descendans choisissent de préférence pour le même objet. Ces lombes sont d'une extrême simplicité ; elles sont dépourvues de tout ornement, et ne consistent qu'en une simple dalle de pierre, dont le plus ou moins de largeur indique le rang du défunt. Les inscriptions sont en hébreu, et ne font que rappeler le nom et l'âge de la personne, et le jour de son décès. Le sol est si dur qu'on n'y creuse une fosse qu'avec peine. On dit même que le privilège d'y être enterré ne s'acquiert qu'à un prix trèsélevé.

Dans cette même vallée sont trois sépulcres ou plu tôt trois mausolées, dont la grandeur contraste d'une manière frappante avec la simplicité des lombes modernes. Ce sont ceux d'Àbsalon, de Josaphat et de

* Celle vallée servait de cimetière dès le règne de Josias ; car on lit « qu'il commanda que l'on ôtâtde la maison du Seigneur Y idole du bois sacrilège, et qu'on la port;U hors de Jérusalem, en la vallée de Kédron, où, l'ayant brûlée et réduite en cendres, il en fit jeter les cendres »ur les sépultures du peuple. » ( iv Rois, xxui, G. )

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Zacharie. Collectivement on les appelle les <r tombeaux des Patriarches.» Celui cTAbsalom est le plus remarquable. Il est détaché du roc vif dans lequel il fut taillé. Sa base est carrée ; sur chaque face sont des pilastres d'ordre ionique, surmontés d'une frise ornée de métopes et de triglyphes. Au-dessus de celle base s'élève un ouvrage carré en maçonnerie, de môme dimension ; le tout est surmonté d'un dôme qui se termine en pointe. La hauteur totale du monument peut être d'environ dix-huit ou vingt pieds. On n'y remarque aucune entrée; mais on a pratiqué violemment dans la partie supérieure du monument une ouverture par laquelle mahométans, juifs et chrétiens, hommes et femmes, jeunes et vieux, jettent des pierres en passant, pour témoigner l'horreur que leur inspire la révolte d'un fds contre son père. La terre est tout à l'entour couverte de ces pierres à une grande hauteur. 11 pourrait bien se faire que ce fût la « colonne » qu'Absalom « s'éleva » de son vivant « dans la vallée du roi; » mais il n'est pas probable qu'il ait été enseveli dans ce lieu. On doit plutôt croire qu'on l'enterra près de l'endroit où il fut tué ; car on lit dans l'Ecriture : « Et ils prirent Absalom

et le jetèrent dans une large fosse creusée dans la c. 10

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bois, et on recouvrit son corps d'une grande quantité de pierres. > (n, Sam. xvm, 17.)

Immédiatement derrière ce mausolée, dans l'une des faces déchirées du rocher, est l'architrave d'une porte qui ouvre sur une chambre funèbre. C'est, diton, le sépulcre de Josaphat, qui donna son nom à la vallée; mais il est impossible que ce soit là son tombeau; car l'Ecriture nous dit que « Josaphat reposait à coté de ses ancêtres et fut enterré dans la ville de David, son père. » C'est plus probablement le sépulcre de Manassé, lils d'Ezéchias, qui fut enseveli dans le jardin do sa propre maison. Un peu au sud de la colonne d'Absalom est le tombeau de Zacharie, fils de Barrachie. Comme le premier, sa base est quadrangulaire et séparée du roc même où il a été taillé; il est également orné de pilastres d'ordre ionique; mais, au lieu de métopes et de triglvphes, il est entouré d'une lourde architrave qui fait saillie, et au-dessus de laquelle s'élève une pyramide en maçonnerie. Tout près de là, dans le flanc de la montagne, est une excavation qui renferme trois chambres, dont l'entrée est supportée par des colonnes d'ordre dorique, peu élevées. Ce caveau n'est pas de niveau avec les autres monu-

MONT DKS OFFENSES. 1V7

mens dont je viens de parler; de sorte que, pour y entrer, il faut gravir le rocher. On l'appelle la « grotte de Saint-Jean. » C'est là que cet apôtre se relira durant la semaine de la passion de Notre Seigneur, décidé à ne prendre aucune nourriture jusqu'à ce qu'il n'eût appris la nouvelle de sa résurrection.

Le mélange d'architecture grecque, avec ce qui parait être évidemment de construction hébraïque dans l'origine, a beaucoup embarrassé tous ceux qui ont vu ces monumens, et a été expliqué de diverses manières. Mais quoiqu'on ne puisse préciser l'époque à laquelle remontent les constructions ajoutées postérieurement, il est certain qu'elles indiquent un état barbare de l'art *.

La roule que suivent les caravanes qui vont de Jérusalem à Jéricho passe justement au-dessus de ces sépulcres. — A quelque distance de là, au sud, est le village de Siloé : il se compose de quelques huttes en partie bâties, et en partie creusées dans le roc, sur le penchant d'une monlagne que les chrétiens ont appelée le Mont des Offenses, ou

* Voyez Appendice, n» 21:

liS PISCINE DE SILOÉ.

le mont de Corruption, parce que SalomOQ* dan? sa vieillesse, y « bûtitun temple à Chamos, l'idole des Moabilcs, et un autre à Moloch, l'idole des enfans d'Amon. » ( i, Rois xi, 7.) Nous descendîmes dans la vallée, cl traversant le torrent du Kédron , nous arrivâmes à la Piscine de Siloé, ainsi appelée parce qu'elle est située tout près du village de ce ,nom.

Cette piscine est double, c'est à-dire qu'elle a un bassin supérieur et un autre situé au-dessous. Le réservoir supérieur, appelé la piscine du Roi, servait probablement à arroser les jardins royaux ; le réservoir inférieur paraît au contraire avoir élé destiné à l'usage des habitans. C'est probablement le même que l'En-Rogel, ou la fontaine des Foulonniers; et comme il n'y a dans le voisinage aucune autre fontaine ou cours d'eau, il est à présumer que c'est là que Salomon fut oint roi par Sadoc le grand-prêtre et le prophète Nathan. Ces deux réservoirs recevaient l'eau de la fontaine de Siloé. L'eau sort de derrière un rocher, par un conduit souterrain, et tombe dans un petit réservoir peu profond, lue chapelle bâtie en commémoration de la cure de l'aveugle de naissance auquel [Voire Sei-

gneur rendit la vue. s'élevait aul refois dans cet endroit. On descend aujourd'hui à celle fontaine par un escalier de seize marches qui conduisent à une plate-forme, d'où Ton parvient sur le bord de l'eau par un second escalier de treize marches : de là vient qu'on la nomme quelquefois la « Fontaine des Escaliers. » Le conduit qui passe sous la montagne, est évidemment l'ouvrage des hommes, et l'on peut;, eu se courbant un peu. s'y avancer à une assez grande dislance. Autrefois, l'eau, en débordant de la piscine supérieure, se rendait par un passage souterrain daus la piscine inférieure, située un peu au midi, mais qui est aujourd'hui entièrement i\ sec. Je remarquai que plusieurs pèlerins, après en avoir bu, se lavaient aus>i les yeux , ce qu'ils firent, je suj)pose, en commémoration du miracle dont j'ai parlé plus haut. « Allez vous laver dans la piscine de Siloé. » Saint Jean, ix, 7.;

De là, nous gravîmes un sentier escarpé, qui nous conduisit à Jérusalem, où nous entrâmes par ce ([non appelait la Pore du Fumier. On suppose que ce nom lui vient de ce que les ordures des animaux offerts en sacrifices dans le temple étaient transportées hors de la ville par celle porte. .\éh. xu, 31.

Elle est percée dans le mur oriental, au raidi de la grande mosquée qui lui est contiguë. Les piétons peuvent seuls y passer. Nous suivîmes la rue qui conduit au Saint-Sépulcre, ayant à l'avance fait connaître le désir que nous avions de passer la nuit dans l'intérieur de l'église. En entrant, nous trouvâmes les moines réunis dans la chapelle de l'Apparition. Chacun de nous prit un cierge allumé, et nous suivîmes la procession que l'on fait chaque jour à cette heure (au coucher du soleil) autour des différentes stations * établies en commémoration de la passion de Notre Seigneur. A chacune de ces stations on chanta un hymne particulier f. La cérémonie finie (on nous dispensa du lavement de nos pieds ), nous nous rendîmes au réfectoire pour souper. Les moines, ordinairement au nombre de douze, sont les gardiens particuliers du Sépulcre. D'autres moines les relèvent à intervalles. Toute question religieuse à part, il faut convenir que c'est une fonction peu agréable, car ils sont renfermés dans des cellules basses et humides, n'ayant, comme l'observe Maun-

* Pour ces stations, voyez la description détaillée du Saint- Sépulcre, commeRçant à la page 45.

f Voyez Appendice, n" 22.

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