NUIT DANS LE SAINT-SÉPULCRB
drell, d'autre occupation que de « prier et d'arranger les lampes; » on dit même qu'ils n'y sont envoyés qu'en punition, et que leur réclusion dure non-seulement plusieurs mois, mais même plusieurs années. S'il en est ainsi , la discipline de l'ordre doit être plus sévère qu'on le croit généralement. Un pareil genre de vie, si l'on y ajoute encore les nombreuses avanies et les traitemens indignes auxquels les moines sont exposés, n'est pas fait assurément pour exciter l'envie de personne. Il est donc raisonnable de supposer que ceux qui se vouent au soin des âmes dans ce pays sont mus par des motifs plus élevés et plus nobles que ceux que leur attribuent leurs ennemis. Dans un pays où l'apostasie procure tant d'avantages temporels, c'est même une chose assez peu facile pour le berger spirituel que de conserver dans le bercail le troupeau confié à sa garde. Epargnons-leur donc tout outrage gratuit.
23 Août. — Peu de temps après minuit on vint nous chercher pour assister à matines. Comme nous n'avions fait que nous jeter sur nos lits, nous fûmes bientôt prêts, quelque désagréable qu'il fut de se lever à une heure aussi peu convenable. J'avais vu les imposantes cérémonies de la Semaine-Sainte dans
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l'église de Saint-Pierre à Home, et j'avais assisté à la célébration de l'office divin dans la cathédrale de Séville, les deux plus beaux temples chrétiens d'architecture grecque et gothique ; mais jamais je n'avais ressenti celte espèce d'émotion religieuse que j'éprouvai en entendant, du haut des galeries qui entourent le Saint-Sépulcre, les hymnes chantées par les moines, dans le silence de la nuit, autour du tombeau même de Notre Seigneur ! Comme effet scénique, c'était un sujet vraiment digne du pinceau d'un Rambrandl. Quelques torches allumées projetaient seules une faible lumière; de sorte qu'au milieu de l'obscurité où se trouvaient ainsi plongés la basilique et les lourds détails de son architecture, le pavé de marbre blanc, les angles de quelques colonnes, les figures ridées et les cheveux blancs des moines, encadrés dans une auréole lumineuse, étaient les seuls objets qui parussent en relief.
En attendant que le gardien vint nous ouvrir les portes de l'église, nous examinâmes quelques unes des curiosités renfermées dans la chambre des antiquités. Parmi ces reliques, on remarque surtout l'épée cl les éperons de Godefroi de Bouillon. I/épée consiste en une lame longue et droite, usée et rouil-
lée par huit siècles de repos. On ne s'en sert que lorsque l'on reçoit quelque chevalier du Saint-Sépulcre *. Dans le vestibule de la grande église du Sépulcre, on nous montra la place où était autrefois le tombeau de cet illustre défenseur de la foi chrétienne , ainsi que celui de son frère Baudouin. Par suite de quelques changemens faits par les Grecs dans celle partie de l'édifice . après le grand incendie de 1808, ces deux sépulcres furent sacrilégement enlevés par esprit de parti. A en juger par une gravure de ces monumens, que j'ai vue, ils n'étaient remarquables qu'à cause des cendres illustres qu'ils renfermaient : à ce litre ils auraient assurément dû être respectés par les chrétiens de toute secte.
Enfin, vers six heures du malin, on vint, à notre grande satisfaction , nous retirer de noire espèce d'emprisonnement, et nous pûmes regagner les apparlemens plus commodes que nous occupions a la Casa-Nova.
* Voyez Appendice, n° 23.