‹ Voyage en Palestine et en Syrie (volume 2)Chapitre 78 sur 144 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Départ pour Bethléhem. — Vallée de Réphraïm ou des Géans. — Aspect du pays. — Mar-Elias. — Étoile des Mages. — Maison de Simon-le-Juste. — Tombeau de Rachel. — Rama, et les Saints Innocens. — Première rue de Bethléhem. — Arrivée au couvent Saint-Jean. — Vue de la terrasse. — Village de Bethléhem. — Église de Sainte-Marie. — Grotte de la Nativité. — Excursion aux réservoirs de Salomon. — Pays au sud de ces réservoirs. — Retour à Bethléhem.

23 Août. — Cette après-midi, nous nous sommes mis en route pour Bethléhem. Nous avions consacré la semaine précédente à visiter les lieux témoins des miracles et des souffrances de Notre Seigneur : maintenant, le cœur moins attristé, nous dirigions nos pas vers le lieu de sa naissance. Cet endroit est éloigné de Jérusalem d'environ six milles, ou d'à peu près deux heures de promenade, car, vrais pèlerins, nous y allâmes à pied, je pourrais presque dire

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nus-pieds, les excursions que nous avions laites pendant les dix jouis précédons dans la contrée montagneuse de la Judée ayant usé nos souliers au point qu'ils ressemblaient à de véritables sandales; et il nous avait été impossible de nous en procurer d'autres, du moins tels que nous les désirions, dans les misérables bazars de Jérusalem. Bethléhem se trouve au sud de la vallée de Répbraïm, ou vallée des Géans, ainsi appelée à cause de la taille gigantesque de ses babilans. Elle est située sur les contins du territoire qui écbut en partage aux tribus do Juda et de Benjamin ; elle est surtout célèbre comme ayant été le champ de nombreux combats entre les Philistins et les Juifs, sous David et ses successeurs. En sortant de la ville, nous traversâmes le baul de la vallée de Gibon, et après avoir gravi, par un sentier rocailleux, la montagne qui se trouve vis-à-vis, nous descendîmes dans une plaine d'une grande étendue. De même que tous les environs de Jérusalem, celle plaine est pierreuse et otl're à peine ça et là quelques parcelles d'une terre rougeàlre et légère ; mais elle est entièrement dépourvue d'arbres, et bien qu'elle ail été anciennement remarquable pour sa nombreuse population, c'est à peine si une seule lia

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bitation s'offre aux regards. A environ moitié chemin, nous atteignîmes le couvent de Mar-Elias, près duquel est un puits que l'on dit être celui où l'étoile apparut aux Mages de l'Orient. A l'ouest de la route, sur un coteau peu élevé, est une tour en ruine appelée la maison de Simon, surnommé le Juste, le même qui avait long-temps et impatiemment « vécu dans l'attente de la consolation d'Israël.» Ayant un jour rencontré l'enfant Jésus dans le Temple, « il le prit enjre ses bras et bénit Dieu en disant : C'est maintenant, Seigneur, que vous laisserez mourir en paix votre serviteur, puisque j'ai vu de mes yeux le Sauveur que vous nous donnez. » ( Saint Luc, n, 28, 29, 30.) De même aussi, l'Israélite de nos jours soupire pendant de longues années après le bonheur de voir la ville de ses pères, et lorsque dans sa vieillesse il a vu ses souhaits réalisés, il semble dire à son Créateur : «Seigneur, je suis prêt à partir. > Peu de temps après avoir quitté le couvent, nous arrivâmes à un tombeau situé sur le bord de la roule, près duquel plusieurs Juives étaient en prière. Je demandai quel était ce tombeau, on me répondit que c'était celui de Rachcl, femme de Jacob et mère de Josepb et de Benjamin. A la vue de ces filles

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d'Israël ainsi réunies autour de ce modeste monument, je ne pus m'empécher de croire que, cette fois du moins, il n'y avait là aucune déception, et que c'était bien là l'endroit où Rachel avait été enterrée, ainsi qu'on le lit dans la Genèse, xxxv, 19, 20 *. Je fus encore confirmé dans cette opinion'enJ[voyant un oratoire turc élevé tout près de là, et je me dis : « Les pauvres chrétiens de la'Palestine ne sontils pas également les enfans indigènes de cette terre? Ne peuvent-ils pas, eux aussi, avoir leurs affections? Pourquoi donc les traditions locales auxquelles ils croient exciteraient-elles l'indignation de presque tout voyageur qui§ visite la Terre-Sainte ? Ces épithètes peu charitables que l'on donne à des religieux qui ont si puissamment contribué à préserver de l'oubli les traditions locales sont-elles justes? Ne sont-elles pas indignes d'un chrétien ? Le monument est moderne, et a l'apparence et la forme du tombeau d'un santon arabe. Il est carré et orné de

* « Rachel mourut donc, et elle fut ensevelie daus le chemin qui conduit à la ville d'Ephrala, appelée] depuis Belhléhem. Jacob dressa un monument de pierre sur son sépulcre ; c'est ce monument du sépulcre de Rachel qu'on voit encore aujourd'hui. »

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