‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 13 sur 68 · FAMILLE DRU3E · texte numérisé non relu

FAMILLE DRU3E

Le cosiume dei» femmes druses ressemble à celui dot penooaea de leur sexe en Turquie» si ce n^eal (|u'elles porleul sur la lOle un singulier ornement appelé tantour *• C'est noe etpèee de lobe eonique, d*enviroQ dix-buil i^ouces de longueur, en argent ou en cnÎTre légèrenenl etgenté» selon la fortune delà p.ersonnc, el qui est orné d*une grande vai'iélé de dessins. Il est fixé snr un eoussinet attaché sur le haut du front et incline légèrement en avant, comme la corne de (a fabuleuse licorne. Au-dessos de cet ornement, on jette une pièce de mousseline qui des* cend jusqu'aux hanches, et dont les femmes se servent à volonté pour s*enTelopper le visage quand elles sortent. Celte coUTure extraordinaire est sinon agréable , du moins pittoresque ; il faut convenir toutefois qu'elle donne aux femmes un air de géne et de contrainte. Dans quelques endroits de la montagne, on porte cette corne sur le cOté de la téte, mais cette mode scbismatique, si je puis m'exprimer ainsi, est encore plus disgracieuse que l'orthodoxe. Une des filles de Témir, jeune el jolie personne de seize ans, paraissait triste, bien qu'à la veille de

* Voyez Appendice, o* 3.

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marier. J'en demandai la cause ; on me répondit que c'était parce qae son fiancé ne voulait pas qu'elle portât de corne.

A la sortie de Bramâna est un petit bâtiment en pierre^ isolé, surmonté d*une coupole^ et près duquel cvolt un vieil arbre. Voyant la porte ouverte, j*allais m'en approcher, lorsque quelques personnes qui se trouvaient là m'avertirent de m'éloigner. M. Âbbolt, à qui je rapportai celte circonstance, me dit que c'était un oratoire druse *» et que j'avais bien fait d'obéir à l'avertissement, car les sectaires sout trés-ombrageux à cet égard, plus peut-être que les musulmans mêmes, leurs cérémonies et rites religieux étant enveloppés d'un profond mystère. Tout ce qu'on sait sur leur religion, encore n'est-ce que par conjecture, c'est qu'elle est un reste d'une hérésie de rislamisme, inventée par quelque audacieux imposUur dans un but politique. 11 est évident que leur eroyjance ne doit pas son origine au fiinatisme, car les Druscs sont un peuple fort tolérant, surtout en matière de religieo, et, à vrai dire, leurs dogmes

* Ces chapelles s'appelicnl Khalom , c'csl-à-dire « lieu isolé. »

HBL16I0N BBS DEUSBS.

tels qu*on nous les dépeml> dénotént plolôi l'ignorance que le vice Us paraissent avoir les mêmes rapports arec les mabométans, que les SaBuaritaios avaient avec les Juifs, et, chose assez remarquable, c'est qu'on les accuse précisément de la même Idolâtrie que les Juifs imputaient au\ Samaritains, Tadoration du veau. Mais cette imputation repose entièrement sur des ouï-dire qui, répc^lés successivement par les vojageurs» ont fini par être regardés comme des Yérités. Les Druses assurent qnfl n*en est rien. Ce qui est plus certain^ c'est que ce peuple se divise en deux grandes classes, celle des • Akoul » (au singulier ÂsM)^ ou iiUtilif^mi^ et celle des « Djahels» » ou îqfM/roM. Les Akoul, au nombre de dix mille, constituent l'ordre sacré; on les reconnaît à leurs turbans blancs, emblème de pureté, et à la manière particulière dont ils en forment les plis, 11 leur est interdit de fumer du tabac ; Os ne jurent jamais, et sont très-réservés dans leur conduite et dans leurs parbles. Cependant ils peuvent se marier* Le ^ef de Tordre demeure dans un village appelé Ël-Mulna. Les titres et les privilèges des Akoul ne passent pas

* Yoyci Appendice, n"* 4.

14 BELIGION DES DRUSES.

sécesflairemc^Dtdu père au fils. Parvenu à un certain Âge, tout Druse qui le désire^ et dont la conduite; n'a été déshonorée par aucun vice honteux, peut, après avoir passé par quelques cérémonies préli— minairesy entrer dans Tordre. Les Djahels, ou non initiés, forment de beaucoup la classe la plus nombreuse du peuple; ils n'obseryent aucun rite religieux, si ce n'est quand les circonstances les obligent à se faire passer pour mahométans; alors ils entrent dans les mosquées et récitent les prières avec les Turcs. 11 existe un assez grand nombre d'écoles publiques chez les Druses.Les maîtres sont en général des Akoul; ils sont payés par les élèves; ils leur enseignent ft lire et à éc^re *, l*e livre dont ils se servent ordinairement pour cela est le Koran. Dans les villages où il n'existe que des écoles tenues par les chrétiens, les Druses y envoient également leurs enfans, qui apprenuelit alors à Ute les psaumes de David.

90 septetnhre* Notre conversation, durant les jours précédens, ayant principalement roulé sur les Druses, leurs mœurs, leur manière de vivre et leur

* La laogoe vulgaire dei Druiei est Ttrabo.

PATS DBS DEUSES.

religion» le capitaine Chesney et moi ooas sommes pai^tîs de Brumâoa ce malin, pour faire une excursion dans les montagnes voisines habitées |>ar ce peuple singulier, avec lequel nous venions de faire connaissance. Ces montagnes, qui forment une des basses régions du Liban, sont couvertes, même jusque sur leurs sommets, d'une quantité de terre irégétale suffisante pour la culture. Elles sont snrtont remarquables par la population nombreuse qui les ba-* bite; des maisons et des hameaux s'offrent de tous côtés à la vue. On évalue le nombre des Druses à soixante-dix miHe âmes ; sur ce nombre, un tiers à* peu'près est en état de porter les armes. On ignore à quelle époque ce peuple s'est établi dans ces montagnes : min kadim « il y a long-temps, » est la seule réponse que Ton obtienne à toute question sur ce sujet. Les Druses n'habitent pas seulement le Mont- Liban; ils sont également répandus dans la Hàouran, contrée située au sud- est de Damas. Le premier village que nous lencontrAmes en nous avançant vers le nord, fut Bouqfiaija^ placé sur une hauteur, d'où Ton apperçoit la mer. On y trouve quelques boutiques; nous y fîmes nos provisions pour deux jours et nous y primes un guide, mieux au &it du pays que le

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