CHAPITRE XVI
Deir-e1-Kammar. — Visite à Bcteddeiii. — L*éniir Bcsbir.-^
Description de son palais. — Descriplion de la route de Damas. — La maladie de Tauleur se prolonge. — Son retoor à Beirout. — Vallée de Nahr-cl-Kadhi. — A\n-Aannb.
— Ayn-Besaba. — Vallée do Ghadiry. — Arrivée à Beirout.
— M. Gnys, consul de France.-— Le drapeau tricolore.— Société dea daniM enropéennet,
DBiB-BL*KAiiiiAit,3qctoère. — Quoique toujours
souffranl, je me sentis cependant assez de force pour assister au service divin, dans la chapelle du couvent. La messe fut dite par le légat du pape, Monsignor Losaona, qui faisait alors sa tournée pastorale dans celte partie de la Sjrie. L'oifice se célébra en syriaque; mais TépUre et l'évangile du jour furent répétés, par le diacre, à haute voix, dans la langt^e du pajSy (l'arabe) aûn que le peuple pût les com-
DBIR-BL-KAMMAE.
prendre. Les trois quarls de la popuialioo sont ma-*
roniles.
A la sortie de la messe, je pus juger de la beauté
des femmes du lieu. Elles sont grandes et ro« bustes, et leur teint a la fratcbeur qu'on remarque chez les Suisses et chez les autres peuples des contrées montueuses du nord. Au lieu de la corne que portent les femmes druses, elles se contentent de jeter sur leur lôte uo voile do moiisseline ou de toile blanche.
La YiUe de Oeir-el-Kammar *, dont le nom signifie «r Monastère de la Lune, » est bâtie A l'entrée d'une vallée élroile qui descend dans la mer , dont elle est éloignée d'environ six heures de chemin. Elle est située dans le dislricl d'El-Shouf ; et bien qu'elle n'ait pas une population de plus de cinq ou six mille âmes, elle est aujourd'hui la capitale de la principauté des Druses. Toutes les maisons sont bâties en pierre, et, généralement parlant, aononcent l'aisance des habitans. filles couvrent une étendue considérable de terrain. Les basars sont
* Ainsi nommé d'uo uionaslèrc qui se trouvait eo ce lieu, et qui était dédié à la Saiiilc-Vicrge, que l'on rcprésento Gommunémeat eu Syrie avec une lune sous les piedi.
DBlE-BL-KAMliàH.
yasles et abondanment pourvus des objels qui foui
parlic du coslume des montagnards ; ces objets se fabriquent dans le pays même* Quelques-unes des abbas ou robes de soie , tissées d'or et d'argent , que portent les principaux sbeiks dmses* attirèrent parliculièrement noire allenlion. Mais ce qui est plus digne d'intérêt» ce sont les tombeaux des chrétiens. Chaque famille possède un petit bâtiment de pierre d'environ quarante pieds en carré ; ceux des pins riches sont - surmontés d'une coupole. Cest dans ce bâtiment qu'ils placent les morts» et ils en murent rentrée après chaque inhumation. Ce mode de sépulture, qui est particulier à Deir-^ei* Kammar, est dû probablement ft la difficulté de creuser des tombes dans le sol rocheux sur lequel la ville est bâtie. Les environs offrent une grande quantité de mûriers et de vignes. Dans Tintérieur de la ville, on voit un bAtiment peu élevé, d'architecture italienne, aujourd'hui inhabité. C'était anciennement le ssrol ou palais de Témir Beshir. 11 sert aujourd'hui à loger les étrangers que l'émir désire accueillir avec une distinction plus particulière. Son médecin européen, en occupe une partie. Quant au prince, il demeure actuellement dans un village
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situé à un demi-inille de Delr-el-Kamroar, de l*aotre
cOlé de la vallée. Cet endroit se nomme Beteddein, inot syriaque qui siguHie « les deux tétous» , à cause de la forme de deux montagnes voisines, sur Tune desquelles le village est bâti. Presque tous les villages, dans ce canton, ont des noms syriaques.
Dehi-bl-Kahhab, 4 oetotn. ' — Visite à Beteddein. A vol d'oiseau ou en ligne directe, le palais de
• ce seigneur du Liban , percbé, comme Taire d'un aigle, sur le sommet d*une montagne voisine, semble peu éloigné; mais, pour y arriver, il faut descendre d'abord par une route tortueuse dans le fond de la vallée , et gravir ensuite un sentier en zigzag qui conduit sur la monlajînc opposée. La château n'est atcessibie que du c6té de l'est : sur toutes les autres faces, la montagne est comme taillée à pic. C'est de ce c6té qùe se trouve la porte d'entrée. Elle donné sur une cour carrée, ayant sur troié de ées cMéé des bàtitnens, et «ouverte sur le quatrième, d'où Ton jouit d'une vue magnifique qui s'étend siir la vallée et sur là ville de Deir-el-Kammar. La
. surface de cette coiir est formée par le roc iftéme ; à cet eiSet* on a nivelé le baut de la montagne à grands fra(is et à force de bras. Au mifieu de ce
BfiTEDDElN
carré» est une belle fonUioe de marbre où l'eau d'une soorce éloignée d^enviren sîil lieues, arrive par un aqueduc. De là, ^e est distribuée , au moyen de tuyaux, dans les dtflérenles parties du palais. Les appartemens de la famille du prince sont au midi ; ils se composent d*un bâtiment obloog qui occupe tout ce cOlé de la cour : sur le:i deux autres côtés» sont les appaflemens qui serrent aux étrangers, aux domestiques, et là se trouvent les écoriesy les dienib et diflfiftrens oliices. Le dentre du bâtiment principal est carré et surmonté d'un dôme qui pose sur des amhes en ogire soutenues par d'élégantes colonnes. C'est là qu'est le grand salon de réception. H est orné tout à Tentour de divans élevés, couverts de riches étoffes, avec des coussins de tepoa. A l'angle sud^est, est ûn petit pafillon décoré de la manière la plus somptueuse. Le pavé est de marbre ainsi que la fontaine qui se trouve dans le milieu. Les murs intérieurs et le plafond de cette pièee sont ornés d'arabesques 'd'un goût exquis. Ce petit pavillon est, à tout prçndre, un vrai chef'* d'SNiDrey et les persoAnea ebargées de le monUter aux étrangers observent d'un 'œil curieux l'effet q^l produit sur euxn Les bains sont à l'autre extré-
3^ UBXEDDËIN.
mité. Parallèlement, mais uo peu plus au midi, se iTouve une antre sAite d'appartemensy destinés, lorsqulls seront tenninés» au harem ^ c'est-à-dire à la famille du prince. Ils sont séparés du bâtimenl principal, par une pelile cour plantée d'arbres. Bien que commencés depuis plus de vingt ans, ils ne sont pas encore achevés aujourd'hui.
Pendant que j'étais dans lapîéee où Ton m'avait conduit, eu attendant que je pusse être présenté à l'émir qui n'était pas encore ieyé. Je me sentis toutâ-coup saisi d'un accès de fièvre. Comme je m'étais assez bien trouvé la veille» je ne doutai plus que je ne fusse tombé à la fin dans les griffes de l'ennemie acharnée des voyageurs de l'Orient, la fièvre intermittente* Le frisson dura environ une heure, et fiitsi fort que plusieurs couvertures dont on m'enveloppa ne purent me réchauffer» 11 fut suivi d'une transpiration copieuse qui se prolongea pendant trois ou quatre heures» Aussit'ôt que je pus être transporté sans danger, on me fit remonter à cheval» et l'on me reconduisit à Deir-el-Kammar.
5 Octobre, — Je profitai du jour de répit que me laissait la fièvre pour retourner à Beteddein et vi« siter les parties du palais que mon indisposition ne
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m^aTait pas permis d'examiner la veiMe* Lorsque J'entrai dans la cour, Témir lui-même, le principal objet de ma curiosité, se promenait de long en large dansFespace compris entre la fonlaioe et le parapet qui iait face à la ?aliée. il était entouré d'un grand nombre d'officiers Têtus de costumes ûiten ei plus ou moins riches; mais il était facile de le reconnaître aux marques de respect qu'on lui rendait, k juger d'après âon apparence, on pouvait lui donner un peu plus de soixante ans^ Sa contenance est fine » el il a Tair soucieux. Sa barbe blancbe descend presque jusqu'à sa ceinture. Près de lui» était un jeune homme replet, et d'une physionomie peu intelligente» CMàf me ditH>n, un de ses fils. L'émir avait appris Taccident qui m'était arrivé la veille ; il m'exprima le regret qu'il eût eu lieu dana son palais, ajoutant que lui -môme n'élait pas étranger à cette maladie. Après avoir répendu à quelques questions qu'il m'adressa touchant Mehemet-Àli, pacha d'Ëgjpte, dont j'avais récemment visité les états , je pris congé de lui et Je me retirai» ne voulant pas l'importuner plus long'-temps. Lorsque je le quittai, il donna les ordres nécessaires pour qu'on me traitât oonvenable»