LE MAUVAIS OEIL
ment dans son palais^ el me dil que j'éUis le bien venu
Dans plusieurs autres par lies de la cour, on Toyait des groupes piltotesqaes de soldats» accroupis à côté de coursiers ricliemcnt harnachés, dont les maîtres. Tenus de diCfèrens endroits, étaient en grave consultation avec le prince sur quelque sujet important. D'autres, plus timides et tenant des papiers à la main , attendaient avec anxiété, l'instant de pouvoir approcher de son altesse , sans dette pour se plaindre de quelque injustice, chose assez commune dans cette terre d'oppression. Je jetai, à la dérobée, un regard dans les écuries, n'osant pas faire davantage, tant est grande dans ce pays la crainte du « mauvais œilf ».
• Voyez Appendice, n° 5.
f Le mauvais œil est un charme nuisible qui provient, à ce que l'on croit, de Taspect d'un démon personnlGé, quoique invisible, et qui résulte de l'admiratiGO de quelque spectateur imprudent. Celte singulière superstition n'est pas particulière aux Arabes. Diverses nations du nord, et entre antres les laontagnards éeosMis ec les habitai» du oomté da Gomonaillfit pat lagent eet nottons. Ellet sont généralemenl répandaet panni les Grecs qui appellent ce cbanne 7« mmm /tutn, et ehes les habilans do midi de TllaUe où il le nomme lu jèCfa- Mm.. Las iamieii emploient pour 8*en piéaemr des aara-
ROUTB DB DAMAS.
y y Yia va grand nombre de •nperbes dmiox , tel-
lés, bridés et prêts à être montés au moindre signal; mais je me gardai bien de louer la beanlé de Tnn ou
de l'autre, par le motif que je viens de faire connaître.
6 Octobre, — Retour de la fièvre. L'aceés est signalé par U blancheur subite des ongles du malade qui épronre un violent daquenent de dents. H est leu* vent obligé de s'arrêter tout court au milieu d'une couTersatlon et de se coucher.
Dans l'après-midi, je me sentis asseï bien pour m'asMoir sur k terrasse du oouTeiil, d*o6 Von découvre une grande partie de la ville*
9 Oettèrê. — La fièm a reparu aujourd'hui;
mais il est évident qu'elle cède au quinine que
j*ai pris dans rinlervaUe des accès. Chssney, me
vojant dans un élat de convalescence, partit pour
retourner à Beirout.
9 Octobre, — Mon ami, M. de Breuvery,a quitté
léUes Se Sifllrentit espécst Sont les plus commones sont de petites mains en lave oa en corail» dont les doigls sont placés d'wie particnlièrc Qoant tai Arabes, Us croient qne ce chiime agit aossi mr les IkMliaoz qui, frappés Sa maorais <sil» deriennsnl IMblm, maisrcs d mcwint mènê qetl«Mfois.
&OUTB m DAMAS.
Oefr-el-Kanmar ce matin» pour se rendre à Damas.
Jel'ai accompagné jusqu'à une certaine distance de la ville. Les eai^vanes comptent trois jours de marche d'ici à Damas ; mais un cavalier bien monté pour* rait fiidlement iaire le trajet en deux. A deux lieues de Deir-el-Kammar est Barouk, principal village du district de ce nom. A partir delà, la toute monte par la pente escarpée de la région la plus élevée de la montagne» appelée Djebel-Barouk, que M. de Breuvery mit trois heures et demie à franchir. En luYer» lorsqu'elle est couverte de neige» le passage eu est impossible. Du pied de la montagne , à Test» où commence la grande plaine de la Bekaa» jusqu'au Liettani qui rarrose, on compte une heure de chemin. Vingt minutes après avoir traversé cette rivière, sur un pont de pierre, on arrive à Djob-el- Djennein, Tun des principaux viUages de laBekaa, situé sur la pente de TAnti-Liban. De Damas à Ejob'-el^Djennein, on compte généralement quatorze heures de marche. Parvenu sur le sommet de TAnti-Liban, le voyageur descend dans une agréable vallée, baignée par le Wadi-Uallouë, et à l'extrémité de laquelle est situé Khan-Doumas. Elle aboutit à un plateau élevé , inégal et d'une étendue
RETOUR A BEIROUT.
considérable ^ appelé Szakbret-el-Sham. Delà « oq descend dans le Ghoota ûq plaine de Damas, »en loin du village de Mezza, bàU au milieu des jardins de la Tille, qui, de ce cOlé, s'étend au moins à une lieue à partir des murailles.
10 odtàre. — Ce matin, j'attendais avec beaucoup d'anxiété rbeure de Taccès; mais, grâce à Dieu, la fièvre n'a point repara.
11 oeloôftf. — Ayant réussi, du moins, à ce qae j'espérais, à ebasser la fièvre, je me sois mis e^ route pour retourner à Befroul. k trois beures du matin, les muletiers étaient À la porte du couvent. J'ouvris la fenêtre, et voyant quMl faisait encore nuit et que Tair était froid, k cause du brouillard épais qui ^Toloppaitla ville, je voulus différer mon départ jusqu'au lever du soleil; mais j'en fus détourné par mes guides, qui me firent observer qu'il n'y avait pas de temps, à perdre si je voulais arriver à ma destination avant la nuit*.
En sortant de Deir*«l'Kamroar« nous suivîmes la route qui serpente autour de la montagne, jusqu'à ce que nous eûmes atteint le village de Keferoouta, assis au milieu d'une plantation de noyers, et dont les environs oiTrenl de nombreux vignobles. De là, nous
mû
98 DE DBIR-EL-KAMMAR A BEIROUT.
descendîmes dans une vallée profonde, où coule le Nahr^UKadhi « la rÎTière du Juge » ( Tancieii Tamyrus), que nous avions traversée précédemment en allant de Sidon A Beiroui. Le chemia était rapide et pierrewc, robscnrité le rendait plus difficile encore; de sorte que je fus obligé de mettre pied À terre et de condwire moù dheral par la bride. Mais Je reconnus bientôt» à la résistance qu'il mettait à me sui- -vre, que j'étais un fort mauvais gmde» et au boni de quelques minutes, je pensai qu*il valait mieux mar* dwr sur ses pas, que de cherdier & le diriger. Nous IMUsAmes la rivière sur un pont de pierre appelé njissi^eMCa ^9 qui aboutît à une verdoyante pelouse d'environ une acre d*étendue. Nous y atten^^mes 1b Jour.
Avant d'atteindre le pont, la rivière fait tourner plusieurs moulins placés sur son cours; puis, se frayant un passage à travers lç$ rochers qui obstruent son lit, elle forme diverses cascades, passe rapidement sous les arches du pont, et se jette enfin avec impétuosité dans un ravin qui aboutit A la mer. Cet endroit est singulièrement romantique, et plairait surtout à un artiste ; bois, rochers et eaux.
PB DBlE-BL-SAMIUm ▲ BBHOIIT. 98
en vu mot tout les élénem du paysage le plot agreste s*j trouvent abondamnent réuois*
k partir de là^ la rovte passe, pendant one demilieue^ par plusieurs petites collines assez bien boisées de aapim et de ehénes. fille mil après eéla» pendant une autre demi-lieue, les peules rapides d'une montagne plus élevée» dont l'accès offre plus de dififienlr ces, car le terrain est semé de rocbers et presque entièrement défoncé par la pluie et par le passage eootinneldes motets et des voyageurs. Mais, née fois parvenus au sommet de ces montagnes» nous fûmes amplement dédommagés de notre fatigue. La Méditerranée s'offrit soudain devant nous dans sa calme beauté» an moosent où nous nous y attendions le moins. Sur sa surface azurée, on voyait çà et là qnel^ei-unes des embaroations si pittoresques do pays» leurs voiles blancbes gonflées par le vent, mais paraissant immobiles. A nos pieds» se déplo ji^t» dans une étendue de plusieurs milles du nord au midi, une plaine magnifiqoe»bien boisée et couverte de prairies verdoyantes. Le lecteur u*ignore pas, saus doute, qm les rivages de la mer» et plus partioulièremeut ceux de l'Océan, sont en général stériles. Mais id c'est différent : car» le long des côtes de la Syrie» les
40 AYN-BBSABA.
arb|»8 soDi aussi abondaos et la végétation est to«l
aussi vigoureuse que dans l'intérieur des terres.
Ea desoendant de ce site élevé» nous atteignîmes en une heure Àjn-Aaoab. Ayn, dans la langue du pays, signifie • source v ou t fontaine. » On rencontre fréquemment de ces sources ou fontaines dans cette montagne^ comme l'indiquent les^noms de plusieurs villages voisins. Quelques-^nes forment de charmantes cascades. Près d'Ayu-Aanab est un bouquet de palmiers, chose assez rare à une aussi grande élévation au-dessus de la mer. En une demi-heure, nous arrivftmea à Ayn-Besaba, où séduits par le charme du lieu et par une belle source, nous mimes pied à terre pour déjeùner. Cette source limpide el fraiche est entourée d'un mur et ombragée par un chêne d'une grosseur peu ordinaire* Je ne m*attendais guère à trouver sur cette route rien qui resn semblât à une auberge, et j'avais eu soin, en consé'^ quence, de fiiire mes provisions pour le voyage. Hais je fus agréablement surpris lorsquVm vint m'offrir, d'une maison voisine de la fontaine, un plat de bec-figues. Dans la saison où nous sommes ces oiseaux, qu^on regarde comme un mets déli-r cieux, se prennent en grand nombre avec de la
D\Q\ù7P>ci by Gûl^e
M. QUYS, CONSUL DM. FBANCB. 41
glu. Tout prêts à être embrochés, on De m'en demanda qae vingt paras» ou ^ngt eenliMS. On nous fournit également, à des prix non moins modérés, des fruits et do café.
Après avoir fiiit la sieste, concbé sarFlierbe épaisse qui croit au bord de la fontaine, je descendis dans le wad ou yallée de Ghadiry, dont Kefr-Siiyna est le village le plus remarquable. Sur une colline qui se trouTO à trois quarts de Ueue au nord de l'endroit où le Ghadirjr se jatte dans la mer, est le couvent de Mar-Iiannah-el-Shoeyirat. Ajant franchi le wady, et après avoir mis trois heures à traverser une plaine délicieuse appelée Ârd-el-Beradjene, couverte de plantations d'oliviers, j'arrivai à Beirout vers le cou* cher du soleil, et je me rendis à l'auberge où j'avais déjà logé en venant de Sîdon.
lâ octobre.'-^ Je dînai chez M. Henri Guys, consul de France. M. Guys habite une des plus belles maisons de Beirout; non-seulement elle est très- vaste, mais, de la terrasse qui la surmonte, on jouit même d'une vue délicieuse de la mer. A l'un des angles de la cour supérieure, je vis, pour la première fois, flotter ces couleurs qu'on m'avait jusqu'alors appris à regarder comme Tembléme de la révolte.
k% iOClÉTÉ BUROPltBHlIB.
Un brick ée guerre français, qvi venait d'arriver,
avait apporté Tordie officiel de les arborer, et avait ainâ dtiivré les consuls de rembarras que leur causait l'incertitude où ils étaient sur l'issue du mouvement populaire en France. Le long s^ur de M. Guys dans le Levant, Ta mis à même de bien connaître le pays et les antiquités qu'il renferme, et les services qu'il rend, à cet égard, aux voyageurs ne sont pas moins connus que l'empressepieiit avec lequel il accueille tous ceux qui visitent la Syrie, à quelque nation qu'ils appartiennent. Madame Guys est une aimable Française, qui, aux cbarmes dont la nature Ta douée, réunit les avantages qu'une trésbonne éducation peut seule donner, et que Pou rencontre si rarement cbez les femmes de ces contrées. Le temps que Je passai dans son agréable compagnie ne fut que de quelques jours; j'espère pourtant ne pas être indiscret en consigpiant, dans cet endroit de mon journal, que ce court intervalle de plaisir intellectuel me fit balancer fortement dans ma résolution de continuer la vie errante qui m'obligeait à m'exiler volontairement de la société des femmes, tout en reconnaissant leur douce et civilisante influence. On verra par la suite comment
RlàCLUSiOM DES FJBMMKS. 43
se termioa mon irrésolution^ et quel fut colui de ces penohans opposés qui l'emporta.
C'est à la réclusion dans laquelle vivent les femmes de rOriesl qull fimt attribuer, en grande partie, les ^Kttrenccs que Ton remarque entre l'état de la sooiMé dani ces contrées et en Europe. Dans la population musulmane, par exemple, comme les deux sexes ne se mêlent jamais ensemble, l'amonr est un sentiment presque inconnu. De là celte froideur de manières, approchant parfois de la rudesse, qu'où remarque dans les rapports des hommes entre eux. Accoutumés à commander en maîtres dans leur maison, s'ils se trouTent placés, par les circon» stances, sous la dépendance d'autrui, ils trahissent une irritabilité et une impatience de toute domination qui deviennent souvent fatales aux objets de leur ressentiment. D'un autre côté, les femmes , victimes de cet isolement social, se vojant en outre privées du rang auquel la nature les ayait destinées et qu'elles étaient faites pour embellir, et ne se sentant stimulées à larertu ni par l'estime d'ellesmêmes, ni par le désir de mériter celle des autres, négligent nécessairement de cultiver leur esprit, et bornent leur éducation à ce qui est utile. Aussi,
44 EMBARQUEMENT DE M. CADALVÉNE.
lorsqu'elles ont des pencbans vicieux, l'impossibilité pbysiqne peut seule les empêcher de l'abaudooDer au libertinage réel ou supposé de leur sexe.
13 octobre. — M. de Cadalyène souffire tonjoun de la fièvre, qui s'est déclarée de Douveau.Oa l'a traosporté à bord d'un brick de guerre autridden mouillé depuis quelques jours sur la rade. Nous espérons avec raison que le changement d'air produira sor sa santé un effet salutaire, et que notre séparaiîpa n« sera que momentanée*