CHAPITRE XVU
Hèfiui de Beiroot ~- Siint George et le dragoo. ~ Nalir*el- LebiB.— El lfellelui.^Bis Nakr-el-Kelb.— Aoeleoaei •eolptarei enr let roeben. — Ntbf^l>Kelb, rancies Lycne. Eoirée dam te Kesrooan. — Aotoara. — Hariiu. —
fi«zommar. — Ayn Warka. — Gbadsir. — District de Fctoueb. — Nahr Ibrahim, l'ancien Adonis. — Djebaïl, ancteoDement Bjblus. — Batroun, autrefois Boiras. — Route de Tripoli, le long de la côte. — District d'EI-Koura. — Amjoao.— ' Anciens temples. — Keifteio. — Arrivée i Tripoli.
Beirout^ 14 octobre, — Mon ami, le capitaine Cheiney, imfiatieDt d'arriver à Damas, d'où une petite caravane se disposait à partir pour Bagdad, en passant par Palmyre et le désert, s'est embarqué ce matin ftbord d'un bâtiment marcliand qui se rend à Tripoli, afin d'accomplir pins promptement le projet qu'il a en vue. 11 se propose de visiter les Cèdres et Baalbec sur sa route. Quant à moi, comme je désirais . voir d'abord la partie du Liban connue sous le nom de Kesrouan, ou chaîne castravane, il me fut impos-
46 OB BSIEOVT A ANTOimA.
sible de l'accompagner. Je oe reDonçai pourtant pas
à l'espoir de le revoir à Damas. Je profilai de cette occasion ponr expédier mon gros bagage ; de sorte que je me trouvai en état de voyager plus commodément dans le pays montagneux que je me proposais de parcourir.
Ayant besoin d'un compagnon de voyage, je proposai à un jeune Maronite, fils d'tan petit maicliand de Beirout, de m'accompagner. C'était un aimable jeune homme, plein d'intelligence, d^un caractère gai, et qu'animait un désir de s'instruire, bien rare chez ses compatriotes. Hannah (Jean) était son nom de baptême. U avait à régler quelques affaires à Tripoli et à Damas; et, comme il avait encore très-peu voyagé dans son propre pays^ il espérait, en acceptant ma proposition, trouTor tout à la fois du profit et de l'instruction.
Nous partîmes de Beifout sur les trois heures de raprèsr-midi , montés chacun surune mule et aceom» pagnés d'un petit garçon à pied, chargé de perdre soin des bétes pendant la route, et de les ramener au propriétaire quand nous serions parvenus à notre destination. Après environ une heure de marche , dans une direction plein est, nous arrivâmes à un
SAINT-GEORGB BT LB DRAGON. 47
eodroil où mon ami le maronite, grand amateur de
légendes , me dit que le valeureux Saint-George tua le dragon On aTait jadis érigé en ce Uêu, en commémoration de cette victoire) une petite chapelle dédiée au héros chrétien ^ mais elle a été plus tard convertie en mosquée. Poursuivant notre route, toujours dans la même direction, nous alteignimes bientôt le Nahr-el-Leban ou « rivière de Lait, » ainsi appelée à cause de la couleur blanche qu'elle prend lorsqu'elle est grossie par les pluies qui descendent des montagnes. Nous le passâmes sur un pont formé de six arches, qui paraît être un ouvrage des Romains. Nous coupâmes sur les rives quelques-uns de ces roseaux dont se Ibmt en Orient les tûkmi ou plumes à écrire, et dont les meilleures se trouvent sur les bords du Tigre , prés de Bagdad. De là, nous passâmes à travers uae suite de plantations de mûriers, la plupart encloses^ jusqu'à ce que nous etaes atleintre&trcmité orieolale de la plaine de Beirout; nous teumâmes alors brusquement vers le nord,, et pendant environ une heure et demie, nous suivîmes une grève sablonneuse qui nous conduisit au pied d'un promontoire appelé Ras-Nahr-el-Kelb.
^ Yoyes Appendiee, n* 0.
RAS NAUR-SL-KBLB.
Sur le c6lé méridional de ce promontoire est uo bastln carré ereusé dans le roc; l'eaa salée que 1*00 y iiadt entrer est destinée à produire du sel par révaporatioii. On le nomme El-Mellaha, do mot arabe melh, qui veut dire sil.
Comme il n'existait aucun fiassage naturel entre ce promontoire remarquable et la mer^ on en a pratiqué un en ûdsant disparaître les inégalités du rocher qu'on a réduit en une surface unie, et en bouchant les crevasses ayec des pierres et du mortier. La route ainsi formée n'a guère plus de six pieds de large » et se trouve à une hadtenf considérable au-dessus du niveau de la mer. Une inscription gravée sur IHine des parois du rocher» indique que c'est un ouvrage de Tempereur Antonin. Parmi les rochers suspendus du éMé de l'est et qui s'élèvent à cinquante ou soixante pieds de haut, on apperçoit les traces d'une conte plus ancienne qui existait avant que celle-ci eût été pratiquée* Là» siir la face nue du rocher qui regarde la mer, on remarque plusieurs tablettes sculptées, dont lo stjle» le sujet et les dimensions sont difiérensi mais qui paraissent toutes remonter à la plus haute antiquité. Ayant déjà vu chez M. Guys, à Bei*
rout, le croquis de ces monumens, je grimpai jus* i|u'6Q haut pour les examiner do pins près ; sans quoi j'aurais vraisemblablement passé àcôlé^comme Tonl fait la plupart des voyageurs, 'pensant que quelques soldats, dans leurs momens de loisir^ s'étaient amusés à graver ces caractères p'oiir rappeler les exploits des chefs soda lesquels ils avaient servi; c'est eii effet U une position militaire très-forte et qui ouvre ou ferme les communications d*ùne partie de la c6te avec Taiiire. Quoique considérablement endommagés par le temps et par Péeunie de la mer; il me fut néanmoin» facile, après un examen attentif , de reconnaître que ces dessins sont d'un travail supérieur, et qu'ils ont été exécutés par des artistes du premier mérite ; quoiqu'ils paraissent appartenir à deux peuples différens, et par conséquent à des époques différentes. Une de ces tablettes, par exemple , présente des hiéroglyphes égyptiens, et dans le cadre qui l'entoure, je retrouvai le mèmè genrè de cartouches que j'avais remarqué dans le Ramseïum à Thèbes. Les sculptures qui appartiennent à un ordre différent sont aisées à reconnaître, en ce qu'elles sont surchargées d'inscriptions en caractères à
pointes de flèches ou cunéiformes, aujourd'hui t. 4
ANG1BSHB8 8C9L»TiJftBS.
(wesqu'eiilièreneot ellàcés, et paiee qu'elles se ter-
mioeDt dans le haut en forme d'arcbe. La plus re- HMiquaUe de ees tablettes et celle qui est aussi la mieux coDservéey peul-élre à cause de la bauleur où elle se troore» repiéseute ud homme dans uoe atti* tude droite, sculpté eu bas-relief. Il est véluàla manière des Persans modernes» tant en ee qui refarde la tuuiquo que le bonnet ( ce dernier était aussi celui des anciens Phrygiens } , et porte une longue barbe qui se termine en pointe. Cet homme qui regarde À gauche, ne présente qu'un cOlé au apoeta* teuTf de sorte qu'on ne le voit que de profil. Sa main gauche repose sur sa poitrine ; U droite s'éléTo à la hauteur de l'œil , et paraîtrait avoir tenu un objet qui aujourd'hui est presque effiicé. Pans l^ngle gauche de cette tablette, on voitplosieurs signes symboliques, entre lesquels on remarque un croissant eti un globe. Toute la surface de la tablette, depuis la ceinture de la figure jusqu'au ban, est couverte d'inscriptions du même genre que celles dont j'ai déjà parlé. Sans vouldr chercher 4 donner ici l'explioa* tion de ces singulières sculptures, ni émettre aucune opinion sur l'époque de leur exécution, je les recoin* mande néanmoins A Patlenlion des voyageurs qui
SISTKiet m tKStOUAN. 51
tiendront après moi, comme étant des monumeds trèft4iiCére6«inâ par leur auliquité
A peu êe disttfitce ée VexîrémHè septentrion alé de ce promontoire^ on troute, sur le bord de la ittale, Qn piédestal qui, d'après les indigènes, supportait jadis la statue d'un chieo ; on montre un Moc informe de piérre notre, 4ul se troQTè dans la mer à quelques toises du rivage» comme étant l'idole en quesHofo. 1^ est plus Traisemblable qae la stattie ètail celle de l'empereur qui fit construire la route.
Celte montagne forme la fimlte méridionaTe do district de Kesrouan, qui s'étend, vers le nord, jiresqiie jnsqn'à Naki^Ibrabim. Sa longoenr est d*environ trois lieues et demie, et sa largeur, à travers • les movtagnes, dé deux à trois Neiiei. Quoique babité presque eiclusi^ment par des Cbréttens, il est pbicé sous la JériAètloii du sbeik Besbir, Druse de la famille de Kbazan. La principale preduetion du pavs est la soie, et les mûriers sont presque les seuls arbires qu*on j cfollfve. Le «Miri» on fanpôt fonder, se perçoit en nature sur les feuilles de cet arbre; les Sbeiiu des Tillages sont chargés de les faite cueillir
* Yofei AppenilM, 7.
5â MAHR-BL-KBLB.
et de les rerevoir. Ces mêmes sheiks fixeot également la coDtribuUoD que doit payer chaque yiHage^ lorsque la proTÎnee est frappée d*an Impôt extraor-' dinaire. Ou prétend qu'ils ne sont pas plus exempts d'exaetions que les autres chrétiens placés sous le joug des Turcs; mais ils attachent un si grand prix aa libre exercice de leur religion, qu'ils se soumet-* tent avec résignation à tous ces actes de tyrannie
Le passage du promontoire dore environ an quart d'heure. £n descendant du cOlé septentrional, nous arrivâmes bientôt à Nahr-el-Kelb, ou « rivière dii Chien,» qui sortait brusquement d'entre deux montagnes escarpées. C'est le Lycus des Grecs» appelé aussi quelquefois Canis, dont le mot turc est la tra^^ dttction. Noos le traversâmes sur un beau pont de* pierre, composé de six arches, récemment construit, à peu de distance de l'endroit où la rivière se jette dans la mer. Là, nous quittâmes la côte et nous nous dirigeâmes vers l'intérieur des terres.
Âu bout d'une heure nous arrivâmes à Zouk- f Mikayl (Michel) ; c'est le principal viUage du'
* Toyei Appeodice, 8.
f Nom par lequel 00 désigne loiivent dei lleni où se lleoneat des marchés A des époques régulières.
ZOUlL-MIiUYL.
KesrouaD ; le sheik Beshora, de la famille de Khazan, qui est gouverneur de la province, y fait sa résidence babituelle. On y trouve un petit bazar, où les habitans du Kesrouan achètent les vélemens nécessaires et les objets de luice. Les boutiques de selliers et do cordonniers sont les plus nombreuses. Dans ces contrées montagneuses, ces artisans sont d*on grand secours, comme nous eûmes nous-mêmes occasion de nous en convaincre avant d'arriver à^ce village. La mule que montait Hannah s'étaot abattue en marchant sur une pierre, la sangle se cassa, et nous ne pûmes la faire raccommoder qu'ici. Je donnai une paire de souliers neuft au garçon qui nous accom.paguait. Cette libéralité parut lui faire grand plaisir. Ces jeunes conducteurs marchent quelquefois huit ou dix heures à côté du cheval, et cela pendant plu? sieurs jours de suite, sans montrer aucun signe do. fatigue.
Nous nous remîmes en route, et nous arrivâmes, au bout d'un quart d'heure, à Deir Beshara, où existe un couvent de religieuses, k une lieue de là, nous atteignîmes Antoura. Gomme il faisait nuit, nous nous égarâmes avant d'y arriver; mais, en nous dirigeant vers des lumières que nous apperçùr
mes aux feuèlreft du couveot^ nous parvînmes 4 nous tirer d'embarras et à nous rendre à notre desr tioaiioD. Les moioes étaient à souper ; on me conduisit dans le réfectoire, pour prendre place arec eux. Je fus agréablement surpris» eu entrant» d«$ m'entendre saluer dans plusieurs langues de l'Eof ope» par diyers jeunes gens qui étaient venus là pour apprendre l'arabct Quoique celui que l'on parle ici ne soii pas le pliis pur» il serait toutefois difficile de choisir nn lien plus convenable» ao» le rapport de la soljlude et soiis celui de la salubrité dq climat* Le tabl^n que j'avais sous les yevx rappela la vie de collège^ à cette différence près qu'on n'observe ici ancuniB discipline* Que)ques«uns des jeunes élèves se proposaient de rester dans le pays» d'autres avaient l'intention dé retourner dani^ leurs familles 9 d'autres encore ne s'y trouvaient que pomme voyageurs. Un Français, M. B.*.» qui avi\H déjà fait le tour du globe^ se préparait à explorer la péninsule arabique. Nous passâmes pietqne toute nuit à causer ensemble, comparant no$ noies e( nous communiquant nos observations sur les conr frées que nous avions respectivement visitées. Les (leures s'écoulèrent comme de9 minutes» i^u\ est yïyt
la symptihie fv'épnmvetil l'on pour l'aotre les Yoya»
geors, lorsqu'ils se rencoDlrent sur un sol étranger. Pottr dUra toutofoia fraockeaieDt la vèrilé, aos dispositions communicalives n'étaienl pas peu excitées fàt de lîPéqaaDies rasaéia de vmo d'oro do Liban» ainsi nonmé à cause de sa eoQieiir, et qui était autrefois très- vanté par les gourmets grecs et rooMiins. C'est en effet on vin déUeieiiz.
Amtouba, 15 octobre. — Ce couvent, ainsi que celoi de la • Visitation, • poor les femnes» fot fondé par les Jésuites. A l'époque de la suppression de leur otdre, en 1769, îb furent reaiplaeés dans celte ans sion par les Lazaristes, qui en sont encore aujour'* d'hui en pessessÎM. Mais il ne s*j treave plus actuellement qu'un seul religieux, chargé d'assister le légat do pape, qui, en q«itlanl le oonvent de Kaoobin, dans le Haut-Liban, vient passer ici l'hiver. Le bâtiment n'a rien de remarquable» mais la situation en est excellenle, et l'on y jouit d'une vue délicieuse; elle embrasse la vallée qui le sépare de la mer, ainsi que toute la baie de Kesrouan. A l'est, l'horizon est borné par les hauteurs arides de Sannin, Tune des crêtes les plus élevées du mont Liban. La (chapelle est petite, mais bien tenue et décorée avec
ANTOUIU.
goùi. Je remarquai dans le jardin deux orangers
aussi gros cl aussi vigoureux qu'aucun de ceux que j'eussejamais TUS, même en Portugal* Je fis également alleution à la manière dont on cuUive lejasmin pour en faire des tuyaux de pipes. Dès que la planlea allçint une cerlaine hauteur, on l'attache à la branche d*un arbre plus gros, et Ton charge la partie la plus rapprochée de terre, d^un poids pour lequel on se sert ordinairement d*uiie pierre de forte dimension, afin de lui faire prendre une direction perpendicuUire. Le jasmin remplace alors assez bièn le cérlsier, que Von emploie commuaémenl au mémo usage *•
Après déjeûné, malgré une légère averse (la première qui tombait depuis le mois de février), je partis d^Antoura pour me rendre au vaste cou-
* Dant le premier eat, la lige de la pipe [ektbwh), qui a d*ordiDaire cinq k six pieds de long, est coaverte, dépôts l'ancbc [fium] jiisqaes environ an pied du godel [khajàr , de soie bleue ou ronge, aUacliée aux deux cxiréinités avec du fil d'or, et ajani uo gland de soie au bout. Dans Torigine, cette couverture était destinée à être huniectée d'eaa. afin de EafralcUr la pipe ; nais apjooni*bfii elle De sert que d'ornement. Eo été, la fomée ne sort pas aussi fraîche d*uoe tige do cerisier qne de l*aatre espèce; celle-ci est pourtant la plus coûteuse.
ASPKGT DU KBSROUAM. &t
yent de Bekerke. Quoiqu'il parût n'être qu'à peu de dislaoce, nous n'y arrivâmes néanmoins qu'après une heure de marche, ayant été obligés de faire un circuit» pour éviter un rayin profond. Je commeuçài & sentir VincouTénient de voyager dans cette coQtrée montagneuse, où il faut continuellement monter et descendre, et où l*on ne trouve pas une seule bonue roule. Les chemins soul exlièmcment difficiles; de nombreux torrens les traversent en plusieurs eodroîts^ de sor(e que, dans la saison des pluies, ils deviennent presque Impraticables. Quelques-uns des préçipiccs le long desquels un est obligé de passée, sopt toiit-àTiait elfrayans*. L-'eudroit qu'on nomme El-Kuurkct est une chaîne collines au nord-ouest d'Antoura, qui domiue M mer à Touest, el d'où Ton découvre la ville et la rade de Beirout, situées du côté du midi, à deux lieues environ. Le vaste couvent nqaronite de Bekerke, où le patriarche réside ordinairement en biver^ est bâti sur l'un des sommets de cette chaîne. Ce fut là, ou pour mieux dire dans les environs» que vécut vers le milieu du siècle dernier Kba/.eu; celle
* Voj^ez Appendice, 9.
UARISSA.
jeune maronUe dont Volney a raconté la vie et les extravagances. Le eonTent (bt détroit il j a quelque temps. On s'occupe aujourd'hui de le réparer; lorsq«*il sera acbevé, ce sera certainement l'un des édifices les plus remarquables de la province. Delà nous nous rendîmes à Harissa, situé à trois quarts de lieue, dans la direclion du nord, et où se trouve un beau couvent appartenant aux Franciscains de la Terre-Sainte ; il esl bâti sur une éminence c6niqoe que baigne la mer. De la terrasse, on jouit d'une magnifique vue qui s'étend sur toute la côte jusqu'à Djebatl, ainsi qne snr la baie de Kesrooan, située du côté opposé. Je fus accueilli de la manière la plus cordiale par le moine allemand avee lequel j'avais fait route de Nazareth à Acre. U était enchanté de pouvoir causer avec un étranger, ne fàt-ce même que pour quelques heures ;car il n'y avait que deux autres moines qui partageassent sa solitude, bien que le couvent en pût contenir un beaucoup plus grand nombre. Pendant la guerre de l'Angleterre avec la Porte, M. Barker, alors consul britannique à Alep, aujourd'hui à Alexandrie, y demeura deux ou trois années sous la p.roleclion de Témir Beshir.Ç^est une retraite délicieuse.
UN ÛEiM&li fUE LB LIBAN. 6$
Dans rapréfr-midi, je partif pour le co«?eB4 de Bezommar, «tué au soaimet de la montafae la plut is\eié% du Kearouan. Je mit une heure A j arriver. Je passai à c6lé do eouTeut de Ei-Sharfe, siiué sur |a droiip de la roule» el qui apparlient à Tégliae sjria^fue oribodose. Il est bAtI A renliée d^DNle Tallée pierreuse qui s'éieod jusqu'au village de Deir-Aoun. Le eouveot luaronite de Mar-Sfcalleitla te trouve de Tautre cOlé de celte vallée. Le sol des environs est roogeAtrOy el le fond est formé de quarts arénacé. Nous fûmes surpris dans cet endroit par une violente averse. Nout nout réfbfîAmet d*abord tout det sapios qui bordent la roule ; mais comme Porage continuait, et quMI était aecompagné d'éclairs et de lODoerre, cet abri devint loulà la fois inutile el dangereux. Nout nout nm|met donc en marebe. Rien n'esl plus majestueux et plus solennel que les éclats et les sourds roulement du tonnerre au milieu de ces montagnes et le long des valléet situées A nos piede» 4*arrivai à Bezommar percé jusqu'aux os et dans un état vraiment pitoyable. Ma valise renfermait A peine.
seul vêlement qui n'eût été mouillé. Après avoir fait ma toilette A la bAte, j'allai présenter mes res». ^cts au pulriaiçho armcuicn. Je le trouvai assi^
BfiZOMMAR.
devant une large croisée cintrée» qui dominait la valléiQ de KesrouaD, d'où il conlemplait les effels imposant de l'orage* Trois ou quatre évéques étaient prés de lui sur un divan. L'un d-eux parlait îtaKen ; il avait long-temps habiié Rome, où les Arméniens possèdent un établissement qui leur a été donné par le pape. Mon compagnon de voyage, qui était maronite, s'ap: procha du patriarche avec le plus grand respect, se mit à genoux, et lui baisa la m.aiu;. ii eu lit de mémo à l'égard des évéques, Je fuf accueilli avec toutes les cérémonies d'usage dans une visile à un pacba ; on m'offrit des sorbets, des pipes et du café, tandis que de nombreux domestiques se Icoaienl respeclueuscment à la porte.
Bczommar esl le siège du patriarche, ou cbef spi^ riluel de tons les catholiques arméniens d'Orient. Ij est assisté par plusieurs évéques et par environ vingt ou trente moines. C'est le couvent le plus beau et le plus riche du Kesrouan ; il a été tout récemment re-r bâti à grands frais de fond en comble. Il possède des revenus considérables qui proviennent en partie de terres qui lui appartiennent, et en partie de dor nations que lui envoient des personnes résidant à Constantinople, dans l'Asie mineure et ea Syrie. U
VALLÉE PinONSQUE.
reçoit un nombre illimité de jeunes gens qui se des-* iinent à l'état ecclésiastique. J'en comptai eoviron douze. Quelques-uns savaient un peu de latin. Les livrés dont ils se serraient étaient écrits en langue arménienne, et avaient été imprimés à Venise, où un grand nombre de leurs co-retigionnaires résident et jouissent de la fortune qu'ils ont amassée dans les Iodes et dans le Levant.
16 oeicère. — En descendant de Bezommar, dans la direction de la mer, j'arrivai en une demi-heure aux bords dHine vallée pittoresque, fermée de toutes parts, excepté à L'ouest, où se trouve une échappée qui laisse apercevoir la mer. Je fus obligé de mettre pied a terre. On descend dans celte vallée par un sentier en zigzag qui serpente le long de ses flancs, tout couverts d'une épaisse végétation, tandis que, dans les parties concaves, le sol est supporté' par des terrasses formées de pierres sèches, qui, vues de loin, ressemblent aux gradins d'un amphithéâtre. Toutes les montagnes de ce district sont cultivées de cette manière; mais il n'est pas rare que ces travaux soient eotrainés par les lorrens, à Tépoque de la fonte des neiges. J*ai compté, en quelques endroits, jusqu'à cinquante de ces terrasses, s'élevant
Tuoe au-de«sufl de Taatre» à partir dn bas de la yal*
lée jusqu'au haut de La roonlagne. Le sol qu'elles sQ|iporlent est ou semé de grains ou planté de vignes el de mûriers. En nous rclonrnant pour voir si lës héi%B que nous avions laissées derrière nous, noni suiraient, nous les apercevions souvent au-dessus de nos tètes, hésitant an bord d'un précipice, et finissant enfin par chercher un autre endroit pour descendre.
Presque au fond de la vallée, est le couvent mafoatle d'Ajrni-Warka , agréabieaient situé sur vtn petit tertre boisé* Il tire son nom d'un village peo éloigné» le seul qu'on aperçoive tant cette vdlée est séparée du reste du monde* Les hêt* tlmena sont dans ub étal de gvand délabrement, faute dfarf^ené peur faît^e les réparations nécessairesi.£a entrant dans la cour, je trouvai sept ou hait jeunes gena assis, des livres à la main, seii» l'ombre d'un beau sycomore. On me dit qu'ils frisaient leurs études pour entrer datts les ev-' dres. Par quelque motif que j'ignore, le maître, qui étiHl vétu comme un «impie paysan, me reçut avec beaucoup de froideur. Aux questions que je lui adressai sur rélablisseniettt quSl dirigeait, il
KBRBIM BT BAKLOUS
Mpoodit en ilalien avoc un lafiODinne qui mo fit jvger
que ma visite lui éUil peu agréable. J'interrogeai les jeunes gens sur les pregcès qu'ils avaient fiûts dans leurs éludes ; leurs réponses n'indiquèrent aucune émulation. Un air de iangnenr régnait tont à l'entpur, et lorsque je me relirai, je commençais moimême à en éprouver ks efifele.
En quittant la vallée d'Ayn-Warka, on gravit une montagne qnîesl trés-fetigante ; elle le fut d'antant plus pour moi que» par ménagement pour nos montures» je fis 1» chemin à pied. Nons n'eûmes pas plus tôt atteint le sommet, que, traversant un petit plateau, flous redescendUnes dans nne antre vallée au nord 9 où des villages et des couvens sans nombre , bâtis dans des sîtea tout aussi pittoresques que ceux que nous avions vus la veille, nous apparurent de tous eôlés. £u Une heure et demies mm atMgnImes les cottvens de Kereim et de Baklous, situés sur des hauteurs qui dbasineni la mer. Le premier est un vaste bàlimient qui paratl construit depuis peu, et qt ressemble à un meoMistére d^Europe beaucoup plus qu'aucun de ceux que j'eusse encore vus dans ces contrées. 11 appartient aux. eathoUipies^arménienSy et renferme un grand nombrë dsT
GUAOSIR.
moines et d éiudians. Chacun a une chambre aèparée; ces chambres, situées sur l'un et Taulre Côlé d'un long corridor, sont meublées d'une ma* nière simple, mais fort propre. Celles qui se trouvent à l'occident, regardent la mer ; celles qui sont pla* cées à rorient, ont vue sur h montagne. Au bas du couvent, est |)lacé le village de Ël-Basba.
A midi, nous arrivâmes à Ghadsir, Tilhfge consfdérable, en apparence assez commerçant. Wous descendîmes à un couvent hàbité par deux moines lazaristes, qui nous firent Paccueil le plus gracieux, et nous engagèrent à passerquelques jours avec eux , învifation que j aurais acceptée avec plaisir si mon temps n'avait pas été limité. C'est un des endroits les plus rians du Kesrouan , .et la situation en est in Uniment agréable.
Dans raprés-midi, je partis pour DJebaïl , éloigné de Ghadsir d'environ six heures de marche. En tfous dirigeant vers la côte, nous arrîvâtaes en peu de temps à un pont à demi ruiné, appelé Bjjissr-Maammiltein, et qui traverse Un wad^ * profond por-
* Ce mot. qni se prononce cuadtj, signifie une vallée ou un «vin amMé par im torreni. Nous profilons de cette occasion pour indiquer la signiûcaUon de plusieurs lannet qdf
NAHR IBRABIII.
tant le même nom. Les rives de ce wad^ formeat les limites qui sépareol les pachaliks de Tsaldeet de Tripoli, et servent en môme temps de ligoe de démarcaiioD entre le distriel de Kesronan el celui de El- Fetoueh. Ce dernier district, qui s'étend jusqu'à Wadjf-Medfoun, no peu au sud de Sairoun, esl eonposé d'une succession de collines basses et nues, qui composent la région la moins élevée du Liliaii» toi» la mer. La rive septentrionale du wady est une langue de terre assez haute» qui lorme, de ce cAté» la pointe extrême de la baie de Kesrouan. Sur son sommet, s'élève une vieille tour appelée Berdj-eb Kosaeir, et au bas est un petit port qu'on nomme Meinet-Berdja, avec un nombre peu considérable de maisons biOies i Peniour. De temps à autre, il y vient de Chypre quelques bateaux, chargés principalement de froment et de sel.
A une lieue de distance du port, nous arrivâmes au bord d'une rivière considérable, appelée Nahr- Ibrahim, anciennement Adonis. U m'aété.impojBsivienneiit wmvent daoi la géographie de cet contrées : aiasl ord sigBlOe district; ayn, soaroe; balfetf, vlUe; hir, poiU ; ^oiM:^a, tour; Mr^^f, réservoir; djUir, pont; khalaat» chéteao; hahf, mer; tuiAr, rivière ; ra$, promontoire; tel, colline. D. 5
BERDJ-UM-HBISH.
ble de savoir d'où lui vient son nom moderne; mais OB Mit que toute cette partie dtt pays iîta6e entre le Liban et la mer^ est le lieu que des récits ùtbnieux on astroDomiqiies, indiquent comme ayant été le tbéàtre des courses et de la morl d'Adonis le chasleur, aim^t pleuré par Vénus *. Le pays enfironnant est peu habité; il offre un aspect inhospitalier et sauyage, qui produisit sur nous une impresnon d'autant plus triste , que la nuit nous surprit en cet endroit 9 et que nous n'étions pas sans quelque Inipiîétude, oar nous arions encore pour deux iieures de marche avant d'atteindre Djebaïi. On dit que les sangliers sont très-nombreux dans les montagnes voisines, et que, pendant les hivers rigoureux, ils commettent de grands ravages dans la plaine. Les Turcs les détruisent, en s'embusquant, lorsqu'il fait clair de lune , derrière les rochers ; mais ils ne les mangent pas, car leur cbair, comme cette du cochon, est regardée comme immonde.
A la distance d'une portée de fusil de Djebaïl , nous passâmes à côté d'une andenne tour servant d'échauguette, bftiie sur un rocher qui domine la
^ Yoyex Appendice, a* 10.
mer. Les indigènes rappellent Berd|-uai-iienii« Mon
guide qui marchait en avant , avait Tair de causer avec nae personne placée dans la toor, naisraee^all .pour toute réponse à ses questions , un eish^ qui , dans le langage vulgaire do pays» signifie » < faai? ji Élonné de ce laconisme opiniâtre , je demandai à HasBali ce qne cela Toidait dire* Il me lépondilqve noire jeune conducteur s'amusait à inlerroger un écbo peor lequel ce lieu est reauorquaUe» ayant soin de finir chaque mot par la syllabe etsh. Les noms modernes d'un grand Boodire d'endroits da ee fÊft^ 9BÎ dés orignies tout amm tmiales, les anciens ayant été remplacés par d'autres tirés de Taspaal physique des lieux.
Nous n'arrivAmes A Djebaïl que fort avant dans la nuit. Mon guide me conduisit à un eoufunt oumonîte où je reçus un accueil très-obligeant. Las mwnes venaient de se mettre A taUe pour souper : ils s'excusèrent sur ie modeste repas qu'Us avaient A m'<^ir, regrettant que Theure avancée ne leur permit pas d^y rien ajouter. Je les priai de ne pas se mettre en peine pont moi, les assurant que, quoi* que Européen, je m'étais accoutumé, dans mes longs voyages, aux privations auxquelles on doi^siïatSiF'