‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 21 sur 68 · DJEBAIL · texte numérisé non relu

DJEBAIL

dre quand ou visite l'Orient, ils ne purent me donner un lit; mais je dormis fort bien sur le divan qm se trouvait dans la sall^ de réception. Mon compagnon de Toyage se coQclia sar le tapis qm était à mes pieds.

17 Octobre, — Djebaïl ou Gebjle, l'ancienne •Byblus» Tille maritime coDsidérablesous les rois d*Ânlioche, est entourée d'un mur de hauteur moyenne, id'taa mille et demi en circonférence et flanqné de tours carrées de distance en distance. 11 est possi- 4»le qae cesiotirs soient bâties sur les fondations 'des anciennes ; mais celles qu'on voit aujourd'hui sont assurément du temps des croisades. Djebaïl fut .^e des premières villes qui tombèrent au pouvoir des ebrétiens» et dans le cours des cruelles guerres qui sui^reni, elle partagea le sort des autres villes de la c6te. Son port est aujourd'hui comblé ; aussi ne '«'y fait-il plus aucun commerce. De grands espaces vides, autrefois couverts de maisons, s'offrent par- -tout à la vue; et la plupart des boutiques, dans le bazar, sont fermées. Le petit nombre d'habitans qui restent sont presque tous des maronites qui soignent quelques champs dans les environs de la ville dont le sol est particulièrement iavorable à la cul- \mc du tabac. -

Prefqne toutes les antiquités qu'on trouve à Djebaïl soot romaioes. La porte de la ville» la seule d^ailleurs qui existe du eôlé déterre, parait, d'après

les restes d'une ioscription gravée sur uoe pierre enfoncée dans le mur d'une maisoB tout prés de là, avoir été restaurée par Tempère ur Âdrieo. Un peu au sud de cette porte» est un ▼ieux cbàteau» de construction rustique , el dont les pieu es sont d une grosseur énorme. Du haut de ce cbàteau» on jouit d'une belle vue qui s'étend sur la plaine voisine et le long de la céte à droite et à gauche. Prés du couvent maronite» on remarque les restes d'une belle église qui paraît être d'une haute antiquité. Les murs sont ornés de sculptures adaptées dont quelques unes portent des inscriptions grecques. On trouve presque à chaque pas, hors de la vAle des tronçons de colonnes d'un beau granit rouge; mais ils sont grossièrement taillés et les proportions en sont mauvaises,

D[eba!l» est A une journée de marche de Tripoli.

Quoique ma destination fût pour cette dernière ville» je ne m'y rendis pourtant pas par la route directe» le long de la côle, moniotenliou étautde visiter d'abord le district d'El-Koura, babité exclusivement par une

TO BATftomi.

population chrétienne. U est situé au nord-est de jP!|ebaII.

Je suiyis toutefois jusqu'à Batroun, pendant en- Tiroo trois heures et demie, la route qui mène direc* tement à Tripoli. La contrée qu'elle traverse est Inégale et diCficile; car la côlOi dans cette partie, est formée de sables âecumulés |»ar les vents régnans d'ouest, et qui ont acquis la dureté du rocher. A l'est, une rangée de petites'collines entièrement nues, court parallèlement au rivage, laissant entre elle et la mer une plaine étroite, qui produit du coton et du tabac, mais dont la population est clair-sémée. C'est dans une de ces collines que se trouve la carrière de pierres schisteuses, qui portent Tempreinte de plantes, 4» poiasoBS et de coquillages* Comme j'en avais vu des échantillons chez un ami à Beirout, et que j'étais d'ailleurs pressé par le temps, je ne me détournai pas de mon chemin pour aller la visiter. Le territoire de Batroun commence à Djissr-Medfoun, è trois quarts de lieue environ au sud de la ville, et s'étend jusqu'à I]|Bbel-Nourye, qui forme k limite méridionale du district d'El-Koura.

Batroun, que Ton croit être l'ancienne Bostrjrs, est un peu à l'ouest de la route de Tripoli. On n'y trouve

lUT&OirN. 71

aucune Irace de murs ou d'édifices anciens; mais on y voit les restes d'un monastère du mojen-àge» qiii tombeiil en mines. Cesl le siège d*un érèché, et de même que Djebaïl^ elle donne sou nom À un prèiat maronite. LesbaUtans sont presque tous de cette aecte* llu'jr existe pas de port naturel; mais on a creusé dans le roc un bassin artificid, où un petit nombre de haleaux pècLeurs peuvent s'abriter dans les mauvais temps. Il ne s'y fidt par conséquent, aucun commerce. De même ({ue Djebaïl^ la ville, avec le territoire qui en dépend, appartient à Pémir Besbir; mais elle n'offre absolument aucune ressource. Il me fut impossible d'y acbeter ni pain, ni viande, ni poisson. Après une heure de halte, je reparlis, me proposant d'oUer coucber à Amyoun, si je pouvais y arriver à temps.

La route directe de Batroun à Tripoli traverse le Djebel-Nourje^ situé un peu au nord de la viHe, et qui forme le baut promontoire de Ras-el-Shakka % Ce promontoire est escarpé et raboteux. Sur son sommet, en face de la mer, est le célèbre couvent

* Maïudrell rapporte qoe ce promooloire eit oelol que Shaiin appelle 7«7«ef «ir^mr*» (le visage de Dieu}, cl qa'il dh éU'e le Ad do mont Liban.

7S, KALAAT-MASSABBHA.

grec do Belmbnt, fondé par un des comtes de i i i-

poli. De l'autre cùté, et en suiyaot toujours la côte,

on trouve à deux heures et demie de Ras-el-Shakka^

le village deKelemoD, vraisemblablement rancienne

Càlamos* De 1& à Tripoli, on compte environ deux heures de marche.

Ëo quittant la cùte, et en marchant à travers la plaine dans la direction du nord-est, je me trouvai, au bout d'une demie heure, dans une vallée étroite, appelée Wad j-Massabeha. Ce nom lui vient d'un ruis^ seau qui Tarrose en se rendant vers la mer. Le Djebel- Nourye, dont j'ai parlé plus haut, forme la limite septentrionale de ce ravin, qui, au midi, est borné par une montagne moins étevée. Au pied du Djebel- Nourje, est le village de Kobba, et près de celui-ci une vieille tour.

Nous traversâmes le ruisseau sur un pont de pieiTe, et après une heure de marche nous arrivâmes A un château de construction moderne, appelé Kalaat- Alassabeha, situé sur un rocher isolé, dans la partie la plus étroite de la vallée qu'il commande entièrement, car, en cet endroit, ellen*a tout au plus qu'une largeur de dix minutes. Ce rocher est à pic et inaccessible aux quadrupèdes. J'étais trop pressé pour

descendre de cheval el y mouter à pied; mais je m'arrélai quelc[oe8 minutes à contempler cette raine pittoresque, entourée de toutes parts de la plus riche végétation. Cette vallée solitaire est bien boisée.

Peu de temps après que nous eûmes dépassé le cbAleau, nous commençâmes à gravir la montagne située au nord. Le sentier raboteux qui serpente le long de ses flancs presque perpendiculaires^ est à peine praticable pour les mulets. Je crus que je succomberais de fatigue. Je fus obligé de mettre pied à terre; quoique ne pouvant presque pas marcher, D'tiyaiU rien pris depuis le malin. Au bout d'une heure d'une montée difficile» nous arrivâmes à uue belle fontaine, jaillissanl sousune voûte appelée . Ayn-el-Kbowedj. Nous fîmes halte en cet endroit, pour nous raffralchir et fumer une pipe, jouissance qoi^ dans l'Orient est, pour le vojageur fatigué, presque aussi grande que celle de faire un bon repas.

Après quelques momens de repos, nous nous remîmes en route, et nous errflmes pendant quelque temps au milieu de montagnes stériles et de sombres et tristes ruines, sans qu'une seule habitation s'offrit à la vue, et sans rencontrer une seule personne à qui nous pussions demander notre chemin. Plu-

74 Amroiiii.

sieurs fois» nous poussâmes tous ensemble de grands

cris, alla d'attirer l'attention i mais les échos des Yallées nous répondaient seuls» comme pour se moquer de notre embarras. iS ousfimes balte et nous nous assîmes par terre» commençant à éprouyer une assez yvfe inquiétude. Rien n'était égal au chagrin du pauYre Ibrahim; il pleurait amèrement» persuadé qu'il était que nous ne pouvions manquer d'être ▼olés, et qu'il lui faudrait retourner chez son maître sans les cheyaux confiés à sa garde* 11 y avait à k vérité de quoi avoir peur.

Au bout de deux heures et demie, guidés par quelques lumières que nous apperçiXmes dans le lointain, nous arrivâmes â Amjoun» principal viMage du district d'£l-Koura et résidence du gouverneur de la province. Toutefois» nous eûmes beaucoup de difficultés à nous procurer un logement^ et ce ne fut qu'après être restés exposés pendant quelque temps à l'air froid de la nuit» qu'on nous permit enfin d'entrer dans une maison inhabitée et complètement dépourvue de meubles. Les habitons étant pour la plupart des Grecs schismatiques» j'attribuai leur défaut d'hospitalité envers moi à ce que j'étais accompagné d'un Maronite. Dès que le feu fut

• AMTOUir.

allumé et que j'eus pris une tasse de café, j'envoyai moD guide acheter quelquet provisions. Au bout d'une heure» il reyint avec une demi-douzaîne d'œufs, du beurre^ un peu de pain grossier et une jatte de lait. Dans tout autre moment, j'aurais mandit mon sort, après une rude journée de marche ; mais, en eette circonstance, je n'étais pas disposé .à me Éiontrer difïiciie, ni à chercher querelle aux habitans pour le peu de bienyeUlanee qu'ils me témoignaient* Us entraient en foule dans la pièce où j'étais, s'asseyant sans être invités, et me demandant du tabac sans cérémouie. Lorsque j'eus fini de souper, je me déiiarrassai de tons ces importuns en les mettant dehors et en fermant sur eux la porte aux verroux.

19 octobre, — Je quittai de bonne heure ce miséra^ ble gtte. — - A une demi-heuiie d'Amyoun, du côté du sud-est, est le village de Bethiza. La vallée où. il est situé est arrosée par un de ces perfides torrena de montagne, qui paraissent assez paisibles en été». Daia qui| en hiver et dans la saison des pluies, lorsqu'ils sont grossb et débordés, portent le ravage et la destruction dans les lieux d'alenlonr. Les ruinea de plusieurs moulins témoignent de sa foreur. Oa

76 KBinrSAT-EL-AVAliYP.

le Homme Nahr-Aszfour. Près de ce village, mais eDUëreibeiit isolé de lout autre bâtiment, est un temple en raines que les naturels appellent Kenisaiel'Awamydf « Téglise des colonnes. > 11 est de forme à peu prés carrée, ayant intérieurement dix pas de lông sur huit de large. Le toit s'est écroulé ainsi que le mur oriental. Les trois autres sont encore debout; mais celui du c6lc du midi peuche un peu, ce qui semblerait indiquer qu'à une époque quel* conque le bàlimcnt ciilier a élé violemment ébranle par uo tremblement de terre. La façade du nord est oruée de deux enfoiicemens d'environ douze pieds de profondeur, et cintrées comme- des niches Jusqu'au toit. Le portique se composait de qualre colonnes coniques, d'environ dix-huit pieds de haut, faites chacune d'une seule pierre. Trois d'entre eHes sont encore debout. £n face de chaque colonne, est un pilaMre enfoncé dans le mur du temple. La porte et sa plinthe , formée d'une seule pierre , sont ornées de riches sculptures. An centre du bAtiment, s'élé?e un large et antique chêne , qui couvre le temple de son feuillage, et tient lieu de toiture. Tout cela forme une ruine d'un aspect singulièrement pittoresque. Comme c^était le premier mooument d*architectare

HAOUS. T7

Ifrecqoe qae je voyais depuis que j'a?ais quitté la

Grèce, je rcxamiuai avec ud intérêt tout particulier, et je restai loDg*tenips dans les eoTirons.

De là, nous primes la direction des montagnes au nord-est 9 qui formeot l*uiie des régions inférieures du Liban , et au bout d'une demi-beurc nous atteignîmes les ruines d*une ancienne TlUe que les indi* gènes appellent Naous , par corruption , sans doute, du mot grec qui signifie UmpU. On voit, en effeCy les restes de deux édifices qui paraissent atoir eu autrefois celle deslinaliou. Le plus considérable des deux s'élevait au mfiieu d'une plaee, longue de soi&anle pas sur cinquaale de large » entourée d'un mur construit en larges quartiers de pierres soignensemeut taillées. On entrait dans celle place par une porte qui est encore entière » et qui se compose de .deux poteaux droits et d'une plinlbe faite d une seule pierre» Le temple était bâti sur une plate-forme au ceolre de cette place. 11 n'offre plus aujourd'hui qn!un amas de décombres ; colonnes, chapiteaux et frises,, gisent péle-méle , entassés les uns sur les autres. Ces déhrb semblent indiquer que c'était un édifice d'ordre corynthien , quoique n'appartenant pas Murément aux belles époques de l'art. Le se-

DBIE SBMITRY

cood temple , qui esl beaucoup plus pelit » ê'éléwe à

environ cent cinquante pas à Test du premier. Cest un bAlUneiit obloag, eonatniil eu giOMes pierres cai^ réeSj et qui avait un portique orné de colonnes avec uo escalier par leqoel ou y montait. De l'emplace* ment qu'occupent ces ruines , on Jouit d'une belle vue de tout le Konni jusqu'à -la nîer.f ripoli se trouTÀ au nord.

, Deir Demitrjr , couTent dédié à saint Demétrius, 1^ des saints les plus vénérés du edendrier grec » est Tendroit le plus procbe qui soit babité. 11 est situé sur la pente de la montagne » k l'extrémité orientale de la plaine. Mous n'j trouvâmes que deux moines qui y vivimt dans la solitude et dans Ik pauvreté « mais qui néanmoins nous ofinrcntde partager avec eux leur modeste déjpÉuer, consistait en œuDs frits^ en pain et en }faghourt. Nous quittâmes le couvent vers midi et cheminant le long des flanoB de la montagne, nous arrivâmes en peu de temps à un village eonsidéraUe» appelé Kesbea. Au bout de vingt minutes, nous passâmes à côté d'un autre couvent, nommé Hantoura. Descendant alors dans la plaine, nous atteignîmes bientôt Keffer Akka, et continuant à avancer en longeant le bas de la mon-

msn EBIFTSIN. 79

tag&e, nous nous Irovvâmes aa ailiea dimmenses

plantaliuns d'oliviers qui couvreot tout Tespacc commis entre Ejebel Kella ausiid ellarÎTière Kadiiha. Je remarquai qu'on cultivait ici l'olivier avec autant de soin et d'attention qu'àCorfon et dans les antres contrées civilisées de l'Europe. On laboure la terre entre chaque plant 9 afin d'entretenir l'humidité , et on l'amasse au pied de chaque arbre , pour que le soleil ne puisse paft en attaquer les racines. Le dictrid, situé de l'aulre c6té du ra?in profond où coule la kadisha, s'appelle le Zawje. 11 est égale-* ment riche en huile et en grains. Les habitans son presque tous maronites.

Trois heures après ayoir travené le Tiliag e de-Beserma» nous arrivâmes à Deir Keiflein^ qui tire son nom d'un petit couTent grec, situé dans le foishiage. Dansle cimelièreattenaDtetquiestelosde murs^nous rcnarquàmes, parmi phisieurs tombes où reposent quelques Européens morts sur cette côte, un monument ph» beau que les «utms , constroit evmarbre» oiné de sculptures , et sur lequel est gravé une iaseriplion en anglais (avec la traduction latine à côté), rappelant les yerlus d'un nommé John Carew 9 natif du pays de Galles^et qui avait été consul britan-

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