CHAPITRE XIX
Les cèdres du Liban. — Leur nombre cl lenr aspect. — Je monlc au sommet da Liban. — Vue d'une -rasle étendue. — Vue rétrospective. — Contraste de la scène du côté de l'est. — La vallée de Baaibec, l'ancienne Cœlé Sjrio ou Syrie Creuse. — Descente à Ainctte. — Scène avec lo raulrlier. — Pays désolé. — Deir-e1-Akhmar. — Je traverse la plaine. — Arrivée à Baaibec. — Détail de ses ruines ma^ni* tiques.
25 octobre. — Je quittai Bshirraï au lever du soleil el je commençai, à monter vers le sommet du Liban. Au bout d'environ une heure el demie, j'atteignis un plateau de peu d'étendue, dont une partie, à droite de la route, parai ssciit être cultivée, quoiqu'on ne découvrit aucune habitation dans le voisinage. Il était arrosé par un petit ruisseau, dont l'eau était excellente et que je suppose être la source du Kadisba. Sur la gauche, et à peu près à une demi-lieue de la route qui conduit de Bshirraï, à travers la montagne, dans
llâ €È1>ftBS DU LIBAN.
la vallée de Baalbec, se trouve le célèbre bois des «ëdres^ — de ces arbres remarquables tant par leur taille et leur grande âge, que parce qu^iis desceodenl immédiatement de ceux dout il est si fré- ' quemment parlé dans l'Écriture «Sainte. Le Heu où ils croissent est si retiré que» sans mon guide, je les aurais probablement laissés inaperçus , mon œil avide étant constamment fixé sur la plus baule sommité du Liban. Ils sont d'ailleurs situés dans UD fond, — « humiliés » et « confus » — au pied de la partie la plus élevée de la montagne» qui forme en cet endroit un amphilhéâtre naturel s'ouvrant an sud. Vus de la grande route, ils semblent un massif de vieux chênes ù larges branches, restes d'une forêt qui auraient échappé à la hache ; mais» en m'en approchant de plus près, je pus mieux reconnaître leur mérite individueL Us paraissent apparlenir à diffôrentes générations. Des plus vieux, il ne reste qu*un petit nombre , sept ou huil tout au plus. Ces patriarches du monde végétal sont d'une atructure remarquable; ils ont quatre ou cinq troncs, chacun de la largeur d'un " gros arbre, sortant d'une seule base et s'élevant ensemble à la hauteur de dix ou douze pieds : après
CBDBKS MJ LIBAN. ^ 113
fuoi» Us comneocent à â*étendre horiiontaleoieiit. Je merarai la oirooii(l6ren«e de \*un à'enx avec le chàle que je portaû autour de ma ceioture el je tronvat à pea pvèa trente fiieds de toor. Set branehei en a?aieat Iroia fois autant. Indéj^damment de ces arbres monstrueux, il s'en trouve environ quarante à cinquante qui sont beaux et d'une belle venue, et un grand nombre d'autres moins grands fiarmi lesqueb se trouvent quelques peiils pins. Les branches et le feuillage des petits cèdres connen* cent près du soi et ils portent une plus grande quantité de fruits que les premiers. Les troncs des plus vieux sout couverts des ooms des vojageurs et des autres personnes qui ont visité ce Uea et dont quelques - uns remontent jusqu'au dix - septième siècle (1640) *. On enlève réeorce de l'arbre pour graver ces inscriptions, ce qui nuit beaucoup à sa beauté; mais il est souvent arrivé, lorsque ces incisions étaient faites pendant sa croissance , que l'é- Corée s'est refermée par-dessus.
* Ces arbres soot l'objet d'une vénération spéciale de ' la part des habitans des pays enyiroDnans, et on jour est consacré i c la Féte de§ Cèdres. » Tons les ans , le jour de U Tfaesaferalkm, tes claétiens visnnsnt iet céléèwr itee messe snr ao simple antel de pierre plseé sa pied d*en oédfi.
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A tout prendre, mon imaginalion profondément frappée s'attendait à Toir de plus beaux éehantîHoni de cet arbre majestueux ce désappoinlement, joint h celui que j'éprouvai relalivement à la place qu'ils occupent, me convainquit de plus en plus combien il est avantageux de voir les lieux et les choses de ses propres jeux. Quelquefois, il est vrai, la réalité reste au-dessous de Téchelle tracée par Tenthousiasme ; mais souvent aussi le voyageur est plus que récompensé de la peine qu'il a prise* En tous cas, à moins d'être un observateur négligent, il revient chez lui avec une connaissance exacte des choses, ce qui n'est pas une petite satisfaction pour lui et pour ses amis.
Les cèdres du Liban s'élèvent sur un terrain inégal, couvert de rochers et de pierres, et forment un petit bois d'environ un mille de circonférence. On ne les trouve en groupes aussi considérables dans aucune autre partie du Liban, quoiqu'on y rencontre parfois de jeunes arbres; mais leur petit nombre et l'avilissement auquel ils sont réduits ne donnent point prise aux sarcasmes des incrédules;
* Ahiei eedrus, le pUmt etânu 4e Llnoée. Yoyei Noie AdditionneUe B.
CftDUS DU UBAM.
bien an miraire» toot» dans leur état actuel, est fait
pour prouver la vérité, la justesse el la précision des |Mro|ihétie6 qui les concernent. « 11 restera si peu des grands arbres de sa forêt qu'on les compterait sans peine et qu'un enfant les dénombrerait. » (Isale, X, 19.) « Le Liban est dans la confusion et dans un état affreus. » (Isale, xxxm, 9.} « Ceux qui étaient les plus hauts seront coupés par le pied, et les iprands seront humiliés, a c Le Liban tombera avec ses hauts cédrei. j» (Isaffe, x, 33, 34. ) « Ses Ivanches tomberont de toutes parts le long des ▼allées; ses rameaux seront rompus sur toutes les roches de la terret et tous les peuples du monde se retireront de dessous son ombre*.» (Eiech., XXXI, 12.) Les habitans du pays les appellent An Libén.
Tandis que mon guide ramassait quelques bran* ches, que le vent avait fait tomber, pour allumer du feu dans le voisinage et préparer le déjeûner, je m*assls sous un vénérable cèdre, m'abandonna nt aux idées agréables qui se rattachent à ce pays célébré par les Saintes Ecritures, et dont les images se
* Voyei 11 Ole AddiUonnelle G.
SOMMBT DU LIBAN.
mêleot aux premières, peiotares de notre eofieince» Des cèdres, je regagnai là roDte qui pane par* dessus le sommet le plus élevé du Liban. Cette route étant extraordinatrement roide , tourne en spirale autour des flancs delà montagne, pour la commodité des bétes de somme cbargées de lourds lardeaux. Impatient d'arriver au sommet» j'escaladai à pied la partie la plus escarpée et, après une marcbe fati* gante d'une beure, j'atteignis un plateau d'une fiiible étendue. De cette position éleyée, la Tue est d'une grande magnificence. A droite» mon œil suit le front cbauve du Liban supérieur qui s'étend à plusieurs milles au sud-ouest vers la mer^ A sa base, est une masse de verdure ; c'est le bois de cèdres que je viens de visiter. La partie basse de la. montagne est an pays plus égal bien boisé et bien arrosé» et dont une grande partie est propre à la culture. A mes
* Lt charpente de toutes les montagaei de la ^yrle, fui panissent être une branche do Taoms, mais plus partleulièiement du Liban et de rAnti-Liban, est, selon Toln^» formée d'un banc de pierre calcaire dore, blanchâtre et len*
naote comme le grès, disposée par lils dirersement inclinés. Le seul endroit où elle soit de transition est dans les montagnes entre Djebaïl et Batroun. Aussi celte chaîne inférieure eit-eUe plus émouasée et sans pbjrsionomie aucune.