‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 31 sur 68 · ZAI1LB · texte numérisé non relu

ZAI1LB

iki

core d*autre8 blocs Uillés de même et posés debout à peu de distance les uns des autres. Dans la plaiDOy Tera le Bekaa et à peu près à une lieue de la ▼ille, se trouve un petit édifice octogone, probable* ment un temple, entouré de huit belles colonnes de granit, qui sont presque toutes debout, quoique le toit se soit écroulé* Les naturels le nomment Kubbet-Duris.

J'avais formé le projet de visiter Zahle en me rendant à Damas. Cette ville est à sept lieues sud-est de Baalbec, et passe pour être grande et agréable ; elle est bâtie dans une gorge du Liban, sur une bauteur escarpée, entourée de vignobles, et habitée par des cbrétiens (grecs-calboUques). Elle fait partie du territoire desDruscs. A une demi-lieue de Zahle, au sud du village de Kerak, se trouve le prétendu tom* beau de Noé. C'est une pierre tumulaire d'environ dix pieds de long , trois de large et deux de haut, enduite de plâtre sur toute surface* Elle est sur^ montée d'une construction longue d'à peu prés soixante pieds, taille de Noé, diaprés la tradition orientale. Les Turcs visitent ce tombeau , et prétendent que Noé y est réellement enterré. A deux lieues de Zahle et à une demi-lieue du village de

Ii2 Dl BAALBEC ▲ ZEBDBNI,

Farraly est le temple roiné , appelé Uemes-Mielui*.

Malgré le vif désir que j'avais de visiter ces divers lieux, le muletier, sans m'en donner aocone raiton plausible^ s'opposa à ce que je prisse cette roule. Je suppose que le téritable moUf de sa répugnance fut la crainte d*étre puni de sa conduite tyraonique, Zahle étant sous Tautorité de Témir Beshir , qui est connu par sa prédilection pour les Européens. Je fus donc obligé de prendre la route la plus droite, par Zebdeni, me consolant par la pensée que je serais d'autant plus tôt débarrassé d'un compagnon aussi désagréable que dangereux.

Comme j'allais me mettre en route , cioq ou six hommes armés s*emparèreni de la bride de mon cbeval , et demandèrent un caphar de douze piastres» au nom du Sbeikb*el-beled , ou gouver* neur du district. Je réclamai une exemption en ▼erlu de mon firman ; mais ils n'j eurent aucun égard , s*excusaut sur ce quMl était écrit en turc et qu'ils n'en comprenaient pas le sens ; « D'ailleurs j», dirent*il8, « vous êtes yétu comme un habitant du pays ; vous oe pouvez donc pas vous attendre à être

* Voyex Appendice, n» IC.

SB BAALBBC A ZBBDBBI.

aotorifé à prendre une double qualité. > Celle partie

de rargumcDt ne manquait pas de justesse j en conséquence, je me flentis forcé de céder. Mon oppoiîtion n'avait du reste été dictée que par le désir que j'ayais de ne pas établir un précédent pr^ndiciable aux voyageurs à venir, car, en vérité, la somme demandée était une misère* D'un autre c6té , ce n'est pas tant la yaleur du présent qu'on recherche , que le compliment qui est dû au personnage qui le réclame, et dont on ne peut s'abstenir, sans lui faire à la fois un tort et une insulte : Taccusation d'exaction et de conduite mercenaire dirigée si légèrement contre les autorités turques par les voyageurs européens n'est donc pas toujours justifiée par le fait.

La première partie de k route qui conduit de

Baalbcc à Damas suit le versant occidental de TAnti- Liban. Le pays est complètement aride , sans pAturages ni arbres^ et faiblement peuplé* Vers Zebdeni, les Tillages sont plus rapprochés et les collines couvertes de vignes depuis le pied jusqu'au sommet*. La quantité de raisin qu'elles fournissent

* Voyet Noie addlUoooelle D.

lU

ZBBDBNI.

dépasse de beaucoop les besoins des babitans, et comme on n'en fait point de vin , on convertit le sorplos en une substMice saccbarine et juteuse appelée dib$9 dont on se sert ponr suppléer an sacre. Ën arri?ani à Zebdeni, on passe à ç6té de grandes plantations de mûriers; elles sont encloses et Pon y entre par des grilles, spectacle inusité dans ce

On me conduisit chez le sbeikb. Nous le trou* Tàmes assis sor un divan qu'on aTait élevé autour du tronc d'Un immense sycomore, qui étendait ses branches à vingt métrés au mdns en tons sens

* Cespeclflcle me rappela le grand roi MintLonifréiidaDi la Jastice foot le chéoe du bois de Vinisennei. Dans les temps les plus reculés de riilstoliejai?e (ToyesDeal. xii, 19; Rolb» nr, 1) et pendant ploiteerB sMeles eoeore, les porttt d» la «<Us SUient les lietat où se rendait la josUce et où les babilans aTaieol la cootome de se rassembler. Là» les goerer-* neuFs et les anciens menaient ponr éconter les plaintes, pro<mnlgner les arrêts, passer les contrats de ventes de biens meubles et immeubles, et eu un mot faire toutes les affaires publiques du lieu. L'édifice était construit en conséquence ; c'était une chambre carrée ayant deux portes qui ne se trouvaient pas en face l'une de l'autre, mais sur deui côtés contigus : les autres côtés étaient garnis do bancs. La magnifique porte do l'Alhambra s'appelle encore « Puerto de la Juitieia, »

ZBBDBMI

Tout aopréft coulait un ruisseau» qui donoait de la fratcheur et de la Tie au paysage. Le sheikh tenait uo beau faucou sur le doigt et paraissait entretenir son nombreux auditoire de la chasse à Poiseau , amusement dont les Turcs sont grands amateurs. Il m'invita à m'assedr à côté de lui» et me fit apporter un nargileh ou pipe à eau et une tasse de café. A.prés quelques minutes de conversation sur les YOjages que J'avais déjà faits et sur ceux que j'avais dessein d'entreprendre encore » il me permit de me retirer. Je o'ea fus pas fâché; car, pendant que je causais avec la sheikh , je remarquai que Mustapha racontait la scène qui avait eu lieu entre nous dans la plaine de Baaibec, et plusieurs fois mon oreille fut frappée de certaines épithètes désobligeantes lancées contre moi par son auditoire.

ZebdenI est un village considérable, à peu prés à moitié chemin de Baaibec à Damas, et à huit heures environ de chacune de ces deux villes. C'est, en outre, un grand lieu de passage pour se rendre de Damas dans l' Anti-Liban et nke^venà. Cette montagne s'appelle dans le pays Djebel Zebdeni. Le grand concours d'étrangers donne à la ville un air de mouvement et de vie qu'on ne voit pas souvent

146 VN REPAS CUSZ LE SUfilKlI.

daDS ces coDtrées. Les habilaos, dont les Irois quarts sont miunilniaDS et le reste chrétiens > élèvent des bestiaux et des vers à soie : on j rencontre aussi des teintureriei. La ville se partage en hante et en basse. Chaque maison possède ud jardin abondamment fourni d'eau qui descend de la montagne»

En retournant chez le sheikb^ un peu avant le coucher du soleil , j'y trouvai un grand nombre d'étrangers prenant le repas du soir (el-dsha)» Il fut servi» selon la coutume du pays» sur un plateau rond de cuivre étamé [Hnevyeh\ de cinq pieds de diamètre et posé sur un petit guéridon (kourtie) élevé d'environ un pied au-dessus du sol. Les mets sont dressés dans des plats creux de métal , et chaque convive en prend à son tour* en plongeant le pouce et deux doigts de la main droite ( on n'emploie jamais la gauche dans ces occasions), et en retirant le morceau qu'il porte directement à sa bouche : on se sert d'une euniére de bois pour boire la sauce* Je m'étais familiarisé, quelque désagréable qu'elle m*ail paru dans les-commeneemensy avec cette manière de manger , qui est celle de tout le Levant , et, en cette occasion» j'aurais trouvé la cuisine excellente*,

' * Voyez Noie addUioODeUe £.

DE ÎCEBDEMi A DAMAS.

si la société m'eût également coDveau* Maïs il était évident que je n'étais pas en fayeiir anprés de mes hôtes , grâce à Mustapha , qui les avait prévenus contre moi. Gela me fat, prouvé non-senlement par Tabsence de ces petites courtoisies dont on use ordinairement envers les étrangers, mais ettcorc par les propos qui frisaieot l'insulte. Je résolus donc d'appeler à mon secours tout ce que je possédais de patience , tant pour le momout présent que pour le 'restant de la route jusqu'à Damas. SemblaUe au voyageur surpris par Torage, je ne cherchai point à détourner ce que Je ne pouvais éviter j j'essayai seulement d'en diminuer les effets , autant que cela était en ma puissance.

^octobre, — De]^Zcbdeni à Damas. — En quittant Zehdeni, je traversai d'autres plantations de mûriers, encloses comme celles que j'avais rencontrées en y airriVant du c6té du nord*est. Après une demi-heure . environ de marche , j'arrivai à Baroudji : là, je débouchai dans un pays plat et ouvert, appelé Ârd- Zebden! ; il peut avoir trois lieues de long, sur à peu prés une de large. 11 est borné à Touest par une branche de rAnti-Iiban. Ce pays me parut tout-à-fait inculte^ quoique le sol en fût bon et qu'îJ

DE ZEBDEKl A DAMAS.

fût arrosé par le fiarrada et par plusieurs autres ruisseaux. Au bout de cette plaioe élevée se trouve une descente d'une demi-lieue, qui conduit à une yallée plus basse, appelée Wady-Barrada, du nom de la rivière qui la coupe » et qui, dans ses chutes forme quelques jolies -cascades. Nous la traversAmes sur un pont nommé Djissr-es-Souk. Dans cette partie 9 qui fait Textrémité occidentale de la yallée , les montagnes se rapprochent de chaque côté et forment un défilé extrêmement sauvage et pittoresque. Sur la droite, et dans des lieux: qui paraissent tout-A-lait inaccessibles , on aperçoit cinq ou six cavités taillées dans la face escarpée du rocher. On dit qu'elles sont Tonvrage des chrétiensi à qui l'on attribue également la plus grande partie des anciens monamens de la Sjrie.

A un quart de lieue du pont, nous trouvâmes Es- Souk, lieu considérable , avec un marché ou foire hebdomadaire. En cet endroit, la vallée s'élargit.Trots quarts de lieue plus loin est Husseine , puis à une demi-lieue encore , Souk-Barrada , avec deux villages en face l'un de l'autre, de chaque cété de la rivière. Quittant Wady-Barrada, nous atteignîmes, après une heure trois quarts de marche, le village de

DE ZBBDENI A DAMAS.

Djadida, bâU sur le penchant d'une colline. De là, le Barrada «erpeote au rniHeu des wadys qoi te taecèdeDt rapidement les uns aux antres, el sont for* més par la branche la plos basse de rÂnli-Liban. Après avoir perdn de vue et traversé mainte et mainte fois celle rivière , nous arrivâmes enfin au DJissr-Dnmar , beau pont de deux areheSé Nous mimes pied à terre en cet endroit, et nous nous arrêtâmes pour nous lafratchir.

L'affluence des voyageurs sur celle roule nous avertit de t'approche de la capitale. Partout on ma saluait du » Selàm aleik,» car on ne se doutait pas que je fusse chrétien, et pour ne pas être reconnu » je m'empressais de répondre par le « Aleikoum es selâm.» Getto salutation que se font deux musulmans qui se rencontrent, quoique entièrement étrangers l'un â l'autre , a quelque chose de singulièrement agréable, et contraste d'une manière frappante avec la froideur qu'on observerait en pareille occasion dans des pays plus civilisés *. Ces complimens me

* «lapais toit sur voiislj» — a Sur vous toit la pais etc.!» Ce salut m i*adr«iMi Jamais par an maBnlmani une personne qa*U sait être d*uiie religion difréreale , ni par celle^i à an masaUnan. Si cela lai arrive par errear» raalre ne doit pas le

150 KAMAT-KL-KASH.

firent bien augurer dé la disposition des habitans de Damas envers les étrangers, et je m'attendais en consécfaenee à une aimable réception. La suite prou* ▼era combien mes espérances étaient mal fondées.

Dupont, laissant le Barrada à droite» la route conduit, à travers un sol pierreux et ioégal» au sommet de la branche inférieure de rAnti-Iiban. Non loin de l'eodroit où le Barrada sort des ^anlagnes, sur la crête d'une colline «jui semble suspendue sur la plaine, est un kubbé, ou sépulcre de quelque prétendu saint musulman. Qb lien se nomme El Kabatel-Nasr, ou «l'Arche de la Victoire, » et estlrèsfréquenté à cause de sa sainteté, de la pureté de Tair qu'où y respire et de la beauté du point de vue. Ici la vaste plaine de Damas, arec la ville sur le premier plan et le faubourg de Salahié à nos pieds , se déroule tout-Â"Coup à notre vue et frappe délîcieusen ment notre imagination.

L'heure est avancée , et le soleil qui disparaît du côté du couchant, jette sur la plaine une lumière douce et agréable, qui, à l'aide de la diaphane purelé

tendre. Alors le motii|naqt rfipare généralemeul m Craie endiiaat : « La paii Mil rar oom el ter loat les vrais adora-, teuri de Dleo. •

FSHilÉRB VUE DB OAMA». 151

de l'almosphère, me met à même de distisgoer les

objeU les plus éloignés. Rigoureusemeot parlant, la plaine est bornée par une ehatne de petites collines; mais que l'on disliogue à peine dans Timniense étendue de liioriion , et pour l'homme qui sort de ces montagnes 9 elle semble un yaste océan de terre , le commencement en quelque sorte d'un noureau monde. La ville est située à deux milles environ à Pest des montagnes » se cachant an milieu des Jardins dont elle est entourée dans un rayon assez ▼aste. Du sein de cette épaisse masse de verdure, dont les tons varient suivant les effets d'un soleil d'automne f des mosquées et des minarets sans nombre élèvent fièrement leurs tètes dans les airs, et luttent, en gr&ce et en élégance de formes, avec les plus beaux ouvrages de la nature. Le bruit confus de l'industrie , car en ce moment les habilans ont repris leurs occupations journalières, se fait entendre* distinctement, même à la dislance où je me trouve, et augmente encore mon impatience de pénétrer dans ses murs, quoiqu'il m'en coûte de quitter ce site délicieux.

La rivière de Barrada, le Cbrysorrboas , ou «rivière d'or >» des anciens géographes, ftsa soitio

PRBIIliRB VUE DE DAMAS.

immédiate d'uoe déchirure dans les monUgneSy se

divise en trois petits bras, dont le principal, celui du milieu, se rend directement à la ville, et lA est distribué aux différentes fontaines publiques, aux bains et aux citernes, tendis que les deux autres, l'embrassant A droite et A gauche, contribuent principalement à la belle végétation qui orne ses environs. Au sud-est de la ville» leurs eaux divisées se réunissent en un seul Ut, et après avoir coulé pendant l'espace de deux ou trois lieues vers les montagnesA 1 est, se perdent finalement dans un marais qui, vu d'ici, semble un petit lac *• Cesl bien Ajuste titre que ce pays a reçu le nom de Sham-es-shcrif, « le noble et beau, » et bien excusable est l'Arabe enthousiaste quand il lui donne Tépithète plus exagérée de

* Les noms d*Abaiui el de Pharphar, rivières d« Damat^ inUmement liées au Joerdain dans riiiiloir» iiciée (ii, Roli, V, 12) sont avXonrd'hai oonfoodui dans celoi du Bamda » qoi loi-mème casse d*étre une rivière à la sortie de la montagne, par la raison qn» nova avons indiquée plus hant Les babttans de Hamas ayant plus d'ans fois détoorné son cours pour la convenaace du moment , on ne peut s'élonner que des voyageurs modernes ne soient pas d'accord sur ceux de ses bras auxquels les noms qu'on IrouTC dans l'Ecriture devraient • appliquer.

SALAHlA

«Eden » ou (( Paradis terrestre car c'est en vérité un point de vue rare et délicieux*

Du Kubbc, je descendis au yilbge de Salahié^ magnifique faubourg de Damas au pied des montagnes de l'ouest, à environ un mille de la ville, à laquelle il est rattaché par des jardins, des vergers et par les maisons de campagne de la classe opulente.

Je n'ignorais pas que Damas était du petit nombre des villes de l'empire turc où le fanatisme religieux avait conservé une ligne de démarcation bien irucùe entre la partie mahométane et chrétienne de la populalion. Celle dernière est exposée à un grand nombre d'humiliations ; ainsi, par exemple, comme naguère au C lire et à Jérusalem, on ne lui permet pas de pénétrer dans la ville à cheval. J'avais intention de me soumeKre à celle inlerdiciion aux lieux convenables ; mais, étant fieitigué, j'en dififérai Texéculion jusqu'à ce que j'eusse alleiul les portes de lu ville. Malheureusement, mon interprète et mon domestique, qui étaient chrétiens, me trahirent en mettant pied à terre.

Pendant que je continuais nonchalamment ma

* Voyez Appendice, n* 17.

SALABli.

route> les devançant de quelques centaines de pas,

plongé dans mes réflexions, deux ou Irois Turcs, à figures sinistres, s'élançèrent vers moi, et, saisissant la bride de mon cheval, me denaandèrenl insolemment si je n'étais pas un « Djaour)» ou infidèle. Je ne balançai pas à avouer ma religion, mais je ne pus m'empécher de répondre, « Ana nazeran, djaour deyil » (Je suis un chrétien el non pas un infidèle). Je n'eus pas plus tôt lâché ces paroles que je fus violemment arraché de dessus mon cheval et salué d'une volée d'imprécations. Eu un instant, quelques centaines d'habitans s'étaient réunis autour de moi, et je commençais à craindre sérieusement une émeute, d'autant plus que mes guides, mieux en position que moi d'expliquer la chose, étaient beaucoup trop effrayés enx*mémes pour intervenir en ma faveur. Je me retirai en conséquence sur le cùté de la route, et, m'asseyant sur le bord, j'essayai de désarmer celle populace furieuse, en prenant l'attitude de la résignalion; car, tant que 9on (lostilité, excitée par des motifs religieux et

* <f II esl profondcmcnl ardigeanl de voir que la rcligioik, faite pour concilier leâ hommes, soU, au conlraire la princi- |)alç 0SOB9 de U férocité qa'ils monlrcul les un» envers les

SALAttlÉ. 155

qui n'avaient rien de personnel, se bornerait ft des paroles, je savais le cas que je devais en faire. Mais mon attitude |iacifique produisit sur eux un effet tout contraire. Cherchant un prétexte qui autorisAt leur conduite, ils découvrirent sur Tétoffe à fleucs qui formait mon turban, quelques endroits verts, couleur privilégiée, et aussitôt on me l'arracha. Un jeune polisson, que le diable emporte, encouragé par Toutrage qu'on' me faisait subir, s'approcha et me cracha sur la barbe. Ce dernier affront me Ot un moment sortir de mon sang-froid, mais je me rappelai sur-le-cLamp que la moindre riposte de ma part serait suivie d'une mort immédiate. Chaque homme avait un pistolet ou un poignard à sa ceinture, et il leur en aurait peu coûté de les tirer et de céder à l'impulsion du moment. Après en avoir appelé en vain à quelques sheikhs ou anciens qui étaient spectateurs de l'affaire, je me levai, et gagnai comme je pys les portes de la ville, suivi par une nuée

SQlres, ail fooml, en égale proporllon, les poisons et lei •nlidoCes. Eh qooll les mahomélans seraient des dieu et loos les latres hommes des chiens t Exisle-MI quelque bienfait qui paisse eootrehalancerrorgacil, la foreur, réiernelle hiimitié,

la destraction el le meurlre dont l'amc est empoisonnée par des dogme« aussi misanliiropiques ? » — (Brownc, p./iOO.)

156 ABRIVéB A D1MA8.

d'enfans cl de femmes qui me lançaient des pierres.

PendaDt toute cette époa?anlable scèoe qui duia au moins une demi* heure, les femmes, tchorruco réfèrent» ^ étaient eocore plus acharnées que les hommes. Je cnis un moment que j'alhiis périr aux portes de Damas du supplice de Saint-£tienne. Arrivé en cet endroit, le conflit cessa; néanmoins, j'eus la morliûcaliou d'être obligé do traverser à pied les rues et les bazars remplis de monde, mes habits et ma personne couverts de boue et d'aulres immondices» tandis que marchaient devant nous les muletiers montés sur nos chevaux, et Mustapha coiffé de mon turban. Il joua cette dernière scène de la « comédie larmoyante » avec une si grande insolence que je ne pus m'empécherde me joindre de bon cœur au rire que j'excitais, ce qui n'élonna pas peu ceux qui avaient les yeux fixés sur moi.

Excepté le khan, où un Européen serait exposé aux insultes, il n'y a pas à Damas, d'autre endroit où un voyageur puisse descendre que le couvent des Franciscains de la lerre-Saiote. U est situé dans le quartier chrétien. J'y fus conduit par mes muletiers; mais n'y trouvant pas les agrémens que je désirais, ni raccuoil que j'attendais, je pris mon loge-

meoi chez uoe famille ebrélienDe du ? oisiaage. Je découvris bientôt la demeure de mon ami Chesnej. Nous passées la soirée ensemble, nous racontant nos aTentnres réeiproqnes depuis notre séparation A Beirout. D'après son récit» il s'était trouvé comme moi dans des positions très-critiques. Un jour^se promenant seul dans les montagnes, il avait été pris par an parti de Metaweli» qui» après l'avoir dépouillé de tout» délibéraieol s'il oc valait pas mieux le tuer» quand son bon ange» sous la forme d'un pajsan arabe» apparaissant tout-à-coup* les força à décamper. Le lecteur aura déjà remarqué par quelques unes des p iges précédentes, que si Ton éprouve une grande satisfaction en traversant ces belles régions» ces sensations délicieuses sont souvent empoisonnées par de grands dangers ou de ▼ives contrariétés.

29 octobre. Ce matin» je rendis visite à M. Bodin» le seul agent des puissances européennes A Damas, où jamais consuls n'ont été accrédilés*; et aprèsluiavoir raconté Tindigne traitement que j'avais subi» la veille» à Salahié» je le priai d'exposer celle

* Appendice, n° 18.

affaire au pacha, afia d'allirer, s'il était possible, sur

quelques uns des fauteurs de cette iojusle attaque lapuDitioo qu'ils méritaient.

Ma conduite, on celte circonslance, ne fut pas dictée par ud motif de rancune , je n'en atais aucun, mais parle sentiment de ce que je devais aux voyageurs A venir. M. Badin, quoique je n'eusse point de lettres de recommandation pour lui, consentit à cette démarche avec un empressement qui fait hoaneur à son cœur. Le résultat fot que Mustapha , comme instigateur de toute Taffaire, re^ut sur la plante des pieds nus deux cents coups de hâton si bien appliqués qu'il n'est pas probable qu'il retourne à Tripoli comme il en est venu. Il fut en outre condamné à trois mois de prison ; mais, à mon inlcrces* sioD>^ on lui fit grâce de cette dernière partie du jugement. La nouvelle qu'un chrétien avait obtenu raison d'une insulte faite A lui par un mahométan, chose sans eiiemple dans les fastes de Damas, fut le sujet générai de la conversation dans les bazars, et l'on m'ayertit de ne pas quitter la maison au moins de quelques jours. Je me soumis avec répugnance à cette injonction et j'employai mon temps à mettre mon journal en régie.

Page 1