‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 35 sur 68 · UN CAMP ARABS · texte numérisé non relu

UN CAMP ARABS

Umes pour Sbaara> mais la nuit nous surprit en route. Heureusement une lumière que nous Times

à quelque distance nous attira vers un camp arabe de trois on quatre tentes. Nous nous décidâmes à j demander Thospitalilé , car il faisait beaucoup trop firoid pour passer la nuit en plein air^ comme nous avions coutame de le faire pendant l'été. LoDg>temps avant que nous fussions parvenus aux tentes, les cbiens vigilans des Arabes nous avaient aperçus, et par leurs aboiemens avaient averti leurs maîtres de notre approche. Noos ne nous serions pas hasardés à passer à travers un troupeau de moutons qui étaient couchés en avant des tentes » si un des hahitans du camp ne se fût avancé pour s'informer de la nature de notre viâte. Lui ayant dit que nous étions égarés et surpris par la nuit, il nous fit unac» cneil cordial , et nous conduisit à la tente du sheikh son père, vieillard à l'air vénérable, qui, après le repas du soir qu'il venait de terminer, était assis avec quelques autres Arabes des tentes environnantes, autour d'un feu brillant. N'étant pas atten* dus, on accommoda pour nous un plat de hourgoul *,

* C'est da froment brojé, boailU avec da levain et séché ensuite au soleil. Ainsi préparé, Il se garde pendaotaoan; oo le (ait Caire avec da beurre comme le pilau.

TKNTB8 DSS ARABES

qu'on nous servit avec du pain (jkhubz). Ce pain est sans levaiD, el fut pétri devani nous en gâteau rond, cpie l'on mit cuire sur la cendre, sur une plaque de 1er eonvexe; le tout ftit prêt, quelques minutes après notre arrivée.

Comme e*était la première fois qne nous voyions des Bédouins ehez eux, nous remarquâmes plus at* temivement divers détails de leur manière de vivre. L'Arabe appelle sa lente sa maison (beit). La couverture {zhah$r'el4teii) est formée des pièces d'une étoffe noire faite avec du poil de chèvre, cousues ensemble» selon la profondeur de la tente. Quelques tentes sont d'une étoffe de poil de ebévve noire et blanehe. La pluie la plus forte ne peut y pénétrer. Elle est sontenne par neuf perebes ou poteaux (amottd, colonnes), trois au milieu, trois devant, et trois derrière. Cbacun de ces poteaux a son nom distinct. Ceux du milieu, ont sept pieds de haut, et les autres seulement cinq, ce qui oblige les arrivans à se baisser un peu. La tente est ouverte par devant et fermée sur les côtés et par derrière, pour défendre du vent. Elle se divise en deux parties ; l'appartement desbommes (mekatd'raMaa) , et celui des femmes (mAatrem) , qui sont séparés par un tapis

MOBDRS PATEIABCHALBg

de Uioe blanche tendu en iravers de la tente , et attaché au trois poteaux du milieii. Quelquefois on pose dans rappartemeut des hommes un tapis où ils s'étendent appujéi sur les bâts, sur les sacs de blé et sur les bagages empilés autour du poteau centraL L'appartement des femmes renibrme labatterie de cuisine, les outres à eau et à beurre , les provisions, et tout le menu mobilier de la tènle* Nous offrîmes à notre hûle quelques grains de café, qu'il accepta ; Il en mit une partie dans nne cuillère à pot en fer et la fit briller sur le feu allumé au cenlre de la tente, en ayant soin de la remuer avec une baguette de bois; on la broya ensuite dans un mortier de bois (me/ia5edj) avec une barre de fer» puis on le fit bouillir dans une cafetière de métal (deUef-eUoikwe) dans laquelle on jeta de Teau^ où l'on avait laissé tremper d'ancien marc. Les Bédouins font toujours le café en présence des personnes à qui ils veulent roffHr* C'est ime espèce d'attention de la part de l'hôte, envers ses convives , et dont on attribue l'origine à l'usage de servir du poison dans one tasse de ce breuvage.

A la vue de ce groupe patriarchal de descendana directs d'bmaël, mon esprit me représenta leur grand

SMAARA

aBcétre, le fondaleur de la natioa Israélite, se reii* dant des contrées au-delà de rEupbrate au pays de Canaan; et comme, dans TOrient et surtout dans le désert» les mosars subissent peu de cbangemens , U est probable que ce qui se passait aujourd'hui devant moi , ne différait guère soit dans son ensemble » soil dans ses détails , de ce que l'on voyait il y a à peu pfès quatre miDe ans«

Z novembre, fious quiUàmes le camp des Arabes aranl le jour et errâmes, au clair delà lune, pamri les rochers jusqu'à Shaara , qui est à environ une lieue el demie de Missema. Cette ville était autrefois importante. Elle est bâtie sur les deux flancs d'une profonde wady (vallée) , à la distance d'une demi- Heuc de la plaine cultivée, et au milieu d'un war aride et dépouillé. Le Ledja, dans toute son étendue, ne présente réellement qu'un pays uni, couvert de tas de pierres noires et de petits rochers de forme bizarre, sans un seul objet agréable sur lequel Fœfl puisse se reposer. Cette ville renferme les ruines de plusieurs édifices vastes, mais mal bâtis. Dans la ville haute, se trouve un ancien monument, de trente-six pieds sur quarante, avec des arcades posées sur des colonnes distantes de dix ou douze

SHAARA.

pieds Tune de Taulre, et qui sert aujourd'hui do mosquée. Au-deMus de la porte occidentale est une iascriplioD arabe ; au-devant de Celte porte» ii jr a un portique Toûté» et à quelque distance une tour de quarante pieds de haut* Dans une grande partie des- maisons» nous trouvâmes de gros tas de terre saline, contenant du salpêtre, ou, comme rappellent les Arabes» iHe^À baraud, c'est^-à-dire sel A poudre à canon *. La plupart des maisons sont dans un bon état de conservation. Les murs sont bâtis en pierre de taille qui n*est autre cbose que le tuf pierreux noir qui couvre le pays^ et qui est k seule espèce qu'on y rencontre* Les traverses dû toit» qui est plat, sont de la même matière» ainsi que les portes. Celles-ci sont tantôt à deux battans et tantôt d'une seule pièce : elles ont quatre pouces d'épaisseur et environ quatre

^ c On là jette dsns it giandt vaiMeàox «Éè bols, percés 4e pMfli Irons d'un oftté, près de fond. On y verte eos^ile de l'eau qai ûltre par les Irous dads an vaisseau placé andestoBS, d'où on k tnatvaae dans de grands ehaudroni de enivre; on la fait booillir pendant vingl-qaaire beoresj poft on la laisse k l'air , et les parois des cliaodrons se ècayrenl de crisUllisàtions. » (Burckhardt, page 114.) n. 12

KUABEB.

pieds de haut : elles louroenl sur un pivot taillé dans la pierre du haut et du bas et fement en de* dans par une chaine de fer. Lesrnes de Shaara sont taillées dans le roc massif ; on a aplani les inégalités et rempli les creux avec de la maçonnerie. Partout on distingue les traces des roues qui la sillonnaient antrefofs. NoQs ne rencontrâmes pas un seul babi-> tant, quoique ce lieu ne parût avoir été abandonné que depuis peu de temps. Quand Burckhardt le visita (en 1810), il y trouva une centaine de familles drases et chrétiennes.

De là, nous nous dirigeâmes vers Khabeb, autre village considérable, ébigné de quatre Menés» et habité en grande partie par des catholiques chrétiens. Le sheikh est un druse qui connaît parfaitement le pays et qui ferait un excellent guide sur la route. A environ une lieue de cet endroit, j'eus une nouvelle attaque de fièvre qui m'affaiblit si fort que ce fut avec la plus grande difficulté qu'on me soutint sur mon cheval jusque chea le sheikh.

4 novembre* — A deux lieues de Khabeb, on trouve Mehadj et, à un quart de lieue plus loin, nous traversâmes Keralha ou Gerathaprès duquel existe une belle source appelée Raud,où de nombreux ber-

ARRIYÉE A £2RA.

gers viennent abreuver leurs troupeaux. On puise !'«•« dans dea aeaas de ouir, et on la TÔne dana dea bassins de pierre où les chameaux la boivent. Un larga escalier conduit an pnita. Noua nova arrétâmea un peu ponr fiiire boire nos chevaux avant de leur distribuer leur pâture. On leur donne de Toige une seule fois par jour» le soir. Environ dix livres for^ ment leur ration journalière. On la met dans un sac appelé àlikf qu'on leur attache autour du oou. £n arrivant au ternie de la journée ^ on les promène un pieu jusqu'à ce qulla aoient raffétèhia, nais oa ne les panse jamais.

Une Jieure après, nous atteignîmes Eara, où nous descendîmes chez le prêtre grec qui avait accompagné Burekbardt et Saetaen dans quelques parties du Haouran. Les prêtres en ce pays ne se distinguent par aucun costume particulier, si ce n'est le turban bleu foncé qu'ils portent généralement. Les hahitans, qui sont presque tous fellahs ou cultivateurs, s%abîl!ent tout-à--liiît comme les Bédouins. Je fus singulièrement frappé des manières indépendantes des chrétiens en présence des Turcs. Dans le Haouran, la différence de religion ne parait apporter que des nuances peu sensibles dans la condition

politique*. G'esl ici que commeDce la plaine du Uaouran, cfui est coupée par un gr^uid nombre do montagnes isolées, sur le penebant ou au pied desquelles se trouve la plupart des villages. Parmi eenx-ci» Esta est Pon des plus considérables, quoi* ^u'ilsoit situé dans l'intérieur des limites du Ledja. On y compte à peu près cent cinquante femiHe» turques et druses^ et environ cinquante chrétiennes (grecques)*

EzRA, 6 novembre» — Ce matin, nous sommes sortis pour visiter les antiqwtés de cette ville jadis célèbre 9 l'ancienne Zarava. C'est encore aujourd'iininn des principaux viUagesdii Haouran. Les raines occupent un espace enclos de trois à quatre milles de circonférence. Les plus considérables se trouvent au sud-est du village actuel. On nous conduisit d'abord à une rangée d'édifices qui, à en juger

* a Quand une querelto s'élèye, le chrétien ne craint pas de frapper le Turc et de maudire ta religion, liberté qui, danslei aniret villea de Syrie, l'eipoieraU à la peine de mort, 00 du moloi an palesiient d*oiie amende eonaidérable. Bei ioaffranoes et dei dangers eommiiiu pwrenC él«e l*orlgine de oetle toUranee des Turoa enven let ehiétlena; elle est encere poeiiée plus loin par les Dreiea, qui montrent on égal leipect poor lei deox rellg lem. » — (Barefcbardt )

BZRA.

parieur grandeur et leur soliditô, paraissent mir été le séfoor de personnages de disHnetîon. Les habitans d'Ëzra les désignent sous le nom de Serai ou Palais* Au centre de la partie de la TÎlle babitée aujourd'hui, sont les ruines d'un aulro grand édir fiée iiuadrangulaire, dont le comble se composait de treize rangées d'arcades, cinq dans chaque et paral-»lèles les unes aux autres. U n*en existe plusaujonr* d'hui que trois: le centre, le toit, les colonnes et tout s'est écroulé* C'était, évidemment, un Heu consacré au culte des chrétiens. A l'ouest de ce bâtiment, est une tour carrée qui parait d'une date plus récente, et qui a probablement servi de beffroi. Au sud du village est un édifice dédié à St. George, ou £1 Khouder, comme rappellent indistinctement les mahomé* tans et les chrétiens. C'est un bâtiment carré de quatre-vingt-dix pieds sur chaque lace, avec une saillie semi -circulaire à l'est. Le toit en est voûté et soutenu par huit colonnes carrées placées en cercle au centre de l'édifice, et liées les unes aux autres par des arceaux. Devant cet édifice est une petittf cour pavée qui sert aujourd'hui de lieu de sépulture pour les prêtres grecs d'Ëzra. L'église dans laquelle les Grées célèbrent le service divin est un bàthnent de

BZRA.

foime ronde, dont le toit est tombé» et dont il ne reste que les murs extérieurs. Elle est dédiée à St. Ëlie. Les reines d*£zra sont considérables mais n'offrent que peu d'intérêt. A cliaque pas dans la Yille on rencontre des pierres cbargées d'inscriptions grecques, les unes couchées sur le sol, les autres faisant partie des murs des maisons. Souvent ou les place comme linteau au-dessus des portes en forme d'oroemeoty et quelquefois sens dessus dessous, car cette langue est absolument inconnue aux babitans d'aujourd'hui.

11 n'y a point de source à Ëzra; mais on y trouve plusieurs grandes citemes appelées h^keU. Dans tout le district pierreux du Ledja» et principalement dans l'intérieur, les villages recueillent aussi, pendant les pluies d'hiver» l'eau dont ils ont besoin; mais comme une grande partie de ces réservoirs se dessècheut oalurellemeot en été» les babitans sont alors obligés de se retirer dans quelque autre partie de la contrée jusqu'à ce que les citernes se remplissent de nouveau ; et quelquefois même ils n'y reviennent jamais *, Le Ledja extérieur, appelé Loehf, se dis-

* « Les pajsaot du Haoaran errent de village eo village où: ils troovcnt tonjoun à loger commodément dans le^ m^l-^

KXEA.

tîDgiie de rialérieiir par um fol beaucoup muiBa

pierreux et plus propre aux pâturages.

En iqtprochftui d'£irt> noua traTeriAnea ploaienn

endroits où se fabriquent des meules de mouKn. On les tire horizontaLement du rocber où elles laissent des cavités de quatre à cinq pieds de profondeur sur autant de circonférence, et on les transporte ensuite dans les TÎUes environnantes pour y être acbeyées. Elles sont très-estimées à cause de la dureté de la pierre qui est le tuf pierreux noir dont tout le llauuran est couvert.

Je revins de bonne beure à la maison» pressentant un accès de ûèvre, car c'élait mon mauvais jour. U ne manqua pas en effet d'arriver à la minute précise (neuf beures), nonobstant les doses réitérées de quinquina que j'avais prises la veille. Quoique moins violente que d'babitude, elle me retint cbez moi toute la matinée. Cbesnejr, de sou cOté» partit

soDS abandonnées ; un chameau (ransporle leur famille et leur bagage. Gomme ils ne tout attachés à aocao lieu par des propriétés foncières ou des plaulalioDS, et comme ils Uroovent partout de vastes champs à colUver» ils n'éprouvent

aocune répugnance i quitter le village où ils col vu le jour« >k CBurciLbardt, 221, 223.)

184 BZIA.

ponr courir le pays, après être conveDu de me rejoindre à Sholiba. H était accompagné de i*oncle du prêtre, vieiUard de soixante à soixante-dix ans, el à peu près d'aussi mauvaise foi que son noTeu \

* Yojez Barcl^hardt, pp. 09 el 84.

GUÂPiTRE XXII.

P'Esra à Shohl». — Bonuer. — TroopM d*oiMiai appelés luttas. — Sedjeo. Medjel. — Rima-El-Loehf. — Xyn Mourdouk. — Dhami. — Om Ez-ZcHoun. — Habitant du ilauuran. — Impôts oppressifs. — Affreux aspect du Lcdja.

. Villages abandonnés. — Manière de bâtir les maisons. — Ameublement. — Shohba. — Saleim. — Aal)l. — Kanouat. — Soucida. — Description des antiqailét ro-^ maioes qui se trouTCOi dans les villes ci-dessas.

6 novembre. — Je quiUaiEzra uoe heure avant le jour, afin d'arri?er avani la nuit à Shohba» où j'étais sûr^ dans le cas où ma maladie se prolongerail, de trouver un logement confortable. Pendant celle longue routc^ qui dura la journée entière, ju passai par une suite de villes et de villages tous bâtis de celle pierre noire parlicuUère au pays, mais qui ^e présentaient du reste aucun intérêt local, il suffira donc de les énumércr aussi sommairement que je les examinai moi*ménie. La singulière uniformité

Diyilizua by GoOglc

186 HABITANS DU HAOUHAN.

de ces sombres villages qui ne sont animés ni par

des boutiques ou des bazars à rinlérieur, ni par des arbres, des jardins, ou une végétation quelconque i l'exlérieur, jette dans l'esprit du voyageur uue espèce de mélancolie difficile à décrire. Nous en traversâmes un grand nombre où il u'y avait pas un seul habitant pour en indiquer le nom à Té* tranger.

Cet abandon, qui se fait remarquer dans tout le Haouran, et souvent dans le voisinage des plaines cultivées, peut être attribué à trois causes : 1" A rénormité des taxes prélevées sur les foihansi ^ Aux contributions exigées pour nourrir les soldats en marche ; — 3^ Aux tributs prélevés par les Arabes. La première de ces taxes se nomme miri. Chaque village est porté sur les livres du pacha pour la somme que son territoire peut produire, quel que soit d'ailleurs le nombre de fedham (couples de bœufs) qu'on y emploie. Du moment qu'une somme est ûxée, si le village se dépeuple, les habitans qui restent doivent trouver entre eux la somme à laquelle le village a été imposé par le cadastre qui se conserve à Damas ! Les frais de la nourriture des soldats eu marche et la fourniture de*

HABlTâNS DU HAOUBAH.

l'orge pour leurs cheTavx sont non-seulemeiit trèsonéreux, mais encore extrémemeot vexaloires par lenrmode de peroeption. «J*ai tu le passage des

troupes aussi redouté que celui d'une nuée de sauterelles, et dans cette oceasioii, le prorerbe anglais « Dieu me garde de mes amis, etc. » pourrait être jusiementappliqué La troisième et la plus lourde contribution payée par les villageois est le khone (fraterDitè)^ tribut exigé de temps immémorial par les Bédouins, en retour de leur protection ou plutôt de leur promesse de s'abstenir de toucher aux moissons ou de Toler le bétailf • Toute localité paie le kbone à un sheikh de chaque tribu; ce chef la reconnaît pour son ukhia ou € sœur, » et s'engage à proléger ses habilans contre tous les membres de sa tribu. Indépendamment de ces trois genres d'impôts, il) a encore les avanias ou coiitribiilions extraordinaires prélevées d*après le caprice du pacha et qui n'ont de bornes que son bon plaisir, ou l'impossibi- Mté depeiceToIrla somme imposée. Ainsi, Toppres-

• Borckhardt.

t Ce tribut n'a-t il pas beaucoup de rapport avec celui de blackmail, dont il est si souvent question dans les romaos 4e Sir Walter ScoU?

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