CHAPITRE XXm
Boszra. — Villages du Djebel Haouran. — De Soueida à SbemskeÏD, le loDg du Loehf. — Noas prenons une escorte arabe pour aller aa sud. — > La trîba de Bcni-Szakhr. — Arinet àet fiédonins. — Jumens bédoaiiMa,— EtoIuUoim éqMsIfei.— 1h«a, Tancien Edrei.— Un biTOotc. — Repu de Doit. — La rivière Zerka, le Jabock de rBeritare. — ▲frlvée i AmmaD, l'andemie capitale des Ammonitei.
10 novembre. — Notre intention était de nous
rendi e de celte ville à Boszra, rancienne capitale de la province et la principale ville du Haouran, où sont plusieurs édifices parfaitemeut conservés*; mais on noua assura que le pays qui Tenvironne était trésdangereux. La même difficulté nous empêcha de pousser plus avant dans la montagne, l'ancienne Atsadamum, dont on dit que le versant oriental est garni d'innombrables villages bâtis en pierre, mais
* Yo^ei Appendice, 22.
212 PLAINS DU HAODEAN.
toipbaDten ruine» ayant été abandonnés à cause
des cxaclions des Arabes du désert auquel ce pays est conligtt Le sheikh se refusa absolument à nous donner une escorte, prétendant que^ comme nous lui avions remis des lettres de recommandation» il se regardait eomme moralement responsable de tous les malheurs qui pourraient nous arriver. Nous nous en laissâmes dissuader d^autant plus facilement» qu*on nous insinua que nous pourrions effectuer ce Tojage par le moyen delà tribu des BeniSzakhr, dont on trouvait toujours une partie à Shemskein» sa principale résidence en été» quand elle est en paix avec lepadia. . Nous partîmes donc ce matin môme pour cette der^ niére yille.
Au lieu de prendre la route diroclc à travers la plaine» nous suivîmes les frontières du Ledja appe* lées le Loehf, jusqu'à Ezra, passant par Rima, Medjel et Sedjen. Du c6té du sud, nous avions à nos pieds la grande plaine du Haouran» et Tœil» vu l'égalité du terrain» pouvait l'embrasser à peu près dans toute son étendue. Le sol consiste en une belle terre noire Irès-profonde» mais qui parait aujourd'hui aban-
* Yojes AppeDdioe» d** 23.
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donnée. Dans le temps oû oetlè plaine étakcnlUvée par les nombreuses et industrieuses colonies romai* nés qui habitaient autrefois ees eontrées* le taMeai» devait cd vérité être à la fois agréable et imposant pour le voyageur qui, de ce site élevé, jetait les yeux autour de lui, et contemplait les moissons dorées ployant sous la brise, et, semblftblea aux doiioesondnlalions du vasle Océan, n'ayant comme lui d'autre limite que l'horiion.
A Ezra, nous tournâmes vers le sud-ouest, et en deux heures nous atteignions Shemskein, un des principaux villages du Haouran. Il est situé sur la route du pèlerinage, sur on terrain on peu élevé, an pied duquel coule le Wady Hereir. Le sheikh- de Shemskein a le titre de Sheikhrel-Haouran, et tient le premier rang parmi les sheikhs de TÎHage du pays ; il est» en conséquence, l'arbitre des, contestations qui s'élèvent entre ces chefs et les paysans. A répoqoe du Uadj, il ramasse, dans le Uaouran et le Djolan, quelques centaines de chameaux pour accompagner les pèlerins à la Mecque. Son revenu est très-conai* dérable. En arrivant, nous eûmes une peiné infinie à nous procurer un logement pour la nuit> le sheikh prétendant que sa maison était pleine ; et comme nous
214 DlIPABT FOUK LE SUD.
é lions sur la route du Hadj» les habilaos n*en étaient
que plus mal disposés envers nous, vu notre qualité de chrétiens. Pendant que notre guide était en quête d'uo logis, j'eus beaucoup à souffrir du froid auquel nous étions exposés. Cette TÎlle étant sur une hauteur, le vent y est excessivement piquant, et j'étais mal pourvu des vétemens nécessaires pour passer la nuit à la belle étoile, dans le cas où nous y serions forcés. Enfin, nous dûmes & l'espoir d'une ample rémunération plutôt qu'à un sentiment d'bumanité, la permission de coucher dans une petite chambre noire que le bétail traversait pour passer dans une autre pièce intérieure, la plus chaude des deux. Notre argent nous procuca aussi de quoi nous fure à souper. ,
11 fioeem6rs. — • Ce matin, nous descendîmes dans laplaine où était campé le chef arabe qui devait nous escorter dans notre excursion vers le sud. Notre guide druse, sheikh Warfa, refusa de nous accompagner dans cette partiè de notre voyage où le danger devenait plus imminent, mais il offrit de faire tontes les dispositions que nous jugerions nécessaires poumons faciliter le moyeu d'atteindre au but que nous nous proposions. Les noms de tons les lieux
LA TAnU BB BBIII-SIAKHE. 215
que nous déflinonsTisitor fareot écrits en caractèrei arabes. Celle liste comprenait Djerash» Om Keis, Amman et tontes les intéressantes mines qui s'étendent jusqu'à Om<«l-Resza8z au sud» et le Jourdain à Tonest. Pour cela, Hatib ( c'était le nom du cbef arabe) demanda la somme de quarante piastres d'Espagne on six cents piastres turques, somme considérable pour le service qu^il devait nous rendre ; car nous découvrîmes par la suite qu'ils étaient à la veille de partir pour gagner leur camp d'biver, qui se trouve sur les frontières dn désert an sud-est d'Amman. Dans cette somme, étaient comprises notre nourriture et celle de nos cbevaux. Les Beni SsaUir sont une Iribu d'Arabes libres. Suivant Burckhardt, ils errent dans la plaine entre la quatrième et la cinquième slation du Hadj , et de là s'étendent à Touest vers les montagnes de Belkaa. Le pacba» (celui de Damas) les emploie à la défense des caravanes contre les autres tribus, service pow lequel ils reçoivent des sommes considérables.
Vers deux beuresde Taprès-niidif ayant appris que nos amis levaient leurs tentes, nous nous dépécbàmes de descendre dans la plaine pour nous joindre à eux* Ils formaient un corps d'environ
216 LA TRIBU OB BBMI-SZAKUR.
trente hommes» tous arniés de laoces, d'épèeset
de pistoieU. Les lances {ramoM) ont dou^ pieds de long et sont faites d*ane espèce de bambou avec une poinle de fer ou d'acier aiguisée , cl à l'exlrémité opposée , une anlie pointe de iet pour ks ticher CD lerre. Près de la partie supérieure esl unè touffe de plumes d'autruche noire» emblème de mort. Ils avaient en ou Ire des sabres {scif) dans un grossier fourreau de cuir, qu'ils ne quittent jamais* Quelques uns a vaieol à leur ccialure des poignards courbés (stfcfttn) et des pistolets. Cette dernière arme csléUaDgèrc au véritable équipement bédouin et n'est portée que par ceux qui sont au senîce du pacha. Ualib, leur cbef^ jeune bommc d'une beauté remarquable, se distinguait par un kombaz de soie et une pelisse doublée de fourrure. Ses Irails allestaient que le vrai sang bédouin coulait dans ses veines. Comme tous ses frères du désert, il était d*une taille m^^yenne , bien fait, mais minoe; son teint élail basané; ses yeux noirs, pleins de feu et d'un brillant qu'on voit rarement dans le nord» étaient ombragés par d'épais sourcils noirs; il avait le nez aquilin , les cheveux noirs, la barbe courle et rare, ils ont tous de très^belles dents, ce qu'oa ^
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allriboe à la Bâtiire de leor régime , qui se borne presque exclunTement A des subslaoces farineuses» avec do lait et du beurre.
£a deux heures, oous aUeignlmes Daal. Le sheikb de ce village» dont les babitans sont fellahs , nous reçut dans le medbafé ou salle des réceptions publiques. Idy comme partout atHean, une allocation, à laquelle contribuent tous les habitans , csl accordée à ce chef, pour l'aider à faire Dm» aux dépenses occasionées par les élrangers qui viennent le visiter. Ce serait une insulte de la part de ceux-ci d'offrirde Targent , car un vojageur reste rarement plus d'une nuit dans le même endroit.
Âu coucher du soleil , on apporta un immense bol de bourgoul, qu'on déposa par terre dans un coin de la salle. Les Beni-Siakr s'assirent autour du plat en aussi grand nombre que le cercle le permettait, faisant ensoile place aux autres quand les premiers étaient rassasiés. Les Arabes plongent toute la main droite , la gauche restant inactive , dans le plat ([ui est devant eux; ils pétrissent le riz en boulette aussi grosse qu'un œuf de poule ; après quoi, ils l'avalent. Cette manière malpropre de manger, dégoûta beaucoup le pauvre Chesnej, et le sheikb, s'en
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étaot aperçu , mît une portion poar nous àm «n plus petit bol^ en nous prévenant que nous pouvions le manger à notre mode. On voyail» du reste, que nos belles maoières excitaient toute sa compassion. Les Arabes se lavent les mains avant le repas » mais rarement après. Le savon est peu en usage dans le désert, i/habitude dégoûtante de l'éructalion après le repas y esLuniverselle>ce qui vient probablement de la précipitation avec laquelle ib mangent, car ils restent rarement plus de quatre ou cinq minutes à table. Us ne parlent jamais en mangeant. -Le souper fini 9 on servît le café, et on se mit à fumer et à causer, ce qui dura à peu près une beure; après quoi, chacun s'enveloppa dans son mashlakh et s'étendit sur une natte pour dormir. Comme il faisait froid, on entretînt pendant la nuit an grand feo de cotrets, qui fut allumé dans un trou au milieu de la chambre, avec trois on quatre pierres en gnise de chenets, sur lesquelles on posa la cafetière. Comme il n'y avait point de cheminée, la fumée augmentait parfois à un tel point que nous en étions presque suffoqués. Les Arabes se levèrent fréquemment dans la nuit pour allumer leur pipe et causer , puis ils revenaient dormir.
EVOLUTIONS iQÙBSTRES. 219
12 iio«em5re. — Notre roule a passé ce matin par
le cenlre de la grande plaine du Haouran, où Ton ne découTre ni monticule ni arbre à plusieurs milles à la ronde. Ici, nos hommes nous gratifièrent d'une représentation de leur manière d'attaquer et de se défendre. A un signal donné, ils se divisèrent en deux troupes qui prirent ehaoune une direction op-* posée, laissant Chesney et moi, qui étions médiocrement montés, dans l'embarras de savoir laquelle des deux nous devions suivre pour ne pas rester seuls. Un instant après» ils reparurent; car ils s'étaient éloignés presque à perte de vue , et s'approebèrent les uns des autres avec une vitesse inconcevable; pendant cette évolution, chacun choisit un adversaire et le provoqua à un combat singulier , en feignant de le frapper de sa lance; qu'il ressaisissait sans quitter l'étrier. Pour frapper, les uns brandissent pendant quelque temps l'arme au-dessus de leur léle, puis la lancent: d'autres la tiennent et la manient à hauteur de la selle. Quand ils sont serrés de près , ils la jettent continuellement en arrière pour empêcher celui qui poursuit de trop approcher. Ces évolutions durèrent plus d'une demi-heure, et cependant quand ils revinrent, les chevaux étaient
JUMBNS AKABB8.
très-peu fatigués et les hommes ne réCaient pas du
tout.
A cheval» le Bédouin n'a pas l'assiette gradeuse
de l'Osmanli, mais il esl plus ferme sur sa selie.- A le voir, on dirait un vrai centaure. En général, leurs chevaux sont petits; leur taille dépasse rarement quatorze paumes. Us se servent presque exclusivement de jumeusy parce qu'elles sont supérieures aux étalons pour la vitesse et le bon nalureU Ils vendent ces derniers anx babitans des villes on aux feliahs. Us ne les aiment pas, non-seutemeni parce qu'ils sont plus vicieux que les jumens, mais encore à cause de leurs hennissemens qui, dans une expédition nocturne, peuvent eontribuer A les fiiire découvrir. On commence à monter les chevaux arabes au bout de leur seconde année ; après quoi, la selle quitte rarement leur dos. ils reslent au grand air durant toute l'année , et n'entrent jamais dans la tente, même pendant la saison des pluies. En été, ils demeurent exposés aux rayons du soleil du midi. En hiver, une toile grossière est jclée sur la selle* De même que son maître, le cheval du Bédouin est rarement malade, quoique l'on prenne peu de soin de sa santé. Le cautère actuel est le
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remède le plus généralemeot adopté; c'est de là
qu'esl venue ropinion erronée que les Arabes marquent leurs chevaox.
En arrivaul à Draa^ i'aucienne Ëdrei, située dans une profonde yallée au sud-ouest de Daal, et à deux lieues sud-est de Mezareib, aous passAmes^ avant d'entrer dans la ville , sur un pont turè de cinq arches, très-bien construit et parfaitement conservé. D*on cOté, il j a un parapet qui supporte le conduit d'un aquéduc; quelques pas plus loin , nous vîmes un grand birket ou réservoir entouré de pierres dans le creux de la montagne. 11 a quatre cent quatre-vingts pieds de long sur cent quatre- vingt* quinze de large et vingt de profondeur; mais, à cette époque de l'année, il était à sec. iNon loin de Ift, sont les ruines d'un grand bâtiment avec une coupole £ûte de matériaux légers, et que les habilans appellent Hammam (Baim), A !*éxtrémîté méridionale de la ville est un immense édiûce rectangulaire ayant cent trente pieds de long sur quatre^vingisebe de large, avec une double colonnade couverte tout autour. Au milieu se trouve une citerne. Les colonnes qu'on j a employées n'ont plus que le tiers de leur longueur primitive , et sont d'ordre ionique
332 LES BÉDOOmS EN MARCHE.
et oorioUiien mêlés sans anémie rdgle. Nui doute que ce ne fût là autrefois une église chrétienne , et plus tard uoe mosquée. Dans la cour, est un beau sarcophage avec des tètes de lion en relief. A l'une des encoignures, se trouve une haute tour ou clocher. 11 y avait encore d'aoties mines moins importantes qui couvraient un espace de deux milles et demi de circonftrence.
^îous dormîmes un peu après le diuer, puis nous remontâmes à cheval et continuâmes notre route vers le sud. En marche, les Bédouins ne se suivent pas les mis les autres et n'obsenrent aucun ordre particulier; mais, quand ils approcheut d'un lieu où ils redoutent quelque danger, ils s'aTancent sur une ligne, laissant environ dix pas d'intervalle d'un homme â l'autre, le chef an milieu. Le pays que nous parcourions cessa d'être habité, et l'on nous avertit de nous préparer â une rude nuit. L'idée de cowsher â la belle étoile ne me troubla en aucune &çon ; mais, quand j'appris que nous serions obligés de nous passer de souper , attendu quil n'y avait point de village à portée, le ccBur me manqua : j*avais négligé d'apporter avec moi quelques restes du repas précédent. Au coucher du soleil, nous nous