CHAPITRE XXVil
De IMunat à Alep. « UMcarafUMiiiitFOriMit.— ChiMM^ el dronadairci. ^ Description d*ao fcban on cariTtiiiénill. — D6TOlioiis maraliDaiiw. — Un mirage de lune^Naphli. — Kara. — La tribu d'Aeneie. — Craliite d*vne alliqae
des Bédonins. — llassiab. — Hom4, l'aocienne Emesa. Scène de nail dans un khan — Resloun. — Hamah, Vancienne Epiphaneia. — Le Aaszy ou Oronte. — Vallée de iihàb. — Sermeiû. — Le khan Toaman. — Arrivée à Alep.
Damas, 8 décêmbre, — Une petlie caravane part trois OQ quatre fois par mois pour Alep, et met ordinairement onze jours à achever ce voyage qu*on pourrait aistaent faire en huit on neaf. La route court à l'est de la chaîne de l'Ânti-Liban, et traverse les graodes villes de Uoms et de Uamah. Ea qael^ ques endroits, elle est resserrée par le désert propromeut dit; mais» en générai» elle passe sur un sol riche et propre à la cnltare, où il n'y a ni sable ni pierres» quoiqu'il soit dépourvu d'arbres et piéme
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d'arbrlsseaaic. Excepté les ▼illes qui sont portées sur la carie et qui servent habiluellemeDt de halle aux caravanes, on ne rencontre dans tonte son élendue que peu de villages délachés et même de malsons. Le jonr précis du départ des caravanes est délermioé dans les bazars par les marchands des diverses viUes : une d'elles étant partie de Damas hier au soir, et devant s'arrêter à Touna, grand village à deux lieues de cette capitale 9 dans la direction du nord-est , je me suis empressé de partir ce matin pour la rattraper. Pendant plus d*uae heure, en sortant de la ville par ce côté, la route suit un chemin pavé, bordé de vastes jardios et traversant des plaines cultivées ; comme il avait pin la nuit précédente, la poussière était abattue, le feuillage des arbres rafraîchi, et par conséquent le voyage singulièrement agréable.
Lorsque j'atteignia la caravane, elle était en route, marchant sans ordre et lentement, et je la joignis sans être à peine aperçu. Elle se composait d'une centaine de personnes montées sur des chevaux ou des mules» avec viogt.à trente chameaux, chargés de marchandises. La charge ordinaire d*un chameau arabe est de quatre A cinq cents livres pour un
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GUAMBAUX BT DROMADAIRES. 309
trajet de courte durée, et de trois à quatre cents quaod la dislance à parcourir est grande. Plus te voyage à faire est long et plus les puits qu'on doit rencontrer sur le chemin sont rares, moins cette cbargc est lourde *. La faculté qu'ont les chameaux de supporter la soif varie singulièrement selon les différentes rac^ de ces animaux. Ceux de TAnatolie 9 accoutumés aux climats £roids et aux contrées où Teau abonde de tous côtés, doivent avoir leur provision renouvelée tous les deux jours. Sous les latitudes méridionales, les chameaux en voyage doivent élre abreuvés tous les quatre jours; une [ilus longue exposition & la sojf pourrait leur devenir fatale. Le chameau dressé pour être monté» et que nous appelons dromadaire, se nomme ici de^oiil, et en Egypte hedjein. Comme je Pal déjà lait observer, il est de la même race que la béte de somme et
* Dans TAi^atoIie et les pays du nord, la charge ordinaire eti de sept à boit cents livres. Pour recevoir celle charge, le chameio t*a8enoaiUe. Lorsqu'elle est trop oomidérable, il ne se relève pas» mais poone oo cri qui dit comprendre qu'il est incapable de porter on tel fardeau. Son coodocteur, connaissant tonte la patience de cet animal» ne manque pas d'y avoir 6gard, d*aprés le proverbe arabe «qo'il ne faut qu*un poil pour briser les reins d*an cbameao. »
DROMADAïaSS
ne se distingue de ce dernier qu'autant que le cheval de selle diflfere do eheyal de trait* Poar Tiiomme qui ne s'y connaît pas, la différence est à peine sen- Mbie, si ce ii!est que le ohameau qui se monte est plus lisse , car il est tondu de près comme un mouton i mais il a dans les jenz une expression noble et je ne sais quoi dans tout son être qui , de même que cbez tous les animaux, £iit distinguer le sang généreux de l'espèce commune. On dit que les cbameaux les plus propres à être montés, ceux qui ont le trot le plus yite et le plus commode, sont ceux de la province d'Omân. Le deloul-el-Omân est célébré dans toutes les cbansons arabes* En Nu* bie, de même que dans le nord-est de l'Afrique, les hedjeins ou dromadaires sont trés-eslimés comme
monture de selle , à cause de leur docilité , de leur vitesse et de Tagrément de leur amble. On raconte quelques prouesses menreilleuses de leur diligence quand ils sont pressés , mais il y a lieu de douter qu'elles aient jamais existé autre part que dans l'imagination des Bédouins Burckhardt nous assure cependant que, lorsqu'ils se vantent qu'un hedjein peut exécuter un yoyage de dix jours en un seul, ce qui fait qu'on les appelle OshAry, ils n'ont pas tout-
MOMADAIUBS
àrfaii tort. C'est poortani moins pour l«ur extréM
célérité que les bedjeins ou delouU jouissent d'une si grande considéraUon que pour la eomoiodilé avec laquelle ils portent leurs cavaliers pendant un ▼oyage de plusieurs jour» et plusieurs nuits consé* eutifs ; lorsqu'on les laisse marcher , leur allure fa* vorite est une espèce d'amble doux, et commode» A raison de cinq milles A cinq milles et demi par bcure. Pour déci ire cette agréable allure, TArabe dit d'un bon deloul, « son dos est si doux que vous pou* vez boire une tasse de café en le monlanl », La selle du hedjeio, qui diffère peu de celle des chevaux, est faite de cuir, et se place sur sa bosse qui, lorsqu'il a atteint son plus haut degré d'embonpoint, prend la forme d'une pyramide dont la base s*étend sur tout le dos. Les chameaux à deux bosses ne se tiouveni pas en Arabie, je n*en ai pas aperçu depuis mon arrivée eu Orient; ils appartiennent à une espèce qui ne se voit qu*en Mésopotamie. En Egypte» les hedjeins se guident avec une corde qui tient à un anneau passé dans le nez; en Arabie» ils obéissent mieux au court bâton du cavalier qu'à La bride. 11 faut quel* que temps an voyageur européen pour s'accoutumer au mouvement lent et saccadé des chameaux de
DR KHAK OD GABAVARftÉftAIL.
tnaspoit ordioaires. Pour celte raison» comme aussi
l>ar le désir d*ètre plus iûdépeodant, je louai des cbeyaux pour faire ce yojAge*.
Une heure avanl le coucher du soleil» nous arrivâmes à Kleifa» pelit village» entouré d'one faible muraille, assez forte pourtant pour le préserver des Arabes qui viennent souyent dana ces contrées pour chercher à piller. Au lieu de pénétrer dans le village» nous nous dirigeâmes vers un grand khan ou caravansérail qui en était éloigné de quelques centaines de toises» et comme lui fermé de murs. Dans i'în-; lérieur du khan , il y a une grande place décou* verte avec une fontaine au milieu» et à l'une des ex-
* Le pas da chameau ordinaire dépasse rareineel deov millea on deaz miltea et demi i l'heure, et c'eil ce qu'on ■ppene eommanément « le paa de caravane. » Quand II marobe* il lèTe lea deui pleda dn même côlé. Tan immédiatement après l*anlre» et ne lea fait .pas monvolr diagonalemeni, c'est-à-dire dans la direction des deux Jambes opposées, comme la plupart dea antres quadrupèdes et poljpèdes. Celte manière de marcher, parUcnlière an chameau, quoiqu'elle ail été obserTée par les anciens auteurs (voyez Aristote, de Animalibus), n'a Gxé l'atlention que d'un petit nombre de voyageurs modernes. Quand il presse le pas, il le fait de la même manière que le cheval lorsqu'il prend l ambic, mais de façon à secouer son cavalier pins que ne le ferait le irot le plut dur. Je n'ai jamais vu galopper le chameau.
)Ogle
UK EUAN OU CARAVANSÉRAIL. 313
IrémUés, uDe moscpiée* Tout autour régnent deux
rangs d'arcades semblables smx oloUres d'uo couvent» avec de petites chambres au premier pour loger les vojageurs. Les auiiuauK occupenl l'espace découvert dans le centre. Une natte sur laquelle nous éleadiuies nos couverlures, un peu de charbon et d'eau, voilà tout ce que nous fournit le khanji ou gardien du khau ; en retour, on lui doit une légère gratification» mais qui ne suffit pas pour l'entretien du lieu. 11 faut envoyer au village voisin eherc*Ter ce dont on peut avoir besoin du rester mais comme les bazars ferment à la nuit, il est prudent d'arriver avec sa provision de beurre, de riz et de pain : on peut toujours se procurer du vin dans les endroits où il y a des familles chrétiennes.
9 décembre. — Je me suis levé au fidjr (raurore). Chaque musulman, à mesure qu'il sortait de dessous le portique voûté du kban» faisait tout haut une courte prière ou invocation à Dieu, en tenant les yeux levés vers le ciel. Cet usage de consacrer ainsi le jour à celui de qui nous le tenons est on ne peut plus édifiant, quels que soient ceux qui l'ont adopté ; et, en vérité, la négligence des chrétiens à remplir ce devoir ainsi qu'à adresser le soir des
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actions de grâces à la divinilé ne peut que causer
aux mabométans une impression défavorable relaii* vemeot à notre religioo* Mais» d'an autre côté, celte manière affectée de prier sur le grand chemin» comme autrefois les Pharisiens» à toute heure» à tout Instant du jour, les expose à passer pour hypocriles ; et ce soupçon esl d'autant mieux fondé que la vie prÎTée d*nn grand nombre d'entre eux contraste singulièrement avec la piété qu'ils af&cbent quand les yeux du monde sont fixés sur eux.
Peu après avoir quitté le khan» comme la lune brillait encore» je demandai à mon guide le nom d'une pièce d'eau que je m'imaginais voir dans la pUiine à Test. Celte demande fit rire les voyageurs» qui me dirent que ce que je voyais n'était que le lit d'un lac salé» dont l'eau» qui s'évapore en été» laisse une incrustation de sel sur la (erre. C'était» en effet» à un mirage de lune qu'il fallait attribuer cette illusion
* A DOD arrivée i Alep» je parlai de ceUe circon^^iance à une penoone qui avait souvent fait le voyage de Bagdad, et qui ayait, par conséquent, remarqué plusieurs fois le phénomène du mirage dans le désert. On jour l'illusion foi si eomplète qu'il descendit de ton chameau pour puiser avec sa coupe l'eau qu'il croyait voir devant loi, et ce ne fut qu'alors qu'il découvrit son erreur.
NAPTUA.
Une heure plus lard, nous traversâmes un défilé qui se trouyait sur DOtre gauche permi quelques petites montagnes formant probablement une
branche de l'Aoli-Liban. A notre approche d'an village nommé Kusta, situé sur une colline à droite de la roule, nous vîmes accourir vers nous un nom* bre eoBsidéfable de femmes et d'enfans, apportant des CDU&, du pain, du dibs, du jaghourt et d'autres provisions qu'ils nous offrirent à un prix très* raisonnable; la plupart des voyageurs en acheté^ rent. Il parait, d'après la peine qu'ils se donnaient pour vendre ces denrées, que les paysans de cet eu* droit n'ont point de marché fixe où ils puissent écou« 1er leurs produits, mais qu'ils comptent entièrement
sur les caravanes qui traversent les montagnes pour
eu tirer leurs moyens d'existence. Après deux heures de marche, nous atteignîmes Naptha, situé sur une montagne, avec uu clialeau carré en ruines, un khan et une mosquée. Je m'établis, pour la nuit, chez une famille chrétienne qui me fit l'accueil le plus amical, et n'étan^pas gônés par la présence des musulmans, nous nous livrâmes aux mouvemens d'une inno* cente gallé que tout le monde partagea, jeunes comme vieux. Notre hôte joua d'une espèce de gui*