‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 56 sur 68 · ALEP · texte numérisé non relu

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qui sont gouvernés. Ou compte neuf portes à cette Tille; deux au sud, deux à Test, deox au nord et trois à l'ouest. Les maisons sont construites en pierre de taille que lV>a tire des carriéret do Toisinage. Elle est d'un blanc-rouge ; molle au sortir de la carrière» elle se dareit après être restée quelque temps exposée à l'air. Les habitations sout aussi remarquables par leur élégance que par leur solidité. Celles qui appartiennent aux classes aisées sont construites autour d'une cour pavée, avec un Jardin sur le derrière; elles ont rarement plus de deux étages d'élévation. Les chambres sont généralement basses; les plafonds élégamment décorés d*arabe8ques, les fenêtres larges, ornées de vitraux peints. Tous les toits sont plats et recouverts d'une terrasse de fort ciment qui protège l'intérieur contre les intempéries de l'air. Cette terrasse est entourée d'un mur à hauteur d'appui qui forme la séparation avec les maisons contiguës» et empêche le promeneur de tomber, d*un côté, dans la rue, et de l'autre côté, dans la cour. Quelquefois» au lieu de parapet» une légère balustrade en treillage est la seule séparation. C'est là que les habitans se rendent pour jouir de la brise rafraîchissante du soir ; là, pendant les chaleurs de

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l'été» ils étendent leurs matelas et passent la nuit sans tente ou couverture d'aucune espèce. Comme Alep est bâtie sur un terrain à peu près plat, on peut aisément, en passant par dessus les murs de séparation, aller le long des toits des maisons d'un bout de la ville à l'autre sans descendre dans les rues. Ces habitations particulières, dans la constroction desquelles des hommes enrichis par le commerce ont déployé tant de goût et de luxe, et qui joignent toutes les commodités de l'Europe aux douceurs de l'Orient, ne contribuent pourtant guère à rcmbellissèment de la TiUe. De hautes murailles percées de quelques petites fenêtres garnies de treillis sont tout ce qui se présente du côté des rues, qu'elles contribuent à assombrir et qu'elles font paraître plus étroites qu'elles ne le sont en réalité. Ces rues sont bien pavées et extrêmement propres. Elles ont en outre, pour la commodité des piétons, un trottoir ' de chaque côtô^ élevé de six pouces au-dessus du la chaussée.

Le lecteur a» sans doute, entendu souvent parler de la philanthropie des Turcs. Si mes observations personnelles me permettent de former un jugement sur y (iette matière, je dirai qu'on leur a accordé une vertu

qu'ib ne possèdent réellement |MI9, du moins dans le sens chrétien du mol, qui fail que nous l'éiendons à toute Pespdee humaine» sans acception de nation ou de religion. Je sais que quelques voyageurs se sont laissés séduire jusqu'à admirer les nusnlmans pour la sensibililé affectée qu'ils déploient en faveur des animaux. Mais, dans ce cas, le mot philanthropie est un contre-sens, et je propose de lui substituer celui de zoophilie. Les animaux quioni la plus grande part à la sympathie des zoopbilcs d'Alep appartiennent à l'espèce canine et féline. La quantité de chiens qui couchent dans les rues est réellement effrayante : à chaque dix pas, vous en rencontrez un ou même plusieurs, et souvent avec une portée de petits auprès d'eux, lis n'ont point de maîtres, quoiqu'ils soient régulièrement nourris par les personnes à la porte desquelles le hasard les a fait naître. Une fois fixés à ce poste, ils ne le quittent qu'au jour de leur mort, et aucun chien étranger n'essaie jamais de les en déloger ou de leur contester la jouissance d'une boDDc place. Gomme ils dorment communément pen- * dant le jour, on s'aperçoit alors A peine de leur existence; mais, à l'entrée de la nuit, lorsque le plus petit os devient l'ohjet d'un combat entre eux, leurs

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burlemeDS sont fiiUgaDS an-delà de toute expression, surtout s'ils voient passer quelque promeneur. Si, à cette heure» ud habitant avait l'imprudence de sortir sans lumière, et sans armes, il pourrait devenir la victime de leur férocité, et ce ne serait probable* ment pas la première fois que ses assaillans auraient goûté de la chair humaine. Us sont d'une grande fé^ condiléet leur nombre deviendrait alarmant sans la mortalilé qui balance à peu près leur puissance de propagation. Je n'ai pas entendu dire quHIs soient jamais attaqués d'hydrophobie. Ils sont tous de Tespèce du chien de berger, c'est-à-dire de celle que l'on rencontre dans toutes les grandes villes du Levant*.

11 existe dans la ville quelques grands khans ou okallas» où logent habituellement les marchands, surtout ceux qui sont étrangers, ëd général, ee sont de très^eaux édifices, construits en pierre de taille, avec UD double rang d'arcades qui s'ouvrent smr une cour intérieure; le rang supérieur sert pour les comptoirs , et celui de dessous est employé comme magasins pour les marchandises. Âu centre, * une grande fontaine fournit de l'eau aux bétes de

* Voyes Appendice, n* 31.

somme que l'on charge cl décharge dans la cour. Peodaot mon §éjottr à Alep, après une ioterruplion de communications de plusieurs mois par sidte de la guerre qui régnait entre le sultan et le pacha de Bagdad, une earayane de douse à quinze cents dbameauK arriva de cette dernière ville. On mit plusieurs jours à rentrer leur chargement t dont une grande partie avait été avariée, par Teffet du gonfle* meut de l'Euphrale, qu*ils avaient passé à gué.

Les mosquées d*Alep, quoique nombreuses^ n'ont rien de remarquahle sous le rapport de Taichitee* ture : la plupart, si elles ne sont complètement en mines» ont du moins beaucoup souffert des tremblemens de terre aux((uels celle ville a èlé si souvent exposée. Parmi elles, le Djamée Zachahé et celle appelée El-Halawé forment exception. La première était dans l'origine une église chrétienne ; elle jouit encore aujourd'ilui d'une grande réputation de sainteté parmi les musulmans. Il y a aussi dix ou douze édifices plus modestes consacrés au culte chrétien, auxquels sout attachées les résidences épiscopales de chaque secte. Le coûTent de la Terre-Sainte est situé dans le khan El-Sehebene; celui des capucins dans le Janabié, et celui des lazaristes dans le Bendequié.

LE KOWICK

Deux sources qui jaillissent près d'Heylan, village à environ huit milles au nord de la ville, lui fournissent de bonne eau. Elle y est apportée par un aquéduc fermé en quelques endroits, mais plus souvent découvert; une partie est de nireau ayec le lerraiD et l'autre partie coule sous la terre, rafraîchie de diataDce en distance par des puits qui introduisent l'air extérieur. A sou eolrée daus la ville, l'eau est distribuée» par le moyen de tuyaux de terre et de plomb, aux fontaines publiques, aux bains, aux sérails et à toutes les maisons particulières dont les proprié-

taîres yenlent en faire les frais. On croît que cet aquéduc date de la fondation de la ville; mais on dit qu'il a été restauré d'abord par la mère de Constantin et plus tard par Al-Melek-el-Daber, fils de Saladin« On le cure tous les ans au mois'de mai. Les puits ordinaires fournissent une eau saumâtre*. Le Kowik

* Une iingolière maladie, que quelques pemMines attribuent à l'eau, atlaquc les habilans de celle ville, au moins one fois en leur vie : on l'appelle a Aadol ei tins » ( ulcère d*an an), parée qu*!! faut noe année pour en opérer la goérison. Elle laisie ordinairement après elle eoe cicatrice qui ne s'efface jamais. On l'appelle en franvais boulon d Alep ; elle se montre lo plus communément sur la Joue.

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(le Chalus des anciens) n'a, dans les mois d'été, qu'un

Qiiucc iilcl d'eau qui se Iraine leiUemciil et siiencieusemenl yen l'ouest de la ville; mais, dans la saison où nous nous Irouvous, il devient un fleuve formidable. Il prend sa source au nord, près d'Aintab, au pied du mont Taurus. Arrivé à un quart de mille de Tune des portes occidentales, il tourne brusquement à l'est, et passant sous un pont près de cette porte, il change de route, après un cours d'un tiers de mille, se dirige vers les montagnes à travers une vallée cultivée, et se perd enlin dans un marais» à six lieues environ au-dessous d'Alep.

La ville se divise par quartiers ou districts, dont chacun est habité par une population distincte. Le principal, appelé el-Medine (la cité), est le séjour des Européens et des principaux Turcs. £I-Djedaide est habité presque exclusivement par des chrétiens de toutes les sectes. Les Juife sont confinés dans un quartier nommé Bahrita. Les Turcomans, les Arabes et les Kurdes vivent dans les faubourgs à l'est de la ville. Par suite du grand tremblement de terre de 1822, un nouveau faubourg, qui se trouve au sud de hi ville a pris de l'importance. Les maisons n'y étant destinées qu'à servir provisoirement d'asile.

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n*oDt éié bàlies qu'en bois ayec des mors faits de lattes et de morlier. Muis la crainte de revenir en ville^ crainte qui a dégénéré en habitude, et à laquelle par conséquent le peuple de ce pajs a de la peine à renoncer, fait qu'elles sont occupées pendant tout le cours de l'année, landis que les grandes maisons de la ville sont presque désertes.

Près de Textrémité nord-est de la ville est situé le chAteau (el Kalaat), sur une haute montagne, de forme eireulaîre. U est entouré d'un fossé large et profond, d'un demi-mille de circonférence. On y arriye par un pont incliné de sept arches et une double porte. Les murs sont flanqués de tours de distance en distance. L'espace intérieur est couTcrt de ruines. Nous trouvâmes dans une des chambres souterraines, qui était sans doul^ la salle d'armes de l'ancienne citadelle, plusieurs milliers de petites flèches attachées ensemble par paquets. Elles avaient environ trente pouces de long et paraissaient avoir été trempées dans du poison. Nous remarquâmes également des casques et des portions d'armures. Burckhardt dit que les cottes de mailles sont d'un usage assez commun dans quelques parties de l'Arabie. Le dernier chef wahabi , Ibn-Saoud, en portait toujours

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une BOUS sa chemise. Ces colles sont d'ua travail antique et appartenaient probablement aux chevaliers européens qui combatUrent dans les croisades. Le panorama de la ville et des faubourgs, vu de la cidatelie» est d'une grande beauté ; mais la perspective du côté du désert est fort triste. L'air d'Alep est vif et regardé comme très-sain. Les maladies épidémiques y sont, me dit- on, excessivement rares.

Pendant mon séjour à Alep, je fus dans la crainte continuelle d'un]lremblement de terre. De fréquentes secousses se firent sentir; mais elles furent généralement légères et n'oceasionéfent la mort de personne. Un jour, peu de temps après mon arrivée, pendant que j'étais en visite chez un des consuls, et assis à ses eôtés sur un divan, notre conversation lîit tout-à-coup interrompue par un bruit sourd venant du dehors, et qui fat suivi d*un moment d'agitation dans tous les objets qui nous entouraient^ pendant ce temps, la maison parut se soulever et s'abaisser alternativement comme un vaisseau mu par de petites vagues. Quatre ou cinq personnes étaient dans la chambre on ce moment^ et chacune, en s'écriant « Zelzalé » (un tremblement de terre), s'élança en bas de l'escalier et gagna la cour. Je n'avais pas le temjts

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de délibérer sur le parli qui me restait à prendre ; cependant» je ne suivis pas leur exemple, car je craignais que les murs ne s'abattissent sur ma téte, si j'essayais de fuir. Je me remis donc entre les mains de la Providenee, et j'attendis le résultat aree un yrai stoïcisme musulman. La secousse ne dura que quelques secondes» mais ce moment d'attente fut des plus terribles. La conslernalion était peinte sur toutes les figures. Plusieurs penonnes se trouvèrent mal et eurent des nausées ; la société se sépara et chacun retourna chez soi. Pour regagner ma maison, il me fallut traverser les bazars* J'y vis Turcs et ebrétiens , tous à côté les uns des autres, dans uue attitude suppliante, im*plorant la protection du Tout-Puissant ; car, dans ce moment terrible, toutes les animosités qui prennent leur source dans le fanatisme religieux avaient cessé. A chaque instant , nous nous attendions à une nourelle secousse plus yiolente que la première. Heureusement pour la ville et pour ses habitans, sa direction était borizontale; si elle avait été verticale, la destruction d'Alep eu eût été la conséquence inévitable*

La société européenne à Alep, tant à cause de la mine du commerce que par suite de Témigration

oceasionée |iar le terrible iremblemeiit de tem de

1822, s'est trouvée réduite aux. familles des agens consulaires avec environ une douzaine d'aulres qui s'y sont établies dans le but de se livrer au commerce : encore ces dernières doivent-elles être plutôt considérées comme levantines que comme européennes; car la plupart des personnes qui les composent sont nées dans la ville même et ne Pont jamais quittée que pour faire des absences de très-courte durée. D'après leurs habitudes sédentaires, on serait porté à croire que la société doit y porter l'empreinte du peu de rapport qu'eUe a avec les Européens; mais il n'en est rien. A une grande aisance de manières, qu'elle offre en commun avec celle de leur patrie, elle joint quelques qualités aimables qui lui sont particulières; telles qu'une g/àiié et un enjoùment continuels, dont elle est redevable tant à la douceur du climat qu'au peu d'ambition de ses membres, qui bornent leurs désirs aux strictes nécessités de la vie. Néanmolns^ il existe parmi eux une grande rivalité. Rien n'est plus commun que d'apprendre que deslamilles sont brouillées; et quoique la plupart du temps ces querelles aient lieu pour des bagatelles, faute de plus graves sujets pour occuper leurs esprits^ il s'en-

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