CHEMINS DIFFICILES
élevées qui s'étendent du Djebel Okrab au sudest. Elles sont à peu près toutes de la même hauteur, mais très-raides et se touchant à leur base. Cependaot cette uniformité échappe à l'œil» car leurs sommets et leurs flancs sont reyétus de pins. On ne s'en aperçoit que parce que Iç sentier ne présente, en aucun endroit, une surface unie de plus de soixante pieds de long, ce qui le rend très-fatigant pour les chevaux, surtout lorsqu'ils sont pesamment chargés comme étaient les nôtres. Les routes» ou phitùt les sentiers dans* les montagnes, étaient épouvantablement labourées par les dernières pluies» et les torrens»en quelques endroits , étaient réellement formidables. Par suite de toutes ces difficultés accumulées» nous jugeâmes prudent de ne pas aller plus loin ce jour-là » et conséquemment, au bout de cinq heures de marche depuis £1 Ourdi, nous quittâmes la route et tournâmes à droite, vers un petit village appelé el Uaki» que nous trouvâmes habité exclusivement par des Anze^rys. C'était une entreprise quelque peu téméraire de se confier à leur protection » car ils ont la réputation de n'être pas très-scrupuleux dans leur conduite envers les voyageurs; mais la fran*
406 UNE NUIT CUE2 LES ANZEYRYi*
chise de mon procédé sembla les prévenir en ma fii¥eiir« Je descendis chez le chef do YÎUage; c'était un beau jeune homme qui m'admit dans sa famille plutôt comme ud ami que comme un étranger; en
outre, comme il était sans préjugés en matière de religion» il y avait dans sa conduite une candeur et une bieuTetllance qui me captivèrent tout-àfni, car j'avais jusqu'ici rencontré chez les Turcs des manières bien diffllrentea. On improfisa pour nous un souper aussi bon que le permit le peu de temps que L'on avait eu pour le préparer. Je passai la nuit dans la même chambre , avec le chef, sa femme , sa iUe et aa domestique. Dans les mms d'été 9 pour éviter les moustiques, ils eouéhent audehors en plein air, sur des plates-formes élevées de dix à quinze pieds du sol, et supportées par quatre piliers droits; on y monte par une échelle que Ton retire le soir.
16 avril, — Mon hote ayant découvert que j'aimais la chasse» me pressa de rester quelques jours avec lui, m'assuraul qu'il y avait une grande quantité de sangliers dans le vmsinage; mais le grand désir que j'avais d'arriver à Latahieh ne me permit pas d'accepter son invitation amicale. Au
TOACS FANATIQUES.
déjeùner qui se composa d*une grande jatte de lait, je mangeai poor la première fois do pain dans lequel OD avait fait cuire du céleri. Le beurre était le meilleur que f eusse jamais goûté » car les pâturages des environs sont excellens.
En quittant El-Haki, notre route eontinna» pendant quelque temps, à traverser îa forêt dans laquelle nous étions entrés la veille. Dans toute autre circonstance, le voyage sur une route aussi romantique eût présenté de grands agrémens^ mais en cette occasion, le . sentiment du danger enlevait à cette solitude tous ses charmes. Au bout de deux heures, nous atteignîmes une petite caravane de Turcs fanatiques qui se prétendirent excessivement indignés de la supériorité qu'affectait sur eux un « chien de chrétien » par Téléganoe de son costume et par sa manière commode de voyager : ils allèrent même jusqu'à me demander pourquoi j'avais la présomption de porter des armes défensives, et contre qui je les destinais. J'étais sur le point de leur faire une réponse dictée par le sentimcnl d'indignation que m'inspirait cet outrage» quand il survint une grande averse qui mit fin à l'altercation, chacun de nous étant obligé de chercher au plus vite un abri».
WADT KAMDIL
eaxf contre la plaie seule, et moi, en même tempe
contre uoe attaque que je n'ayais pas provoquée*
An boot de trois hevres, noos arrivftmes an bord de la wady Kaodil ( vallée de la Lampe)» à travers laquelle la rivière de ce nom'conle en serpentant vers la mer. Je ne sais d'où lui vient cette dénomination^ mais, vue de la hantenr oA nous noms trouvions, le fond de la vallée, couvert d*un riche tapis de verdure, et la réflexion des rayons, du soleil sur le lit caillouteux de la rivière, lui donnaient, à notre idée, plutôt Tair d'un grand serpent se chauffant dans rherbe. En nous rendant à la côte, nous la traversâmes au moins une douzaine de fois, et, toujours avec grande difficulté, tant elle était gonflée. La wad^ Kandil est une vallée charmante : ses flancs sont agréablement ornés d*arbres de hante futaie de toule espèce. A notre approche do Lalakieb, BOUS passâmes par le village de Besneada, situé sur une petite éminence dans la plaine. L air y est délideux , et la plupart des familles européennes de la ville ont des maisons de campagne dans. ces environs, où elles se retirent pendant Tété* . Une heure après, nous entrâmes à Latalneh.