‹ Voyage en Palestine et en SyrieChapitre 66 sur 68 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

Latakidi. — Eiemple de probité motalmane. — lleicriptioQ de la ville. — La Marina on le port. — Sa popolation mosnlmaoe el gfeeqae.— Soo conuDerce et tei reisonreet. — Stricte obier?aUoa da carême par les Grecs. — ÀDliqQltés. — Nécropolis. — Climat. — Coupable impradence des Twcf,

— Environs de Latakieb. — Promenades. ~ Récréaiion orientale. — Famille de M. Mouça Elias, l'agent brilanniqtie.

— Ses bontés pour Taulciir. — Inlérieor d'un harem oriental. — Aiiieax de T auteur i la 8jrie et départ pour Cbjpre.

Latakieh. — J'avais apporté avec moi des lellres de recommaodatioQ pour M. Mouça Elias, iiégo-

ciant chrélicD, et Tagent accrédité de l'Angleterre dans ce port. Conséquemmeikt , comme il n'jr avait point dans la ville d'anberg^e où Ton pût descen- .dre, je me rendis directement chez lai» avec l'intention de me procurer, par son entremise» un logement confortable i mais il n'j . voulut jamais cpqsentir, et je fus forcé d'accepter rojBTre quil me fit avec bonté d'une chambre dans sa propre maison.

PAOfilTÉ MUSULMANS.

En quillant Alep , j'avais confié aux soins du conducteur d'une petite caravaoe uo rouleau de sequtns de la valeur d'environ cincinante livres sterling» avec ordre de le délivrer entre les mains de M. Elias, à Lataldeh. Je n'avais pas tiré de reçu de cet homme; car, en matière commerciale, la parole d'un musulman, donnée en présence d'un antre, est aussi bonne que le serait un billet^ les Turcs Q*en souscrivant jamais. Quand je trouvai la somme entière déposée à son adresse, je fus agréablement convaincu de l'honnêteté proverbiale de cette classe d'hommes, à qui l'on confie souvent ainsi de fortes sommes.. . 18 awiL — Ce matin, j'ai eu un retour de fièvre intermittente, qui me surprit fort à cette époque peu avancée de l'année; mais je l'attribuai à la fatigue que j'avais éprouvée dans mon péniUe voyage depuis Anlioche. J'avais été débarrassé des atlaques de cette fièvre depuis ma tournée dans le Hnowaii»

19am7. — J'ai profité du répit que m'accordait ma maladie pour visiter la ville de Latakieh^ Elle est située sur le bord septentrional d'une langue de terre élevée appelée cap Ziaret, qui dépasse d'environ une demi-lieue la ligne de la céte» C'était autrefois une ville murée > mais elle est

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aujourd'hui ouverte; on y accorde, en conséquence^ plus d'espace pour Mtir que si elle était fortifiée. Dans le quartier neuf, qui est an nord-est, les maisons s'élèvent au milieu de jardins et de plantations clos de grands murs. Les toits de presque toutes les maisons sont plats, les habitans ajant, comme à Âlep et dans d'autres parties du Levant, l'habitude de dormir sur leurs terrasses pendant les chaleurs de Fété. Latakieh parait être sujette aux tremblemens de terre. J*observai dans plusieurs parties de la ville de larges crevasses dans les murs, et d'énormes pler-

res qui semblaient déplacées par quelque choc violent. La ville a surtout souffert du tremblement de 18SI9. Cest à ce motif et i la décadence de son com* merce qu'il Haut attribuer la diminution graduelle de sa population; car, de vingt mille ames qu'elle avait» elle est réduite à environ six ou sept mille, dont une grande partie sont des musulmans, fhmeux pour leur bigoterie et leur intolérance. Indépendamment de huit ou dix mosquées qu'ils possèdent dans l'intérieur de la ville, ils ont commencé à en construire une autre sur une colline vers l'orient. Elle est encore inachevée^ mais, à en juger par son architecture et par les matériaux précieux qu'on y emploie, elle ne cédera

LATAKiEU.

en beauté à aucun édifice de ce genre dans celte par« Ue de la Syrie. 11 est si extraordioaife. de voir s'éle- Ter une nouvelle moscpiée à cette époque de déeadeRce de L'islamisme, qae je demandai à l'im de» ouvriers pour quel motif on eonstruisail celle-ci. Il me conduisit au sépulcre d'un certain Mahomet, né dans les états de Barbarie, qui mourut à Latakieh, il y a quelques années, remplissant toute la contrée de sa réputation de sainteté. Les moines de la Terre Sainte ont un pelil établissement dans celte ville, mais il n'y réside qu'un seul religieux de leur ordre, la population catholique ne se composant que de quelques maronites et de trds ou quatre familles françaises Tenues pour le commerce. Les autres chrétiens appartiennent ÙL l'église grecque.

90 awrU, — Accès de fièTre.

21 avril, — Le port de Lataldeh, appelé la Scala ou la Marina, forme une ville distincte de la ville haute, et en est séparée par un espace d'environ un demi-mille, occupé par des jardins et des enclos plantés. Elle se compose de deux rues qui courent parallèlement au rivage, et d'une autre qui conduit de la ville à la mer ; elle est remplie de cafés et d'autres lieux de rendez-vous pour les marins. Le

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porl lui-même est un petit bassin avec une entrée étroite ; il est peu profood, mais bien abrité» excepté àPoucsl. Si Ton en enlevait la vase et le sable qu'on y a laissé s'aeemnaler, des Taisseaox de cent cinquante à deux cents tonneaux ponrrafent y entrer et décharger sur les quais ; mais c'est une entreprise beaucoop trop forte pour les maîtres actuels du pays. Au nord de la passe» est un cbàleau en mines bâti sur un roo et réuni au continent par des arches. Âu sud, sont les ruines d'un ancien mur qui l'entourait. A l'extrémité orientale du bassin sont la douane et le dcbarcadour ; là se trouve une brèche urtificielle faite dans le roc, qui servait peut-être anciennement de bassin pour construire el réparer les ▼aisseaux. Les principales marchandises d'exportation de Latakieh sont le tabac qui croit dans les montagnes d'Anzeyry» à Test de la ville ; le coton et la soie grége» produits de la plaine environnante. Mais telle est Texiguilé des affaires commerciales de cette place et des autres'ports de Syrie, qu'ainsi que je Tai déjà dit en parlant d'iskeiideroun, les vaiseaux européens de deux à trois cents tonneaux peuvent rarement trouver un chargement entier dans un seul port, à moins d'être nolisés exprés. Us com-

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meneent à èharger à Beyroot et fiiitoBt ensuite lee différens porU de la cùle jusqu'à Iskenderoon au nord, œ qm fiât perdre beraoovp de temps et caiise une grande augmentation de dépense. Les importations se composent de rii qui Tient d'Egypte» de yin de Chypre et de marchandises d'assoriiment, principalement de quincaillerie anglaise*

^ avril. — Encore un accès de fièvre.

23 anrUn — Gomme ce jour était ma féte et celle dn patron de l'Augleterre, je reçus b irisite de cëox des babitaos dont j'ayais (ail la connaissance depuis non arrivée à Latakieh.

DuiAiicHBy 24 avril, Jour de Pâques, suivant le calendrier grec— Le Imig et rigonrenz jelneque tes Grecs observaient depuis quarante jours a cessé au* jonrd'lini, à la grande satisfiiction de tons les membres de celte communion. Peu après minuit, la fa* mille de M. Elias se leva et se rendit à l'église ponr entendre la messe, car c'est pour eux la plus grande féte de l'année* A leur retour à la maison, ils se mirent à taUe pour Ciire nn réveillon composé» comme de raison, principalement de viande, dont ils étaient privés depuis si long-temps. Si l'on entend souvent parler de personnes qui soufiDrent de Tob-

TABAC BB LATAKIBU.

Mrvance trop rigoureuse des lois du earénei il n*est pas rare non plus d'apprendre que d'autres se ren* dent malades par qo excès de oourritnre, quand la restriction cesse> comme dans le eas présent. £n me promenant ce matin, j'ai remarqué que tons les ebrétiensy en se rencontraDt dans la rue, s'embrassent et se répètent Tan à l'antre les mots soivans : z^irr«f tittffrn , « le Christ est ressuscité » , pratique , m'at^on dit» d'une très-haute antiquité.

S5 anrU, Les bazars de Latakieh sont pauvres et insignîfians* et rendent bien témoignage de la décadence du ebmmeroe de eette place. Le seul objet exposé en vente qui y attirât spécialement mon attention fut le tabac. Cette partie de la contrée» de même que Djebaïl qui se trouve au sud, passe pour produire la meilleure qualité de la Syrie. Il jouit d'une grande réputation dans tout le Levant, et plus particulièrement en £gypte, où s'en £sdt la plus grande consommation, tandis que eelni de Salonique» qui est si estimé à Constantinople^ trouve à peine un acheteur dans eette première protinee. La couleur foncée qui le distingue du tabac ordinaire est due à la fumée d'une espèce de bois appelé hê* xeXf q^e l'on brûle au-dessous de la plante quand

LATAKIBB.

elle est loipendae au plafond, pour lui donner da montant.

S6ami.— Latakieh, ou Ladekié, commé l'ap« pellent les habilans du pays, représente Tandeone Laodicée , ' ainsi nommée par Séleucus Nicator, son fondateur, en honneur do sa mère. On l'appelait Laodicea ad Mare, pour la distinguer d*autres villes du même nom qui se trouvent dans rinléricur. Son origine est enveloppée d'un peu d'obscurité. Au temps des croisades, elle joua un rôle moins im-portant que les autres villes de cette côte, à cause de son plus grand éloignement de la Terre-Sainte, qui fui si long- temps un objet de lutte entre les cbrétiens et les infidèles. 11 reste encore cependant quel» ques rares vestiges de l'ancienne ville. Parmi ceuKci, le plus remarquable est un arc de triomphe placé à l'angle sud-6st de la ville moderne, dans la direction de la route de Tripoli. Gomibé il M ' entouré d'autres bâiimens, il est difficile d'en embrasser les détails, mais il parait assez bien conservé. Chaque face offre une belle arche avec des colonnes et des pilastres d'ordre corinthien , au-dessus desquels est un fronton bas avec une soffite sculptée, et une frise ornée de trophées militaires. 11

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fut probablement érigé en rbouneur de quelque empereur romain, peut-être de Septime-Sévère, qui élait originaire de Sjrie. Non loin de Tarche qui conduit Teis le port sont quatre colonnes eorintbiennes avec leurs arcbiiraves bien conservées: elles laisaient peut-être partie du portique d'un autre ancien édifice. Dans une rue qui mène aux baiars, il y a une rangée de petites colonnes de granit gris, qui paraissent d'une haute antiquité; mais comme on a bAti dans leur entre-colonnement» il est impossible de deyiner leur destination primi-* Uve. Dans un jardin au centre de la ville» on nous montra une. colonne de marbre cassée» sur laquelle il y a une longue inscription grecque presque elbcée. D'autres ruines existent peut-être encore» cachées sous les amas de terre et de décombres qu'on rencontre dans tous les quartiers. Les restes de rancienne fille offrent des matériaux tout prêts pour construire des habitations modernes.

Au sud-est de la ville est une colline nommée Sahioun , qui a euTiron un mille de long et dont le sommet forme un plateau j elle est couverte en partie de plants d'oliyiers. Cest là qu'éUit l'Acropolis» n. »

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dont U ne reste que quelques puits et qaelqœs citernes. Au oord-ouest, près de la mer» était l'ancienne NécropoliSy ou «cité des morts. » On y iroH une i^randc quaolilé de tombeaux creusés dans le rocher; ils sont ourerts : on y descend par Quelques marches.

27 amrU» — L'air de Latakieh passe pour être très-sain. Sa position est moins resserrée que celle des autres villes de la c6te ; les montagnes s'y trouvent plus éloignées de la mer, et au nord, la plaine s'étend à une grande distance. L'eau cependant y est mauTaise ; celle que boiyent les habitans est apportée de très-loin par un aqueduc. Comme je me promenais avec un ami dans les plantations voisines du poit» quelques soldats albanais qui venaient de débarquer . de Saint* Jean-d' Acre commencèrent» pour se divertir» à décharger leurs mousquets en l'air, à droite et à gauche» et afin d'augmenter le bruit» ils les char- v gèrent à balles. Nous fûmes sur le point de devenir victimes de leur imprudence ; car ce ne fut qu'en nous couchant à plat ventre sous un mur que nous échappâmes aux balles qui sifflaient sur nos télés. Nous restâmes près d'une demi-heure dans cette position gênante et dans un état d'inquiétude encore

FAMILLE DE M. ÉLL4S. 419

plus désagréable ^- n'osant nous lever ([ue lorsque le feu eut cessé.

Pendant la quinzaine que je passai sous le toit hospitalier de M. Monça Elias, Je fos traité comme un membre de la famille. J'avais besoin de ces attendons délicates de sa part , car je souffrais d'un* fièvre qui , sans être dangereuse , me retenait à la maison tous les deux jours » de sorte que je ne pouvais étendre mes excursions au loin dans Tiotérieur du pays. La partie de rhafaitatioa qu'on m'avait assignée était une tour située à l'un des angles de la cour; on y moDtjBit par un escalier de pierre placé à l'extérieur. Elle dominait sur quelques jardins^ et la vue s'étendait sur la mer. Ayant apporté avec moina batterie de cuisine, mon- domestique Âutoun préparait mes répas, arrangement auquel mes amis consentirent, parce que nous nous trou* viens dans le carême des Grecs , époque où aucune espèce de viande ne leur est permise. Je passais toutes mes soirées avec la famille. £Ue se composait de la femme , des deux fils, et des trois filles du maitre de la maison. Quand je me portais bien > je parcourais les environs avec les deux jeunes gens , tantôt à cheval , tantôt à pied.

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