CAPTURE DE VACHES SAUVAGES
Je ne séjournai pas longtemps en ce point où rien ne m'attirait spécialement et je me rendis à une estancia qui appartenait au général Bernai. Au moins lii mes chevaux et mes mules encore peu accoutumés à la marche que je leur imposais pourraient reprendre des forces. Je pris quelquesjours de repos à la Gabeza de Bueyes —
c'est ainsi que UEsam ce bicot-valkntin,
l'on désigne
l'estancîa. — Entre autres spectacles auxquels il me fut donné d'assister dans cette contrée, je fus témoin d'une scène des plus émouvantes :
la mise à mort d'une vache.
A Buenos-Aires les vaches, accoutumées à la présence de rhomme, se laissent facilement approcher, et, sauf quelques rares exceptions, leur capture n'oflÈpe aucun danger pour le gaucho; mais, en Patagonie, où la vache est née le plus souvent au fond de la montagne, elle est d'une effroyable férocité.
La façon dont les naturels du pays capturent ces animaux mérite une description :
Au jour indiqué, plusieurs gauchos partent ensemble dans la sierra, armés de couteaux et de boleadoras. A leur selle est solidement attaché un lasso par l'extrémité opposée au nœud coulant.
Ils emportent avec eux des provisions, un peu de viande crue* séchée au soleil pour les jours où la chasse aura été infructueuse, car l'expédition dure souvent de nombreuses journées. Il leur faut, en effet, parcourir toute la sierra à la recherche des vaches éparpillées par petits groupes. Ensuite il faut les réunir et les ramener dans la vallée auprès de l'estancia, où non seulement l'on tuera les hôtes qui sont nécessaires à l'alimentation, mais où encore l'on marquera au fer rouge — la marque du propriétaire — celles qui ne portent
1. Cette viande que Ton appelle char que n'est autre que de la viande boucanée.